Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE

Tensions dans la corne de l'Afrique : II. La fin d'un empire

· Inprecor n° 22, 17 février 1978 · p. 25-31 · 5 795 mots

URSS et Russie États-Unis Italie Palestine et Israël

«Le renversement de Hailé Sélassié a ouvert aux nationalités opprimées d'Ethiopie la possibilité de se mettre en mouvement»

II. La fin d'un empire

La première partie de cet article a été publiée dans le dernier numéro d' "Inprecor-Intercontinental Press" (n° 21 du 3 février), sous le titre : "Le socialisme en uniforme ?". Elle était consacrée à une analyse du régime du Derg éthiopien.

La seconde partie que nous publions ici, examine l'arrière- plan politique sur lequel s'est développée la crise actuellement en cours dans la région de la corne de l'Afrique.

Depuis qu'Ernest Harsch a écrit cet article, en décembre

1977, les événements se sont rapidement succédés.

Au niveau du conflit armé, la victoire a changé de camp en

Ogaden. Au moment où nous mettons sous presse, le régime somalien reconnaît que les forces qu'il soutient ont été obligées à un "repli tactique". Il en appelle à l'aide militaire amassaouah

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KENYA

EMOGADISCIO

Ernest HARSCH occidentale, sous prétexte que l'armée éthiopienne est dirigée par de nombreux conseillers ou combattants soviétiques ef cubains. Les Ethiopiens à leur tour prétendent que l'Egypte, l'Arabie saoudite et l'Iran fournissent une aide aux forces somaliennes. Le régime somalien clame que l'armée éthiopienne veut envahir son territoire et occuper le port stratégique de Berbera. Néanmoins l'administration américaine s'est, jusqu'à présent, refusée publiquement à lui envoyer une aide militaire. De manière hypocrite, Carter s'est prononcé contre toute "ingérence externe dans cette guerre". En réalité il préfère s'en remettre pour l'instant à des intermédiaires dévoués comme l'Egypte, l'Iran et, sans doute, l'Allemagne de l'Ouest. Un accord tacite existe probablement entre l'Union soviétique et les Etats-Unisafin de maintenir le statu quo dans la région. Il se révèlera certainement très difficile à préserver, car l'impérialisme américain est bien décidé à intervenir immédiatement contre toute modification importante de l'équilibre des forces dans la corne de l'Afrique, comme celle que provoquerait, par exemple, l'occupation éthiopienne de Berbera ou celle du port de Djibouti, dont l'importance stratégique est tout aussi essentielle. En renforçant sa flotte dans la mer Rouge et en se faisant l'écho des déclarations somaliennes sur la présence cubaine en Somalie, Washington se réserve la possibilité de changer son fusil d'épaule. Dans son article, Ernest Harsch insiste, à juste fitre, sur le caractère réactionnaire du soutien soviétique au Derg éthiopien. Les récentes déclarations de Moshé Dayan, le ministre des Affaires étrangères d'Isratil, sont venues confirmer ce jugement en montrant en quelle compagnie se retrouvent les bureaucrates du Kremlin. Dans ces déclarations, Dayan expliquait cyniquement qu'il était du devoir de l'Etat sioniste d'aider militairement une "nation amie" , engagée dans un conflit sur la route stratégique de la mer Rouge. Brejnev se trouve ainsi l'allié de l'ennemi le plus acharné des masses arabes. Cette politique à courte vue pourrait bien avoir de nouvelles conséquences, un jour prochain, sur l'influence de l'URSS au Moyen-Orient.

