Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAMBIE

Une confédération en crise

Inprecor n° 217, 14 avril 1986 · p. 24-25 · 948 mots

Afrique

Une confédération en crise par un coup d'Etat le 30 juillet 1981, le régime corrompu de Dawda Jawara, leader du Progressive people's party (Parti populaire progressiste) et chef du gouvernement gambien, n'a dû son salut qu'à l'intervention des forces armées sénégalaises. Conçue comme une opération coup de poing destinée à rétablir rapidement Jawara dans ses ne réussira pourtant à atteindre pleinement son objectif que le 6 août suivant, lorsque les gendarmes sénégalais, de trois membres du Special air service (SAS) britannique parvinrent à libérer les personnes prises en otage par les putschistes. Il fallut alors l'intervention de 1 100 militaires sénégalais et des centaines de victimes et d'arrestations parmi la population gambienne pour mater cette rébellion (cf. Inprecor numéro 108 du 14 sep-

Dès lors la bourgeoisie sénégalaise et l'impérialisme s'orientèrent construction d'une confédération sénégambienne pour garantir l'ordre néocolonial en Gambie, petit pays de 600 000 habitants, dont le territoire, long de trois cents kilomètres environ, plonge à l'intérieur du Sénégal.

Dénoncer cette annexion et affirmer le droit des masses gambiennes à l'autodétermination et aux libertés démocratiques est une tâche de solidarité élémentaire

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pour les militants anti-impérialistes et à Dakar et qu'il existe un bataillon conférévolutionnaires qui luttent au Sénégal. C'est cette démarche qu'illustre un récent article publié dans Combat ouvrier de janvier-février 1986, journal diffusé par les militants de l'Organisation socialiste des travailleurs (OST), section sénégalaise de la IVe Internationale. C'est cet article que nous reproduisons ci-après.

La Confédération sénégambienne vient de fêter ses cinq années d'existence dans l'indifférence totale des populations sénégalaise et gambienne. dernières n'ont en effet jamais été consultées. La confédération a été imposée à la marionette Jawara qui ne doit encore sa présence à la tête de l'Etat gambien que grâce à la présence des forces d'occupation sénégalaises qui assurent sa sécurité.

Pour le peuple gambien, la contédération n'est rien d'autre qu'une annexion. En effet, dans tous les endroits stratégiques du pays, on note la présence des soldats sénégalais. Le Bataillon sénégalais en Gambie fait des contrôles systématiques de la population. Sur les « Ferrys » (bacs), ce sont encore des soldats sénégalais armés jusqu'aux dents, que l'on rencontre. Toutes les libertés démocratiques sont suspendues. Des opposants au régime sont exilés ou mis en prison. Aucun parti se réclamant de la classe ouvrière et du peuple travailleur n'est autorisé. La plupart des dirigeants du MOJA (Mouvement pour la justice en Afrique - section de Gambie) sont en prison ou exilés. (Combat ouvrier publie dans ce même numéro le programme du MOJA, ndlr.).

Depuis l'instauration de la Sénégambie en 1981, la crise n'a fait que s'accentuer en Gambie. Le pouvoir d'achat des populations a dégringolé et l'on note des pénuries alimentaires régulières de riz, l'épuisement des réserves d'essence entraînant des queues de voitures devant les stations-service. Le marché noir se développe : 5 000 CFA (1 FF vaut 0,02 CFA, ndlr.) y est changé contre 60 dalasis alors que le taux officiel est de 40 dalasis (le dalasi est la monnaie gambienne, ndlr.).

que les populations gambiennes ont une grande réserve par rapport à la confédération et témoignent d'une hostilité envers elle comme d'ailleurs le reconnaît le chef du service de Presse du Secrétariat général à la présidence de la confédération dans une mise au point parue dans le Soleil (quotidien gouvernemental, ndlr.) du 6 septembre 1985.

Cette hostilité à la confédération a même gagné les rangs de la bourgeoisie gambienne qui refuse l'intégration économique. Le Pacte signé le 14 novembre 1981 à Kaur par les présidents Dawda Jawara et Abdou Diouf devait porter sur « L'intégration des forces de sécurité et militaire, une union économique et monécoordination des deux pays dans les domaines des relations extérieules communications où les deux Etats s'accorderont à œuvrer dans le sens de l'unité africaine ». L'intégration des forces de répression a été totale puisque les gendarmes gambiens sont formés déral auquel la Gambie vient de verser 150 soldats (...). La bourgeoisie bienne y est opposée (à l'intégration économique, ndlr.) car elle signifie sa mort économique, tandis que pour les populations elle signifie l'alignement des prix des denrées alimentaires sur les prix en

Sénégal et imposé Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Cela signifie pour le peuple gambien acheter le kilo de sucre à 375 CFA au lieu de 200 CFA actuellement, pour ne citér que cet exemple. l'union économique, le Sénégal a serré les vis au niveau des frontières. Tout se passe comme si le gouvernement du Sénégal voulait étouffer l'économie gambienne afin de l'obliger à accepter l'union économique. Les nombreuses démissions du gouvernement, du parlement gambien et du PPP, le parti de Jawara, ne sont que le reflet de la crise profonde qui traverse la bourgeoisie gambienne concernant la confédération. L'absence de Jawara de Gambie à l'occasion du Ve anniversaire de la Confédération, le fait qu'aucun discours d'un officiel gambien ne soit paru dans le Soleil le 1er février 1986 comme le ler février 1985, dailleurs, est révélateur de la crise de la confédération. Abdou Diouf, quant à lui, veut persuader par des menaces voilées (cf. son discours du ler février 1986) que les gambiens ont intérêt à la confédération.

Pour le peuple sénégalais, l'occupation militaire de la Gambie pèse lourd sur l'économie de notre pays. Il faut signaler que près de 80 % du budget de la confédération est entièrement consacré à l'armée pour le maintien de « l'ordre » en Gambie. L'entretien des troupes d'occupation coûte cher aux contribuables sénégalais au moment où on leur demande de Combat ouvrier exige donc :

— retrait immédiat des troupes sénégalaises de Gambie ;

- libération de tous les prisonniers politiques gambiens et le retour des exilés ;

— respect des libertés démocratiques. •

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