AFRIQUE DU SUD ouirons pon que ne renu dans la protimoe de ital nements politiques intervenus dans la province du Natal et initialement parus dans la revue sud-africaine Work in
Progress numéro 39 du mois de novembre 1985. Cette revue est l'une des publications indépendantes publiées depuis plusieurs années en Afrique du Sud, qui se consacre à l'analyse des luttes ouvrières et populaires. Work in Progress publie entre autres la liste des grèves survenues chaque mois et en résume l'origine et l'issue.
Le premier article que nous reproduisons concerne l'organisation d'un boycott des commerces appartenant à des Blancs dans les villes de Howick et Pietermaritzburg, en relation avec la grande grève de BTR-Sarmcol, entreprise à capitaux britanniques, et dont la direction venait de licencier 950 ouvriers.
Cette forme de boycott est devenue, au cours de l'année 1985,
PETUMOILE
VRYHEID
Glencoe
DUNDEE
TUGELA
Winterton
ESTCOURT
REYTOWN gendrift
Mool River ingham Roed
TANGER dinville
ITZBÚRGE
Umhlanga Rocks
DURBAN
Makuta ahton nzimtoti
UMZIMKULU
Scottburgh
Kwa-Phuza
HEPSTONE
Bizana alhe
Le bantoustan du Kwazulu (en gris) est éparpillé dans la région du Natal. (DR)
une méthode de lutte importante dans la plupart des régions du pays. Les objectifs de ces mouvements ont généralement porté sur le rejet de la présence militaire dans les townships et de l'état d'urgence instauré par le régime raciste. Le but du boycott était en principe de faire pression sur les commerçants blancs pour qu'à leur tour ils exercent une pression sur le gouvernement. Mais ce type d'action s'est révélé très difficile à organiser efficacement. L'un des problèmes qui ont surgi a été celui du lien, parfois trop faible, entre les associations communautaires initiatrices du boycott et les syndicats indépendants.
Le cas traité dans ce premier article est assez exemplaire dans la mesure où le boycott des commerces blancs a été organisé autour d'une grève ouvrière. Cette action unitaire et large a eu pour centre de gravité la classe ouvrière industrielle. Il s'agit d'un fait encore trop peu fréquent pour qu'il ne soit pas souligné. Sans être la garantie absolue d'une meilleure organisation du mouvement, l'expérience a cependant déjà prouvé que cette présence ouvrière et syndicale en était l'une des conditions.
Le second article que nous reproduisons porte sur la violence du parti Inkatha, exercée notamment contre les militants du Front démocratique uni (UDF). L'Inkatha est le parti de Gatsha Buthelezi, le chef du bantoustan Kwazulu. Il constitue un instrument de contrôle et d'intimidation des populations noires dans la région de Durban. Dirigeants de l'UDF ou dirigeants syndicaux sont sous la menace permanente des gangs de l'Inkatha. Une avocate noire, Victoria Mxenge, qui défendait les membres de l'UDF inculpés par le régime de Pretoria, a été assassinée en août 1985 et de fortes présomptions accusent les hommes de Buthelezi de ce forfait. Ce dernier cultive d'ailleurs l'ambiguïté. A la différence des autres dirigeants des bantoustans, il se déclare avec véhémence opposé à l'apartheid et s'engage aux côtés des libéraux blanes en faveur de solutions réformistes à la crise actuelle de ce système. Mais il est d'autre part l'une des meilleures cartes du régime contre le Congrès national africain (ANC) et contre le mouvement de masse qu'il combat au nom d'une « identité nationale zoulou » et de l'anticommunisme. L'Inkatha prend au Kwazulu la forme des partis uniques africains. Mais ses forces ne peuvent opérer que sous le contrôle bienveillant du régime raciste. Ce mouvement a donné naissance à une couche d'affairistes capitalistes zoulous qui cherchent à s'intégrer peu à peu à la vie économique du Natal.
L'Inkatha est donc un grave danger pour le mouvement de masse dans cette région. Cette formation dispose d'une base non négligeable parmi une partie de la population zoulou et cette situation impose aux différentes organisations qui luttent contre l'apartheid un effort particulier de structuration et de vigilance face à ce phénomène, comme le souligne d'ailleurs l'article consacré aux affrontements entre l'Inkatha et l'UDF.