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Bien avant la conquête amharique et la colonisation européenne, les Somalis avaient commencé à développer un sentiment d'unité nationale fondé sur leur langue et l'influence de l'Islam. Ils résistèrent donc aux agressions étrangères amharique ou européennes et luttèrent pour empêcher la partition de leur territoire. La rébellion dirigée par Mohammed ibn Abdullah Hassan et qui dura plus de 20 ans n'est qu'un des aspects de cette lutte. LE NATIONALISME SOMALI Le capitaine Keseteberhan Ghebrehiwet, ancien membre du Derg et officier en chef du Service de renseignements militaires contre les Somalis admet que ceux-ci "ne se considèrent pas comme des Ethiopiens ... En fait ils portent une haine colossale. aux Amhariques. Au cours des nombreuses opérations menées par l'Ethiopie pour réprimer les révoltes populaires en Ogaden, la population fut traitée de façonsi inhumaine que les enfants ont été élevés dans une haine profonde des Amharas. " (5). La frontière tracée de force à travers les territoires somalis ne réussit pas à les diviser physiquement. Les Somalis de l'Ogaden vont souvent en Somalie pour faire des études ou trouver un meilleur emploi et se soumettent aux lois de l'Etat somalien. Certains d'entre eux occupent de hauts postes gouvernementaux en Somalie. Cet échange se déroule aussi en sens inverse. Environ la moitié de la population de la Somalie du nord émigre vers les autres régions de l'Ogaden pour faire paître leur bétail. La défaite des colonialistes italiens lors de la Seconde Guerre mondiale, puis la "décolonisation" de l'empire britannique conduisirent à un remaniement des frontières dans la corne de l'Afrique. Tandis que l'Ogaden restait sous domination éthiopienne et que les Somalis vivant à Djibouti et au Kenya demeuraient respectivement sous contrôle de la France ou de la Grande-Bretagne, les deux colonies, britannique et italienne, de Somalie, obtinrent leur indépendance formelle et s'unirent pour former en 1960 l'Etat actuel de Somalie. (Depuis, Djibouti et le Kenya sont devenus des Etats indépendanis). Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale et les luttes naissantes de libération nationale dans l'ensemble du monde colonial donnèrent un formidable coup d'accélération à la lutte des Somalis pour l'unité. Dès 1948, dans l'ex-territoire italien des Somalis, la Ligue de la jeunesse somalie (l'un des plus importants groupes nationalistes somalis) déclarait : "Nous voulons que notre pays soit réuni aux autres territoires somalis pour former avec eux une entité politique, administrative et économique. Nous sommes racialement et géographiquement le même peuple, nous avons la même langue et la même religion. Il n'y a pas d'avenir pour nous sauf comme une partie d'une grande Somalie" (6). Ces aspirations se reflétaient également dans une réunion qui s'est tenue à Mogadiscio, aujourd'hui capitale de la Somalie, en août 1959, et au cours de laquelle des délégués somalis, venus de Somalie, de Djibouti, de la région nord du Kenya, de l'Ogaden et des Hauts-plateaux éthiopiens fondèrent un mouvement pansomali dont le but était de rassembler tous les Somalis dans un seul Etat.

De fait, cet objectif fut introduit dans la première constitution somalienne. Le drapeau somalien comprend une étoile à cinq branches, représentant les ex-colonies britannique et italienne incorporées à la Somalie, ainsi que les trois "territoires perdus". Au début des années 60, le Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO) fut formé à partir du mouvement de résistance paysan de la province éthiopienne de Bâle. Sous la direction de Walko Gutu et avec le soutien du régime somalien, il organisa des actions d'envergure dans le Bale et l'Ogaden. Ces affrontements s'amplifièrent en 1963-64 et se transformèrent en une guerre entre Mogadiscio et Addis-Abeba. La défaite subie par les Somalis obligea Mogadiscio à cesser son aide au FLSO, et en 1970, Waka Gutu dut se rendre aux forces éthiopiennes. La chute de Sélassié en 1974 et les avancées significatives de la lutte de libération en Erythrée encouragèrent les Somal à réactiver leur combat. Le FLSO fut réorganisé. Dans une interview publiée par le "New African Development" en aoû 1977, Abdullahi Hassan Mahmoud, dirigeant du FLSO expliquait : "le renversement de Hailé Sélassié a ouvert à toutes les nationalités opprimées d'Ethiopie la possibilité de se mettre en mouvement." LA GUERRE DE L'OGADEN Le FLSO reprit ses actions de guérilla contre les forces d'occ pation éthiopiennes et en juin 1977, il fit sauter beaucoup de ponts de chemin de fer, coupant la seule voie ferrée existant entre Addis- Abeba et Djibouti qui dessert 60% du commerce extérieur de l'Ethiopie. Le mois suivant, le FLSO lança sa plus grande offensive, s'emparant rapidement de douzaines de villes et de villages, y compris la ville-clé de Jijiga qui étai la base de chars d'assaut la plus importante de l'armée éthiopienne. Les journalistes en visite dans les régions tenues par les Somalis ont déclaré avoir vu des caches d'armes et d'équipement lourd comme des tanks ou de l'artillerie que les Ethi piens avaient laissés derrière eux dans leur retraite précipitée En septembre, les forces du Derg avaient été repoussées jusqu'aux abords de Harar et Diredawa, les deux plus grandes villes de la région. Vers la fin de l'année, Harar fut l'objet d'une violente offensive somalie. Les journalistes occidentaux qui ont parcouru l'Ogaden ont fait état du soutien massif de la population somalie aux troupes du FLSO. L'un d'entre eux écrivait dans une dépêche de l'Agence France presse du 24 août 1977 : " Les visiteurs étaient souvent accueillis par des foules bruyantes mais disciplinées criant leur haine pour le gouvernement éthiopien et son chef le colonel Mengistu Hailé Mariam". Et Graham Hancock raconte dans le "Sunday Times" de Londres du 18 septembre 1977 : "Je n'ai pas rencontré un seul village, ni un seul groupe de nomades somalis qui ne fit armé et plein de colère, qui ne soit prêt à combattre et désireux de le faire à tout moment. Toute la population semble être grisée par la victoire, apporter un soutien total à la guérilla et très capable de se défendre." . On a dit également que deux autres groupes nationalistes, le Front de libération Oromo et le Front de libération Afar ont commencé à coordonner leurs luttes avec celle du FLSO.

