'ANNEE 1985 aura été une très mauvaise année pour l'économie nicaraguayenne.
Le boycott impérialiste, les effets dévastateurs de la guerre des contras, les ca.
• lamités naturelles sont venus aggraver les distorsions de l'économie mixte (1).
Face à cette situation le gouvernement sandiniste a répondu par une accélération de la réforme agraire et diverses autres mesures économiques qui sont commentées dans la République nicaraguayenne, le commandant de la Révolution Daniel Ortega, personnes, dont 1 452 morts, 1 863 blessés et 1 455 personnes enlevées. Depuis
1980, le nombre de victimes de la contra atteint déjà le chiffre de 12 332 Nicaraguayens, parmi lesquels 3 999 ont trouvé la mort, 4 542 ont été blessés et
3 191 enlevés (...) De ces victimes, 912 étaient des enfants, 2 193 des jeunes et
9 277 des adultes et des vieillards. (...) Si nous y ajoutons les mercenaires trompés par la politique impérialiste - victimes de l'agression dans une certaine mesure - qui ont été abattus par les armes du peuple, 13 930 nicaraguayens ont ainsi trouvés la mort. (...) A l'échelle des Etats-Unis d'Amérique, cela équivau-
NICARAGUA depuis la révolution
Maria MERRI
Le 9 mars dernier, le gouvernement nicaraguayen rendait publique des hausses de prix et de salaires. Ce jour-là, la lecture des journaux fut peu agréable, chacun faisant ses comptes. Toutefois, on ne peut vraiment parler d'une surprise. Depuis la dévaluation de la monnaie le ler février dernier, qui fixait la parité avec le dollar à 70 cordobas contre 28 auparavant, tout le monde se demandait quand interviendraient les hausses et quel en serait le salaires ont été augmentés de 50 % au premier mars après avoir été déjà relevés en moyenne de 89 % au ler janvier (2). L'augmentation des prix se situe quant à elle entre 50 % et 150 % selon les produits, voire à 200% pour les restaurants « de luxe ». Tous les tarifs et prix des secteurs de l'Alimentation, des Transports, des Services, de l'Electricité etc., ont été relevés. Ces mesures se situent dans la lignée de celles prises en février 1985 lorsque le gouvernement supprima aux produits de base, dont les prix avaient été maintenus depuis la révolution à un niveau artificiellement bas (3). Officiellement, l'inflation aura été de 238% en 1985, mais ce chiffre ne rend pas compte des disparités dans les hausses de prix qui sont loin d'être uniformes. Ce qui est certain, c'est que le niveau de vie a baissé en 1985, et de façon relativement importante.
LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES DE
1985 L'année 1985, et le gouvernement sandiniste n'en fait pas mystère, a été l'une des plus difficiles depuis le triomphe révolutionnaire de 1979. La guerre déséquilibre tout le système économique déjà vulnérable d'un pays dépendant qui subit les effets de la crise mondiale. On calcule que la défense absorbe annuellement environ 50 % du budget de l'Etat. Cette armée de 50 000 hommes, qu'il faut nourrir, vêtir, acheminer jusqu'aux zones de guerre représente 11% de la force de travail industrielle et agricole du pays. Pour la seule année 1985, le montant des destructions matérielles directes occasionnées par la contra est estimé à 120 millions de dollars (cf. encart). Au blocus économique des USA, il faut ajouter le veto mis par Washington sur certaines lignes de crédits octroyés au Nicaragua par les institutions financières internationales. Au total, on estime que le coût de l'agression américaine, sous toutes ses formes (militaire, commerciale et financière), a atteint en 1985 608 millions de dollars, soit 26 % du Produit intérieur brut (PIB).
Comme si cela ne suffisait pas, l'année passée a vu toute une série de désastres naturels, sécheresse puis inondations agricole. Le volume de la production industrielle a chuté de 6,5 %, les exportations de 11 % environ, ne s'élevant cette année qu'à 300 millions de dollars, c'est-à-dire ne couvrant que 36,2 % des importations. Le déficit commercial s'est élevé à 531 millions de dollars, c'est le plus fort qu'ait jamais connu le Nicaragua. Quant au déficit budgétaire, malgré des mesures draconiennes de réduction des dépenses,
Même pour produire, le Nicaragua doit d'abord importer. La simple production d'huile et de savon - deux des cinq produits de base dont les prix sont garantis par l'Etat - a coûté l'an passé 42 millions de dollars en importation de matières premières nécessaires à la fabri-
Là encore, la guerre empêche le développement de l'utilisation des ressources propres du pays qui pourraient limiter, en partie tout du moins, cette
Les victimes de la contra en 1985 devant l'Assemblée nationale, le 22 féurier 1986.
drait à plusieurs millions de morts ».
dépendance. Par exemple, tout le projet d'exploitation forestière qui devait à la fois permettre d'alimenter les exportations non traditionnelles et jeter les bases d'une industrie du bois a été mis à mal par la contra : 14 millions de dollars d'investissement sont ainsi partis en fumée !