Les deux articles que nous publions permettent donc d'illustrer deux aspects particuliers de la lutte anti-apartheid dans le Natal, région qui, comme chacune des autres régions d'Afrique du Sud, connaît une situation et une histoire spécifiques. Ainsi, les lois de l'apartheid ont-elles établi que la zone de Durban, la capitale régionale du Natal, était une zone préférentielle pour l'embauche des Indiens. On y trouve par conséquent un fort prolétariat indien à côté d'une classe ouvrière africaine majoritairement composée de Zoulous et de Xhosas, ces derniers venant des bantoustans du Transkei et du Ciskei. Le Natal est donc une région où la question de l'unité entre les diverses composantes ethniques est la plus difficile et partant la
plus préoccupante. En août 1985 ont d'ailleurs eu lieu des affrontements entre Zoulous et Indiens et, le 25 décembre dernier, éclata une véritable bataille rangée entre ces deux groupes, qui fit de nombreux blessés. Le bantoustan du Kwazulu est constitué de plusieurs poches territoriales tout autour de
Durban, favorisant ainsi le contrôle des townships zoulous par l'administration de Buthelezi.
Durban elle-même est une ville où réside une large petite bourgeoisie et un petit patronat indiens. D'autre part, l'essentiel de la grande industrie de la région se concentre dans les
Yunus CARRIM
Le boycott le plus efficace des commerces blancs par des consommateurs noirs en dehors de la région du Cap oriental fut sans doute celui organisé à Pietermaritzburg. Il était centré spécifiquement sur des revendications locales : la réintégra-
950 travailleurs licenciés de l'entreprise de BTR Sarmcol à Howick et la signature d'un accord de reconnaissance de leur syndicat, le Syndicat des ouvriers de la métallurgie et des secteurs assimilés (MAWU). Lancé le 15 août 1985 et terminé le 26 septembre, ce boycott n'a pas réussi à atteindre ces objectifs.
Mais il a montré à de très larges secteurs de la société blanche de Pietermaritzburg la puissance des consommateurs noirs.
Une enquête menée par la Chambre de commerce de Pietermaritzburg révéla qu'au cours des deux premières semaines du boycott, les commerces blancs ont connu une chute de 60 % à 70 % de leur chiffre d'affaires. Cette chute a varié suivant le type de commerce et l'endroit.
Même John Orr's et The Hub, qui ne dépendent pas beaucoup d'une clientèle noire, ont reconnu avoir eu une chute de
15 % de leur chiffre d'affaires lors de cetdes magasins supermarchés ont refusé de répondre aux questions des enquêteurs et les ont renvoyés à leur siège social, lesquels n'ont pas donné de réponse définitive.
Un porte-parole du MAWU a déclaré qu'un comité de surveillance estimait que le taux de boycott des commerces blancs variait entre 30 % et 90 %. Des grands supermarchés situés dans la zone de résidence indienne ont indiqué une augmentation de leur chiffre d'affaires d'une moyenne de 25 %.
merces indiens situés dans le quartier à prédominance blanche du centre d'affaid'autres situés dans le quartier indien du centre ville se sont plaints d'une diminution de leurs recettes du fait du boycott qui tenait les consommateurs à l'écart de la ville même.
Malgré le peu de précision de ces informations, le boycott fut effectif dant au moins trois semaines. Ensuite il s'effilocha avant d'être abandonné officiellement au bout de la sixième semaine.
Les organisations qui appuyaient ce boycott ont commencé envisager d'y mettre fin à la quatrième semaine de
Le mouvement de soutien au boycott a ses origines dans la campagne soutenue qui, pendant les trois mois et demi précéa été menée par des syndicats et des organisations communautaires pour res. que la lutte des travailleurs de Sarmcol aboutisse à la victoire.
LE CONFLIT DE SARMCOL Le 30 avril, 950 membres du MAWU ont commencé une grève à BTR Sarmcol à Howick à 20 kilomètres de Pietermatermes d'un accord de reconnaissance du leurs en grève étaient licenciés. Au cours d'un rassemblement, ils ont appelé à un tous les commerces blancs de Howick à partir du 6 mai. L'objectif était de faire en sorte que les commerçants Blancs fassent pression sur Sarmcol pour réintégrer les travailleurs licenciés et re-
A Howick, le propriétaire d'un supermarché enregistra une chute de 50 % de ses recettes dans les deux premiers jours du boycott. Un commerce a dû fermer et plusieurs autres étaient menacés du même sort. Un des commerçants de la ville a supplié les grévistes au cours d'un de leur rassemblement de ne pas le considérer comme un Blanc et contribua de 200 rands à la caisse de la grève. Des hommes d'affaires se sont plaints que des Blancs des zones périphériques avaient peur de venir en ville.