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Le régime somalien du général Mohammed Siad Barré nie officiellement que ses forces armées soient directement engagées dans l'Ogaden mais le Derg a pu montrer des tanks, des camions et des pièces d'artillerie lourde pris aux Somaliens ainsi que des débris d'avions portant la marque des forces aériennes somaliennes. De plus le régime de Siad Barré soutient ouvertement les objectifs du FLSO, lui apporte un appui militaire et financier et admet même que des troupes régulières somaliennes ont été "autorisées" à combattre avec le FLSO. Siad Barré n'a, en fait, pas d'autre choix que de soutenir la lutte somalie dans l'Ogaden et ailleurs. Dans une interview au bimensuel "Afrique-Asie", publiée à Paris le 13 juin 1977, il fit remarquer qu'aucun gouvernement, aucun régime, aucun dirigeant somalien ne pourrait survivre dans le pays s'il se préparait à abandonner la politique de recouvrement des territoires qui sont toujours colonisés par l'occupant étranger." Bien que la politique de la junte somalienne reflète les aspirations somalies à l'indépendance et à l'unité, ses intérêts les plus immédiats sont aussi en jeu. La Somalie est un pays paupérisé qui n'a que peu de ressources. Mais on pense que le sol de l'Ogaden contient du pétrole et du gaz. Siad Barré peut aussi utiliser, au moins en partie, cette campagne pour la reconquête de l'Ogaden comme un moyen de détourner les revendications populaires de son régime répressif qui a établi un appareil de police secrète, puissant et étendu pour contrôler la population. Comme son pendant éthiopien, le régime somalien essaie de couvrir sa politique procapitaliste d'un masque "socialiste" . En même temps qu'il aide le FLSO et les efforts faits en vue de l'unification des Somalis, la junte craint la puissance potentielle de la lutte somalie et cherche soigneusement à la garder sous son contrôle. Régime capitaliste, il est un obstacle à une indépendance totale. LA COLONISATION DE L'ERYTHREE La lutte pour l'indépendance de l'Erythrée constitue l'autre grande menace contre "l'unité sacrée" chère au Derg. Les groupes érythréens ne sont plus de petites forces de guérilla mais de véritables armées auxquelles la population érythréenne accorde un soutien complet. Malgré la présence de 25 000 soldats éthiopiens - la moitié de l'armée régulière -les Erythréens contrôlent presque tout le territoire sauf quelques villes. Le Derg essaie de justifier son opposition à ce qu'il appelle une lutte "sécessionniste" en arguant de ce que l'Erythrée a toujours été historiquement et socialement une partie de l'Ethiopie, sauf pendant la colonisation italienne. Mais il y a des preuves historiques considérables de ce qu'une grande partie de l'Erythrée a eu une existence séparée pendant des centaines d'années: Une grande partie de l'Erythrée moderne et des parties de la province éthiopienne du Tigré formaient l'ancien royaume axumite qui a duré du IVe siècle avant J.C. au VIlle siècle. Après son éclatement, le territoire qui est devenu l'Erythrée, maintint une existence plus ou moins indépendante jusqu'au milieu du XVle siècle où il passa sous la domination des Turcs ottomans puis ensuite sous celle des Egyptiens.

En 1869, année de l'ouverture du canal de Suez, les colonialistes italiens commencèrent à s'implanter dans la région, acquérant le port d'Assab. Au milieu de l'année 1880, il s'emparèrent de Massawa. Ayant négocié un traité avec l'empereur Menelik, les Italiens en firent une colonie en 1890. Comme l'Ethiopie elle-même, l'Erythrée est un assemblage de plusieurs populations. Les deux langues les plus parlées sont le tigrinya et le tigré, mais il y en a bien encore au moins six autres. La population est en gros composée pour moitié de musulmans et pour moitié de chrétiens. Dans leurs propres intérêts économique et militaire, les colonialistes italiens introduisirent quelque industrialisation. La montée d'une classe ouvrière érythréenne significative et l'expérience commune du joug colonial rapprochèrent les divers peuples érythréens et les aidèrent à se donner un sentiment commun d'identité nationale. Après la défaite des Italiens pendant la Seconde Guerre mondiale, les diverses puissances impérialistes, aussi bien que Hailé Sélassié, manoeuvraient pour obtenir le contrôle de l'Erythrée. Finalement, en 1950, Washington proposa aux Nations Unies une résolution appelant à une Hailé Sélassié fédération entre l'Erythrée et l'Ethiopie. Sélassié s'était montré un allié précieux pour les Américains et Washington se préoccupait de la direction que pourrait prendre une Erythrée indépendante, surtout étant donné sa place stratégique sur la mer Rouge. Pour les impérialistes américains, la meilleure solution était de laisser Sélassié placer l'Erythrée sous son contrôle. La fédération prit effet en 1952, mais Sélassié se dépêcha d'abolir même la fiction d'une "autonomie" érythréenne. Tous les partis politiques furent interdits sauf celui qui se prononçait en faveur de l'unification avec l'Ethiopie. Les syndicats furent mis hors-la-loi, les journaux mis au pas et l'amharique fut imposée comme seule langue officielle. Des livres en érythréen furent brûlés. En 1958, les troupes éthiopiennes répondirent à une grève générale en mitraillant un grand nombre de travailleurs érythréens. Les Ethiopiens entreprirent également de paralyser et de piller l'économie

