Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Déclaration commune du COSATU, de l'ANC et du SACTU

Inprecor n° 217, 14 avril 1986 · p. 26-27 · 1 338 mots

Afrique australe Syndicalisme

Get du SACTU Le texte que nous reproduisons ci-dessous est le communiqué publié à l'issue des entretiens qui ont eu lieu les 5 et 6 mars dernier à Lusaka en Zambie entre le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), le Congrès sud-africain des syndicats (SACTU) et le Congrès national africain (ANC). Ce communiqué est daté du 7 mars 1986.

Des délégations de l'exécutif du COSATU, du comité exécutif national du SACTU et du comité exécutif national de l'ANC se sont rencontrées à Lusaka les 5 et 6 mars 1986.

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Les délégations respectives étaient dirigées par le camarade Jay Naidoo, secrétaire général du COSATU, par le camarade John Nkadimeng, secrétaire général du SACTU, et par le camarade Oliver Tambo, président de l'ANC. Au cours des discussions, le COSATU et le SACTU tinrent une réunion séparée pour discuter de problèmes communs propres aux syndicalis-

La rencontre (de Lusaka, ndlr.) est l'aboutissement préoccupation commune à toutes les parties concernées par la crise fondamentale et profonde - dans les domaines économique, social et politique - dans laquelle le régime Botha et le système d'apartheid d'oppression nationale et d'exploitation de classe ont plongé notre pays. Il y a eu une appréciation commune suivant laquelle le régime de Pretoria et la classe dirigeante sud-afriquelconque solution significative à cette crise générale. Selon cette appréciation, l'ultime solution ne peut que provenir du mouvement de libération nationale, dirigé par l'ANC, et de l'ensemble des forces pays, dont le COSATU est une partie importante et in-

De ce point de vue, il a été reconnu que le problème fondamental auquel est confronté notre pays - la question du pouvoir politique — ne peut être résolu sans la pleine participation de l'ANC, qui est vu par la majorité du peuple d'Afrique du Sud comme une direction d'ensemble et un véritable représentant.

La réunion a reconnu que l'appari tion dans notre pays du COSATU comme fédération syndicale géante, démocratique et progressiste, est un événement historique dans le processus d'unification de notre classe ouvrière et renforcera de manière incalculable le mouvement démocratique dans son ensemble.

Après des discussions prolongées sur les situations intérieure et internationale actuelles, discussions caractérisées par un esprit chaleureux et de camaraderie, les trois délégations se sont accordées sur un nombre important de sujets. Elles ont été d'accord sur le fait que la solution aux problèmes auxquels est confronté notre pays repose sur l'établissement d'un système majoritaire (une personne : une « majority rule », ndlr.) dans une Afrique du Sud unifiée, démocratique et non-raciale et que, de plus, dans les conditions spécifiques de notre pays, il est inconcevable qu'un tel système puisse être séparé émancipation économique. Notre peuple s'est fait voler ses terres, a été privé de sa part de richesses du pays, son savoir-faire a été nié, et la pauvreté et la faim ont constitué sa seule expérience. Le de ces siècles d'anciennes injustices économiques constitue le centre de nos aspirations nationales.

C'est pourquoi les trois délégations n'ont pas seulement été unies dans leur opposition à tout le système d'apartheid, mais aussi dans leur compréhension commune que la victoire doit permettre plus que la démocratie politique formelle.

La délégation du COSATU a expliqué que la tâche principale à laquelle la consolider ses effectifs et ses adhésions, d'effectuer une rapide conversion des syndicats généraux membres du COSATU en syndicats industriels, de faire avancer les fusions afin de réaliser le principe d'un syndicat par branche d'industrie, et d'unifier ainsi l'ensemble de la force de travail de notre pays sous le drapeau du COSATU, à la fois comme représentant des travailleurs dans la lutte démocratique générale, comme organisation indépendante et comme composante essentielle des forces démocratiques de notre pays. De ce point de vue, l'avancée des intérêts des travailleurs et des luttes démocratiques de notre peuple nécessite que le COSATU, en travaillant ensemble avec les autres organisations de masse démocratiques, cherche à construire des alliances disciplinées, afin d'assurer que la mobilisation de notre peuple dans des actions unitaires de masse approfondisse également la base organisationnelle de toutes les organisations démocratiques du peuple.

