Le programme nucléaire soviétique ont également en projet la création d'une échanges extérieurs. Actuellement, elle
'EST bien évidemment le nombre absolu de centrales nucléaires installées dans
, volume de l'infrastructure industrielle qui les fabrique et permet d'apprécier l'ampleur du programme nucléaire du pays concerné. On voit donc que le programme nucléaire soviétique avec ses 45 réacteurs en service et 16 en construction ou en commande ne peut se comparer vraiment à celui des
Etats-Unis qui disposent de 101 réacteurs en service et 29 en
Robert LOCHHEAD
Le programme nucléaire soviétique se singularise par plusieurs caractéristiques que nous allons aborder ci-dessous.
Il s'agit tout d'abord du maintien, à côté du type de centrales à eau légère, de celles du type graphite RBMK. L'Union soviétique possède 19 centrales en service du type PWR, avec réacteur modéré et refroidi à l'eau légère pressurisée, et 12 autres en commandes ou en construction du même modèle. Elle dispose aussi de
23 centrales en service du type RBMK (et
4 en commande ou en construction), c'est-à-dire avec réacteur modéré au graphite et refroidi à l'eau légère. A cela s'ajoute un petit BWR et deux surgénérateurs (cf. article ci-après).
Les réacteurs au graphite ont une structure modulaire dont les dirigeants soviétiques profitent pour agrandir de plus en plus les nouveaux modèles, par simple addition de modules. Le plus grand réacteur du monde est le RBMK de Jgalino, de 1 500 mégawatts (MW), entré en service depuis 1984 (1). Et les planificateurs projettent de construire des RBMK de 2 400 MW l'unité ! Dans les pays capitalistes développés, on n'a jamais construit de réacteurs au graphite de plus de 660 MW (GB).
Une autre caractéristique réside dans le développement accéléré du nucléaire pour le chauffage urbain. Les res-
LES PROGRAMMES NUCLEAIRES nombre de réacteurs en service
Union soviétique
45
Etats-Unis
101
France
44
RFA
20
Japon
32
Suisse un pays qui caractérise le tableau ci-dessous).
ponsables soviétiques sont les seuls, pour le moment, à construire des réacteurs
« chaleur-seulement » dans ce but. C'est le cas à Gorki et Voronezh (500 MW). Ils série d'autres réacteurs plus grands, combinant chaleur et électricité, donc forcément situés près des grandes villes (2).
Enfin, dernière particularité, le système bureaucratique soviétique conduit à une restriction de la circulation des informations, y compris pour les professionnels, et à l'impossibilité, du fait de l'absence de libertés politiques, de tout mouvement effectif d'opposition au nucléaire.
Certes, contrairement à l'image simpliste souvent répandue, certains débats existent en Union soviétique. Par exemple, ceux concernant le pollution du lac Baïkal - depuis plus de vingt ans... et la pollution continue ! - ou encore ceux portant sur des problèmes posés par le nucléaire. Mais ces échanges se font à fleuret moucheté limites étroites. Et surtout, ces discussions ont un impact réduit sur les décisions prises en fin de compte. Enfin, elles sont plus d'une fois interrompues bruta-
Depuis le début du 10e plan quinquennal (1976-1980), le programme nucléaire soviétique a connu une puissante accélération. Pour quelles raisons nombre de réacteurs part à la production en construction ou d'électricité du pays commandés
16 11% 29 17 % 17 65 % 31% 10 26 % 40 % construction, mais plutôt à celui de la France ou du Japon (cf.
Il se trouve que le programme soviétique a en commun avec ceux de la France et du Japon d'avoir progressé avec une brutale régularité ces dix dernières années, tandis que les programmes nord-américain ou ouest-allemand ralentissaient, voire se bloquaient sous l'effet combiné des difficultés économiques et de l'action du mouvement antinucléaire.
80 % de ses
L'Union soviétique retire devises en dollars de la vente de pétrole et de gaz. Elle avait donc misé sur cette carte pour assurer un équilibre de ses se trouve prise à la gorge. D'un côté, les coûts de production dans les nouveaux champs pétrolifères de Sibérie augmentent fortement. De l'autre, la demande et prix du pétrole sur le marché mondial diminuent depuis 1982. Ainsi, l'Union pétroliers soviétique voit revenus ses baisser d'environ 50 % depuis le début de l'année 1986.