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érythréenne. Des sociétés opérant en Erythrée furent contraintes de s'installer en Ethiopie. Quelques usines et d'autres installations furent même démantelées. En 1962, Sélassié abandonna tout faux-semblant et annexa formellement l'Erythrée comme 14e "province" de l'Ethiopie. En fait c'est une colonie. LA LUTTE ERYTHREENNE D'INDEPENDANCE Le dernier grand mouvement de résistance organisé contre l'occupation éthiopienne dans les régions urbanisées, fut entrepris par le mouvement de libération de l'Erythrée créé en 1959. Il fut rapidement écrasé par les troupes et la police éthiopiennes. Deux ans plus tard, le Front de libération de l'Erythrée (FLE) fut créé. Il était au départ essentiellement composé de paysans musulmans et de nomades et ne faisait que des actions militaires mineures. Mais en 1964-65 il y eut une importante montée de la lutte d'indépendance qui s'accompagna d'un grand afflux de recrues de la région des Hauts-Plateaux qui est peuplée principalement de chrétiens. Cependant, cette avancée fut bloquée par des luttes de fraction au sein du FLE où des centaines d'opposants auraient été tués. Finalement, en 1970, un groupe de guérilla emmené par Issaias Afewerki qui avait scissionné du FLE forma les Forces populaire de libération de l'Erythrée, rebaptisées plus tard Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE). Le FLE ne voulut pas reconnaître l'existence d'un groupe rival et déclara la guerre au FPLE en 1972. Cette guerre fractionnelle dura plus de deux ans, gênant grandement la lutte pour l'indépendance. Pendant le soulèvement de masse contre Sélassié en 1974, il y eut une nouvelle montée de la lutte érythréenne avec des grèves et des manifestations dans plusieurs villes éthiopiennes. Un journaliste qui a visité Asmara, la plus grande ville d'Erythrée, relata dans le"New York Times" du 3 février 1975 qu'il "n'avait pas trouvé un seul Erythréen qui soutienne autre chose que l'indépendance totale." Ce soulèvement mit un terme à la guerre entre le FLE et le FPLE, au moins pour cette période et en janvier 1975, ils lancèrent une attaque coordonnée sur les forces armées éthiopiennes à Asmara même. Bien qu'ils aient finalement été repoussés, les deux groupes gagnèrent des milliers de nouvelles recrues et au début de 1977, ils prirent le contrôle d'une série de villes importantes, avec Nacfa, Karora, Keren, Agordat, Tessenei et Decamere. Decamere et Keren sont les 2e et 3e plus grandes villes de l'Erythrée. En décembre, le FLE annonça également la capture de la garnison éthiopienne de Adi Caieh. Selon Gérard Chaliand, un spécialiste des luttes de guérilla qui raconta son voyage en Erythrée dans les numéros du "Monde" des 7 et 8-9 mai 1977, le FLE et le FPLE ont le même nombre d'hommes, entre 10 et 12 000 chacun (d'autres estimations donnent des chiffres plus élevés). Le FPLE contrôle tout le district-nord du Sahel et le FLE la plus grande partie des deux districts occidentaux de Barka et Gash. Tous deux ont des unités pratiquement dans tout le reste du pays, le FPLE étant plus fortement présent dans la région des hauts-plateaux autour d'Asmara et de Keren. Ensemble ils contrôlent en gros 85% du territoire et l'ensemble des 3,5 millions d'habitants de L'Erythrée, moins 300 000.

