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PAYS DE L'EST
Ils louent leurs travailleurs à l'Ouest
L'article de Wolfgang Fink que nous publions ci-dessous traite d'un peu connu de la question des travailleurs immigrés en Europe, celui concernant les travailleurs des pays de l'Est embauchés en RFA. Nous l'avons repris du numéro 420 du 9 janvier 1986 de Was Tun, journal du Groupe marxiste international (GIM), section allemande de la IVe Internationale.
Grâce aux révélations du journaliste indépendant ouest-allemand Günter Wallraff, la situation des travailleurs immigrés tures en RFA est largement connue, ainsi que les pratiques des marchands d'esclaves qui les louent aux patrons. Il est moins connu en revanche que les dirigeants à Berlin-Est, Varsovie et Budapest sont également mêlés à ces pratiques de louage de la main d'œuvre, pour le seul profit des entreprises ouest-allemandes et l'amélioration de leurs bilans commerciaux. Dans ce cas aussi les travailleurs loués en font les frais. Les journaux alternatifs de Karlsruhe Gegendruck et Karlsruher Rundschau se sont depuis deux ans minutieusement documentés sur les conditions sous lesquelles les travailleurs loués en provenance du bloc de l'Est doivent travailler et quels sont ceux qui en profitent sans scrupule.
En RFA, la concurrence pour obtenir les grandes commandes de la manne publique est devenue plus forte. Que faire alors pour attraper une commande et réaliser cependant un profit habituel ? Tout simplement, on fait venir une colonne d'OS de la RDA, Hongrie ou encore de la Pologne. L'exemple de la construction de la centrale au charbon à Karlsruhe illustre bien comment cela ce passe concrète. ment. Le commanditaire est la Badenwerk, qui a le monopole régional dans l'approvisionnement en énergie. Il transmet l'ordre à une entreprise d'intérim -
Brown Boveri Company (BBC) à Manheim. La BBC transmet à nouveau des ordres à une série de maisons de commerce, parmi lesquelles l'aciérie LAVIS Offenbach. Celle-ci ne fournit pas encore elle-même les travailleurs, mais transmet à la maison de commerce hongroise TESCO à Cologne. Celle-ci dispose de 900 à 1 000 travailleurs et suivant les besoins elle reçoit d'autres forces de travail de sociétés hongroises. La firme
Industrie Verwaltungs Company (IVC) à Düsseldorf est aussi de la partie. Elle a la mission de prévoir le logement d'environ 1000 travailleurs hongrois et leur transport jusqu'au chantier.
Pour les entreprises allemandes d'intérim et de sous-traitance, il y a là une d'au moins 30% puisqu'il charge sociale. Ce que les firmes allemandes payent à la TESCO pour leur colonne de travailleurs reste inconnu. Il revint aux rédacteurs des deux journaux alternatifs d'obtenir des aveux plus précis sur les conditions de travail des Hongrois.
Le trajet jusqu'au chantier et le retour se font dans un bus aux vitres masquées. La sortie ne se fait qu'avec l'autorisation du chef d'équipe. Celui qui est malade plus d'une semaine est renvoyé en Hongrie. Celui qui refuse un travail qui lui est assigné est également aussitôt renvoyé chez lui et doit en plus payer lui-même le voyage du retour. Les conditions de travail sont aussi misérables que les conditions d'« habitation » : des postes de travail de 11 heures (incluant une heure de pause) sur 5 ou 6 jours par semaine. Là-dessus s'ajoute chaque jour une heure de trajet en bus. Jusqu'à 42 heures par semaine, ils reçoivent 3 DM (9 FF) par heure, et pour chaque heure supplémentaire 3,20 DM. Pour ce travail à se casser le cou à 65 mètres de hauteur, ils reçoivent par mois à peine 1 000 DM. Un OS, qui serait payé suivant les tarifs du Syndicat de la métallurgie, IG Metall, recevrait 14,92 DM par heure. A cela s'ajoute le fait que le travail continue par tous les temps. Même si le chef d'équipe allemand libère ses gens quand le temps devient mauvais, le travail continue pour les Hongrois.
Malgré tout ce job reste pour la plupart très attrayant à l'Ouest. Au lieu de 300 DM par mois en Hongrie on reçoit 1 000 DM par mois ; aussi chacun espère pouvoir en mettre un peu de côté. Et pour cela, au lieu des 60 heures de travail comme au pays, on ne fait que 42 heures.
Celui qui pense alors que tout cela est complètement illégal doit être détrompé : l'entreprise d'intérim BBC avait au préalable fait chercher 400 serruriers et monteurs en RFA et ne les avait pas trouvés. L'office régional du travail avait alors donné son accord pour faire venir des travailleurs du bloc de l'Est. Même dans les plus hauts cercles politiques, il n'y eut aucune objection : le président du conseil de surveillance de la société donneuse d'ordre Badenwerk, sur les chantiers de laquelle la plupart des travailleurs du bloc de l'Est étaient employés, est le ministre des finances du Bade-Würtemberg, Guntram Palm (chrétien-démocrate).
Le cas dépeint ici n'est en aucune manière une exception mais apparemment plutôt la règle : à cette époque environ 700 travailleurs de la RDA, de Hongrie et de Pologne travaillaient sur les grands chantiers de la place de Karlsruhe.
« Prolétaires de tous les pays, faites-vous concurrence pour les salaires les plus bas, et les plus mauvaises conditions de travail, ainsi nos devises rentreront ». Ainsi résonne la voix de l'apparatchik que ce soit à Pankow, Varsovie ou Budapest. Il faut y opposer la solidarité internationale. Dans l'Occident capitaliste comme dans les pays du soi-disant « socialisme réel », il s'agit d'organiser le combat commun pour des conditions de travail dignes.