Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

La création du COSATU : une étape nouvelle dans le développement du mouvement syndical indépendant

· Inprecor n° 213, 17 février 1986 · p. 3-6 · 3 572 mots

Syndicalisme Afrique australe

A création d'une centrale syndicale unitaire, le Congrès

L de sy orat on et tin (C 9, 10 notentie contrece de fondation a eu lieu les 29, 30 novembre et ler décembre 1985 à Durban, marque la fin d'une étape dans le renouveau du mouvement syndical indépendant, celle de l'apparition, de manière éclatée, de syndicats indépendants et de leurs débats pour opérer leur fusion (1). Avec la formation d'une fédération de 500 000 adhérents, c'est une nouvelle situation qui voit le jour, le mouvement syndical changeant véritablement de physionomie. Le congrès de fondation

COSATU a constitué un pas important, et pas seulement symbolique, vers l'unité. Mais c'est maintenant que vont se discuter au sein de la super-fédération syndicale et que devront se trancher de très importantes questions d'ordre organisationnel

Peter BLUMER

Tout cet ensemble de problèmes ne se résoudra pas en un jour. La discussion sera longue et complexe. Jusqu'à la fondation du COSATU, chaque composante syndicale avait construit son organisation suivant son propre projet particulier autour duquel était regroupée chaque direction de ces syndicats. Maintenant, ces différentes conceptions se retrouvent dans la même organisation. La question de la démocratie interne ne sera donc pas le moindre des problèmes (2). Mais le plus compliqué, du moins sur le court terme, risque d'être pour le COSATU d'obtenir une certaine cohésion d'ensemble, nationale, de l'intervention de tous ses syndicats de branche. La chose ne sera peutêtre pas aisée. Il reste enfin deux autres questions en suspens. Celle, d'abord, du

Conseil des syndicats d'Afrique du Sud

(CUSA) et de la Confédération azanienne des syndicats (AZACTU), qui ne sont pour le moment pas partie prenante du

COSATU (cf. encart). Celle, ensuite, de certains syndicats issus de la tradition du

Conseil syndical d'Afrique du Sud (TUC-

SA) - le mouvement syndical blanc corporatiste qui a sous sa direction des syndicats « parallèles » noirs -, qui se détachent de cette dernière et se montrent intéressés à intégrer le COSATU.

UNE FUSION

QUI N'EST PAS ACHEVÉE

Beaucoup d'observateurs ont cherché à montrer que ce processus unitaire était dominé par une certaine concurrence entre deux traditions, celle de la Fédération des syndicats sud-africains (FOSA-

TU), et celle des syndicats membres de l'UDF. Il est en tout cas certain que ces deux courants se sont jusqu'à présent comportés de manière très différente sur

La création du COSATU

Une étape nouvelle dans le développement du mouvement syndical indépendant

Get politique. Front démocratique uni (UDF), etc. un certain nombre de questions politiques. Les syndicats généraux membres de l'UDF vont devoir se segmenter en différentes branches d'activité industrielles, afin de s'engager dans les fusions par in-

Alors que la FOSATU a principalement développé son implantation dans les secteurs de l'industrie où le degré de concentration de la classe ouvrière était assez élevé, les syndicats liés à l'UDF ont privilégié, quant à eux, les services. La base de la FOSATU a donc plutôt tendance à être constituée par la fraction ouvrière la plus stable. Cela n'empêche évidemment pas que la répression antisyndicale patronale puisse, en utilisant les lois de l'apartheid, rendre également précaire l'emploi de cette catégorie de travailleurs, comme ce fut notamment le cas lorsque la direction de l'entreprise semi-publique SASOL licencia des milliers de grévistes et de syndicalistes en 1984 (3). Au contraire, la base des syndicats liés à l'UDF correspond à des branches d'activité où la précarité de la condition ouvrière, et parfois aussi la dispersion des travailleurs, est généralement plus grande.

Les branches où les syndicats de la FOSATU étaient les plus importants sont l'automobile, la chimie, la métallurgie, le papier, le textile et les transports. Pour l'ensemble de ces secteurs, les syndicats de la FOSATU comptaient un total de 111 500 membres à la veille de la création du COSATU. Les syndicats liés l'UDF disposaient, quant à eux, majorité syndicale chez les travailleurs agricoles, dans les services de santé, dans les secteurs du chemin de fer, construction, des emplois domestiques, des postes et des services de nettoyage, avec un total de 43 400 membres.

