'ASSOCIATION nationale des enseignants du Salvador (ANDES-21 juin) organise une partie considérable des travailleurs de l'enseignement dans ce pays.
Partie prenante du Comité ler mai en 1985 et aujourd'hui de l'UNTS, ANDES a participé à toutes les mobilisations en cours. Nous reproduisons ici une interview de de ANDES-21 juin Saul Sanchez, secrétaire général de ANDES-21 juin.
« INPRECOR » : - Quelles vos principales revendications ?
Saul SANCHEZ : - Le contre les emprisonnements arbitraires et contre les assassinats reste une lutte quotidienne et nous venons d'obtenir la libération de dix enseignants qui avaient été capturés après une manifestation de notre syndicat dans les locaux du ministère de l'Education nationale. Le gouvernement tente de multiplier les incidents.
Ainsi, dans la nuit du 18 au 19 avril, des individus se sont introduits par effraction dans notre local, ce dernier se trouve dans une zone totalement militarisée, il est impossible que les forces armées ne se soient pas rendu compte de l'effraction. Le ministre de l'Education accuse la direction de notre syndicat d'être membre du FMLN, préparant délibérément le terrain pour justifier notre emprisonnement ou notre assassinat.
Les revendications principales sont : le retrait des mesures d'austérité prises en février par le gouvernement Duarte mensuelle de colones ; une amélioration des services médicaux et hospitaliers ; l'amélioration fournitures et fin aux négociations en exigeant comme préalable que nous lui révélions l'identité de tous les membres du Conseil exécutif tion nord-américaine directe.
Les faiblesses du régime et la démoralisation de l'armée se développent et ces phénomènes, conjugués à la montée du mouvement de masse et au renforcement de la guérilla, peuvent aboutir à terme à une crise ouverte du régime et des forces armées. Une intervention nord-américaine limiter temporairement l'avance des révolutionnaires sans pour autant en venir à bout. Le FMLN se fonde sur cette perspective en rappelant que les Etats-Unis ont perdu la guerre du Viet-Nam avec un corps expéditionnaire de 500 000 hommes et une armée sud-vietnamienne de 1 million de personnes. Le prix en vies humaines que les Etats-unis devraient payer pour reprendre la situation en main au Salvador, pourrait à terme créer un nouveau mouvement de masse - anti-guerre à l'intérieur de leurs aujourd'hui avec une perspective à long terme et il a raison.
Arnold BERTHU, 6 septembre 1986. d'ANDES. C'est donc une question de fond, de principe, car nous refusons de nous soumettre à cette condition : il nous membres de notre direction, pour des raisons de sécurité, ne vit pas à son domicile légal. Si nous déclarions notre nom exact au propriétaire de l'appartement que nous occupons, nous pourrions rapidement être éliminés physiquement. Nous avons répondu à cette provocation du ministre en demandant une assembléedébat entre lui et tous les enseignants, mais il a peur d'affronter directement les
Par ailleurs, un scandale vient d'éclater : l'année passée, l'Association internationale de développement (IDA) a versé au gouvernement Duarte une subvention de 86,5 millions de dollars pour l'achat de matériel scolaire et seule une infime partie de cette somme est parvenue aux écoles sous la forme de quelques cahiers et crayons. Cette année, la République populaire de Chine a donné pour 80 millions de dollars de matériel scolaire et, là très peu est parvenu dans les ment qu'il dise où sont passés ces 166 millions de dollars au total. Au mois de mai, nous avons organisé des assemblées dans 14 départements du pays. Ces assemblées très combatives ont réuni une grande partie des enseignants salvadoriens. Environ 2 000 écoles sont totalement ou partiellement fermées dans le pays. Un grand pourcentage de la jeunesse d'âge scolaire ne va pas en classe faute d'écoles ou d'enseignants en nom-
Un enseignant six personnes a besoin de 3 000 colones par mois pour pouvoir vivre. Le salaire moyen des enseignants est de 950 colones. Leur pouvoir d'achat, comme celui des autres couches de travailleurs a diminué de manière drastique. Il n'existe pas d'indexation des salaires sur les prix et les salariés vivent actuellement un processus de paupérisation. La Constitution et le du travail précisent que le gouvernement doit assurer des augmentations de salaire proportionnelles à l'augmentation du coût de la vie mais le gouvernement ne fait rien en ce sens. Il nous dit que grâce à l'austérité, tout ira mieux dans deux ans. Mais pourquoi tout irait mieux quand le peuple ne possède toujours pas la terre, les moyens de production, le café et le coton qu'il produit. Seules l'oligarchie terrienne et le grand capital tirent profit de l'austérité.
