Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE MAURICE

Les élections municipales et la campagne de l'OMT-FNAS

Inprecor n° 212, 3 février 1986 · p. 28 · 1 248 mots

ILE MAURICE Les élections municipales

Get la campagne de l'OMT-FNAS Les élections municipales du 8 décembre 1985 ont été un affrontement d'ampleur national. D'abord, qu'elles constituaient un d'essai pour les formations en lice en prévision des législatives qui devraient normalement avoir lieu en 1988. Ensuite, parce qu'elles donnaient l'occasion d'un vote sanction contre la politique du régime et l'orientation de l'Alliance gouvernementale qui réunit le Mouvement socialiste mauricien (MSM) du premier ministre Aneerood Jugnauth, défenseur des intérêts de la fraction hindoue de la bourgeoisie, le Parti mauricien social démocrate (PSD) du vice-premier ministre Gaétan Duval, grand admirateur de la très raciste République d'Afrique du Sud et défenseur traditionnel des intérêts de la bourgeoisie sucrière franco-mauricienne, et un regroupement d'anciens membres du Parti travailliste (PT) exclus pour leur participation à la coalition gouvernementle. Le Parti travailliste qui se remet difficilement de la crise ouverte par son échec électoral cuisant de 1982, se présentait quant à lui comme une force d'opposition dans ces consultations électorales de manière à redorer son blason.

Seul pourtant le MMM apparut à un niveau de masse comme la formation d'opposition au régime actuel. Ce qui lui permit de remporter les cinq municipalités en jeu. Pourtant le MMM de 1985 n'est plus celui qui, vers la fin des années 1970, prônait encore « la lutte de classe contre la lutte de race ». Après un passage au gouvernement en 1983 dans le cadre d'une coalition avec un parti bourgeois membre de l'Alliance, MMM a connu une très nette évolution politique à droite. Ce recentrage impulsé par la direction du MMM s'exprima, lors de la participation gouvernementale de ce parti, dans les multiples compromis passés avec le grand capital sucrier et les institutions internationales dont les recommandations furent scrupuleusement suivies Paul Bérenger, leader du MMM et ministre des finances de l'époque. Cela provoqua une impordésorientation dans les rangs des masses populaires qui avaient voté très

Men faveur d'un véritable changement de politique.

La désorientation des masses face à ce volte-face du MMM, à son évolution électoraliste et à la campagne communaliste lancée par Aneerood Jugnauth, accrut encore la division des rangs ouvriers et populaires suivant des contours communautaires (communalisme). Le niveau de conscience politique produit direct de l'offensive politique de l'Alliance gouvernementale et de l'absence d'alternative proposée par le MMM. Ce dernier en eifet n'a pas d'autre orientapro-impérialiste à mettre en avant. A l'île Maurice, la démagogie et le clientèlisme communalistes trouvent un terrain prédilection pour leur développement du fait que la bourgeoisie est scindée en fractions recoupant des appartenances communautaires diverses et que les masses laborieuses sont, elles aussi, divisées entre les petits planteurs en majorité hindous et les prolétaires urbains surtout créoles.

Le poids du communalisme a joué à plein lors de la récente campagne municipale. A cette pratique gouvernementale courante, le MMM s'était globalement refusé jusqu'à ces dernières années à répondre sur le même terrain. Il n'en a pas été de même lors de ces élections municipales où l'on a entendu Paul Bérenger demander aux « minorités persécutées par le gouvernement de s'en souvenir à l'heure du vote ». C'est d'ailleurs sur cette même base que le PT a appelé à voter pour certains candidats du MMM, notamment Cassam Uteem, en raison de « son soutien dans la défense des intérêts de la communauté musulmane à l'Assemblée législative ».