Enfin, les branches d'activité où la tradition syndicale majoritaire ne se rattaà la FOSATU ni aux organisa-

En ce qui concerne la question organisationnelle, il va falloir maintenant que se concrétisent les fusions par branches d'activité, afin que se constitue, comme prévu, un seul syndicat national par industrie. Il faudra donc que se fondent dans un même creuset différentes méthodes de travail, ainsi que les traditions de chacune des composantes de ce processus uni-

En ce qui concerne les questions d'ordre politique, le CO-

SATU et chacun de ses syndicats devront déterminer leurs positions sur des questions aussi importantes que l'investissement syndical dans les campagnes politiques, les relations avec les as sociations civiques (civies associations), les rapports avec le tions liées à l'UDF, sont celles des travailmunicipaux, avec principalement l'Association des travailleurs municipaux de la ville du Cap (CTMWA), avec 11 000 syndiqués, celle des travailleurs du commerce, où domine le Syndicat des travailleurs du commerce, et des métiers annexes (CCAWUSA), avec

50 000 membres, celle des travailleurs de l'alimentation, où le plus gros syndicat, celui de l'Alimentation et de la conserverie (FCWU), compte 26 800 membres, et enfin le secteur des travailleurs des mines, où le Syndicat national des mineurs

(NUM) revendique 180 000 syndiqués.

Ceci donne un premier aperçu. Mais il faut encore nuancer, selon les cas. Ainsi, le Syndicat des ouvriers agricoles

(FWU), qui se réclame de l'UDF et qui

1. Sur le débat concernant le processus d'unification syndicale se reporter au dossier paru dans Inprecor numéro 125 du 3 mai 1982 et aux articles qui ont été publiés dans les numéros 175 du 11 juin 1984 et 209 du 16 dé-

2. Les structures prévues pour l'enracinement démocratique du COSATU comprennent une coordination à la base dans le cadre de conseils de délégués d'ateliers (shop stewards) qui réunissent les différents syndicats au niveau local. Les représentants de ces conseils de shop stewards se réunissent tous les quatre mois dans un congrès régional qui est doté d'un comité exécutif régional dont les réunions sont mensuelles.

Au de ce comité exécutif sein régional est assurée une représentation de tous les syndicats affiliés au COSATU. Au niveau national, un Comité central du COSATU, composé de deux représentants par syndicat affilié, dont un travailleur, se réunira tous les trois mois. Entre les rencontres de ce comité central, un comité exécutif national assure le fonctionnement de la centrale syndicale. Enfin, un congrès national est prévu tous les deux ans.

3. Sur le problème du licenciement des travailleurs de SASOL et de la réintégration grande partie d'entre après d'une eux une victoire du syndicat local, se reporter à Inprecor numéro 196 du 13 mai 1985.

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cherche à organiser les travailleurs des fermes, n'annonçait en août 1985 que 350 membres. On comprend cette faiblesse en se rappelant que les travailleurs agricoles en Afrique du Sud n'ont en principe pas le droit de se syndiquer. Par ailleurs, dans plusieurs branches d'activité il existe, à côté d'un syndicat dominant, d'autres organisations disposant d'une force substantielle rendant d'autant plus importante la question de la création d'une structure unique par branche d'industrie. Le de la taille des syndicats à relativiser selon les cas suivant le degré d'organisation à la base dont chacun d'eux s'est doté. La plupart des syndicats prennent d'ailleurs le soin de distinguer entre leurs membres, au sens large du terme, et les cotisants. Assez souvent, le second chiffre représente 40 % à 50 % du premier.

Les débats au sein du mouvement syndical sont loin de se terminer avec le congrès de constitution du COSATU. On en a eu un premier aperçu au cours des dernières réunions de préparation de ce congrès, lorsque le Syndicat de la métallurgie de la FOSATU, le MAWU, et le NUM, quittèrent la salle pour protester contre l'insistance de certains syndicats à demander qu'au niveau de la direction nationale fédérale de la future centrale unitaire, chaque syndicat, quelle que soit sa taille, ait droit à la même représentation. Au-delà du problème d'organisation et de démocratie, on retrouve en fait de très nets enjeux politiques.

