Au moment où Haiti conquiert son indépendance contre le colonialisme français, en 1804, oligarchie militaro-foncière qui va se succéder à elle-même à la tête du nouvel Etat jusqu'en 1915, date du début de l'occupation militaire US (1). Composée de grands propriétaires fonciers et de grands fermiers de l'Etat, cette couche dirigeante, tributaire de l'économie d'exportation principalement agricole héritée de la période coloniale, a pour principal alliée la bourgeoisie d'importexport) qui assure à l'Etat l'essentiel de ses ressources budgétaires (impôts, recettes douanières, etc.) Cette bourgeoisie est d'origine étrangère ou majoritairement étrangère (Français, Anglais, Italiens).
Tout le 19e siècle haitien sera marqué par l'imbrication étroite entre cette bourgeoisie compradore et le pouvoir politique. Cette domination oligarchique s'incruste et se consolide jusqu'en 1915, pour se moderniser à partir de l'occupation nord-américaine qui commence lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le pouvoir politique apparaît surdéterminé par une nouvelle problématique, celle des classes moyennes cherchant à s'approprier le pouvoir d'Etat. Nous entrons alors dans l'histoire contemporaine de ce pouvoir, qui prendra jusqu'à nos jours des formes de type bonapartiste, populiste, autocratique et héréditaire.
Mais cette évolution n'est pleinement intelligible que si l'on rappelle son soubassement réel, à savoir le mouvement historique de la masse des ex-esclaves devenus, après la révolution de 1804, par leur propre intervention, paysans propriétaires de leur parcelle de terre. De là découle la singularité de la formation sociale haitienne alors en constitution : la lutte pour la petite propriété paysane qui est à la fois le ferment et le prolongement du processus qui débouche sur l'indépendance, ponctuera par la suite tout le 19e siècle. Toutefois, cette petite propriété paysanne se sera chose acquise que vers la fin de la seconde moitié de ce siècle.
L'alliance oligarchique au pouvoir, s'accrochant à une philosophie de l'agriculture commerciale comme source de richesse, mettra en œuvre tout un ensemble de mesures juridico-politiques (notamment la restauration de l'économie de plantation, la consolidation des domaines de l'Etat, etc.) pour faire pièce à l'offensive populaire. L'échec de ces émerge une compradore (commerce alors. Au régime foncier en vigueur.
des tuent des prélèvements mesures sera plus ou moins total, car elles seront rendues inopérantes par l'action des cultivateurs (grignotage des l'Etat, occupations, « concessions » gratuites par les détenteurs du pouvoir, etc.) La transition de l'économie de plantation au système latifundiaire, qui se consolidera partout ailleurs dans la région, notamment en Amérique centrale, s'avère alors impossible.
C'est pourquoi les denrées d'exportation sont produites de plus en plus dans le cadre de l'économie paysanne parcellaire et à des taux de productivité extrêmement faibles. Il faut ajouter que les conditions de production au sein de la grande propriété ressemblent progressivement à celles qui caractérisent l'économie familiale. Ainsi dépourvue d'une base d'accumulation propre (absence d'un monopole sur la production de denrées d'exportation, faibles taux d'extorde plus-value), l'oligarchie financière se tourne encore plus vers l'Etat comme source d'enrichissement.
La pénétration caractérisée du capital international, notamment à partir de l'occupation nord-américaine de 1915-1934, viendra-t-elle briser cette dynamique d'ensemble qui caractérise le premier siècle d'indépendance nationa le ? L'intervention nord-américaine, destinée avant tout à promouvoir le développement capitaliste dans l'économie agricole haitienne, aboutit à un échec relatif : tant les tentatives de restauration de l'économie de plantation que celles visant à moderniser le secteur paysan traditionnel se heurtent à un obstacle quasi-insurmontable qui est celui du
Après la fin de l'occupation nord-américaine, la tendance à la parcellisation ne fait que s'accentuer. Les denrées commerciales continuent d'être produites essentiellement au sein de l'économie familiale. Pour pallier la faible productivité qui en découle, les commerçants et l'Etat effec-
Get fiscaux élevés auxquels la paysannerie répond en s'enfermant de plus en plus dans le secteur de la production vivrière.
1. Cette synthèse a été réalisée sur la base d'un article intitulé « La bourgeoisie haitienne : une classe en mal de devenir », rédigé par Cary Hector et Marion Léopold et publié dans la revue Amérique latine, du Centre de recherche sur l'Amérique latine et le tiers-monde (CETRAL), numéro 5, Paris, 1981.