Un 3e groupe érythréen qui n'a pas de véritable base en Erythrée a été constitué en mars 1976. C'est une scission du FPLE, dirigée par Osman Saleh Sabbe, qui s'appelle Front de libération de l'Erythrée-Forces populaires de libération (FLE-FPL). Bien que le FLE-FPL n'ait que peu de forces en Erythrée même, les deux autres groupes savent que Sabbe a de plus importantes ressources financières à cause de ses contacts avec plusieurs régimes arabes. Les deux groupes principaux trouvent un soutien tellement considérable dans la population érythréenne que, jusqu'à présent, toutes les "offensives finales" de Mengistu ont lamentablement échoué. Deux fois, en mars 1976 et ensuite à la fin de 1977, le Derg a envoyé en Erythrée un grand nombre de conscrits paysans dans ce qui fut appelé des "marches rouges" pour aider les forces régulières. A chaque fois, il fut incapable de retrouver une capacité d'initiative significative. Les échecs militaires éthiopiens ont commencé à semer largement la démoralisation parmi les troupes stationnées en Erythrée, ce qui a conduit à de nouveaux reculs. Pendant l'assaut du FPLE contre Keren, par exemple, les forces d'occupation n'opposèrent qu'une résistance modérée et beaucoup se rendirent aux combattants de la libération érythréens. La désertion affecte également l'armée éthiopienne. Cela a amené un désespoir grandissant dans le commandement militaire. Un déserteur éthiopien, le lieutenant Gebremichail Tsadik, a été cité dans une dépêche de l'Agence Reuter du 15 décembre, ca il avait déclaré qu'environ 150 officiers et hommes de troupe éthiopiens avaient été exécutés par leurs propres supérieurs à la fin de mois de novembre. Ils étaient punis pour l'échec des trois tentatives successives de briser le siège érythréen. Malgré le déclin évident du moral des Ethiopiens, le commandement érythréen s'attend à des combats plus durs dans l'avenir, surtout si le Derg peut progresser dans l'Ogaden et dégager quelques-unes de ses forces sur ce front. Mais néanmoins, les mouvements de libération érythréens semblent maintenant confiants dans la victoire. CARACTERISATION DES GROUPES ERYTHREENS Dans la perspective, plus proche que jamais, d'une indépendance de l'Erythrée, la politique et la pratique des deux principales organisations prennent une importance particulière. Le FPLE est souvent décrit dans la presse bourgeoise comme un groupe "marxiste" mais ses dirigeants rejettent ce qualificatif. Le FLE nie également être marxiste. Cependant, il existe au sein des deux groupes, des Erythréens qui se déclarent marxisBien que leurs dicours divergent dans une certaine mesure, les deux groupes sont essentiellement des organisations nationalistes dont le but primordial est d'arracher l'Erythrée à la domination éthiopienne. Tesfai Woldemichael , secrétaire général du FLE a confié à un journaliste : "Notre lutte est d'abord et avant tout une lutte nationale. Nous voulons une nouvelle Erythrée démocratique qui comprenne l'ensemble du peuple érythréen, qui soit le fruit de notre combat et s'oppose à toutes les formes d'oppression. " Les deux groupes, au moins sur le papier, disent qu'ils sont favorables à l'exten-

