Inprecor 1974–2004

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NUCLEAIRE

Zhorès Medvedev : une catastrophe prévue

Inprecor n° 221, 9 juin 1986 · p. 4 · 597 mots

URSS et Russie Écologie

Zhorès Medvedev : ur Agé de soixante ans, Zhorès Medvedev est un biochimiste soviétique qui vit en exil à Londres depuis 1973. Il est le frère de l'historien Roy Medvedev, un dissident semitoléré, qui vit à Moscou. Tous les deux, séparément ou en commun, ont publié une série d'études critiques sur l'histoire et l'actualité soviétiques. C'est Zhorès Medvedev qui a révélé en 1976 la catastrophe survenue dans un dépôt de déchets nucléaires dans l'Oural en 1957.

Dans le passage qui suit, récemment publié par l'hebdomadaire Newsweek du 12 mai 1986, Zhorès Medvedev rappelle que les risques d'une Tchernobyl ne pouvaient pas être ignorés des bureaucrates du Kremlin.

« Dans les jours qui ont suivi le désastre, les experts occidentaux s'accordaient à estimer que les réacteurs du type de celui de Tchernobyl sont d'une ingénierie médiocre et sont peu sûrs. Et pourtant les centrales de ce type-là représentent au moins 40% de la puissance nucléaire installée en Union soviétique. Cela soulève deux questions décisives. Les savants soviétiques savaient-ils que ce modèle était potentiellement dangereux ? Et s'ils le savaient, pourquoi les autorités soviétiques ont-elles poursuivi la construction de réacteurs de ce type ?

L'histoire du programme nucléaire soviétique montre que les savants soviétiques connaissaient les défauts du modèle de réacteur de Tchernobyl. La première centrale électrique nucléaire soviétique, très petite, de 5 mégawatts a été conçue et construite en 1954 par le professeur Nicolai Dollerzhal. C'était alors pour la technologie soviétique une question de fierté nationale. Mais les nouvelles centrales ont été conçues simplement par multiplication du risque. Qui plus est, le comité central du parti communiste décidait de placer les nouveaux réacteurs près des principales villes de la partie européenne de l'Union soviétique.

En 1977, Dollerzhal lui-même a entrepris une camle catastr pagne contre cette soigneusement tus. Il publia de catastrophe comme celle

Ses avertissements étaient implicites.

où personne ne veut aller travailler.

ment! » ophe prévue décision. Il savait combien d'accidents, petits et grands, se produisent dans les réacteurs soviétiques, qu'ils soient civils ou militaires, et comment on les avait de nombreux articles en essayant d'expliquer que la sécurité n'était pas absolue. Il souleva la question de la sécurité dans le stockage et lors des transports du combustible, en particulier du combustible usagé. Il suggérait que les réacteurs soient construits en Sibérie, loin des centres de population. Mais les savants soviétiques ne doivent formuler de telles craintes qu'en sinon leurs articles ne sont pas publiés. L'avis de savants tels que Dollerzhal fut ignoré et la bureaucratie toute-puissante passa par dessus, pour des raisons principalement politiques et économiques. Le gouvernement accordait une haute priorité à l'utilisation de la chaleur résiduelle des réacteurs pour le chauffage urbain ; pour cela, il était indispensable qu'ils soient situés près des villes. A cela s'ajoutait un problème de main-d'œuvre. Il est bien plus facile de trouver des travailleurs qualifiés pour construire et entretenir des réacteurs dans la partie européenne de l'Union soviétique que de les envoyer en Sibérie

Les spécialistes du nucléaire, parmi d'autres, ne savent que trop combien il est important d'avoir des procès-verbaux détaillés des accidents même les plus petits. Mais ce que les autorités soviétiques savent bien faire, c'est restreindre la libre circulation de l'information. Dans le système soviétique, les bureaucrates qui rapportent au bureau politique tel ou tel accident sont les mêmes qui sont responsables de la construction des réacteurs. Il n'existe aucun canal d'information indépendant, de la région accidentée au gouvernement. Si l'on cherche à comprendre les raisons du silence des autorités soviétiques, il faut bien se rendre compte qu'elles étaient incapables de se comporter autre-

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