La délégation de l'ANC a aussi fait un rapport, à la réunion, sur sa politique, son programme, sa stratégie et ses orientations tactiques. L'ANC a souligné la nécessité de la plus grande mobilisation possible de tout le peuple de notre pays rassemblé dans l'action politique unie contre le régime de l'apartheid, à égalité et en combiavec la lutte politique de masse. L'ANC a également souligné l'importance de la lutte armée pour défendre le peuple contre les forces armées de l'ennemi et pour donner au peuple la possibilité de saisir le pouvoir des mains d'un régime blanc minoritaire qui le conserve grâce à l'utilisation de la force.

Les trois délégations sont tombées d'accord pour constater l'importance centrale de développer avec une intensité toujours plus grande la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques, y compris de Nelson Mandela. Elles ont été d'accord pour que les trois organisations fassent tout leur possible dans la poursuite de cet objectif.

Avec l'approfondissement de la crise de notre pays se renforcent également la la colère et la volonté de se battre de notre peuple. Au cours de ce de nombreuses questions ont surgi et continueront d'apparaître comme des aspects centraux autour desquels il faudra mener des campagnes. En ce moment même, le mouvement démocratique tout entier est confronté à la tâche de trouver la base correcte pour une campagne visant à détruire le système d'éducation bantoue (écoles de la ségrégation) et pour établir à sa place un système d'éducation unique, démocratique, non racial, gratuit et obligatoire pour tous les enfants de notre pays.

De la même façon, il est devenu impératif que les travailleurs de notre pays, alliés à toutes les forces démocratiques, œuvrent ensemble pour détruire les lois sur le « pass » (passeport intérieur), symbole d'esclavage, et tout le système de contrôle de l'immigration, ainsi que pour empêcher que le régime de Botha ne réintroduise ce système hai sous quelque for-

Dans le cadre de ces campagnes et auxquelles est confronté notre peuple, il est du devoir des forces démotravailler ensemble et de communiquer les unes avec les autres, afin d'établir le maximum d'unité d'action de

Les délégations ont d'ailleurs été d'accord pour constater que c'est le régime de Botha qui constitue l'obstacle à une solution négociée. Elles sont arrivées à la conclusion qu'aucune négociation ne sera possible tant que les dirigeants du peuple seront en prison et tant que le régime de Pretoria refusera d'accepter que notre pays soit gouverné par tout son peuple, les Noirs aussi bien que les Blancs, comme égaux, comme des frères et des sœurs. Dans ce contexte, le mouvement de libé. ration nationale dirigé par l'ANC a expliqué que n'ont eu lieu ni des négociations ni des « pourparlers sur des pourparlers », ajoutant que l'ANC s'est engagé pour que des négociations éventuelles - si elles ont effectivement lieu - doivent être publiques et y associer tout le mouvement démocratique.

Au cours des discussions entre le COSATU et le SACTU, les deux organisations sont tombées d'accord pour consta ter que l'unité la plus large entre les syndicats de notre pays est de la plus grande importance dans la lutte de notre peuple contre le régime de l'apartheid et les pa trons. Toutes les deux ont été d'accord sur le fait qu'il n'y avait absolument aucune contradiction résultant de leur existence séparée.

La réunion entre les trois organisations a été caractérisée par un optimisme très fort. Malgré toutes les manœuvres de la part du régime de Botha et de ses alliés, malgré la répression qui se renforce, la victoire sur le système de domination de la minorité blanche raciste n'est pas éloignée.

La réunion a réaffirmé l'engagement des trois organisations de se battre pour une société libérée des chaînes de la pauvreté, du racisme et de l'exploitation, ce nécessitera la restructuration l'économie actuelle.

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