Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Solidarité urgente face à la répression

Inprecor n° 224, 21 juillet 1986 · p. 3 · 1 155 mots

Afrique australe Syndicalisme

Solidarité d'urgence face à la répression

AFRIQUE DU SUD

_ de léat d'urgence sur tout le pays le 12 juin dernier est A vague d'arrestations qui a accompagné l'instauration

plus massive et plus étendue que les détentions en série qui avaient eu lieu à partir de l'été 1985. Cela ressort clairement des premières enquêtes faites sur le nombre et les noms des personnes détenues depuis le 12 juin et que l'on estime actuellement à 4 500 environ.

Dès la mi-juin, une première liste portant sur 1 034 détenus a été établie par le Comité de soutien des parents de déte-

(DPSC) et publiée dans l'hebdomadaire sud-africain Weekly Mail du 20 juin dernier. Il y est précisé que cette nouvelle vague de détention est plus importante que la précédente sous trois aspects : le nombre des organisations touchées est plus grand, le nombre de petites villes et de zones rurales concernées est plus important, enfin la répression est plus massive et vise aussi bien les dirigeants centraux que les shops stewards (délégués d'ateliers) et les membres des comités de rues.

Il ressort de ces premières constatations que les militants des associations communautaires dont bon nombre sont regroupés dans le Front uni démocratique (UDF), ont payé un lourd tribut à la répression. Mais de plus, cette fois-ci, le mouvement syndical s'est trouvé aussi directement at-

Tous les courants du mouvement de lutte contre l'apartheid sont impliqués dans la répression. De nombreux membres d'associations civiques des townships, les sympathisants du Congrès national africain (ANC), les membres du Front uni démocratique (UDF), des syndicalistes du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) ou du Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA), des militants de l'Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO) et d'autres courants politiques, tel est le large éventail des organisations visées par la répression. Le caractère massif des arrestations et l'extension géographique des zones touchées illustrent a contrario l'importance de l'enracinement social du mouvement de lutte contre l'apartheid. Le régime ne semble d'ailleurs pas vouloir en rester là. Le gouvernement Botha a déjà annoncé son intention d'inculper 780 personnes arrêtées, ce qui lui permettrait de leur infliger des peines d'emprisonnement beaucoup plus longues encore que la détention prévue par l'état d'urgence.

Que le pouvoir se lance aujourd'hui dans une telle répression, quelques mois seulement après la levée de l'état d'urgence régional, voilà qui reflète l'impuissance de la précédente vague répressive à faire reculer durablement le mouvement de masse. Le gouvernement Botha s'est certes donné d'autres moyens le 12 juin dernier. Mais l'ampleur déjà atteint par la mobilisation populaire fixe des bornes à l'efficacité des manœuvres politiques que le régime entreprend afin de profiter de la situation pour modifier sans heurts certaines dispositions de l'apartheid et donner corps à certains de ses projets institutionnels.

La résistance à l'état d'urgence s'organise. Passé un premier moment de difficultés liées à l'ampleur des arrestations de nombreuses réunions clandestines se sont tenues pour organiser la résistance. C'est ainsi que les dirigeants du COSATU se sont rencontrés et que ceux du Syndicat national des mineurs (NUM) ont décidé des débrayages dans certaines mines pour réclamer du patronat qu'il intervienne auprès du gouvernement afin d'obtenir la libération des leaders syndicaux emprisonnés.

Le 8 juillet dernier, 1 200 mineurs noirs ont cessé le travail à la mine de diamant Finsch près de Kimberley tandis qu'un représentant de la compagnie De Beers reconnaissait que 2 000 mineurs avaient fait grève une semaine plus tôt dans quatre autres mines. Au total, 16 000 mineurs auraient ainsi participé à ces actions. De son côté, le syndicat de la métallurgie, membre du COSATU, le MAWU, a engagé une action en justice contre le gouvernement.

Il semble que la stratégie déployée par le mouvement syndical soit de faire pression sur la fraction la plus sensible du patronat pour qu'elle d'énonce les arrestations de militants syndicaux et réclament leur libération. Le COSATU aurait aussi envisagé une action pour la mi-juillet si les dirigeants n'étaient pas libérés. La place que prendra le mouvement syndical dans la lutte contre l'état d'urgence constitue un test important de ses capacités organisationnelles.

Par ailleurs, le mouvement communautaire organise aussi la résistance de son côté. Le 13 juin, trois dirigeants de l'UDF ont tenu une conférence de presse dans laquelle ils ont annoncé entre autres que les Noirs de Port Elizabeth allaient lancer un boycott des loyers pour protester contre l'état d'ur-

Face à cette vague d'arrestations et à ce début de résistance populaire, la solidarité internationale avec la lutte des • masses noires d'Afrique du Sud doit s'élargir sans tarder. Elle se doit d'être unitaire et de prendre en compte le fait que l'ensemble des courants en lutte contre l'apartheid sont aujourd'hui touchés par la répression. La mobilisation de solidarité doit se fixer comme tâche centrale la libération de tous les prisonniers politiques, la levée de l'état d'urgence et la dénonciation de la complicité des gouvernements occidentaux.

Des initiatives de masse ont déjà été réalisées comme aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. Le 28 juin dernier à Londres, s'est déroulée une manifestation de 250 000 personnes, ce qui représente la plus importante mobilisation anti-apartheid de toute l'histoire de ce pays. Les initiatives de solidarité peuvent recourir à des formes très diverses d'action. Les campagnes pour les sanctions à l'encontre du régime sud-africain prennent en général des formes spécifiques suivant les

Une solidarité plus immédiate encore peut se manifester par le refus de charger ou de décharger certains bateaux en provenance ou à destination du régime de l'apartheid, par le blocage de l'expédition de certaines pièces de rechange pour les industries sud-africaines. Les méthodes d'actions imaginatives mises en œuvre pour d'autres mobilisations sont à réinvestir sur le terrain de la solidarité avec les Noirs d'Afrique du Sud. Des tracts. de solidarité peuvent être introduits dans des chargements à destination de l'Afrique du Sud pour montrer aux masses noires qu'elles rencontrent la sympathie du mouvement ouvrier et démocratique international.

Le mouvement syndical sud-africain étant une cible de la répression, le mouvement syndical international doit dévelop. per des actions particulières à ce niveau. Les sections syndicales des entreprises ayant des filiales en Afrique du Sud doivent s'enquérir des identités des militants syndicaux ou ouvriers arrêtés dans ces filiales afin de mener des campagnes précises de parrainage de détenus et obtenir une condamnation de la répression par la direction de leurs entreprises. Des motions syndicales de condamnation des arrestations et de soutien aux emprisonnés sont à faire adopter dans les sections syndicales, les syndicats et les congrès du mouvement syndical. Là où le terrain semble propice à de telles actions, le mouvement ouvrier peut s'engager plus avant et organiser, comme cela a été fait dans certains pays à l'occasion de la lutte antimissile, des grèves symboliques de solidarité.

Les manifestations de solidarité pour accompagner le mouvement de résistance des masses noires et desserrer l'étau répressif du régime sud-africain consituent une tâche de première urgence pour le mouvement ouvrier et démocratique international.

10 juillet 1986.

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