Les différentes proclamations de soutien à la création du COSATU exprimées par les divers courants et groupes politiques sud-africains mettent en évidence ces enjeux: tout le monde comprend fort bien que la manière dont le COSATU se déterminera à l'avenir aura d'importantes conséquences pour les mouvements politiques. Dans un article saluant la création de la super-fédération, le Congrès sud-africain des syndicats (SACTU) a salué par exemple l'affiliation de quelques syndicats à l'UDF. Comprenant parfaitement ce que vont être les débats internes au COSATU, le même article explique que « le SACTU souligne pourtant qu'aussi longtemps que durera le régime oppresseur d'apartheid, sous lequel les syndicalistes qui militent ouvertement risquent d'être détenus sans procès, torturés ou assassinés par la police, et où ils sont confrontés à l'occupation de leurs townships et aux méthodes brutales dont se servent le régime et les patrons pour briser les grèves, il y aura toujours besoin du SACTU. Le SACTU continuera, au travers de ses structures clandestines, à guipar sa place au sein de l'Alliance du Congrès (ANC-SA), montre son engagement total à lutter pour la destruction du régime d'apartheid et pour l'application de la Charte de la liberté » (4).

Le message est clair. En d'autres termes, la création du COSATU doit relancer le débat sur les relations entre le mouvement syndical et le courant du Congrès national africain (ANC). Alors que par le passé on pouvait délimiter une ligne de partage entre syndicats sympathisants du courant chartiste, dont certains faisaient explicitement référence au SACTU, et syndicats défendant des positions indépendantes voire critiques vis-à-vis de l'ANC, aujourd'hui tout le monde est membre de la même organisation.

L'ENJEU DES DÉBATS

La création du COSATU ne doit pas simplement permettre l'addition des forces, elle doit favoriser un développement qualitatif de l'intervention ouvrière. C'est déjà ce qui ressort de la lecture des résolutions du congrès. Leur ligne générale est largement empreinte de positions anticapitalistes et anti-impérialistes, tout en partant des préoccupations économiques et démocratiques immédiates des travail-

Certaines de ces motions synthétisent et systématisent dorénavant un point de vue politique cohérent sur certaines questions. Par le passé, ces éléments de réponse n'apparaissaient que de manière disparate au fil des interviews de dirigeants syndicaux, des communiqués de presse et des déclarations de congrès. L'ensemble des résolutions du congrès de fondation du COSATU, que nous publions dans les pages qui suivent, forme donc un véritable programme d'action du mouvement syndical, ce qui est en soi un progrès im-

Certaines de ces résolutions annoncent d'autre part des tentatives d'élargir considérablement le champ d'intervention du syndicalisme indépendant. Le texte sur les bantoustans affirme que le COSATU est décidé à se construire à l'intérieur de ces réserves, alors qu'en général les administrations fantoches refusent d'y appliquer les lois du travail conquises par les travailleurs noirs dans le reste de l'Afrique du Sud. Dans les bantoustans du Ciskei ou du Bophuthatswana, aucun droit syndical n'est vraiment reconnu. Le COSATU a lancé un défi à ces « gouvernements », véritables pions au service de Pretoria.

Une autre résolution prend en compte l'existence de travailleurs immigrés venant des pays voisins et travaillant principalement dans les mines. Le COSATU annonce donc non seulement qu'il entend évidemment syndiquer ces travailleurs, mais qu'il veut aussi établir des relations avec des syndicats progressistes d'Afrique

Aussitôt dit aussitôt fait, le secrétaire général du COSATU, Jay Naidoo, a passé cinq jours, début décembre, à Harare, capitale du Zimbabwe, et y a rencontré les dirigeants du Congrès zimbabwéen des syndicats (ZCTU). Selon le Sunday Times, du Cap, Naidoo déclara à cette occasion que l'engagement du COSATU « à forger des liens avec des syndicats démocratiques africains doit être vu dans le contexte des sociétés multinationales qui opèrent à l'échelle du continent. La réunion avec le ZCTU doit donc être considérée comme étant la première d'une série de discussions avec des syndicats en dehors de l'Afrique du Sud ».

Il était évident que le COSATU chercherait, tôt ou tard, à mesurer ses posi-

4. Une version intégrale de ce message a été publiée dans Intercontinental press (New York) du 27 janvier 1986.

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COSATU L tions à celles de l'ANC. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, le poids particulier de l'ANC dans le mouvement de masse. Mais aussi le fait que dans cette nouvelle phase de la situation politique - dans laquelle beaucoup de gens, à commencer par les patrons des grandes entreprises capitalistes, expliquent qu'il faut négocier avec l'ANC et, pour certains, se rendent à Lusaka pour discuter avec la direction de ce mouvement —, les syndicats ne pouvaient pas être en reste.