Ce contexte de manipulation des ré flexes communautaires minoritaires (créoles, musulmans) en opposition à la communauté majoritaire hindoue, dont l'actuel premier ministre se prétend le défenseur, a largement dénaturé la victoire électorale du MMM. Celui-ci a remporté certes toutes les municipalités et même 19 des 20 circonscriptions électorales, mais il n'en reste pas moins, comme l'écrit un tract de l'Organisation militante des travailleurs (OMT-FNAS), qu'une « situation politique malsaine se précise ». Ce document, qui tire le bilan des élections, affirme notamment : « L'île Maurice est scindée en deux blocs communautaires. Le MMM a raflé l'électorat du PMSD à Beau-Bassin et à Curepipe et prend le

Men même temps de toutes les municipalités. Mais sur quelle base ? Les élections générales de 1976 et 1982 ont été faites sur une base de classe. Mais les municipales du 8 décembre ont été faites sur une base de race. Le MMM a réussi à souder une fraction de la classe ouvrière, de la classe moyenne et de la classe bourgeoise liée directement aux intérêts du sucre, par une stratégie communale d'alliance des minorités. L'Alliance (gouvernementale, ndlr.) a de son coté ioué avec la même formule dans la consbloc communaliste dit de la "majorité" soudant une autre section de la classe ouvrière, de la classe moyenne et de la bourgeoisie d'Etat ».

C'est dans ce contexte de division du mouvement ouvrier et populaire sur des bases communalistes qu'a pris toute sa signification la participation de candirévolutionnaires ces élections municipales. L'OMT-FNAS a présenté des listes dans quatre circonscriptions correspondant à ses principaux secteurs d'implantation. Elle a tenu environ cinquante meetings qui ont réuni près de 200 personnes pour les réunions de quartier et jusqu'à plus de 600 pour les meetings centraux. Un accord de répartition des circonscriptions avait été passé avec Lalit, une autre organisation qui se situe à la

Pour l'OMT-FNAS, il s'agissait, comme cette organisation son manifeste électoral, de proposer un « vote de sanction contre la politique économique et la stratégie de développement pro-capitaliste du gouvernement de l'Alliance », mais aussi « un vote contre le projet de développement économique du MMM » et « contre l'austérité, qu'elle soit étiquettée de gauche ou de droite ».

L'OMT-FNAS concevait sa campagne électorale comme un moment important pour renforcer son implantation surface notamment en développant des bases locales du Front national anti-souffrance (FNAS), son front de masse. Sur point, le résultat est encourageant, plusieurs locaux du FNAS et qu'environ jeunes nouveaux militants ont été recru-

Le problème qui se pose d'hui à ce courant est la stabilisation de son recrutement et le déploiement d'une intervention du FNAS autour d'un thème de campagne dans les mois à venir.

En attendant, ces militants ont su faire preuve d'imagination dans la campagne pour contrebalancer l'inégalité de moyens financiers par rappport aux autres partis politiques. Ainsi dans les circonscriptions où l'OMT-FNAS avaient des candidats, du porte-à-porte a été fait pour présenter les orientations et le symbole de ces listes intitulées « dimunn » (ti-dimmun signifie en créole, les petites gens). Le journal Week-end du 8 décem bre rappporte l'initiative de fin de campagne des militants de l'OMT-FNAS en ces termes : « A l'instar des deux grands blocs qui s'affrontent dans les municipales d'aujourd'hui l'OMT et le FNAS ont organisé un défilé, hier, pour marquer leur présence dans ces élections. Six voitures remplies de militantes et militants OMT-FNAS, une centaine de cyclistes et quelques motocyclistes ont défilé de la route Berthaud, à Quatre Bornes, jusqu'à Port Louis, rayonnant particulièrement dans les cités et les quartiers popu laires (...) Les slogans appelaient l'électorat à voter pour une alternative "tra-

, contre la politique capitaliste, l'Alliance MSM-PMSD que par le MMM

"ti-dimunn", des "dimunn mizer" (miséreux, ndlr.) et des petits planteurs. Un défilé original par sa conception qui illustre la force et les moyens réels des deux mouvements ainsi que le rôle qu'ils entendent jouer dans la présente joute ».

Les résultats électoraux des listes OMT-FNAS sont tout à fait encourageants. Le panachage étant possible, les candidats des différentes listes de l'OMT-FNAS obtiennent des résultats différents.

suffrages exprimés circonscription et 2,4 % dans une autre. Quatre Bornes avec 2,5 % des suffrages. •

Une erreur sur cette page ?