Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NUCLEAIRE

Les leçons de Tchernobyl

· Inprecor n° 221, 9 juin 1986 · p. 3-4 · 1 533 mots

Écologie URSS et Russie

NUCLEAIRE ment, l'accident de la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl confirme les avertissements que les milieux antinucléaires n'ont cessé de répéter depuis de nombreuses années.

que nous dénoncions les dangers de l'utilisation de l'énergie nucléaire, c'est pour cela que nous nous sommes mobilisés dans le cadre du mouvement antinucléaire et écologiste à travers le monde en d'innombrables comités, manifestations, procédures judiciaires, polémiques scientifiques.

présentant leurs participants comme des briseurs de machines, passéistes et couards. Il les a bombardés de statistiques (qu'on ne peut certes pas pour autant rejeter purement et simplement) démontrant que la probabilité d'une fusion d'un cœur de réacteur avec rejet massif de radioactivité était moins grande que la probabilité d'une chute de météorite capable de faire les mêmes dégâts, et que bien plus de morts survenaient à cause des accidents de la route, du tabac, des centrales au charbon ou au pétrole. Et que, ma foi, il fallait risquer le prix à payer pour « notre progrès » et « notre confort ».

pouvait que rappeler qu'un accident nucléaire a des caractéristiques particulièrement horrifiantes. Il peut frapper la santé

Robert LOCHHEAD

L'accident de la centrale de Tcherest une absurde et dangereuse démonstration des risques de l'utilisation • de l'énergie nucléaire. On a pu voir en

- des responsables et ingénieurs ne sachant quoi faire pour arrêter l'incendie d'un des quatre réacteurs de la centrale qu'ils ne pouvaient que regarder de loin tant la radioactivité était forte ;

- des pilotes d'hélicoptères recevoir en quelques minutes de survol des doses nucléaire installée en 1985

(en gigawatts)

France

33.8

16

Royaume-Uni

11,8

Suède

9,6

Belgique

5,5

4,6

Espagne

Suisse

2,9

2,3

Finlande

Italie

1.3

Pays-Bas

0,5

Source : Banque de données du CEA.

Les leçons de Tchernobyl

L n'est jamais agréable de se voir donner raison par le malheur, voire la souffrance, de milliers de personnes et de millions d'autres. Mais malheureuse-

Voilà, c'est de cela que nous avions peur, c'est pour cela

Le lobby nucléaire n'a cessé de diffamer ces actions en

En réponse à cette argumentation démagogique, on ne

5 000 tonnes de sacs de sable mouillé, de bore et de plaques de plomb ; le bricolage pour endiguer l'enfer ;

pays emmenés en une noria incessante d'avions pour se relayer à courts intervalles de temps, en combinaisons étanches, aux postes de commande des trois autres réacteurs ; le cancer menace ainsi de faucher à moyen terme toute une génération de techniciens et de spécialistes ;

sous la centrale afin d'injecter du béton

REALISATIONS ET PROJETS installée nucléaire installée dans la

(prévisions)

production en 1985 en 2000 d'électricité (Gwt)

(Gwt)

64,4

71,3

64,8 %

31,2 %

22.9

28,9

11,3

19,3 %

11,4

42,3 %

9,6

9,6

6.9

59.8 %

5,5

8,5

10,3

22

38,8 %

2,9

3,5

38.2 %

2,3

3,3

6.7

3.8 %

2,8

6,1 %

0,5

2.4 (?)

et les leucémies ne se déclareront que des années plus tard.

depuis plusieurs semaines. Et ça aurait pu être bien pire.

sont souvent inconsidérés (cf. tableau ci-dessous).

exemple par voie de référendum.

de la IVe Internationale.

radioactivité élevées pour larguer de faire fondre.

-tous les techniciens nucléaires du arrière-pensées.

- le forage hallucinant d'un tunnel

Augmentation

(prévisions) l'an 2000 vrait-il

Three

110

%

79 nulle nulle

25,4 %

%

124

20

%

43

%

415

%

% (?)

380 des gens sur des milliers de kilomètres sous le vent ; il peut condamner pour des décennies toute une région autour d'un intouchable tombeau de béton. Et en plus du nombre plus ou moins élevé de travailleurs et proches voisins tués ou immédiatement contaminés par ses « retombées » atmosphériques, un tel accident nucléaire condamne à la mort des dizaines de milliers de personnes — au loin, au hasard -, dont les cancers

Tout cela tout le monde l'a sous les yeux, en détails,

La maîtrise de la sécurité en matière d'énergie nucléaire n'est pas effective, comme le démontrent les accidents petits ou grands qui se produisent à intervalles réguliers et qui demeurent cachés du public. Il est donc urgent de réclamer un moratoire de la construction de nouvelles centrales nucléaires, à un moment où les projets de développement du nucléaire

Les accidents du nucléaire mettent à chaque fois en danger la vie de milliers de personnes, il est dès lors nécessaire que les populations concernées puissent se prononcer démocratiquement sur l'avenir des centrales nucléaires existantes, par

Pour alimenter la réflexion sur cette question nous publions ci-après un dossier repris du dernier numéro de La

Brèche, organe du Parti socialiste ouvrier (PSO), section suisse pour renforcer par en dessous le socle de béton que le réacteur en fusion menaçait

L'ANTI-ANTINUCLÉAIRE !