Dans ce contexte, la course aventuriste au nucléaire ne se fait pas seulement sous l'impulsion des besoins en énergie pour l'électricité et le chauffage. Elle est aussi soutenue par un objectif : réserver les quantités les plus grandes de pé.
trole pour l'exportation pourvoyeuse de devises et donner plus de place au nucléaire pour ses propres besoins énergétiques.
LA GABEGIE REGNE AUSSI DANS
LE NUCLÉAIRE
Toutes les informations disponibles concordent sur un point : le nucléaire soviétique est d'une qualité assez médiocre. Il ne s'agit pas par cette affirmation d'attribuer un label de « sécurité » au nucléaire occidental, mais seulement de prendre en compte le développement concret du nucléaire en Union soviétique.
Ce secteur souffre, comme toute l'industrie soviétique, de la mauvaise qualité des minimalisme irresponsable détermine la conception et surtout l'application des sytèmes de sécurité. Tous les schémas idéologiques ne changeront rien à l'affaire.
Il est tout simplement vrai que le sophistication technique. Ceci peut être expliqué par le niveau technique et industriel supérieur de ces pays, par la pression constante du mouvement antinucléaire et donc une volonté « d'enfermer le démon dans sa bouteille ».
La nature du régime soviétique et
1. MW : Mégawatt, équivalent à 1 million de watts.
2. Cf. Nuclear News mars 1986.
le caractère bureaucratique de sa planification ne garantissent pas un nucléaire plus sûr. Tout d'abord parce qu'il n'y a pas de réel socialisme en Union soviétique, mais une société rongée par le cancer bureaucratique. Il ne peut y avoir de socialisme sans démocratie, sans possibilité de gestion par les travailleurs, les techniciens, les savants, sans le maximum de droits pour les citoyens en général, sans un dépérissement des fonctions étatiques et une prise en charge des tâches de direction de la société par la société
Ensuite, parce que le nucléaire reste le nucléaire, dangers spécifiques et terrifiants, dans un pays capitaliste tout comme en Union soviétique. La sophistication technologique ricaine ou française n'y change rien.
Enfin, parce qu'une planification bureaucratique et centralisée par le bureau politique du Parti communiste - et non pas autogérée et planifiée démocratiquement - ne peut qu'aboutir à la gabegie, aux dissimulations les plus dangereuses, aux dommages sociaux et économiques payés par la grande majorité de la régime, et non le socialisme, qui nourrit la faible productivité industrielle et les déficiences technologiques. Et c'est pour tenter de modifier cette situation - tout en gardant le monopole du pouvoir au Parti-Etat - que Gorbatchev a un besoin lancinant de devises (donc d'exportation du pétrole !) pour importer des biens et des techniques des pays capitalistes développés.
Or, non seulement le savoir scientifique accumulé en Union soviétique aurait le potentiel de les concevoir et de les réaliser, mais il aurait, dans le contexte d'une société autogérée, la possibilité de proposer des solutions alternatives à une série d'options techniques produites par le système capitaliste en Occident.
TOUS LES DEFAUTS TYPIQUES
La légèreté avec laquelle les resnt conçu leur de sécurité et l'installation est révélée par « l'affaire finlandaise ». L'Union soviétique, selon les normes en vigueur chez elle, a livré deux réacteurs PWR, de 440 MW chacun, à la Finlande. Ils sont entrés en
Men 1977 et 1981. Les responsables finlandais, dont l'industrie n'est pourtant pas à la pointe de la technologie aussitôt entourés d'enceintes de confinement de conception suédoise, ouest-allemande et américaine. En outre, ils ont perfectionné le système de refroidissement de secours avec la firme nord-américaine Babcock et Wileox. Sous cette impulsion, les soviétiques ont décidé d'introduire des perfectionnements analogues dans leurs PWR des années 1980. Il n'est même pas exclu que de nouvelles normes aient été adoptées dans des centrales récentes, type graphite, comme celle de Tchernobyl.
