Inprecor 1974–2004

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PAYS-BAS

Comment la droite a gagné les élections législatives

· Inprecor n° 224, 21 juillet 1986 · p. 14-15, 15 · 1 767 mots

Paix et armements

ES élections législatives qui ont eu lieu aux Pays-Bas formée de l'Appel chrétien-démocrate (CDA) du premier ministre sortant, Ruud Lubbers, et du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD). Les électeurs ont donc entendu l'appel du CDA de « laisser Lubbers finir le boulot » — boulot qu'il avait entrepris depuis son arrivée au pouvoir lors des précédentes élections législatives de 1982, et qui consiste pour l'essentiel à imposer une politique d'austérité en réponse à la crise.

Richard BASTIAANS

En ce qui concerne le PvdA, qui a obtenu 33,3 % des voix contre 30,4 % en

1982, l'amélioration de son score ne vient pas d'électeurs de droite déçus par la politique du gouvernement Lubbers, mais s'explique plutôt par ses gains aux dépens des petits partis situés à sa gauche. Le

Parti communiste des Pays-Bas (CPN), le plus important de ces partis, a subi une défaite historique, perdant les trois sièges qu'il détenait et se trouvant sans représentation parlementaire pour la première fois depuis 1918.

Le PvdA s'apprête à faire le bilan de sa défaite électorale, car malgré la progression de ses voix, il n'a pas réussi dans son objectif de rentrer au gouvernement. Mais la direction du parti a déjà donné une idée du bilan qu'elle entend tirer. D'après elle, il n'est pas question de changer de cap. Il faut continuer à suivre le chemin qu'elle avait tracé avant les élections et cherche à éviter une polarisation qui contre le gouvernement et à renforcer crédibilité du PvdA comme parti la de gouvernement potentiel.

LA CAMPAGNE DE LUBBERS

La campagne électorale de Lubbers a ressemblé beaucoup à celle menée pour les élections législatives belges d'octobre

1985 par le premier ministre Wilfried

Martens (1). Comme son homologue belge, Lubbers avait préparé le terrain de sa victoire électorale un an avant le scrutin. Il commença à distribuer un certain nombre de cadeaux. Par exemple, les allocation sociales les plus basses ont été quelque peu augmentées. D'ailleurs en

1985, le chômage a baissé pour la première fois depuis 1979, y compris le chôdes jeunes. Lubbers a promis de mage réduire le nombre de chômeurs, qui est actuellement de 730 000, à 500 000 d'ici

En même temps, les deux partis un an.

gouvernementaux se sont engagés à maintenir le pouvoir d'achat des plus bas sales élections législatives rapports de forces au laires et des allocataires sociaux. Faire de telles promesses en période électorale pour se faire élire est facile, cela ne coûte rien, mais il n'y a strictement aucune garantie qu'elles soient tenues. Au contraire, tout indique que Lubbers va durcir davantage sa politique envers les travailleurs. Déjà, les coupes opérées dans les dépenses publiques depuis 1982, se chiffrent à 16 milliards de florins (environ 45 milliards de francs français).

Ce qui est le plus inquiétant dans les résultats électoraux, c'est que Lubbers a reussi à gagner une base pour le CDA parmi les jeunes et les non croyants. Son parti, qui jouait traditionnellement sur les valeurs chrétiennes, est en train de devenir un parti conservateur. C'est en se présentant comme « homme d'Etat » comme celui qui a fait sortir le pays de la que par son style « efficace » que Lubbers a pu attirer les suffrages à la fois des jeunes et des électeurs plus âgés. C'est ainsi qu'il a réussi à établir la domination de son parti sur le VVD, prenant des voix à ce dernier pour devancer le PvdA et devenir le premier parti du pays (voir tableau).

Les différences entre le programme partis gouvernementaux sont minimes. A la lecture des. trois manifestes, on retrouve les mêmes thèmes : croissance économique, augmen-

LES RESULTATS DES ELECTIONS 1986 %

PvdA 33,3

CDA 34,6

VVD 17,4

Démocrates 66 6.1

« Petite droite » 3.7

« Petite gauche » :

CPN 0,6

PPR 1,3

PSP 1,2

Pourtant, il ne faut pas exagérer le revers que constituent ces élections pour le mouvement ouvrier. On n'a pas assisté à un déplacement de voix des partis ouvriers réformistes vers les partis bourgeois, mais plutôt à des modifications des sein de chacun des deux camps, qui ont profité au CDA d'un côté, et de l'autre au Parti du Travail (PvdA, de tendance social-démocrate). L'article qui suit essaie d'analyser les résultats des élections du 21 mai et leur signification pour le mouvement ouvrier néerlandais.

tation du pouvoir d'achat, réduction du

Le PvdA n'avait aucune polichômage.

tique alternative à proposer, aucune proposition pour annuler les mesures gouvernement Lubbers, qui ont constitué autant d'attaques contre le niveau de vie des travailleurs. Les similarités entre le programme de la droite et celui du PvdA sont d'ailleurs clairement ressorties au cours des débats télévisés entre les partis, lesquels ont profité à la droite. Joop

Den Uyl, ancien premier ministre et tête de liste du PvdA, était incapable de susciter le moindre enthousiasme avec sa version édulcorée du programme de Lubbers.

LA QUESTION DES MISSILES

Bien avant les élections, Lubbers avait déjoué un des derniers pièges qui le menaçait, celui représenté par la question des missiles Cruise. Le 1er novembre 1985, malgré une pétition portant

4 millions de signatures contre les missiles, le Parlement avait voté « démocratiquement » de déployer 48 missiles Cruise en

1988 (2).

