Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Contre la politique de Reagan au Nicaragua

Inprecor n° 216, 31 mars 1986 · p. 23-24 · 1 113 mots

Nicaragua États-Unis Europe de l'Est

d'une publicité dans le New York Times du ler décembre 1985 et a été publiée avec la lettre des militants des droits de l'homme tchécoslovaques dans la New

York Review of Books du 13 février 1986. Cette déclaration a été signée par 84 personnalités originaires de plusieurs pays de l'Est et de l'Ouest. Parmi les signataires se trouvent huit des dix signataires de la Lettre ouverte à Daniel Ortega ainsi que Jiri Hajek, ancien ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères en 1968

Parmi les autres signataires, on peut notamment relever les noms de Noam

Chomsky, linguiste américain connu pour son engagement contre la guerre au militant de Solidarité en Pologne, le philosophe yougoslave Mihailo Markovic,

Milan Nikolic, un des six de Belgrade, Günter Grass, écrivain allemand connu pour son soutien aux dissidents de l'Allemagne de l'Est, Mient-Jan Faber du

Conseil œcuménique de la paix (IKV) hollandais, et Edward Thompson du tons contre l'intensification de la guerre menée par l'administration Reagan contre le Nicaragua. L'enjeu n'est pas la nature du régime nicaraguayen. Nous défendons le droit démocratique de chaque nation à l'autodétermination, libre de tout contrôle des super-puissances, qu'une telle domination soit justifiée par la doctrine Brejnev en Europe de l'Est et en Afghanistan, ou par les prétentions de Reagan au sujet d'intérêts particuliers américains en Amérique centrale et aux Caraibes. L'utilisation de la force contre des nations plus faibles bloque le changement démocratique social et politique, renforce l'emprise des superpuissances sur leurs blocs respectifs et sphères d'influence, enfin alimente la me voie, dans laquelle les militants et les mouvements démocratiques de partout dans le monde puissent faire cause commune pour construire une alternative aux deux blocs. Tous ensemble nous élevons la voix contre cette intensification inquiétante de la Guerre froide et nous exigeons que s'arrête immédiatement

Etats-Unis qu'ils donnent un exemple de non-interventionnisme et nous demandons que l'Union soviétique fasse de même en Europe de l'Est et en Afghanistan.

Contre la politique de

Vietnam,

DOCUMENT course aux armements, avec des conséquences catastrophiques pour nous tous.

l'intervention grandissante des Etats-Unis au Nicaragua.

Reagan au Nicaragua

La déclaration que nous reproduisons ci-dessous est parue sous la forme

En tant qu'adversaires de la Guerre froide, à l'Est et à l'Ouest, nous protes-

Pour sortir de l'actuelle impasse mondiale, nous devons trouver une troisiè-

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Tournée du président Daniel Ortega dans un quartier populaire. (DR). personnes aux Etats-Unis et en Europe de l'Est et qui doit sortir en décembre 1985 dans le New York Times (cf. encart). Ces deux textes réclament la non-ingérence les Etats-Unis dans les affaires nicaraguayennes et réclament en particulier l'arrêt de l'aide matérielle fournie à la résistance armée anti-sandiniste. Ces textes expriment d'une façon ou d'une autre leur sympathie pour votre peuple courageux, ils parlent d'indépendance des peuples et de leur droit à choisir leur destin de façon autonome.

Nous connaissons suffisamment bien la situation en Amérique latine et au Nicaragua pour comprendre que l'optique sur les droits de l'homme dans un pays qui souffre de pauvreté matérielle (et se trouve, de plus, victime d'un embargo économique et d'agressions militaires) peut et doit être différente de ce qu'elle est par exemple en Tchécoslovaquie où, aux yeux du Tiers Monde, une économie fonctionnant apparemment bien, assure à la population une prospérité générale et une consommation correcte de biens matériels et culturels. Avec ce point de vue on peut estimer fantaisiste le fait que les militants de diverses initiatives civiques, de mouvements indépendants et courants d'oppositions politiques, civiques et culturelles s'efforcent d'organiser une société plus démocratique, d'assurer une plus grande indépendance de la société par rapport à l'Etat et de l'Etat par rapport à la direction soviétique. Si donc nous parvenons à saisir les causes de la non-compréhension de nos revendications et de l'ensemble de notre combat, nous ne pouvons cependant pas nous y résigner car le combat pour la dignité et la liberté humaine, pour la justice sociale et l'égalité des hommes et des nations est unique ; les luttes d'émancipation en Europe de l'Est et en Amérique latine en sont des parties constituantes.

de notre sympathie d'opprimés pour d'autres opprimés, nous voulons exprimer à l'occasion du cas regrettable de la suspension de Radio Catolica notre sérieuse inquiétude quant au développement de la situation au Nicaragua dans le domaine des droits de l'homme et donc de l'organisation sociale et démocratique. A notre avis, on ne peut justifier la récente proclamation de l'état d'urgence - qui limite ou supprime de nombreuses libertés individuelles et de droits, y compris le droit de grève — par les agressions militaires des unités anti-sandinistes qui opèrent à partir du Honduras et du Costa Rica. La pression des forces contre-révolutionnaires sera combattue par des partisans libres de la révolution, ou bien la révolution périra ; et dans ce cas, il ne nous semble pas essentiel de savoir si sa chute aura été causée par une intervention extérieure ou par une évolution interne qui renierait tous les idéaux de la révolution et qui dans le but de « défendre la révolution » créerait petit à petit une dictature bureaucratique, un nouveau système d'oppression et de manipulation avec des mots d'ordre vides et des prisons pleines.

Même si bien des gens peuvent considérer une évolution de ce type comme contenant beaucoup de choses positives (la vision latino-américaine apprécie les aspects positifs de ce type d'évolution à Cuba), nous qui vivons dans une autre partie du monde, nous tentons de vous traduire l'expérience historique de l'Europe et en particulier de sa moitié orientale, dont la situation lamentable, non seulement dans le domaine des droits de l'homme et de la démocratie politique, mais aussi du point de vue économique est particulièrement marquante quand on la compare à l'Europe de l'Ouest. Il est paradoxal que les pays qui ont accompli leur révolution nationale, sociale et politique au nom des droits de la population laborieuse, de la classe ouvrière et du développement libre de chaque membre de la société autorisent considérablement moins - dans la mesure où ils en autorisent - ces droits que les pays qui n'ont pas encore accompli ces révolutions. Ce sont des questions de cet ordre qui nous viennent à l'idée lorsque nous réfléchissons sur l'avenir de la révolution sandiniste.

Nous avons élevé la voix contre le soutien aux agressions militaires contre votre révolution car nous pensons que la politique américaine à l'égard du Nicaragua nuit à la cause de la libération de l'homme. Ce qui ne nous empêche pas aujourd'hui de nous exprimer avec franchise lorsqu'il nous semble que cette cause est gravement menacée, cette fois de l'intérieur.

Jiri DIENSTBIER, Zuzana DIENSTBIEROVA, Ladislav HEJDANEK, Eva KANTURKOVA, Lubos KOHOUT, Vaclav MALY, Milos REJCHRT, Jaroslav SABATA, Anna SABATOVA ml, Petr UHL, le 1er décembre 1985.

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