Mais tout indique que les décisions concernant la sécurité, quand bien même elles sont adoptées par toutes les instans'enlisent dans le marais de l'irresponsabilité et de l'incompétence de la gestion bureaucratique. Le 27 mars 1986, dans le périodique Literatournaïa Gazeta de Kiev (Ukraine), une jourmalsage, des praires peles précautions naliste le chantier nucléaire de Tchernobyl « L'incapacité et même la mauvaise volonté de la direction technico-administrative pour organiser le travail des brigades (de travailleurs) a fini par entraîner une réduction des normes de réalisation. On a commencé à enregistrer de la fatigue, l'usure des équipements, des machines, des pénuries d'instruments de mesure etc. En un mot, tous les défauts du processus de construction, qui sont malheureusement typiques, apparurent dans leur évidence, sous des formes extrêmes. » (3)
Or, en contraste avec cette triste réalité, on peut réunir une collection de déclarations de porte-parole scientifiques de l'Union soviétique ou des pays du COMECON qui font dresser les cheveux sur la tête. Ainsi, Andronik Petrossian, président du comité d'Etat pour l'usage pacifique de l'énergie nucléaire, affirmait haut et fort : « S'il existait ne serait-ce que le moindre danger pour la population, ni l'Union soviétique, ni aucun autre pays socialiste ne construirait de telles centrales ».
L'hebdomadaire ouest-allemand der Spiegel du 5 mai 1986 rappelait fort à propos que le père du nucléaire est-allemand, Klaus Fuchs, avait écrit que la philosophie de la sécurité perfectionniste du nucléaire capitaliste aboutissait à « une conception indéfendable du point de vue économique (...) (car voulant) maîtriser techniquement par toujours plus d'acier et de béton, même l'accident le plus improbable ». Belle ironie de l'histoire.
Cette option pro-nucléaire, qui a sa place dans l'idéologie particulière de la bureaucratie, trouve ses répercussions à Cuba, parmi les scientifiques formés à l'école soviétique. Ainsi, Raimundo Franco Parellada, directeur de l'Institut de recherches nucléaires de l'académie des sciences de Cuba, déclarait à l'occasion de l'accident de la centrale nucléaire américaine de Three Mile Island à Harrisburg en 1979 que .: "Les reacteurs soviétiques destinés la production commerciale d'énergie n'ont jamais eu d'accident ; ils sont conçus avec une marge de sécurité beaucoup plus large que ceux des Etats-Unis. En Union soviétique, on ne lésine pas sur les mesures de protection, et on ne craint pas de réaliser un investissement initial plus élevé, s'il le faut » (4). Ou comment l'acte de foi voisine avec le mensonge.
Certes, on pourrait aligner les citations du lobby nucléaire capitaliste contre précautions et raffinements technique lui impose Une législation qui a été adoptée avec réticence et sous la pression du mouvement anti-nucléaire, de nion publique alertée par ce mouvement, par les accidents et par les prises de position de scientifiques de renom. On pourrait aussi indiquer qu'une distance existe, plus d'une fois, entre des mesures préconisées et leur application. Mais tout cela ne peut diminuer d'un seul gramme la responsabilité particulière de la bureaucratie au pouvoir en Union soviétique. L'option nucléaire, avec toutes implications comme les formes de sa réalisation sont des choix effectués par elle seule et appliqués à l'encontre des intérêts de la population !
UN ACCIDENT PREVISIBLE
Cependant, il est utile de relever combien le lobby nucléaire occidental - qui n'hésite pas à faire flèche de tout bois et à développer le mythe d'une différence de nature entre les dangers du nucléaire à l'Est ou à l'Ouest — se réveille brusquement. Jusqu'à maintenant, plus d'un défenseur du nucléaire des pays capitalistes manifestaient une admiration certaine pour la détermination du Kremlin à faire du nucléaire.
