PAKISTAN D Kistan vie cous le tout une de turent le re ca. EPUIS le coup d'Etat militaire de juillet 1977, le Pa-
Usa tête, le sinistre personnage du président Zia Ul Haq. Ce régime qui est un allié central de l'impérialisme US dans une région du monde particulièrement instable, doit faire face aujourd'hui à la montée d'un mouvement de masse qui menace Tariq ALI
Durant les quarante années depuis sa fondation, le Pakistan a suivi un cours agité, trébuchant de crise en crise. Son histoire a été marquée de trois coups d'Etat, de la sécession du Pakistan oriental qui devint le Bangladesh en 1971, enfin de l'exécution en 1979 de Zulfikar Ali Bhutto, seul premier ministre élu de toute l'histoire du pays. Aujourd'hui, la dictature militaire se défend bec et ongles face à l'opposition populaire. Le retour au pays de Benazir Bhutto, fille du premier ministre exécuté, est un moment crucial. Les hommes qui détiennent les fusils ont très peur de cette femme sans armes. La question se pose sérieusement : Benazir Bhutto peut-elle renverser le dictateur Zia Ul Haq ?
Les généraux ont toutes les raisons de s'inquiéter. Benazir Bhutto est en effet la seule personnalité politique du pays qui jouisse d'un large soutien de masse. Il y a quelques semaines, 500 000 personnes sont descendues dans la rue pour la saluer à Lahore, ce qui en fait le plus grand rassemblement politique de l'histoire pays. Dans le mois qui vient, la température politique va monter encore plus. Benazir doit visiter toutes les grandes villes du pays. Son message est limpide : pour des élections libres auxquelles tous les partis auront le droit de participer. Personne ne doute que sa propre formation, le Parti populaire du Pakistan (PPP) y remporterait une victoire écrasante. C'est pourquoi le général Zia ne veut pas autoriser de telles élections.
Cependant, la marge de manœuvre de Zia est des plus limitées. A la fin 1985, sous la pression des Etats-Unis, il a dû lever la loi martiale. Bien sûr, même si aujourd'hui les militaires sont retournés dans leurs casernes, ils pourraient reprendre ouvertement la direction des affaires à n'importe quel moment si la situation devenait critique. Mais dans une telle éventualité il n'y a aucune garantie que ce soit Zia qui garde le pouvoir. Son adjoint, le général Arif est manifestement assez ambitieux pour envoyer son patron à la retraite.
Tout dépend du cours que va suivre la campagne de Benazir. Cette dernière auteur de de la IVe Internationale. Zia Ul Haq. (DR) déclarait à Lahore : « Notre mouvement vient de commencer. Il se terminera avec la chute de Zia et à ce moment-là le peuple décidera librement qui doit gouverner ». Si, malgré la montée du soutien à Benazir, Zia n'abandonne pas le pouvoir, elle pourrait être obligée de radicaliser son action. Dans ce cas-là, beaucoup dépendra de sa capacité, dans les semaines qui viennent, à faire les choix justes sur les plans tactiques et stratégiques. pensent que les tensions au sein du PPP vont bientôt paralyser sa campagne. Au Pakistan, il y a une tendance répandue à minimiser les erreurs que Bhutto a certainement commises en répétant : « Ce n'était pas lui, mais les mauvais hommes autour de lui ». Benazir a su profiter de manière très habile de ce sentiment pour écarter une bonne partie de la vieille son existence. Nous publions ci-dessous une courte analyse de la situation actuelle au Pakistan écrite par Tariq Ali, membre du comité de rédaction de la New Left Review de Londres et plusieurs livres sur le sous-continent indien. Cet article est repris de Was Tun, journal de la section allemande garde de Bhutto et mettre au premier plan des têtes nouvelles. Elle sait qu'elle a son soutien parmi les pauvres des villes et des campagnes.
Elle pourrait être confrontée à son premier grave dilemme à la fin de sa tournée quand ces pauvres s'apercevront que rien n'a changé. A ce moment-là, elle sera amenée à décider s'il faut prendre risque de lancer une offensive frontale contre le régime. Des manifestations sont dans le meilleur des cas une répétition générale pour l'insurrection : elles ne pourront jamais s'y substituer.
Les comparaisons faites ces derniers temps entre Benazir et la nouvelle présidente des Philippines, Cory Aquino, sonnent faux. Les Etats-Unis ont joué un rôle décisif dans la chute de Marcos. Ils avaient plus peur du mouvement de guérilla de la Nouvelle armée du peuple (NPA) que d'Aquino. L'envoyé spécial américain, Philip Habib, a donc pris l'avion pour Manille pour convaincre le général Ramos de changer de camp, préparant ainsi la voie à une transition
Il n'y a pas de mouvement de guérilla au Pakistan. En revanche, l'armée soviétique se trouve juste de l'autre côté de la frontière en Afghanistan. L'Occident appuie donc Zia en inondant le pays d'aide militaire. Et puisque 95 % des forces politiques sont favorables à l'arrêt de la guerre en Afghanistan en négociant un accord avec Moscou qui permettrait le dans ce pays des réfugiés qui se trouvent au Pakistan au nombre de 3 à 4 millions, l'idée de l'instauration d'une démocratie bourgeoise au Pakistan inquiète le Département d'Etat américain.
Néanmoins, avec le retour de Benazir, Washington se trouve sans beaucoup de marge de manœuvre. La situation au Pakistan est encore plus explosive que celle des Philippines avant la chute de Marcos. Si Zia s'accroche à son fauteuil présidentiel, une confrontation deviendra inévitable. Et elle prendra la forme, pas simplement d'un combat de Benazir contre Zia, mais d'un affrontement plus décisif entre l'armée et le peuple.
Tariq ALI, Was Tun, 15 mai 1986.