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Erythrée - véhicule de transport pris à l'armée éthiopienne sion des nationalisations après l'indépendance de l'Erythrée. Mais à l'instar d'autres organisations nationalistes, dans d'autres contrées, le programme de nationalisations apparaît comme principalement dirigé contre les intérêts économiques étrangers et pas contre les capitalistes indigènes (aussi peu nombreux soient-ils). Le programme du FPLE, adopté à son premier congrès en janvier 1977 appelle à la nationalisation de "toutes les industries aux mains des impérialistes, des sionistes, des colonialistes éthiopiens et de leurs laquais érythréens ou des résidents étrangers opposés à l'indépendance de l'Erythrée." En même temps, il spécifie que le FPLE autorisera des "nationaux" qui ne sont pas opposés à l'indépendance de l'Erythrée à participer à la construction nationale en possédant de petites usines et des ateliers compatibles avec le développement national..." (7). Dans la même veine, le programme du FLE déclare : "Toutes les entreprises industrielles, commerciales et bancaires qui sont aux mains des capitalistes étrangers seront confisquées sans indemnités. " (8). Bien qu'il ne précise pas le rôle des capitalistes comme le fait le FPLE, il ne parle pas non plus de nationaliser leurs intérêts. Les objectifs des deux groupes de parvenir à une Erythrée formellement indépendante, vraisemblablement dans le cadre capitaliste, se reflète dans une certaine mesure dans leur approche de la lutte de libération. Tous deux s'appuient presque exclusivement sur des actions de guérilla ou de guerre conventionnelle et la plus grosse part de leur soutien actif leur vient de la paysannerie érythréenne. Leur projet a été de libérer d'abord des secteurs de la campagne et ensuite de prendre les villes de l'extérieur, ce qu'ils ont commencé à faire au début de 1977. Bien qu'ils bénéficient d'un soutien écrasant dans les villes, aucun des deux groupes n'a cherché à mobiliser les masses urbaines dans des grèves ou d'autres actions. Peut-être craignent-ils que les luttes de la population urbaine, surtout celles de la classe ouvrière, puissent échapper à leur contrôle, ou que les travailleurs n'en viennent à poser leurs propres exigences. La base de la stratégie du FLE comme du FPLE a été de consolider d'abord leur position dans les régions déjà passées sous leur contrôle militaire avant de repousser les Ethiopiens plus loin. Comme Ahmed Nasser, un dirigeant du FLE l'a déclaré : "Notre première préoccupation aujourd'hui est l'organisation administrative et politique dans les territoires et les villes libérés. " Il ajouta : "Nous pensons que c'est là.... une préoccupation conduisant finalement à une indépendance totale." Malgré les similitudes qui existent entre le FLE et le FPLE, ils restent des rivaux. Cependant, dans une nouvelle tentative de grouper les forces contre les occupants éthiopiens, les deux directions ont signé un accord à Khartoum, le 20 octobre 1977, s'engageant à "unifier" leurs instances militaires et administratives. Selon cet accord, des membres du FLE-FPL de Osman Saleh Sabbe doivent rejoindre l'un ou l'autre des deux principaux groupes. Il reste à voir si l'accord de Khartoum tiendra ou non. Les tensions entre le FLE et le FPLE restent importantes et des heurts entre leurs forces se produisent encore. Dan Cornell faisant un reportage sur l'Erythrée écrivait le 17 novembre 1977 dans le "Washington Post" que "des coups de feu entre forces rivales sur le champ de bataille avaient fait au moins six morts dans les deux derniers mois." Non seulement ces guerres fractionnelles entravent la lutte d'indépendance elle-même, mais elles font entrevoir la possibilité d'une lutte encore plus âpre pour le pouvoir après l'indépendance. Si cela se produit, le danger existe de voir les Ethiopiens et les puissances impérialistes essayer d'en prendre avantage pour affaiblir le nouvel Etat et favoriser leurs propres intérêts. UN POINT DE MIRE Si les Erythréens gagnent leur indépendance ou si les Somalis arrivent à renverser la domination éthiopienne et à s'unir à leurs frères de Somalie, les peuples opprimés des autres pays d'Afrique seront encouragés à promouvoir leurs propres luttes pour l'autodétermination nationale. Cela peut créer instabilité et agitation dans tout le continent car les Etats actuels sont fondés sur des frontières artificielles tracées par l'ancien pouvoir colonial. Les régimes néo-coloniaux du continent craignent un tel développement et l'Organisation de l'unité africaine (OUA) s'oppose artificiellement à tout changement dans les frontières actuelles. (Le régime somalien, pour des raisons évidentes, est le seul membre de l'OUA qui ne souscrit pas à ce point de vue). De plus, la fermentation dans la corne de l'Afrique peut avoir un impact sur les luttes de libération nationale au Moyen-Orient, surtout sur celle du peuple palestinien contre l'Etat colonisateur d'Israël. Ce n'est pas par hasard que l'organisation de libération de la Palestine (OLP) a des liens amicaux avec les combattants de la libération érythréens et somalis et leur accorde une certaine aide. C'est précisément par peur des conséquences de l'indépendance de l'Erythrée ou de l'unification somalie que Washington a soutenu le regime centraliste d'Addis-Abeba pendant