La revue du lobby nucléaire nord-américain, Nuclear News, ne pouvait camoufler son ravissement après de nombreuses visites des installations soviétiques en écrivant dans son édition de février 1984 : « Selon ses plans économiques en cours, l'Union soviétique espère accroître sa puissance nucléaire installée du niveau présent, qui est de 19 gigawatts (GWe) (5) à un niveau qui devrait se situer entre 60 et 80 GWe en 1990. Les plus proches des autres pays du COMECON envisagent un accroissement des 5,5 GWe d'aujourd'hui à 37 GWe. Ces espérances prodigieuses suscitent un scepticisme considérable parmi les experts industriels occidentaux qui se souviennent des projections faites dans les années 1960 et encore au début des années 1970. Et, pourtant, si l'on prend en considération les circonstances très différentes qui caractérisent l'Union soviétique, on a le sentiment que l'Est pourrait réussir là où l'Ouest a échoué, ou en tout cas parvenir bien plus près de ses objectifs. Alors qu'à l'Ouest, les principaux obstacles sont les délais, les procédures d'autorisation, la croissance déclinante de la demande d'électricité et les difficultés de financement. Les principaux problèmes de l'Union soviétique, quant à elle, sont d'arriver à raccourcir les délais de construction (ils envisagent une durée de 4 ans, ndlr.) et de réussir à édifier les capacités industrielles nécessaires à la fourniture de composants de haute qualité ».
Dans le tés d'accidents nucléaires travers le monde, il y a malheureusement une certaine logique qui fait que le plus grave accident nucléaire soit survenu en Union
3. Cité par le quotidien français Libération du 9 mai 1986.
4. Granma, organe du Parti communiste cubain, La Havane, 3 juin 1979.
5. GWe : Gigawatt, équivalent à 1 milliard de watts.
soviétique (6). Car c'est bien là que se réalise, à un rythme très élevé, un programme de construction et de mise en service de très nombreux réacteurs. Ce programme tend à l'extrême, c'est-àdire dépasse et déséquilibre les possibilités et moyens de l'Union soviétique.
Ces dernières semaines, la presse et la télévision soviétique ont expliqué que l'accident de Tchernobyl était dramatisé par les « médias impérialistes » dans le but de discréditer l'Union soviétique. Certes, les officines de propagande ne vont pas manquer une si belle occasion et lésiner dans leur effort pour attaquer, au-delà de l'Union soviétique, l'idée même du socialisme.
Mais, il ne faudrait pas oublier que ceux qui alimentent l'anti-socialisme et l'anti-communisme, à l'Ouest comme à l'Est, ce sont les bureaucraties au pouvoir, ce sont les maîtres, réformateurs ou pas, du pouvoir du Parti-Etat.
La télévision soviétique a ainsi censuré la phrase du directeur de l'Agence internationale pour l'énergie atomique
(AIEA), qui, lors de sa conférence de presse à Moscou, disait la simple vérité : Tchernobyl est le plus grave accident que le monde ait connu. Voilà une censure qui n'est qu'un signe, parmi d'autres, que les dirigeants du Kremlin ne vont surtout pas remettre en question leur programme
Robert LOCHHEAD, 12 mai 1986. 6. Les risques n'existent pas qu'en Union La commission de réglementation nucléaire des Etats-Unis (NRC) avait calculé en 1982 que la probabilité de fusion du cœur d'une centrale, qu'elle soit très partielle comme à Three Mile Island en 1979, ou plus grave comme à Tchernobyl, est de 1 sur 500 par année. Il y aurait donc un tel accident par an s'il y avait 500 réacteurs en service. Il y actuellement 370 dans le monde, il y en aura 540 en 1992. Récemment, la NRC admettait devant le Congrès nord-américain qu'elle voyait une chance sur deux pour qu'un autre 1986).
aux frais du budget de la marine. Mais du point de vue de la sécurité, il paraissait un pari audacieux. C'est bien pour cela que l'enceinte de confinement a été inventée pour lui !
Dès les années 1960, les réacteurs à eau légère Westinghouse (PWR) et General Electric (BWR) partaient à la conquête du marché mondial. Les Français, après avoir construit, jusqu'au début des années 1970, 7 centrales commerciales au graphite (dont Chinon 2 et 3, Saint Laurent des Eaux 1 et 2, et Bugey 1) renonçaient, la mort dans l'âme, à cette filière pour se mettre au PWR dans le but d'en exporter. Le Royaume-Uni faisait le choix opposé : poursuivre et perfectionner ses réacteurs au graphite, se coupant par là des marchés d'exportation.
Il est possible qu'aujourd'hui les réacteurs à eau légère occidentaux soient plus sûrs. Est-ce à cause des qualités intrinsèques du type ? Non, c'est parce qu'ils ont concentré sur eux toutes les études et les perfectionnements et qu'on leur a ajouté de nombreuses sophistications, en grande partie sous la pression des revendications et mobilisations antinucléaires.