Le lobby nucléaire et les médias occidentaux nous ont montré, dans leurs réactions, toutes les variantes embarrassées que suscitaient leurs multiples

Mettre toute la faute sur les Soviétiques et dire que cela ne

Comme l'éditorial du prestigieux

New Scientist, du ler mai dernier, disait ironiquement : « L'Occident devraitd'expliquer entièrement ce qui est arrivé ?

Le rapport d'enquête de Gorbatchev deêtre diffusé aussi largement que celui du président Carter sur l'accident de

Mile Island (de 1979, ndlr.) ?

L'officialité nucléaire doit avoir des sentiments bien mélangés à ce sujet.

Voilà déjà qu'elle se voit obligée de répondre à des questions portant sur un réacteur situé à des milliers de miles et qui est peut-être sans ressemblance avec rien de ce qui se construit à l'Ouest.

Peut-être vaudrait-il mieux en fait en rester là et ne pas chercher à en savoir plus. De toutes façons, l'industrie nucléaire peut faire confiance à l'Union

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soviétique pour en dire le moins possible sur l'accident. Certes, cela ne va rien réparer, mais, au moins, cela émousse l'usage que peuvent en faire les antinucléaires ».

De la même manière, l'appréciation des retombées atmosphériques oscille entre exagérations et minimisations à cause de la même gêne vis-à-vis des antinucléaires. Couper vite l'herbe sous le pied des antinucléaires, voilà le principal souci des gouvernements occidentaux, de ceux qui mentent effrontément, comme celui de Bonn, comme de ceux qui font étalage de lucidité et bloquent leur décision de construire des centrales, tel celui de La Haye.

Dans l'ensemble, le respect des faits s'est imposé à l'Ouest, et petit à petit aussi à l'Est, car la vérité est trop flagrante. Mais on profite à l'Ouest du blocage de l'information par la bureaucratie soviétique pour faire avancer l'idée suivant laquelle les gouvernements occidentaux devraient signer d'accords sur le contrôle des armements avec ces « gens-là », à qui on ne peut faire confiance.

De façon assez typique ce sont les autorités françaises qui, à l'Ouest, minimisent tant l'accident que ses retombées atmosphériques. C'est-à-dire l'Etat, dont le programme, faisant l'admiration du lobby nucléaire international par sa rapidité et son ampleur, ressemble le plus au programme soviétique par la brutalité de sa volonté de réalisation accélérée, par un certain minimalisme des mesures de sécurité, et par la dissimulation incidents et par le repli derrière un mur de secret absolu vis-à-vis de toute critique.

Il a été fréquemment relevé et à juste titre, que l'industrie nucléaire occidentale avait, comme les Soviétiques, à chaque incident et accident, tenté réussi à les taire au public.

Tout ce mensonge et ce souci permanent de ne surtout pas « engendrer la panique » ne pas de regrettables excès mais bien une nécessité. Car l'irresponsabilité du choix nucléaire condamne i la duplicité. On ne peut l'imposer aux gens qu'en leur cachant la vérité. Et tout raffiné des partisans du nucléaire les plus subtils qui nous annoncent qu'il y aura d'autres accidents, mais que c'est là le prix de la prospérité,

A l'Ouest en tous cas, personne n'est dupe. Tous les sondages montrent que les du type de celui de Tchernobyl pourrait s'y produire aussi. C'est bien pour cela que les spécialistes occidentaux veulent tellement aller voir sur place (exigence légitime au demeurant) : c'est qu'ils savent bien qu'il leur faut profiter de cette occasion pour se former à cette école-là au cas où un tel accident survenait dans leur propre pays.

La saine incrédulité de l'opinion populaire occidentale témoigne de l'éducation réalisée par une décennie de mouvement antinucléaire. La terrible réalité rappelle périodiquement le mouvement antinucléaire de ses phases de sommeil et de découragement. Les manifestations de ces dernières semaines dans plusieurs pays repartent à l'assaut du lobby nucléaire.

Après Tchernobyl, plus rien ne sera jamais comme avant. La capacité nucléaire installée a énormément crû depuis 1975, mais elle est aujourd'hui inférieure de 40% à ce que prévoyaient les organismes officiels. On peut estimer grossierement que si la moitié de cette réduction est dûe à la récession économique générale, l'autre moitié est dûe à la pression du mouvement de protestation.

Le lobby nucléaire va répétant que Tchernobyl ne saurait remettre en question ses plans. Mais déjà certains, parmi les têtes pensantes du capitalisme international, sont d'avis qu'un sérieux coup d'arrêt est inévitable et qu'il faut regagner, comme ils le disent, la confiance du public par le long détour de la mise au point d'une toute autre sorte de réacteurs nucléaires (1).

Robert LOCHEAD, 12 mai 1986. 1. Voir à ce propos l'éditorial de The Economist du 3 mai dernier et l'article publié dans l'édition du 10 mai de cette revue.

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