- Où en est le processus du renforcement de l'unité d'action des travailleurs salvadoriens?
- L'année passée, ANDES s'est intégrée au Conseil de coordination des travailleurs de l'Etat et des employés municipaux (CCTEM) et au Comité ler mai. Cette année, nous avons fait un pas supplémentaire en participant à la création de l'UNTS. L'UNTS comprend des syndicats ouvriers, des syndicats de fonctionnaires des services publics, des associations d'indiens, de paysans, d'ouvriers agricoles, des coopératives. Les courants qui la traversent vont de la gauche révolutionnaire à des organismes de base de la démocratie-chrétienne.
- Comment interpréter les pas en avant qui ont été accomplis et notamment, le fait qu'une partie des organismes de base de la démocratie chrétienne ait rejoint le syndicat de lutte des classes ?
- Rappelons que l'organisation poparti démocrate-chrétien, l'UPD, avait signé un pacte social avec Duarte juste avant son élection en 1984. Duarte n'a jamais réalisé les engagements pris dans ce pacte et une partie importante de l'UPD a rejoint notre lutte. Certains secrétaires d'Etat à l'agriculture, des responsables du système de crédit agricole ont quitté leur poste et ont rompu avec le parti démocrate-chrétien pour rejoindre l'opposition de gauche.
Le 8 février, l'UNTS a tenu sa première grande assemblée publique. Le gouvernement a essayé de l'empêcher en nous privant de local mais nous avons riposté en organisant immédiatement une énorme manifestation de protestation.
- Est-ce qu'il y a un développement de l'organisation des paysans ?
- Oui, de manière importante, mais sous la forme d'associations coopératives.
- Que se passe-t-il du côté du mouvement estudiantin ?
- Les étudiants sont très combatifs. Ils viennent de réaliser une grande manifestation pour le dixième anniversaire de l'assassinat de trente d'entre eux. Leur principale association est partie prenante de l'UNTS, même si, normalement, cette dernière ne devrait comprendre que des associations de travailleurs.
— Maintenant, pouvons-nous en venir à la question des négociations entre Duarte et le FMLN ?
- Que ce soit ANDES ou l'UNTS ou encore des organisations syndicales qui continuent à soutenir en principe Duarte, tous demandent la réalisation de véritables négociations avec le FMLN, un dialogue auquel doit participer toute la population. Depuis maintenant deux ans que Duarte est au pouvoir, il n'a rien fait pour trouver une solution politique au conflit social et militaire qui secoue le pays. Le gouvernement essaye d'éviter que ce dialogue se réalise à l'intérieur du pays et cela démontre qu'il craint le peuple. Nous, nous voulons un débat public mais chaque fois, le gouvernement recule les rendez-vous. Il exige que la guérilla dépose les armes : c'est inacceptable. De toute façon, le gouvernement est entièrement soumis à l'administration Reagan.
- Les conditions du FMLN impliquent un changement de constitution, un changement de gouvernement et un changement dans les forces armées ?
- Oui. On ne peut pas continuer avec un gouvernement de la seule démocratie chrétienne. Il faut le remplacer par un gouvernement à large participation démocratique, un gouvernement qui cherchera réellement à donner des solutions adé. quates aux problèmes auxquels sont confrontées les masses salvadoriennes. -
Propos recueillis par Arnold BERTHU,
San Salvador, août 1986.
tactique avait été payante ?
- Nous avons tiré un bilan négatif de cette tactique parce que l'Assemblée a ignoré notre cahier de revendications. Nous avons estimé que c'était plus efficace de mener la bataille économique sur le plan des entreprises.
- La lutte directe contre le gouvernement est-elle possible dans l'état actuel du mouvement ?
- Un plan de lutte général est nécessaire mais nous en sommes au stade du renforcement de l'unité des travaillleurs. Nous attribuons la priorité absolue cette unité y compris au niveau organique, c'est-à-dire, la création d'un seul syndicat. Ensuite, nous pourrons adopter un plan d'action.
- Est-ce que l'UNTS met fin à l'existence des différentes fédérations syndicales comme la FUS, la FENASTRAS ?
- Non, celles-ci continuent à exister mais comme nous donnons la priorité à la réalisation de l'unité syndicale, la vie propre de ces différentes fédérations