Après l'assassinat d'Olof Palme Lundi 10 mars, sur le coup de midi, la Suède s'arrêtait dans une manifestation impressionnante de deuil et de protestations suite à l'assassinat, le 28 février, du premier ministre social-démocrate Olof Palme. Dans les usines, dans les rues, sur les places publiques, devant les maisons et les boutiques, les drapeaux étaient en berne. Partout dans le pays, les gens arrêtaient ce qu'ils faisaient pour observer une minute de silence. Les voitures, les trains et les bus s'immobilisaient. Des milliers de personnes se rassemblaient comme chaque jour depuis l'assassinat à de Stockholm, ou Palme avait été terrassé par un coup feu tiré dans l'ombre. Une montagne de petites fleurs et une flamme éternelle signalent aujourd'hui cet endroit aux pa-
L'assassinat a provoqué une onde de choc dans la société suédoise, sans remous mais d'autant plus profonde. Le pays ne sera plus jamais comme avant. Le meurtre de Palme a atteint une fibre dans l'âme du peuple suédois, un sentiment que c'était impossible, qu'une telle chose ne pouvait advenir dans leur pays.
La Suède est encore secouée par l'assassinat de celui qui fut le dirigeant principal et représentant symbolique du mouvement ouvrier suédois. Beaucoup de gens ont l'impression que le coup de feu du 28 février n'avait pas seulement tué Palme mais aussi frappé les valeurs qu'il repré sentait ou semblait représenter. C'est vrai
surtout pour ceux qui se reconnaissent dans la social-démocratie. Mais ce sentiment est partagé par beaucoup de Suédois qui, sans soutenir pour autant toutes les orientations de ce parti, s'identifient largement à ses valeurs fondamentales.
Aucune personnalité politique doise du vingtième siècle n'avait marqué la vie politique de son pays, aucune ne l'avait polarisée comme l'a fait Olof Palme. Le dirigeant social-démocrate était une épine dans le pied de ses opposants bourgeois, épine d'autant plus douloureuse pour les plus à droite d'entre eux. Aucun dirigeant de son parti n'avait depuis des décennies fait l'objet d'autant de haine de la part de la droite revancharde.
Palme suscitait cette haine en partie en tant que dirigeant du mouvement ouvrier, mais aussi en tant qu'obstacle au radical tournant à droite en matière de défense et de politique étrangère, que souhaitent les forces conservatrices. Pour ces milieux, Olof Palme était devenu une menace virtuelle pour la « survie de la nation suédoise ». Bien sûr, de la haine politique au meurtre, il y a un pas considérable. Mais il n'est pas difficile d'imaginer que l'assassin soit sorti des fétides marais de l'extrême droite suédoise.
Pour la droite du Parti social-démocrate elle-même, Palme d'aucuns laissaient entendre raient préféré un dirigeant plus placide, au style plus « suédois ». Mais ils n'en discutaient qu'à mi-voix. L'opposition à la politique de Palme, menée par la gauche et depuis quelques mois de plus en plus reprise par des organisations syndicales de base, était bien sûr totalement différente dans sa forme et dans son contenu. Pour beaucoup de gens, Palme était devenu le symbole de la politique suédois pour l'exploitation du tiers moncela n'empêcha pas forcément nombre de ses détracteurs de partager une certaine vision du monde avec lui.
A l'étranger, beaucoup de commentateurs sur l'assassinat ont retenu l'idée de paix relatives dans les eaux houleuses de la politique internationale. Beaucoup ont également souligné les traits d'humanitarisme et d'égalitarisme profondément enracinés dans la mentalité suédoise.
Ces appréciations sont fondées et ces caractéristiques peuvent être mises au crédit du mouvement ouvrier suédois, qui a connu des conditions relativement favorables pour son développement. De propensions dans •l'esprit des Suédois influent évidemment sur le cadre d'élaboration de la politique officielle. Depuis l'assassinat, ce sont ces tendances qui se sont manifestées. Hors cet arrière-plan, la vague d'indignation et de solidarité demeurerait incompréhensible.
Dans les jours qui ont suivi l'assassinat, on a assisté un peu partout dans le pays à de nombreuses manifestations dont la plupart sont apparues de façon spontanées et indépendantes les unes des autres. Aux obsèques d'Olof Palme à Stockholm le 15 mars, des centaines de milliers de gens (la Suède ne compte que 8,5 millions d'habitants) se sont joints au cortège funèbre et des dizaines de milliers ont défilé devant son tombeau, cimetière rempli de monuments commémoratifs en l'honneur ont bâti le mouvement ouvrier suédois.
Ces manifestations massives, marquées d'un esprit de protestation humaine et collective, ont également aidé à devancer les attaques racistes qui risquaient de se produire, prenant la population immigrée comme bouc émissaire. Le portrait-robot, dressé par la police, du meurtrier présumé a soulevé des craintes parmi les immigrés, car il n'était pas celui d'un « Suédois typique ». Mais de quartiers ont été faites pour bloquer ce qui aurait pu devenir une incitation à la haine raciale. Tout le mouvement ouvrier et beaucoup d'autres personnalités ont lancé des avertissements contre le danger d'un tel développement.
Des dizaines d'organisations d'immigrés ont appelé à une manifestation de masse au centre de Stockholm sur le thème « Suédois, immigrés, côte-à-côte en ce moment grave ». Cette manifestation a mobilisé 7 000 personnes
Men temps. Le ministre des Affaires étrangères Sten Andersson est allé dans le même sens quand il a lu un message de la veuve d'Olof Palme, qui disait qu'il était jourd'hui plus important que jamais de resserrer les rangs pour défendre les valeurs pour lesquelles s'était battu toute sa vie le premier ministre assassiné.
Néanmoins, nous avons vu quelques tentatives d'exploitation meurtre. Une série de patrons ont lancé des « appels à la responsabilité » à la
Ice tragique événement, laissant entendre, bien sûr, que les travailleurs devraient faire preuve d'un tel sens des responsabilités dans les négociations salariales toutes proches.
Pour leur part, les capitalistes n'ont ce sens des responsabilités. Nous en avons vu un exemple dans les jours qui ont suivi le meurtre, quand la Bourse de Stockholm a enregistré l'indice plus élevé de toute son histoire, accompagné d'un volume d'échanges commerciaux record. Ces phénomènes furent liés à une vague de spéculations dans la presse des affaires sur le fait que le nouveau premier ministre, Ingvar Carlsson, serait plus doux que Palme et plus disposé à favoriser une politique économique pro-patronale.
Dans les syndicats aussi, nous avons vu des tentatives pour étouffer les critiques qui s'étaient multipliées contre la politique de concessions et la collaboration de classes des principaux dirigeants syndicaux. Cette politique est menée au nom du « besoin d'unité nationale autour de valeurs qui sont plus fondamentales que le niveau réel des salaires ».
Cependant, au fur et à mesure que la vie redevient normale, les réalités vont s'imposer à nouveau aux yeux de tous. Si, dans un espoir incongru de défendre le respect de la vie, les travailleurs font un pas en arrière, les patrons feront simplement un pas symétrique en avant. Le résultat ne pourrait en etre qu'une montée des conflits dans la société, une pauvreté plus répandue, plus de chômage, qui donneraient jour à une société plus envenimée et violente, une société dont le sceau serait précisément une absence de respect pour la vie.