Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Débat à propos de la situation au Nicaragua

· Inprecor n° 216, 31 mars 1986 · p. 22-23 · 1 496 mots

Nicaragua

Nous avons la conviction - enracinée re : le maintien réel des formes d'écono-

TCHECOSLOVAQUIE

E numéro 2 d'Inprekor en tchèque qui est actuellement sous presse contient une série d'articles sur le Nicaragua.

Ce dossier comprend notamment la Lettre ouverte au président de la république nicaraguayenne, Daniel Ortega, adressée début décembre 1985 par plusieurs personnalites tchécoslovaques connues pour leur engagement en faveur des droits de l'homme et déjà signataires de textes de défense du

Nicaragua contre l'agression américaine.

Dans cette Lettre ouverte à Daniel Ortega, ils s'émeuvent

Jean-Pierre RIEL, Hubert SANDOR

On parle toujours du Nicaragua dans les pays du prétendu socialisme comme « d'un petit pays en l'agression impérialiste et luttant pour sa etc. ». Mais qui s'en soucie pour de vrai ? Qui a le courage intellectuel de se demander si malgré cette propagande officielle il ne s'agirait pas, quand même, d'un petit pays étranglé par le gouvernement américain et « qui lutte dignité » ? Qui maintenant a le courage tout court de ne pas se limiter à l'introspection, mais de tenter d'agir pour corriger ce qui semble mauvais et, ce faisant, empiète sur la chasse gardée du pouvoir :

le monopole de la politique ?

citoyens tchécoslovaques l'ont eu dans la lettre que nous publions ci- après. Nous la donnons donc à connaître parce qu'elle soulève de vraies questions ceux qui, dans le soutiennent la révolution au

LA DEMOCRATIE POLITIQUE N'EST

PAS UN SUPPLÉMENT D'AME

Disons de suite que nous sommes d'accord avec le fond de la lettre :

- Oui, « le combat pour la dignité et la liberté humaine, pour la justice sociale et l'égalité des hommes et des nations est unique ; les luttes d'émancipation en Europe de l'Est et en Amérique latine en sont des parties constituantes ».

- Oui, aussi, à l'idée que le principal atout d'une révolution réside dans la mobilisation consciente de ses « partisans libres ».

- Oui, également, au jugement selon lequel toute évolution interne impliquant un reniement des idéaux, sous le prétexte de « défendre » la révolution ne peut que conduire plus ou moins rapidement à la démobilisation de la population et à l'établissement d'une dictature bureaucratià un « nouveau système d'oppresque, sion et de manipulation ».

au Nicaragua

dans Inprekor en tchèque. dans le bilan du stalinisme — que l'industrialisation, la satisfaction des besoins société au départ néo-colonisée et largement un coût matériel, humain, culturel et politique considérable si on laisse contrôlé l'appareil de l'Etat. Autrement dit, la démocratie économique et politique n'est pas à nos yeux un supplément

- bon pour les pays développés. Elle est certes difficile — mais aussi urgente — à réaliser dans les pays « arriérés ». Même si elle ne peut pleinement exister dans une société encore pauvre et inégaliplan social et culturel, la démocratisation de tous les aspects de la vie quotidienne des gens, leur responsabicroissante, collective et individuelle, doit guider les actes, les mesures prises par un gouvernement révolution-

Nous sommes convaincus que telle est la meilleure des défenses d'une révolution contre ses ennemis intérieurs et ex-

LE NICARAGUA : UN PAYS EN GUERRE Mais nous reconnaissons aussi pleinement le droit d'une telle société à se défendre contre ses aggresseurs les sociétés dites développées et démocratiques ont censuré l'appel à la désertion en cas de guerre (lancée par la revue de l'épiscopat nicaraguayen interdite par le gouvernement, ndlr.). Jean Ziegler, représentant de l'Internationale socialiste, a rappelé, en défense des lois récemment promulguées par le gouvernement du Nicaragua, les mesures juridiques draconiennes (interdiction du droit de grève et de réunion, ndlr.) prises par son pays, la Suisse, pourtant officiellement neutre, durant la dernière guerre mondiale.

Avant de discuter dans le détail telle ou telle mesure adoptée par le gouvernement du Nicaragua, nous estimons donc indispensable de rappeler que le Nicaragua est en guerre. Et pas seulement contre une intervention armée extérieudes mesures adoptées par le gouvernement nicaraguayen à la suite de l'instauration de l'Etat d'urgence le 15 octobre dernier (1). Nous reproduisons ce document dans les pages suivantes accompagné ci-dessous de l'analyse publiée à ce sujet

Par ailleurs, le dossier d'Inprekor en tchèque contient aussi un article sur les droits de l'homme et les libertés dans le

Nicaragua en guerre ainsi qu'une étude de la présente situation mie mixte permet aux spéculateurs d'utiliser l'arme redoutable de l'argent quand celui-ci est rare et mobilisé pour le front.