Le boycott a réussi parce que Howick est une petite ville avec une communauté noire unie et une forte présence MAWU. Les travailleurs de Sarmcol constituent un pourcentage important de la force de travail dans la ville et les commerces blancs dépendent fortement de la direction de Sarmcol refusa d'attitude et embaucha des jaunes venus de Pietermaritzburg et de ses
Les travailleurs ont alors porté la lutte à Pietermaritzburg, rencontrant des groupes de chrétiens pour organiser un soutien matériel et politique. Des démarches ont été faites en direction de commerçants Noirs et surtout Indiens, auxquels il a été demandé une aide en argent et en marchandises. On leur a demandé par exemple de fournir des aliments de base au fonds de soutien à la grève à des prix raisonnables. La réponse fut positive.
La population de Pietermaritzburg a été amenée à se rendre compte de la lutte des travailleurs de Sarmcol lorsque pendant les heures d'affluence dans les magasins, le samedi 29 juin, un convoi de dix cars de grévistes a complètement bloqué la circulation dans les rues principales de la ville. Des affiches, des tracts et des autocollants ont été distribués pour explisecteurs de la chimie et du textile. C'est en 1973 qu'éclata à
Durban un grand mouvement gréviste qui devait inaugurer une nouvelle ère pour le syndicalisme noir et pour les luttes ouvriè-
Douze ans après, c'est encore dans cette ville que s'est tenu, le 30 novembre 1985, le congrès de fondation de la COSA-
TU, fédération syndicale unifiée (cf. Inprecor numéro 209 du
16 décembre 1985). Tout cela atteste des particularités du Natal, mais aussi de l'importance de cette région pour la lutte révolutionnaire dans toute l'Afrique du Sud.
quer la lutte et lancer un appel contre l'utilisation des jaunes par la direction de
Le 6 juillet, devant un rassemblement de 2000 personnes, représentants d'organisations communautaires et syndicales ont appuyé une l'organisation d'une grève d'une journée si la Chambre de commerce de Pietermaritzburg n'obligeait pas la Sarmcol à négocier avec le
MAWU. La Chambre de commerce ne l'a pas fait et la grève a eu lieu le 18 juillet.
Environ 92 % des travailleurs africains et
70% de tous les travailleurs, y compris des Blancs, y ont participé. Les écoles dans les townships furent boycottées et
80 % des commerces noirs étaient fermés.
La direction de Sarmcol ne bougeait toujours pas. Les syndicats et les organisations communautaires ont alors discuté de la proposition de la FOSATU d'organiser un boycott des commerces blancs. A cause de cette menace et de la réussite de la grève, le maire et la Chambre de commerce ont invité le MAWU et des organisations communautaires à une réunion commune. Là, le MAWU fut critiqué pour avoir organisé la grève et fut invité à ne pas étendre la lutte à Pietermaritzburg. Des représentants de la Chambre de commerce déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas peser sur la Sarmcol pour qu'elle rencontre le syndicat, mais acceptèrent de faire un effort pour organiser une réunion entre le MAWU et cette société. Cette la Sarmcol a rejeté toutes les propositions du MAWU. Le boycott a donc commencé.
LA DISCUSSION DES TACTIQUES
L'élan en faveur du boycott a été la conséquence des mois de lutte qui l'ont précédé. Il a été impulsé par les affrontements violents qui eurent lieu entre les masses et la police d'un côté et entre les grévistes et les jaunes de l'autre, cours desquels il y a eu trois morts et des dizaines d'arrestations. Cinq grévistes ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu'à un an pour « intimidation violente ». D'autres cas devront passer devant les tribunaux.
