Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Des dizaines de milliers de femmes manifestent pour le droit à l'avortement

· Inprecor n° 217, 14 avril 1986 · p. 28 · 932 mots

Femmes États-Unis

E 9 mars, 100 000 personnes, dans leur grande majorité des femmes, ont manifesté à Washington pour défendre le droit à l'avortement. Une semaine plus tard une manifestation à Los Angeles sur le même thème a rassemblé 30 000 personnes. Il s'agit des mobilisations en défense des droits des femmes les plus importantes depuis la grande campagne des

Claude DEVILLIERS

Le droit à l'avortement existe aux

Etats-Unis depuis un jugement de la Cour suprême en 1973. Mais depuis cette date, les opposants à cet acquis fondamental des femmes n'ont pas désarmé. D'abord, en 1977, le Congrès américain a voté la suppression des subventions jusque-là accordées aux Etats pour aider les femmes pauvres désirant avorter. Depuis, une série d'Etats ont supprimé ces allocations.

Ensuite, sont actuellement en cours d'examen dans une douzaine d'Etats des projets de loi qui visent à contraindre les à mineures obtenir autorisation une parentale préalable à tout avortement.

On assiste aussi à une offensive idéologique importante contre l'avortement, animée notamment par la hiérarchie de l'Eglise catholique et les mouvements d'extrême droite. Cette offensive s'est renforcée depuis l'arrivée au pouvoir de

Reagan, qui est opposé au droit des femmes à l'avortement.

UNE CAMPAGNE D'INTIMIDATION

Enfin, c'est dans un sens très littéral que l'opposition à l'avortement n'a pas désarmé. Ces dernières années, il y a eu au moins 37 attentats à la bombe contre des cliniques effectuant des interruptions de grossesse. Certaines de ces cliniques ont été obligées de fermer leurs portes après avoir été attaquées deux ou trois fois, car assurances refusaient de les couvrir.

les

Gageons que lorsque Reagan dénonce le terrorisme, il ne pense pas à celui-là.

Depuis quelques années des organisations féministes ont créé un service de protection des femmes qui se rendent aux cliniques, et qui se trouvent systématiquement confrontées à des piquets organisés par des opposants à l'avortement.

cible des

Ces établissements sont la

« défenseurs de la vie » chaque 22 janvier, date anniversaire du jugement de la Cour suprême en 1973. Cette année, l'Organifemmes

(NOW)

sation nationale des principale organisation féministe aux

Etats-Unis, a dressé des piquets de défense devant les cliniques pendant 24 heures.

Ce jour-là également, tous les ans, les l'avortement. « défenseurs de la vie » manifestent à Washington. Mais comme l'ont relevé les médias, cette année la manifestation du 9 mars fut deux fois plus importante que celle du 22 janvier.

Après plusieurs années où le mouvement des femmes avait beaucoup moins fait parler de lui que dans les années 1970, cette manifestation vient réaffirmer la force de la lutte des femmes contre leur oppression, ainsi que le changement durable d'attitude depuis 20 ans. La participation massive des jeunes femmes montre qu'il existe aujourd'hui toute une génération d'entre elles qui considèrent l'avortement comme un droit acquis et qui sont prêtes à se mobiliser pour le défendre.

UNE MOBILISATION LARGE

En effet, la marche fut très largement composée de jeunes. Il y avait des cortèges venus de plus de 400 campus universitaires. Près de 470 organisations l'avaient soutenue • — des groupes de femmes, des organisations syndicales, des organisations noires et celles d'autres communautés ethniques opprimées, des groupes chrétiens, etc. En plus de la Coalition des syndicalistes noirs et de la Coalition des femmes syndicalistes, étaient présentes des sections des syndicats de l'automobile, des travailleurs municipaux, des mineurs et des travailleurs de la conserverie. A noter également la participation importante d'un cortège de la Coalition religieuse pour le droit à l'avortement, qui regroupe années 1970 pour faire adopter par le Congrès l'amendement à la constitution sur les droits égaux (ERA), ce qui a finalement échoué et dont la dernière grande manifestation date de 1978. Aujourd'hui, l'on assiste à une nouvelle vague de mobilisation du mouvement des femmes sur la question de 32 organisations chrétiennes dont un bon nombre de groupes catholiques.

Parmi celles qui ont pris la parole à la fin de la marche, il y avait Eleanor Smeal, présidente de la NOW, Gaye Williams du Congrès national politique des femmes noires, ainsi que deux religieuses, Barbara Ferraro et Patricia Hussey, qui font partie des « 24 du Vatican », un groupe de religieuses menacées d'exclusion de leurs ordres pour avoir signé dans le New York Times un encart publicitaire en défense de l'avortement. Depuis, 1000 catholiques ont signé une deuxième publicité pour protester contre ces menaces. Eleanor Smeal, qui est catholique, est également menacée d'excommunication. La hiérarchie catholique s'inquiète du nombre de ses fidèles qui n'acceptent pas ses positions réactionnaires contre les droits des femmes.

OUI A LA CONTRACEPTION, NON AUX CONTRAS Un autre aspect remarquable de la marche fut sa dimension internationale. Dans les discours à la tribune et dans les cortèges, il y avait de nombreuses références aux luttes des femmes en Afrique du Sud, aux Philippines et au Nicaragua. La conviction que l'offensive de la droite contre les droits des femmes aux EtatsUnis participe de la même idéologie qui justifie Amérique centrale était largement répandue parmi les manifestants. Un des mots d'ordre les plus repris par la marche était d'ailleurs « Des fonds pour la contraception, pas pour les contras ».

La signification de ces manifestations ne saurait être sous-estimée. Elles sont la preuve que les conquêtes des femmes depuis les années 1960 ne seront pas facilement remises en question et qu'en 1986, il y a encore des dizaines de milliers de femmes et d'hommes qui sont prêts à descendre dans la rue pour le dire haut et fort.

Claude DEVILLIERS, 1er avril 1986.

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