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des années. En 1952, l'année de la "fédération" EthiopieErythrée, l'impérialisme américain a fourni au régime . de Sélassié des centaines de millions de dollars d'aide économique et militaire, dont 275 millions de dollars pour l'assistance militaire seule, au moment du renversement de Sélassié. L'armée éthiopienne a été armée, vêtue et entraînée presque entièrement grâce au gouvernement US. Washington a établi un centre important de communications et d'espionnage à Kagnew en Erythrée, qui surveillait et enregistrait les communications radio et les mouvements militaires dans tout le Moyen-Orient et l'Afrique orientale. En 1964, le Pentagone envoya plusieurs experts en contre-insurrection américains, en Ethiopie pour aider à l'entraînement de l'armée de Sélassié contre les Erythréens. Israel avait aussi d'étroites relations avec Sélassié, bénéficiait de bases militaires sur deux iles érythréenne dans la mer Rouge et fournissait aussi quelques instructeurs pour la contre-insurrection. C'est à cause de ces liens avec israel que quelques régimes arabes donnèrent une aide modeste aux Erythréens, surtout pour faire pression sur Sélassié et ensuite sur le Derg. Malgré . la nature très réactionnaire du régime Sélassié, les staliniens de Moscou et de Pékin cultivaient aussi des liens avec l'empereur. Sélassié a été à Moscou et à Pékin et a reçu une certaine aide financière de l'un et de l'autre. Les Erythréens ont déclaré n'avoir reçu aucun soutien militaire chinois depuis 1968, date à laquelle Mao établit des liens diplomatiques avec Sélassié. Pendant plus de 20 ans, la politique américaine vis-à-vis de l'Ethiopie a consisté à maintenir le régime de Hailé Sélassié comme "un facteur de stabilité" dans la région. Mais l'insurrection de masse et la chute de l'empereur réduisit l'intérêt du régime éthiopien pour l'impérialisme américain. A l'époque, le "New York Times" soulignait dans un éditorial que : "Pendant toute une génération, sous Hailé Sélassié, l'Ethiopie a été une oasis de stabilité en Afrique noire tandis que la plus grande part du reste du continent connaissait des convulsions politiques et sociales. On peut se rendre compte maintenant que le prix de la stabilité d'antan était la mise sous le couvercle de puissantes tensions dont les explosions font de l'Ethiopie post-Sélassié une source d'instabilité dangereuse non seulement pour elle-même, mais pour beaucoup de ses voisins et même pour les deux grandes puissances." (10 février 1975). Washington sé demandait comment contenir cette nouvelle agitation. Après la prise du pouvoir par le Derg, il eut quelques hésitations puis décida de continuer à envoyer son aide militaire, dans l'espoir que le nouveau régime se montrerait capable de maîtriser la situation. En 1976, les Etats-Unis accordèrent 22 millions de dollars à cet effet, soit 12,5 millions de plus que l'année précédente. Depuis septembre 1974, les impérialistes américians ont vendu à la junte pour plus de 150 millions de dollars d'armes, dont une partie reste à livrer. Cependant, devant les victoires érythréennes, Washington procéda à un examen de la situation et décida qu'après tout, le Derg ne serait peut-être pas capable d'empêcher la dislocation de l'empire, même avec tout le soutien américain. La Maison-Blanche en conclut donc qu'il valait mieux limiter les pertes avant qu'il ne soit trop tard et qu'elle ne subisse une cuisante défaite politique. De plus, si les Erythréens gagnaient leur indépendance en dépit de l'appui américain au Derg, il deviendrait beaucoup plus difficile à Washington d'exercer une quelconque influence sur le nouvel Etat. Ainsi, en avril 1977, les Etats Unis réduisirent leur programme d'aide au Derg. Le régime Mengistu riposta en fermant un certain nombre de sièges commerciaux et d'installations américaines et se tourna vers Moscou pour demander une aide matérielle et politique. Le Kremlin était plus que désireux d'y satisfaire. En mai, Mengistu se rendit en visite à Moscou et fut traité avec tous les honneurs; il reçut ensuite d'importantes livraisons d'armes. La presse soviétique ne tarit pas de louanges sur le caractère "progressiste" de la dictature éthiopienne. Moscou cherche à étendre son influence dans la corne de l'Afrique afin de pouvoir négocier en meilleure position ses accords de collaboration de classe avec Washington. L'URSS procède de la même manière dans plusieurs régions du monde selon les intérêts étroits de la bureaucratie. En aidant le Derg à se donner un visage "gauche" et à poursuivre sa guerre contre les Erythréens, les Somalis et d'autres peuples, la bureaucratie ne fait que confirmer son caractère contrerévolutionnaire. De son propre point de vue, la politique du Kremlin est extrêmement à courte vue. Cela est clairement révélé par l'exemple du régime somalien de Siad Barré. Durant plusieurs années, Moscou a fourni des armements et des conseillers militaires à la junte somalienne; elle qualifia le régime de "progressiste". Mais le 13 novembre 1977, Siad Barré expulsa tous les conseillers soviétiques en accusant Moscou d'aider le Derg. Cette rupture conduisit le Kremlin à changer sa caractérisation du régime de Mogadiscio : de "progressiste" il devint "le jouet des néocolonialistes et leur complice" (9). Malheureusement, la direction cubaine a également donné son soutien politique au Derg. Bien qu'il n'existe aucune preuve formelle de la présence de conseillers militaires cubains aux côtés de la junte - contrairement à ce que prétend le département d'Etat -, Fidel Castro ne dissimule guère son attitude favorable au régime de Mengistu. Dans une interview publiée le 22 mai 1977 dans l'édition hebdomadaire en anglais de "Gramma" ", Castro déclarait qu'il existait "certaines similitudes entre les révolutions éthiopienne, française et bolchevique, parce que les dirigeants ont fait une révolution antiféodale tout en travaillant pour le socialisme". caractérisa Mengistu de "véritable révolutionnaire". De telles déclarations ne peuvent qu'aider le Derg à donner quelque crédibilité à ses prétentions "socialistes" '. Elles répandent aussi la confusion parmi les révolutionnaires éthiopiens. A la même époque Washington prit des initiatives pour renforcer son influence au sein de plusieurs régimes pro-américains de la région, en particulier en Egypte, au Soudan et au Kenya, en leur vendant davantage d'armes.