L'APPROVISIONNEMENT:
PROBLEME NUMÉRO UN « Nous ne pouvons répartir ce que nous n'avons pas ». Cette phrase du commandant Cabrales, ministre du commerce intérieur, résume parfaitement les données du problème numéro un de la population : l'approvisionnement. Toute situation de pénurie nourrit la spéculation et le marché noir. Le Nicaragua n'échappe pas à la règle. L'Etat assure par le biais des centrales d'approvisionnement des travailleurs (CAT) et des comités de défense sandiniste (CDS) un certain quota mensuel de produits alimentaires de base et de produits d'hygiène, vêtements etc.
Mais, si les produits d'alimentation sont distribués en fonction du nombre de personnes qui vivent dans une même maison, d'autres produits, notamment d'hygiène, sont distribués selon un quota attribué individuellement à chaque salarié. Autrement dit la quantité sera identique pour un salarié célibataire ou pour un salarié père de 5 enfants dont l'épouse ne « travaille » pas ! Et, de plus, comme souvent les quantités dont disposent les CAT et les CDS sont insuffisantes pour couvrir la demande, il faut alors faire appel au marché libre dont les prix sont d'améliorer cette situation, le gouvernement sandiniste
(suite à la page 27) 1. Sur les problèmes liés au systeme de numéro 217 du 14 avril 1986.
Les salaires ont été augmentés de 60 à plus forte a porté sur les salaires les plus hauts contrairement aux augmentations précédentes. Il s'agit pour le gouvernement d'inciter ainsi les techniciens et ouvriers qualifiés à rester dans les secteurs importants de l'économie et à ne pas les quitter pour émigrer à l'étranger ou pour travailler dans le secteur informel plus rému-
3. Sur la suppression des subventions aux produits de première nécessité, se reporter à Inprecor numéro 203 du 23 septembre 1985. Nous reproduisons ci-dessous un court extrait du discours du président de « En 1985, le total des victimes de la contre-révolution s'est élevé à 4 770
(suite de la page 28) s'est lancé dans une double bataille premierement liquider - ou essayer pour le moins - le secteur « intormel », énorme cancer qui ronge Managua ; deuxièmement, augmenter coûte que coûte la production et la productivité agricole et industrielle.
On estime à 40 000 environ le nombre de commerçants illégaux. Les opérations de nettoyage des marchés de la capitale et notamment du célèbre « marché oriental », temple du marché noir, le renouvellement sélectif des licences commerciales qui s'est effectué en janvier dernier, les opérations « poing de fer » de contrôle des prix du ministère du commerce intérieur (MICOIN), constituent le volet répressif des mesures prises pour régler ce problème. La création des « inspecteurs populaires », émanation des syndicats et des CDS, qui doivent servir d'auxiliaires aux inspecteurs du MICOIN afin de démultiplier les contrôles, la mise en place de jardins régionaux qui, en développant l'auto-approvisionnement des villes doivent permettre à terme de pouvoir échapper, en tout cas pour les fruits et légumes, aux prix prohibitifs du marché noir, en forment l'autre facette. Ces mesures porteront-elles leurs fruits ? Il est de toute façon trop tôt pour le dire.
La hausse de la productivité agricole et industrielle est cruciale pour le pays. Elle est un important moyen pour réduire la pénurie et donc, la spéculation. Mais elle se heurte et se heurtera encore à bien des obstacles ; d'ordre objectif d'abord, par le manque chronique de pièces détachées et de matière première, situation que le blocus américain a aggravé, mais aussi à des obstacles subjectifs. Dans secteur agricole, par exemple, la journée de travail est de l'ordre de 4 heures par jour. Elle est d'ailleurs remontée considérablement puisqu'on estime
Vient de paraître: "Al-Mitraqa"numéro 2 Le numéro 2 d'Al-Mitraqa, revue communiste révolutionnaire pour toute la région arabe, est paru. La revue
Al-Mitraqa est publiée conjointement par les organisations de la IVe Interet dans l'Etat d'Israël.