Il faut encore ajouter à cet élan la l'état d'urgence par le régime raciste, le boycott national des commerces blancs proposé par l'UDF, la mort de Victoria Mxenge, un boycott des écoles et une jeunesse défiante et comba-
Le but du boycott a été discuté. Les syndicats et l'Union démocratique des peuples africains d'Afrique australe
(APDUSA) soutenaient un boycott centré sur la question de la lutte à Sarmcol (1). L'UDF et ses affiliés pensaient que la fin de l'état d'urgence devait être inclue en tant que revendication immédiate de cette action afin de refléter l'état d'esprit combatif des townships. L'UDF s'est également battue pour que soit inclue une revendication pour la libération de tous les détenus y compris ceux arrêtés au cours de la grève. D'après l'UDF, ces questions ne pouvaient pas être séparées et inclure de telles revendications signifiait lier les luttes syndicales aux mobilisations politiques. L'UDF déclarait que pour mobiliser le maximum de soutien, il fallait inclure des revendications susceptibles de trouver une audience parmi les plus larges secteurs de la population.
Les syndicats ont répondu que si la question de l'état d'urgence était liée à celle de la Sarmcol, la direction de cette pourrait répondre que même les travailleurs licenciés étaient réintégrés, le boycott se poursuivrait jusqu'à ce que l'état d'urgence soit levé. La direction de l'entreprise affirmerait alors qu'il fallait faire pression sur le gouvernement plutôt que sur la Sarmcol. Le MAWU pensait également que la lutte de Sarmcol se trouvait dans une étape décisive et qu'il fallait intensifier les efforts, car la direction montrait des signes de faiblesse. Le MAWU soulignait qu'il reconnaissait que l'état d'urgence était une question majeure, mais qu'il fallait une stratégie nationale coordonée pour le combattre. Des syndicats étaient en train de discuter d'une action nationale à cet effet et les syndicats locaux n'avaient aucun mandat pour décider de façon unilatérale d'appuyer un boycott sur une question d'ampleur nationale.
Le MAWU avançait l'idée suivant laquelle c'était la dynamique locale qui devait dicter les termes du boycott. « La façon spécifique par laquelle nous combattons l'état d'urgence, c'est au travers de la lutte de la Sarmcol », déclara un responsable syndical.
COMPROMIS
Il y eut un compromis entre les syndicats et l'UDF autour de la décision de lancer un boycott de consommateurs qui serait centré sur les revendications des travailleurs de la Sarmcol pendant les dix premiers jours. Au bout de ce temps, la veau pour voir si la revendication de la levée de l'état d'urgence et des autres questions qui lui étaient liées devaient être ajoutées. Le boycott était fixé au 15 août et aucune date n'était envisagée pour sa
Les organisations qui se sont engagées à soutenir le boycott étaient les sui-
: la FOSATU ; le Syndicat des travailleurs du commerce (CCAWUSA) ; le syndicat général GWU ; l'UDF et ses affiliés, surtout le Conseil des étudiants d'Afrique du Sud (COSAS), le Congrès indien du Natal (NIC) et diverses organisations de jeunes et de citeyens ; le Syndicat national de l'éducation d'Afrique du
Sud (NEUSA) ; le Comité de soutien aux détenus (DESCOM) ; APDUSA ; le Mouvement des étudiants azaniens (AZASM) ; l'Organisation des Avocats pour la démocratie ; l'Association pour le progrès rural (AFRA) ; et la Société culturelle de la jeunesse de Pietermaritzburg.
Environ 70000 tracts et 30 000 autocollants en anglais et en zoulou furent imprimés pour lancer le boycott des commerces blancs. Des démarches ont été effectuées en direction de commerçants Noirs, qui ont été informés du boycott et auxquels il a été demandé de ne pas en profiter pour faire des bénéfices démesurés. La réponse a été positive.
Un comité de surveillance a été mis en place avec des représentants des syndicats et des organisations communautaires. Il dirigeait le boycott dans le cadre des mandats donnés par des réunions hebdomadaires entre les syndicats et la communauté. Les décisions prises par les assemblées du conseil de délégués d'atelier de la FOSATU ont fourni une orientation pour ces réunions communes.
Plusieurs organisations communautaires se sont plaintes de ne pas avoir été consultées correctement au cours de la préparation de la grève, mais des consultations systématiques sur le boycott entre les syndicats et ces organisations ont aidé à apaiser ces tensions.