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En juillet, la Maison-Blanche faisait aussi savoir qu'"'en principe" elle était d'accord pour vendre des armes à la junte somalienne. Par la suite, elle devait retirer son offre, craignant, en partie, l'impact que pourrait avoir une lutte victorieuse des Somalis d'Ogaden sur ceux qui vivent au Kenya. Même après l'expulsion des conseillers soviétiques par Siad Barré, le département d'Etat ne se montra pas disposé à lui vendre des armes. Le 18 novembre, le "New York Times" donnait une indication sur ce qui avait pu motiver l'attitude de la Maison-Blanche envers Mogadiscio. "Il est peutêtre temps, disait-il, que la diplomatie américaine persuade la Somalie de se retirer de la dangereuse aventure où elle est engagée, en échange de la fourniture d'un armement défensif et de l'aide dont elle a besoin pour son développement. " Il semble que la Maison-Blanche essaie également d'utiliser les régimes arabes pro-américains afin d'influencer l'orientation de la lutte indépendante en Erythrée. L'aide militaire que ces régimes donnent aux Erythréens en fournit l'occasion. Ces initiatives se sont accompagnées d'un resserrement des liens avec le Derg, quoique de façon moins ouverte. De nombreux officiels du Département d'Etat se trouvent encore en Ethiopie. Washington a récemment convenu de fournir au Derg une aide économique pour un montant de 200 000 dollars et envisage d'accorder un crédit global de 10 millions de dollars. En outre, Mengistu a demandé aux Etats Unis de livrer les armes que la junte éthiopienne lui a déjà payées. Robert Manning écrivait dans la revue "New African Development" de décembre 1977 : "En septembre, l'administration (Carter) commença à répondre aux démarches officieuses de l'Ethiopie; à la fin du mois deux officiels américains partirent pour Addis-Abeba et rendirent compte du notable déclin de la rhétorique anti-américaine dans la capitale. Peu après, l'Ethiopie annonça sa volonté d'être "la Yougoslavie de l'Afrique" et d'éviter toute dépendance de l'URSS." Le régime israélien continue aussi à soutenir le Derg. Le 12 août 1977, le " Washington Post" notait : "Selon de nombreuses sources, y compris dans l'aviation éthiopienne, Isratel livre régulièrement des pièces de rechange et des munitions pour l'armement américain dont dispose l'Ethiopie. Les munifions israéliennes pour les avions à réaction "Phantom" furent explicitement mentionnées. " On a également rapporté que les conseillers militaires israéliens avaient aidé à l'entraînement de la Nouvelle milice populaire du Derg. Le ler août, le "New York Times" écrivait d'ailleurs que "les Etats Unis connaissent l'engagement israélien et ne s'y oppose pas..." Dans la situation actuelle d'incertitude que connaît la corne d'Afrique, Washington cherche à l'évidence à garder toutes les options ouvertes. Elle a aussi mis en oeuvre des initiatives concertées pour renforcer les positions américaines dans la région, afin d'être plus aptes à influencer ou à canaliser les diverses luttes, au fur et à mesure qu'elles se développent. Si les Erythréens parvenaient à conquérir leur indépendance et les Somalis leur unification, Washington tenterait certainement de maintenir ces Etats dans un cadre capitaliste et de les empêcher de menacer les intérêts impérialistes dans la région.|

Cet objectif américain s'accompagne de la possibilité d'un engagement militaire, direct ou indirect, si les conflits en Ethiopie, en Eryhtrée et en Somalie deviennent incontrôlables. Impliqué dans l'intervention militaire au Zafre au début de 1977, le régime de Sadate a déjà montré qu'il était prêt à participer à un tel projet, tout comme les impérialistes frangais qui ont 5000 hommes de troupe stationnés à Djiboufi. NOTES (5) Richard Greenfield : "The Fate of Harar and the Ogaden" (le destin du Harar et de l'Ogaden) in "West Africa" (Londres), 5 décembre 1977, p. 2447. (6) Saadi Touval: "Somali Nationalism (le nationalisme somali), Harvard University Press, Cambridge, 1963, p. 95. (7) National Democratic Program of the Erytrean Peoples's Liberation Front (programme national démocratique du FPLE), sans date, p. 25. (8) "The First Eritrean National Congress of the ELF : The Programme of the Eritrean Revolution" (le premier congrès national du FLE : le programme de la révolution érythréenne), sans date, p. 25. (9) Dépêche de Vladimir Yermakov, transmise par l'agence Novosty et publiée le 14 décembre 1977 dans le quotidien du PC des USA, "Daily World". Erythrée - plantation d'Adi Gidir

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