Les chiffres de l'endettement donnée par Fidel Castro au journal mexicain Excel OUs publions ci-dessous un extrait d'une intervier sior du 21 mars 1985, et publiée dans le résumé en langue française de Granma du 7 avril 1985. Le dirigeant cubain des pays d'Amérique latine, qui donnent une idée du pro-
Selon les derniers chiffres publiés par la Commission économique des Nations unies pour l'Amérique latine et la Caraibe, le Brésil doit 108,8 milliards de dollars ; le Mexique, 95,9 milliards ; l'Argentine, 48 milliards ; le Venezuela, 34 milliards; le Chili, selon des calculs très conservateurs à mon avis, 18,44 milliards ; le Pérou, 13,5 milliards ; la Colombie, 10,8 milliards ; un petit pays comme le Costa Rica, avec une population d'environ deux millions d'habitants, 4,05 milliards ; le Panama, avec une population similaire, 3,55 milliards ; l'Uruguay, 4,7 milliards. Et ces chiffres sont conservateurs, car, selon des rapports d'amis uruguayens et chiliens respectables, la dette réelle de l'Uruguay est de 5,5 milliards et celle du Chili de 23 milliards. Autrement dit, les chiffres officiels sont bien inférieurs au niveau réel de la dette. Dans bien des cas, les organismes internationaux, voire les gouvernements eux-mêmes, ont bien du mal à en connaître le volume réel, parce que les dette privées non enregistrées viennent s'ajouter aux dettes publiques. (...)
Certains pays comme l'Argentine consacrent 52 % de leurs recettes d'exportation au paiement des intérêts de la dette ; la Bolivie, 57 %; le Mexique, 36,5 %; le Pérou, 35,5 %; le Brésil, 36,5 %; le Chili, 45,5 %. Or, on estime qu'un pourcentage de 20% des recettes d'exportation consacré au paiement de la dette extérieure est déjà pratiquement
Que signifient ces chiffres? Qu'aucun pays ne peut se développer dans ces conditions, comme le prouve le fait que le produit intérieur brut de l'ensemble des pays latino-américains a diminué de 1980 à 1984 : en Uruguay, par exemple, de 13,9 %; en Argentine, de 6% ; au Chili, de 5,4 % ; au Venezuela, de 6,1 %, malgré les énormes ressources éco-
Comme la population a augmenté dans le même temps, le produit intérieur brut par habitant s'est réduit encore plus. En Bolivie, par exemple, de 24,6 % ; au Costa Rica, de 14,1 % ; au Chili, de 11,2% ; au Mexique, de 6,3 % ; en Argentine, de 11,8% ; au Venezuela, de 16,2 % ; en Uruguay, de 16,2 %. Dans le cas du Venezuela, le produit intérieur brut par habitant n'a pas diminué seulement entre 1981 et 1984, mais durant les sept dernières années d'affilée pour un total de 24% durant cette période. On peut constater l'impact de la crise économique et de la dette extérieure, surtout ces dernières années, dans le fait que la production par pays et par habitant n'a pas seulement stagné mais encore diminué. Certains pays consentent des efforts vraiment impressionnants pour faire face à la situation. Nous pouvons citer trois des plus grands pays.
En 1982, le Brésil avait exporté pour 20 milliards 172 millions de dollars et pour 26 milliards 960 millions en 1984, tout en réduisant ses importations de 19 milliards 395 millions en 1982 à 14 milliards 360 millions en 1984.
Le Mexique, qui avait exporté pour 22 milliards 81 millions en 1982 a élevé ce chiffre à 23,5 milliards en 1984 et ramené ses importations de 14 milliards 434 millions en 1982 à 10 milliards en 1984
L'Argentine a élevé ses exportations de 7 milliards 622 millions en 1982 à 8,7 milliards en 1984, et réduit ses importations de 4 milliards 859 millions en 1982 à 4 milliards
En faisant un grand effort en matière d'exportations et en réduisant énormément leurs importations à des limites presque insupportables pour l'économie, ces pays ont enregistré des balances commerciales favorables. Le solde commercial du Brésil a été de 12,6 milliards, celui du Mexique de 13,5, et celui de l'Argentine de 4,43. La totalité de ce solde, fruit d'efforts extraordinaires, obtenu en utilisant et en épuisant pratiquement les stocks de matières premières et en portant peut-être atteinte à la maintenance et à la réparation des installations productives, a servi exclusivemet à payer les intérêts de la dette.
Les pays latino-américains ont payé en 1984, au titre des intérêts et des bénéfices, 37,3 milliards de dollars, presque trois milliards de plus qu'en 1983, et n'ont reçu que 10,6 milliards en prêts et investissements.
Le transfert net de ressources financières depuis l'Amérique latine vers l'extérieur, au titre des intérêts et bénéfices, s'est monté en 1984 à 26,7 milliards de dollars, et en deux années seulement, 1983 et 1984, à 56,7 milliards de
Bref, l'ensemble des pays sous-développés latino-américains est en train de financer l'économie et le développement des pays industrialisés les plus riches du monde et ce, en leur apportant des sommes d'argent astronomiques. Voilà la réalité. Et cet argent s'en va définitivement, sans espoir de retour.
Le rythme de gonflement de la dette s'est ralenti et s'est situé bien au-dessous du record de 24 % atteint en 1981, et c'est logique, puisque personne n'ose plus prêter ; mais de toute façon, la dette a augmenté pour une raison ou pour une autre de 5,5 %. Dans les dix prochaines années, le paiement des intérêts de la dette, à supposer que celle-ci augmente à peine, tournerait autour de 40 milliards de dol-
Voilà vingt-quatre ans, au moment de l'Alliance pour le progrès, Kennedy avait prévu un programme de coopération économique de 20 milliards de dollars à investir sur une pé riode de dix à quinze ans, pour faire face aux problèmes sociaux et stimuler le développement de l'Amérique latine. Cette idée avait vu le jour sous l'impact du traumatisme obsessionnel qu'avait provoqué la révolution cubaine et prétendait empêcher l'apparition de conditions objectives propices à de nouvelles révolutions. Or, actuellement, les pays économiquement sous-développés du sous-continent, avec le double de population et le triple de problèmes sociaux, verseront chaque année 40 milliards de dollars aux pays industrialisés au titre des intérêts de la dette et devront payer 400 milliards de dollars en dix ans, soit vingt fois la somme que Kennedy se proposait d'investir en dix ou quinze ans de coopération économique pour résoudre les problèmes économiques et sociaux de l'Amérique latine. (...) •