1. Sur les élections d'octobre

1985 en

Inprecor numéro 206 du

Belgique, voir novembre 1985.

2.

Sur la pétition contre les missiles, voir Inprecor numéro 205 du 21 octobre 1985.

1982

Sièges

%

Sièges

47

52

30.4

45

54

29.4

27

23,1

36

4,3

6

4,2

6

3

1.8

1,7

2

2

2,3

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Suite à cette décision, une grande partie du mouvement de la paix (et notamment le PvdA) avait annoncé que l'heure des manifestations était révolue et que maintenant c'était aux électeurs de trancher. Mais en fait la question des missiles a été très peu mise en avant dans la campagne électorale. La raison fondamentale en était que la direction préparer sa base échec éventuel d'une tentative de sa part de renvoyer à plus tard la décision sur le déploiement des missiles, dans le cadre de négociations pour son entrée au gou-

Cet objectif des dirigeants sociaux-démocrates était pourtant contrecarré par avait été longuement préparée et qui a eu lieu quelques jours seulement avant les élections. Il 10 000 personnes de la base de Woensdrecht, laquelle doit accueillir les missiles

Si cette initiative a été une réussite, ce n'est certainement pas grâce à la composante social-démocrate du mou-

Lubbers a remporté sa victoire électorale en jouant surtout sur la reprise économique. Mais la gauche lui a donné un coup de main. Même après que la question des missiles ait été désamorcée par les sociaux-démocrates, l'accident de Tchernobyl aurait pu donner l'occasion de prendre l'offensive contre la droite. Lubbers venait de prendre la décision de consdeux nouveaux réacteurs nucléaires. La coïncidence de cette décision avec le désastre de Tchernobyl aurait pu déclencher une mobilisation populaire importante. Mais il n'y a pas eu de manifestations de masse parce que la gauche était trop occupée avec les élections. La crainte de que Tchernobyl lui coûterait les élections, ne s'est donc pas réalisée.

Les sociaux-démocrates étaient complètement centrés sur la perspective de gouverner avec le CDA et, pendant toute la période précédant les élections, ils n'ont rien fait pour jeter les bases militantes d'un autre type de gouvernement, organisant des mobilisations ainsi qu'en soutenant et renforçant des luttes en cours. Par exemple, les actions en faveur de la semaine de 36 heures, qui ont eu lieu pendant la campagne électorale, sont restées très parcellaires et n'ont reçu aucun soutien du PvdA. Pire, une grève des cheminots, qui éclatait juste avant les élections, a été poignardée dans le dos par les sociaux-démocrates. LE PVDA ET LA « PETITE GAUCHE »

C'est dans ce contexte que sont intervenus les pertes des petits partis de gauche. Beaucoup d'électeurs qui avaient voté par le passé pour le Parti socialiste pacifiste (PSP) ou pour le CPN, ont décidé de voter utile, de voter pour le moindre mal. Ils pensaient qu'en accordant leurs moins contribuer à chasser le gouvernement CDA-VVD.

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Là, le mot d'ordre du PvdA « votez pour que nous soyons dans un nouveau gouvernement » a connu un certain succès. Mais ceci n'était possible que parce que le CPN et le PSP ne proposaient aucune alternative. Les divisions et les conflits au sein de la « petite gauche » ont sans doute joué un rôle. Le CPN et le PSP avaient tous les deux connu des scissions. Sans doute une liste commune centrée sur quelques axes centraux aurait pu limiter la dispersion des voix et le désintérêt des électeurs pour ces listes. Mais il y aurait eu quand même des pertes, car les problèmes de fond demeurent.

Ces dernières années, l'appareil du CPN s'est largement désintégré. Mais surtout le rôle du CPN et du PSP comme partis d'action a beaucoup diminué. Ils sont devenus de plus en plus des partis parlementaristes, ce qui se reflétait dans Avant les élections, ils n'ont pas su mener une campagne offensive contre la politigouvernement, campagne axée autour d'une alternative anti-capitaliste. Les petits partis se voyaient comme des appendices du PvdA.

Il n'y avait aucune campagne agressive de la part du CPN et du PSP contre la perspective d'un gouvernement CDA-PvdA, c'est-à-dire contre l'objectif central que les sociaux-démocrates se donnaient pour ces élections. Donc, en tant que partis qui n'auraient aucune possibilité de rentrer au gouvernement, ils ont creusé leur propre tombe en encourageant les électeurs à « voter utile ». Le troisième parti de la « petite gauche », le Parti politique des radicaux (PPR), a perdu moins de voix, en partie justement parce qu'il a critiqué de manière énergique la volonté du PvdA de gouverner avec le CDA.

Le lendemain des élections, l'index de la Bourse d'Amsterdam a enregistré une montée de 12 000 milliards florins. La bourgeoisie est donc réconfortée par les résultats des élections. Lubbers a envie de « finir le boulot » et maintenant il a les moyens de le faire. Mais cela signifie pas qu'il peut faire tout ce qu'il veut. Ces dernières années, la droite a dû faire face à des mouvements de résistance de la part des travailleurs à chacune des attaques qu'elle a lancées. A partir du moment où une nouvelle récession commence et lors de l'abandon par Lubbers de ses promesses électorales, •nous pouvons nous attendre à des affrontements encore plus durs. Lubbers ne saura pas faire plaisir à tout le monde. C'est dans les luttes à venir qu'il faudra construire une alternative crédible à la droite et au PvdA.

Richard BASTIAANS, Amsterdam, 30 juin 1986.

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