LES RAPPORTS AVEC L'ANC D'autre part, dans la mesure où cette question du rapport au courant chartiste va demeurer une question politique interne conflictuelle dans le COSATU, l'attitude de la direction de la super-fédération syndicale peut être de prendre le problède front, sans argument dilatoire. C'est sans doute pourquoi Jay Naidoo profita de son voyage à Harare pour rencontrer des dirigeants de l'ANC et du SACTU. Selon le Cape Times, il devait au passage déclarer qu'il « était évident que les représentants d'organisations extérieures à l'Afrique du Sud étaient d'accord sur la nécessité pour le COSATU d'unir tous les travailleurs, tout en restant indépendant et responsable en regard des besoins et des aspirations de la classe ouvriere, comme cela s'exprime au travers de sa direction et des structures du COSATU ». Ceci est d'abord une réponse à Gatsha Buthelezi, chef du bantoustan du Kwazulu, qui venait d'affirmer que le COSATU était un « nouveau front » de l'ANC et qui avait demandé aux travailleurs zoulous de quitter cette fédération. Mais cela peut aussi être compris comme une réponse à l'appel du pied du SACTU pour que le COSATU devienne le lien entre le mouvement syndical et l'ANC.

semble que le COSATU veuille lancer aussi vite que possible un syndicat pour les travailleurs agricoles, qui sont au nombre de 1.5 million dans ce pays. Mais comme le note le Sunday Times, « le COSATU pourrait se trouver empêtré dans une toile de problèmes légaux, principalement parce que les travailleurs agricoles n'ont aucun accès à des mécanismes de négociation légaux ni de protection contre les licenciements ». En plus d'être exclu de l'actuelle législation du travail, ces travailleurs n'ont pas accès au fond d'indemnité de chômage. Leurs salaires commençent à 60 rands par mois pour les plus qualifiés (200 francs), mais peuvent être de 40 rands (132 francs) pour d'autres catégories dans certaines

L'opération de syndicalisation de cetAmbiance de fête au lancement du COSATU. (DR)

000 te catégorie ouvrière très particulière ne sera pas une chose simple ni dénuée risques. Mais la syndicalisation même partielle des travailleurs agricoles changerait profondément les données de la situation sociale, dans la mesure où cela établirait un lien entre les mobilisations urbaines et les premiers pas d'une mobilisation dans les campagnes.

LE COSATU AU PIED DU MUR Tels sont les grands défis que lance dès sa fondation la fédération unitaire. Mais, à terme, le syndicalisme indépendant sud-africain va être confronté à de très importantes questions d'analyse d'orientation liées à la situation politique et économique du pays. Personne ne peut contester que l'Afrique du Sud est entrée dans une période d'importantes confrontations politiques. Mais l'apartheid n'est pas seulement remis en question par le mouvement révolutionnaire populaire. Il est maintenant au centre des débats qui traversent la classe dirigeante et l'establishment politique. Une partie du courant libéral, c'est-à-dire du grand capital, se met à contester les principaux piliers législatifs de l'apartheid au nom de la recherche d'une solution à la crise économique.

Des rangs du pouvoir lui-même émanent de telles critiques et des propositions qui auraient été jugées inadmissibles il n'y a de cela que quelques années. Le Conseil présidentiel se met à imaginer des réformes substantielles de l'apartheid. Dans un rapport intitulé « Une stratégie d'urbanisation pour la République d'Afrique du Sud », daté de septembre 1985, cette instance propose une politique qui renonce aux objectifs de la ségrégation territoriale et avance l'idée d'une abolition de l'Influx Control (qui régit les déplacements de la main d'œuvre noire) et des lois sur le passeport intérieur pour les Noirs (Pass). Ce document part du principe l'urbanisation des Noirs est à la fois inévitable et économiquement nécessaire. Liant la recherche d'une nouvelle doctrine à une volonté d'entraver la montée du le rapport du Conseil présidentiel souhaite une sorte de dispersion des résidences des non-blanes ou une certaine déconcentration, ce qui nécessiterait une modification très importante des dispositions sur la répartition des zones d'habitation suivant des critères raciaux contenu dans le « Group Aeras Act ». Le président Botha lui-même vient d'affirmer que l'«apartheid est dépas-

Bien qu'il serait erroné de croire que la bourgeoisie sud-africaine va scier la branche sur laquelle elle est assise, il faut prendre tous ces débats au sérieux. Une partie de la classe dirigeante, et pas seulement parmi les milieux bourgeois libéraux, cherche une solution structurelle à long terme à la crise sociale et économique actuelle. Le mouvement syndical va être d'autant plus confronté à cette question politique qu'il se trouve souvent, dans ses luttes quotidiennes, en situation d'affrontement vis-à-vis d'un patronat affichant