Au sommaire du numéro 2 (janvier-mars 1986): le conflit sanglant du Sud-Yémen ; la situation au Maroc; la situation politique et économique dans l'Etat d'Israël à la veille de la « rotation » ; l'économie lumde l'effondrement ; un bilan de la
Les commandes (10 FF l'exemplaire) doivent être adressées à 2, rue
France. Pour recevoir régulièrement
Al-Mitraqa (trois numéros par an), il est possible de s'abonner : France,
100 FF (abonnement de soutien)
à Al-Mitraqa qu'après la révolution, elle était tombée à
Il s'agit là d'un phénomène inhérent à tout processus révolutionnaire, quand la contrainte qui s'exerçait auparavant sur les travailleurs cesse, surtout pour les travaux les plus pénibles ; phénomène qu'il faut comprendre comme tel, mais qui bien évidemment pose quelques problèmes économiques.
Tout en menant une campagne idéologique pour expliquer l'importance de la hausse de la production dans le développement du pays, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a fait le choix de privilégier les secteurs productifs ouvriers et paysans dans la répartition de la pénurie, ce aux dépens d'autres secteurs, des services, de l'administration. Ils ont, par exemple, la priorité pour les produits qui sont particulièrement peu abondants. Et cette année, la quasi totalité des investissements ment, santé - seront destinés aux campagnes. Il s'agit d'encourager un secteur qui est vital pour le Nicaragua par qui ses exportations, mais aussi par sa production des cultures vivrières, et d'enrayer ainsi l'exode rural qui a gonflé démesurément Managua. Mais tout autant qu'économique, cette mesure est politique. Avec le tournant pris en 1985 dans l'application de la réforme agraire, la distribution massive et individuelle de terre aux paysans, il s'agit de resserrer « l'alliance ouvrière et paysanne » comme colonne vertébrale de la révolution, suivant l'expression de la direction nationale du Front (4).
Le choix, qui consiste à favoriser consciemment certains secteurs aux dépens des autres, induit quasi automatiquement le mécontentement des laissés pour compte de l'heure. L'augmentation des prix, qui est supérieure à Managua par rapport au reste du pays, et l'entrée en vigueur des nouveaux horaires de travail - journée
3 8!
réduite et échelonnée en semaine, mais travail le samedi matin pour le tertiaire et l'administration - qui ont pour but de résoudre le casse-tête de l'organisation des transports collectifs à Managua, sont loin de susciter l'enthousiasme chez les intéressés.
LES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES
POUR 1986 L'objectif du plan économique pour 1986 est d'obtenir une croissance de 5 % par rapport à l'an passé et une hausse de 4,9% du PIB qui permettraient de retrouver le niveau économique de 1983. Le gouvernement sandiniste espère que les mesures prises depuis janvier-février 1985 porteront leurs fruits et qu'il sera possible d'atteindre une hausse de 13 % pour la production industrielle et de 4,3 % dans l'agriculture. Mais l'insuffisance de la force de travail dans les secteurs productifs est sans doute un obstacle de taille - si l'on met de côté l'inconnue de la situation militaire - à la réus-
La guerre a exacerbé les déformations de la structure économique du pays, gonflant exagérément le secteur tertiaire. Selon le ministère de la planification, pour 1985, la part du secteur primaire dans le PIB était de 25,1 %, celle du secteur secondaire de 27.3 % et celle du tertiaire de 47,6 %, répartition qui reflète bien l'ampleur des activités improductives.
L'année 1986 sera-t-elle meilleure que 1985 ? Un certain nombre de facteurs positifs peuvent le laisser supposer. Le prix du café, principal produit d'exportation du pays, s'est envolé sur le marché international se stabilisant aux alentours de 250 dollars le quintal contre 145 dollars l'an dernier. De plus, cette année, la contra a été incapable d'affecter la récolte qui s'avère excellente. Par contre, le prix des deux autres produits traditionnels d'exportation, coton et sucre, sont eux en pleine dépression. Cette année, le Nicaragua compte réduire de 20% la surface ensemencée de coton au profit de cultures non-traditionnelles.
Militairement enfin, la déroute de la contra prend des allures accentuées. Mais de ce fait même, on peut se demander si cela ne renforce pas l'éventualité d'une intervention directe de l'impérialisme semble faire que l'idée d'une échéance de ce type pesa dans le choix qui a été fait économiquement par les sandinistes notamment avec la priorité donnée à la relance réforme agraire. Certes, les mesures qui ont été prises renforcent le mécontentement, la lassitude, l'indifférence enfin, de certains secteurs de la population vis-à-vis de la politique gouvernementale. Mais au cas où des événements majeurs surviendraient l'attitude de la paysannerie serait
Maria MERRI, Managua, 18 mars 1986. 4. Sur l'approfondissement de la réforme agraire. se reporter à Inprecor numéro 217 du 14 avril 1986.