Radio Catolica n'a pas été fermée pour avoir affirmée que « la liberté est un don de Dieu », mais pour avoir multiplié les homélies contre le service militaire. La propagande « pacifiste » de Radio Catolica ne devrait subir aucune répression ad ministrative, certes, mais à une condition : c'est que les autres, les contras, se limitent aussi à de la propagande. Mais, eux ils font la guerre, pas des sermons. En ce sens, il s'agit d'une division du travail, perspective de développer une guerre civile véritable.

Globalement, notre désaccord le texte de la Lettre dent de la république nicaraguayenne est sans doute plus une question d'appréciation concrète de la situation au Nicaragua, que de principe. L'état d'urgence n'est pas — ou fort peu — appliqué au

Nicaragua, qui vit toujours dans le cadre d'un pluralisme de la presse et des médias très remarquable pour un pays pauvre et en guerre. Il s'agit d'ailleurs d'un pays qui, à la différence du Vietnam, par exemple, est très largement ouvert aux commissions d'enquête internationales, de tous bords.

DES VERGES

POUR SE FAIRE BATTRE ?

Personne de bonne foi ne peut dénier dans les circonstances actuelles le droit du gouvernement sandiniste à décréter formes de limitation des libertés, y compris donc l'interdiction de grèves ou de organisation et la mobilisation libre des acteurs de la révolution est la seule issue, non seulement pour instaurer demain une société qui en vaille la peine, mais y compris maintenant pour gagner la guerre. Il mesures adoptées par le gouvernement du Nià l'issue de l'instauration d'urgence se référer à Inprecor numéro 207 du

18 novembre 1985.

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y a là une difficulté terrible, presque insoluble. Fallait-il alors prendre une formulation aussi générale d'interdiction du droit de réunion et du droit de grève, formulation qui aux mains d'un pouvoir stalinien signifierait à coup sûr la mort de la révolution ? Quitte ensuite à ne l'utiliser que comme menace contre les supporters de la contra. Toutes les informations que nous avons recueillies jusqu'alors confirment qu'il en est bien ainsi jusqu'à présent. Mais du point de vue du soutien extérieur, le pouvoir sandiniste s'est donné là des verges pour se faire battre, rendant plus difficile la défense de son régime dans les pays où la lutte pour les droits de l'homme est une condition essentielle pour obtenir un appui.

La révolution nicaraguayenne ne nous semble pas menacée actuellement par un cours dictatorial bureaucratique. Et elle a besoin de se défendre, y compris par les armes. C'est dans la mobilisation des couches sociales qui ont subi la misere de la dictature somoziste qu'elle peut trouver sa meilleure défense. Et il ne faut pas cacher que cette mobilisation est sans cesse plus difficile à cause des difficultés croissantes de la vie quotidienne Cela implique des choix et donc des conflits non seulement avec la partie de la population qui souhaite ardemment un ordre social et politique qui perpétuerait ses privilèges et qui trouve dans le « monde libre » un soutien hypocrite, mais aussi avec des couches populaires lassées de tant de privations.

Pour sa défense même, la révolution aura besoin d'approfondir et non de réprimer les droits démocratiques. Il est vrai que les mesures récemment prises donnent la possibilité légale d'une telle répression. Mais juger le régime sandiniste sur cette possibilité est aussi dangereux que juger le régime de feu Staline sur la Constitution dont il avait fait cadeau au peuple et qui comme chacun sait était « la plus démocratique du monde ».

La stratégie américaine au Nicaragua est claire : maintenir un blocus économique et le harcèlement militaire, de telle sorte que les gains matériels de la population soient réduits à néant, et brandir alors l'arme de la démocratie en priant le ciel pour qu'une fraction de la population se lasse et attende l'aide « du grand frère américain ».

Voilà. Tout ceci veut dire que sur la base d'une philosophie commune, les signataires de la Lettre ouverte, à partir de « leur expérience de l'Europe orientale » donnent un autre éclairage à ce qui se passe au Nicaragua. Nous croyons que leur éclairage est utile au notre, parce que l'histoire enseigne qu'au nom de la lutte contre des dangers immédiats, le risque est grand d'hypothéquer l'avenir. Encore faut-il se battre pour qu'il y ait un avenir. Nous sommes convaincus que tel est le sens du combat actuel des sandinistes, même s'ils ont fait des erreurs et peuvent en refaire demain.

Jean-Pierre RIEL, Hubert SANDOR, INPREKOR en tchèque, numéro 2 avril 1986.

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