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par ailleurs des positions libérales hors de

Le COSATU devra présenter haut et fort ces propositions dans ce débat car, même s'il n'a pas rassemblé tout le mouvement syndical indépendant, il apparaît comme la colonne vertébrale de celui-ci. De ce fait, il jouera peut-être les trouble-fête dans le grand débat qui s'amorce sur l'avenir du pays et des institutions. Ce n'est donc pas sans malice que l'économiste sud-africain Duncan Innes écrit, dans Weekly Mail du 10 janvier 1986 : « Gavin Relly a pris l'avion pour Lusaka pour demander à l'ANC quel type de société il aimerait voir à l'avenir. Je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi M. Relly ne pose pas la même question aux centaines de milliers de travailleurs noirs qu'il emploie dans ses mines et ses usines. Nos dirigeants actuels nous expliquent toujours que des organisations politiques radicales noires, comme Les forces de répression dans un township noir. (DR)

l'ANC, l'UDF et l'AZAPO, ne sont pas vraiment représentatives des idées du peuple. La meilleure façon de savoir si cela est vrai ou non, c'est simplement de le demander aux gens. Et quel meilleur commencer, en ce qui concerne le milieu d'affaires, que dans ses mines, ses fermes, ses usines, ses magasins bureaux? (...) Nous avons entendu monter des cris d'horreur suite à la création du COSATU, lequel est vu comme une confédération syndicale plus combative que ne l'étaient ses prédéces-

Des hommes et des femmes d'affaires peuvent très bien hésiter avant d'aborder une confédération de ce genre, soit directement soit par l'intermédiaire d'une des organisations qui lui sont affiliées. sation comme le COSATU, alors, avec qui vont-ils parler ? Il serait extrêmement imprudent de ne pas tenir compte d'une organisation ayant un demi-million d'adhérents, parce qu'on aurait peur des idées qu'elle défend. » (6)

Dans un avenir immédiat, le COSATU devra plus que jamais compter sur la tradition d'organisation à la base qui est celle de certains des grands syndicats d'industrie qui lui sont affiliés. Ce niveau d'organisation s'exprime par l'enracinement du mouvement syndical au niveau des délégués d'atelier (shop stewards), dont le tableau ci-dessous donne exemple :

1983 nombre de shop stewards 6 000 12 462 nombre de comités de shop stewards nombre de permanents nombre d'entreprises organisées 756

Source : Dossier (Survey) du South African Labour Bulletin. Cité par John Lewis et Estelles Randall, dans Weekly Mail du 29 novembre 1985.

Il est incontestable que le syndicalisme indépendant a d'abord organisé les couches les plus stables du prolétariat noir. L'apparition du syndicat des mineurs avait été un premier pas spectaculaire dans l'organisation de couches plus larges dont l'emploi et les conditions d'embauche pouvaient être beaucoup plus pré

La grande masse du prolétariat n'est pas encore organisée par le mouvement syndical. Mais, dans les conditions de l'apartheid et de la répression, peut-il en être autrement ? Le mouvement syndical a déjà apporté beaucoup, en donnant la parole à la classe ouvrière industrielle en tant que telle.

Le syndicalisme que représente le COSATU est qualitativement supérieur à celui du Syndicat de l'industrie et du commerce (ICU) des années 1920 ou même du SACTU des années 1950 (7). La classe ouvrière noire sud-africaine a changé. Son poids, sa concentration et son niveau de conscience ont suivi l'évolution économique du pays et l'industrialisation des vingt dernières années. Si l'on prend en compte les dix années écoulées qui ont vu se former la plupart des syndicats qui constituent aujourd'hui le COSATU, l'on peut affirmer que l'un des principaux ap ports de ce syndicalisme est d'avoir donné une forme organisée et centralisée aux luttes de la classe ouvrière industrielle. Ce faisant, le COSATU apparaît au sein du mouvement de masse comme l'expression spécifique de ces couches ouvrières.•

2 février 1986. 5. Cf. Le Monde des 2 et 3 février 1986. 6. Gavin Relly est un des patrons de la puissante Anglo-american corporation. Il dirigea la délégation patronale qui rencontra en septembre 1985 la direction de l'ANC à Lusaka en Zambie. Cela inaugura une politique délibérée des représentants libéraux, puis Eglises, visant à organiser au grand jour leurs contacts avec l'ANC

7. Le SACTU est l'organisation syndicale en exil liée à l'ANC. L'ICU est la premiere expérience d'organisation syndicale des travailleurs noirs intervenue après la première guerre mondiale.

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