LE BOYCOTT S'ÉTEND
Pietermaritzburg est une ville relativement petite et la plupart des commerces blancs sont situés dans un quartier d'affaires au centre de la cité. Il existe aussi un nombre considérable de commerces noirs qui n'égalent pas les commerces blancs ni par la qualité de leurs produits
Le 24 août 1985 un rassemblement de 2 500 personnes approuvait la poursuite du boycott centré sur la question de Sarmcol. Le 2 septembre, essentiellement à l'initiative de la FOSATU et d'au-
La révolte d'un peuple opprimé et exploité. (DR) tres syndicats, des boycotts étaient lancés à Durban, Pinetown et Hammarsdale en opposition à l'état d'urgence et sur d'autres questions. Ces boycotts n'ont pas repris les revendications des travailleurs de Sarmcol. Il s'est avéré par la suite que le boycott de Pietermaritzburg n'intégra jamais les revendications touchant à l'état d'urgence. Mais comme d'autres branches syndicales du Natal l'avaient fait, la population faisait probablement le lien entre le boycott de Pietermaritzburg et l'état d'ur-
Le boycott à Durban semble avoir été le moins efficace, mais ceux de Hammarsdale et surtout celui de Pinetown ont manifestement réussi. La crise d'Inanda, organisations progressistes des townships ainsi que la série d'arrestations de militants ont contribué à limiter la réussite du boycott à Durban, qui a été annulé le 6 octo-
Au moment de l'appel au boycott à Durban, celui de Pietermaritzburg faiblissait déjà. Après le rassemblement du 24 août, il n'y a plus eu de tentative de le consolider. Il n'y avait plus d'argent et les organisations communautaires des townships étaient désorientées. ments avec la police et la nécessité d'éviter l'arrestation gênaient les militants. Enfin les heurts avec l'Inkatha ont fait de nombreuses victimes. Beaucoup de militants ont fui leur domicile et il était devenu impossible de mener une campagne ouverte pour le boycott dans ces conditions.
L'Inkatha n'était pas prête à soutenir le boycott parce qu'elle n'avait pas été
1. L'APDUSA est l'une des petites organisations 'nées de l'éclatement de l'Unity Movement (Mouvement pour l'unité) à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Il semble que l'organisation dont il est question dans l'article, à savoir l'APDUSA du Natal, se soit intégrée au sein du Nouveau mouvement pour l'unité (NUM), organisation plus large apparue ces derniers mois.
consultée, mais elle proclamait sa sympathie avec les travailleurs de Sarmcol, et déclarait que le boycott constituait une stratégie non violente légitime et puissante, mais que ce n'était toutefois pas le moment d'agir ainsi. L'Inkatha déclarait qu'il fallait qu'un boycott soit préparé et coordonné au niveau national jouisse d'un soutien majoritaire.
La Chambre de commerce d'Inyanda, une organisation d'hommes d'affaires affiliée à l'Inkatha, manifesta son opposition au boycott d'une façon virulente. Son président, P. G. Gumede, « déclara la guerre » à la FOSATU et appela l'Inkatha de Pietermaritzburg à « écraser » le boyencourageait les consommateurs à « venir en masse » au centre ville le samedi 28 septembre en les assurant que l'Inkatha les protégerait contre « l'intimidation ». Gumede affirmait que le chef Buthelezi, président du bantoustan du Kwazulu, avait déclaré que le fait que la FOSATU persistait dans ce boycott constituait un défi à l'Inkatha et à sa
Le président de l'Inkatha de Pietermaritzburg et le secrétaire de l'Inyanda se sont dissociés des déclarations de Gumede. Mais le secrétaire local de la Chambre de commerce d'Inyanda avait annoncé auparavant qu'elle ne soutenait pas le boycott.
profitait selon lui aux commerçants Indiens mais pas aux Africains.
Un tract sorti en commun par le Conseil municipal de Pietermaritzburg, la Chambre de commerce et l'Afrikaanse Sakekamer fut largué d'avion dans les townships africains. Titré « Les boycotts vous sont nuisibles », ce tract expliquait que les boycotts « sont néfastes pour vous et pour votre famille », car ils font partir les commerces et conduisent à des augmentations de prix et au chômage. Dans quatre de ses éditoriaux sur une période de sept semaines, le Natal Witness se fit l'écho de ces mêmes sentiments et suggéra plusieurs reprises que l'intimidation était un élément permanent de ces actions de boycott.
