Inprecor 1974–2004

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ECONOMIE

La crise met des millions de gens à la rue

Inprecor n° 224, 21 juillet 1986 · p. 22-23 · 855 mots

La crise met des millions de gens à la rue D'après le New York Times du 24 juillet 1985, « Pour une grande partie des pauvres les modifications de la conjoncture économique changent peu de choses ». Et pour cause. La relance des économies capitalistes ne fait pas baisser le chômage

Les secteurs paupérisés ou en voie de l'être sont éjectés ou marginalisés sur le marché du travail. Beaucoup d'emplois créés sont précaires (5,3 millions d'emplois à temps partiel ont été « inaugurés » aux Etats-Unis depuis 1982) et mal payés. La politique plus ou moins de destruction du réseau d'assistance sociale élargit les mailles d'un filet de sécurité au travers duquel ceux qui passent sont de plus en plus nombreux.

C'est dans ce contexte que le nombre de sans-logis, de sans-toit, de non domiciliés s'accroît dans plusieurs pays capidéveloppés. Une étude indique que « ce sont près de 100 000 Allemands dans l'opulente République fédérale qui sont sans toit ». Selon Hartwig Drude, de la Communauté de travail pour les sans- toit : « Le chômage a été la plupart le déclic chéance ". Il prétend qu'un chômeur sur cinq est menacé. Ces sans-toit n'ont rien de commun avec ce que « les badauds considèrent encore trop souvent comme de romantiques clochards ».

L'auteur d'un livre sur les sans-logis aux Etats-Unis décrit la vie du sans-maison comme « une marche forcée vers nulle part ». « Pour chaque gars que vous voyez sur une bouche de chauffage à air chaud, il y en a dix que vous ne voyez pas », explique-t-il. Car, pour survivre comme sans-logis, il ne faut pas se faire remarquer. Pour passer des heures dans une gare, un musée ou boire un café tout un après-midi, il ne faut pas avoir l'apparence d'un sans-toit.

En 15 ans, la municipalité du Grand administrative dissoute aujourd'hui par le gouvernement conservateur, a dû prendre en charge sept fois plus de familles sans logis : 3 700 en 1970, 26 115 en 1985. Les communes de Grande-Bretagne estiment que le nombre de familles sans logement est passé de 53 000 en 1978 à 83 000 en 1984. L'hebdomadaire de la City, The Economist, considère que « ce chiffre sousestime le problème. Environ 98 000 familles ont demandé une aide aux municipalités, mais n'ont reçu aucun endroit où vivre ». Et ici, on ne ne parle pas des dizaines de milliers de personnes seules

Etats-Unis, le Groupe d'intervention présidentiel pour l'aide alimentaire indique qu'actuellement « deux millions de personnes aux Etats-Unis sont moins de 200 000 en 1970 ». D'autres sources avancent le chiffre de 3 millions.

Ceux qui composent cette armée de sans-toit ne correspondent pas à l'image souvent diffusée. Une enquête conduite dans l'Etat de l'Ohio par l'Institut national pour la santé mentale démontre que moyen des sans-logis était de ans ; que 66 % étaient des hommes blancs et que 87 % avaient eu une fois un emploi. Les sans-logis qui ont été expulsés des hôpitaux psychiatriques, à cause des coupes budgétaires, représentent 18 % des 1 000 personnes incluses dans l'enquête. Par contre, le Département pour le logement et le développement urbain chiffre à 22% la proportion d'enfants parmi les

Un quart des sans-logis aux EtatsUnis travaillent mais ne gagnent pas assez pour se payer un logement. Une fraction très grande sont des chômeurs. A la perte d'emploi diminution ou la liquidation de l'aide étant donné la politique l'administration Reagan en la matière.

Parmi les sans-toit, on retrouve des travailleurs qui « transitent » à la recherche d'un emploi. Un mécanisme social apparaît avec clarté : si les salaires minimums chutent (ce qui est le cas, entre autres dans les nouveaux emplois créés dans les services) et si l'assistance sociale diminue, conjointement à la précarité de l'emploi, le revenu pour se payer un logement devient rapidement insuffisant. On se retrouve vite au seuil d'être « sansEtats-Unis, sont des familles vivant dans les grandes villes. Or, ces agglomérations subissent de plein fouet une vaste réorganisation de l'implantation de l'habitat et une coupe drastique de l'aide fédérale pour les logements pour pauvres. La « revitalisation » des centres implique le remplacement de nombreux logements et hôtels à bon marché par des bureaux. La libéralisation des zones à construire, la spéculation immobilière et la politique libérale de prêts hypothécaires suscitent la liquidation de tiers où se concentraient des logements pour pauvres, pour des handicapés, des travailleurs ayant des emplois précaires,

Le financement des maisons pour pauvres a été liquidé ces dernières années. Les maisons à « loyers modérés » ne sont plus réparées, ce qui diminue le stock des logements habitables. A New

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York, 200 000 personnes sont sur des listes d'attente.

Une des explications données par l'administration Reagan pour cette politique est la suivante : il faut stimuler la mobilité des pauvres pour qu'ils se rendent là où il y a du travail ! Voilà une audimension de la flexibilité. Durant l'année fiscale 1986, 860 millions de dollars ont été dépensés pour le logement, le budget de l'armement s'élevait à 286 millions de dollars. Reagan pense peut-être envoyer sur orbite les sans-logis.

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