PAYS-BAS Les sociaux-démocrates marquent des points aux élections municipales
Les élections municipales qui ont eu lieu aux Pays-Bas le 19 mars ont vu un renforcement des positions du Parti travail (PvdA, social-démocrate). Dans les grandes villes, et notamment celles des régions traditionnellement catholiques du sud du pays, les sociaux-démocrates ont amélioré leurs scores, avec des gains allant jusqu'à 12 % des suffrages par rapport aux dernières municipales de 1982 Le PvDA a remporté 32 % des suffrages au niveau national, ce qui représente un gain de plusieurs points de pourcentage et correspond à ses meilleurs scores antérieurs. Les grands perdants ont été le Parti libéral (VVD), qui est tombé de 23% à 19 %, et aussi, dans le Sud, les chrétiens-démocrates (CD), leurs partenaires dans la coalition au pouvoir, qui restent pourtant stables avec un pourcentage national de 31 % des voix. Mais le PvdA a aussi gagné sur sa gauche. Malgré le fait que dans beaucoup d'endroits les petits partis réformistes de gauche, comme le Parti communiste des Pays-Bas (CPN), le Parti pacifiste socialiste (PSP) et le Parti politique des radicaux (PPR) ont présenté des listes communes, ils ont perdu du terrain au profit du PvdA.
Le lent déclin du PSP et du PPR explique en partie ce recul, mais c'est le CPN qui enregistre le gros des pertes, notamment dans une série de villes qui étaient auparavant des bastions de ce parti. Selon toute probabilité, ces résultats vont servir à réouvrir la crise du CPN, lequel avait espéré retrouver une stabilité après une scission pro-Moscou qui avait conduit à la création de l'Union des communistes des pays-Bas (VCN) (voir l'article de Jan Willem Stutje dans Inprecor numéro 187 du 7 janvier 1985). Pour sa part, le VCN n'a pas progressé, ne remportant qu'un seul siege dans une petite ville de province où la section du CPN l'avait suivi au moment de la scission. Le Parti pour le socialisme et le désarmement (PSO), né d'une scission du PSP, et qui se prétendait plus radical que ce dernier, n'a pas réussi à obtenir des élus ni même à faire des scores significatifs. Le seul parti à la gauche de la social-démocratie à avoir marqué des points a été le Parti socialiste (SP) d'origine maoïste, qui a obtenu 17 élus et a augmenté ses scores un peu partout. Le Parti socialiste des travailleurs (SAP), section néerlandaise de la IVe Internationale, a participé dans certains endes listes communes, présentant en plus ses propres listes à Amsterdam et à Deventer. A Rotterdam, les candidats du SAP présents sur la liste Links Rotterdam (Gauche de Rotterdam) ont obtenu préférentielles qu'aucun des autres candidats sans pourtant être élus. La liste du SAP a obtenu 428 voix
Amsterdam et 167 voix Ces élections municipales ont été dominées par la préparation des élections législatives qui doivent avoir lieu le 21 mai prochain. Dans ce cadre, les résultats ont plus ou moins correspondu aux prévisions des sondages. Pourtant, les gains des sociaux-démocrates et les pertes corres pondantes de la coalition de pouvoir ont été moins importants que prévu. La coalition gouvernementale a anintention de maintenir d'austérité, ses attaques contre le système de sécurité sociale et son appui au déploiement des missiles Cruise.
Best le seul grand parti qui s'est clairement opposé au moins à ces deux derniers points du programme de la droite. A l'automne 1985, il recueillait presque 40% des intentions de vote dans les sondages mais, par la suite, ce chiffre est tombé à environ 32%, c'est-à-dire le score qu'il a fait aux municipales.
Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les gains du PvDA ont été moins importants que l'avait indiqué sa position dans les sondages il y a six mois. Par peur de se trouver dans la position de former un gouvernement de la gauche seule et d'être dépendant des voix des députés de petits partis de gauche, le PvdA a modéré sa politique. Son objectif déclaré est d'affaiblir suffisamment la coalition au pouvoir pour que les chrétiens-démosoient obligés de constituer une paradoxalement, cette option n'a conduit qu'à affaiblir sa force d'attraction, permettant ainsi aux chrétiens-démocrates de conserver le soutien des hésitants et d'avoir une réelle possibilité de garder la majorité au Parlement aux élections du 21 mai, alliés aux libéraux, qui vont de toute façon perdre du terrain. Pourtant, les jeux ne sont pas encore faits. Si, dans les mois qui viennent, le mouvement de la paix se mobilise sur la question des missiles et si les syndicats font campagne pour la réduction heures de travail, le vote PvdA pourrait paraître comme le meilleur d'exprimer les revendications portées par ces mobilisations dans le législatives. Si, par contre, persiste avec son orientation pro-coalition, il risque d'y avoir un taux élevé d'abstentions parmi l'électorat ouvrier, ce qui limitera les gains des sociaux-démo-
L'élément nouveau dans ces élections a été la participation des immigrés. Auparavant ne possédaient le droit de vote que ceux des immigrés originaires des colonies hollandaises des Antilles et de l'ancienne colonie du Surinam qui possédaient la citoyenneté néerlandaise. Une autre partie d'immigrés de ces colonies, sans droit de vote, se trouvait dans la même situation que les immigrés marocains, turcs, yougoslaves, etc. Cette fois-ci, les étrangers ayant vécu légalement dans le pays pendant au moins cinq ans ont obtenu le droit de vote. Ce n'est pas encore le cas pour les élections législatives, bien que le PvdA y soit favorable.
A ces élections municipales, environ 350 000 immigrés avaient donc le droit de vote, ce qui représente à peu près la moitié des 4,5 % de la population d'origiestimations, 47 % des immigrés tures, dont le nombre était de 155 000 en 1984, ont participé au scrutin, ce qui représente un taux de participation aussi élevé que celui de la population hollandaise dans les grandes villes. En ce qui concerne les travailleurs marocains, 106 000 en 1984, ils ont subi de fortes pressions pour ne pas voter. En effet, le roi Hassan Il a appelé ses sujets à ne pas participer aux élections, accompa gnant cet appel par une campagne d'intimidation menée par les amicales de Maro cains, associations « culturelles » liées au régime de Rabat, avec, pour résultat, une participation de 17%. Ce taux s'est élevé à 37 % pour les travailleurs du Surinam et
Les suffrages des immigrés se sont massivement portés sur le PvdA. A Rotterdam, 85,6 % d'entre eux ont voté pour ce parti, tandis qu'à Utrecht, ce chiffre a été de 87 %, sans aucune variation significative selon les nationalités. Le soutien déjà prévu des électeurs du Surinam et des Antilles pour le PvdA a été confirmé par ces élections municipales, où 92 % d'entre eux ont voté pour les sociaux-dé