LA FIN DU BOYCOTT Après deux semaines de discussions, le boycott fut annulé le 26 septembre. Les organisations qui l'avaient soutenu soulignèrent qu'elles n'avaient pas cédé devant les menaces de Gumede. Au cours des discussions, des travailleurs syndiqués au CCAWUSA ont signalé que le patronat les avait menacé de licenciement si le boycott se prolongeait. Ils proposèrent d'arrêter le boycott et d'organiser une autre grève dans laquelle les syndiqués du CCAWUSA ne seraient pas les cibles de la répression patronale. Mais déjà le boycott commençait à s'effilocher et il n'y avait aucun signe que la direction de la Sarmcol soit prête à céder.
Au cours d'une réunion, le 19 septembre, la plupart des syndicalistes proposèrent l'abandon du boycott. L'UDF pensait que cela découragerait ceux qui menaient le boycott dans d'autres zones et proposa de le relancer. Les syndicats prétendaient que c'est la dynamique locale de l'action qui devait déterminer la poursuite ou l'arrêt du boycott. Mais il fut demandé à l'UDF d'examiner la possibilité de financer les tracts nécessaires et de s'investir dans la campagne avec plus d'énergie. A la réunion suivante, le 24 septembre, l'UDF était d'accord avec les autres organisations pour annuler le boy-
30 000 tracts ont été distribués pour informer la population de la fin du boycott. Ce tract fut reproduit sous forme d'encart publicitaire dans le Natal Witness. Il déclarait que, « le boycott a atteint un de ses principaux objectifs : attirer l'attention sur la lutte des travailleurs de la Sarmcol. Sa prolongation serait d'aucune utilité. Au bon moment nous déciderons de relancer le boycott si nous considérons que c'est dans l'intérêt des travailleurs de la Sarmcol ».
Des commerces blancs ont été affectés par le boycott et ont effectivement exercés des pressions sur la Sarmcol pour que cette société négocie avec le MAWU. Mais la direction de la Sarmcol resta intransigeante. La Chambre de commerce de Pietermaritzburg déclara que le boycott lui avait fait comprendre « le besoin d'un dialogue et d'une négociation renforcés sur la situation socio-économique » avec des organisations soutenues par la
Le boycott comportait aussi des leçons pour ses organisateurs. Il était manifestement important de s'entretenir avec des commerçants noirs sur des questions pratiques, comme la nécessité d'avoir un stock suffisant de marchandises adaptées aux besoins des consommateurs. Car le fait que les commerçants noirs n'égalaient pas les commerces blancs ni par le choix des produits ni par leurs prix a contraint les consommateurs à des sacrifices considérables.
Pour réussir, un boycott de consommateurs doit conserver un appui étendu.
ce qui implique le maintien d'un équilibre délicat entre des intérêts concurrents, et ce, encore plus que pour d'autres campagnes populaires. Les possibilités de donner un contenu ouvrier à une campagne de boycott des commerces blancs sont limitées. Parce que les travailleurs, surtout ceux du secteur du commerce, sont les plus vulnérables dans une telle alliance de classe : leurs emplois sont en danger et ils sont moins capables de supporter un boycott sur le long terme. En plus, ce sont les femmes de la communauté supportent le gros des conséquences matérielles d'un tel boycott.
Mais le fait qu'à Pietermaritzburg, les syndicats et le Congrès, ainsi que les traditions de l'Unity Movement et de la Conscience noire, aient pour la première fois réussit à faire l'unité, constitue un précédent positif. Le boycott à Pietermaritzburg a fourni l'occasion d'échanges démocratiques entre une série d'organisations très variées. Il y avait des tensions. Les syndicats laissaient entendre que le soutien apporté au boycott par des orcommunautaires verbal que pratique. Ces dernières avaient de leur côté l'impression que les syndicats exerçaient un contrôle trop rigide, sans leur laisser l'espace pour agir de la façon la plus efficace. Mais chacun comprend maintenant les dynamiques, les forces et qu'ils aient respectivement des exigences plus réalistes les uns vis-à-vis des autres dans les luttes qu'ils vont mener ensemble à l'avenir.
La question centrale, du point de vue à la fois politique et organisationnel, qui ressort de cette expérience est sans doute celle des rapports entre les syndicats et les organisations communautaires.
Yunus CARRIM, Work in Progress numéro 39, novembre 1985