Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Duarte perd du terrain, le mouvement ouvrier se renforce

· Inprecor n° 226, 22 septembre 1986 · p. 19-21 · 1 885 mots

El Salvador Syndicalisme

PRES deux années de présidence, le bilan que le démo-

A créances en Amitration Fo peut prat se real es créanciers de l'administration Reagan pourrait se résumer par la formule suivante : « je perds le contrôle de la rue sans récupérer celui des montagnes ». Malgré la répression, la capacité d'action des travailleurs, des paysans et des étudiants a très sensiblement progressé ainsi que le niveau d'organisation du mouvement de masse et le degré d'unification de ses forces.

L'année 1985 s'est terminée avec un total de 116 grèves dans le secteur public et 56 dans le secteur privé, auxquelles

636 158 travailleurs ont pris part.

Sur une population totale de cinq millions d'habitants qui comprend une majorité écrasante de paysans, 200 000 ouvriers d'usine et 160 000 travailleurs du secteur public, l'Union nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS) organise maintenant environ 400 000 personnes (1). L'UNTS d'appeler à des manifestations de masse (plus de 50 000 en fé-

Arnold BERTHU

La rupture de l'Unité populaire démocratique (UPD) et de la Centrale des travailleurs salvadoriens (CTS) avec Duarte et la fondation de l'UNTS (conjointement entre autres avec le Comité ler mai qui regroupe 75 syndicats de trajectoire combative et d'opposition frontale au régime), constitue un élément important de la recomposition du mouvement ou-

ÉVOLUTION DU MOUVEMENT

SYNDICAL

L'UPD qui déclarait 100 000 membres en 1984 et organise surtout les paysans et les ouvriers, avait contribué de manière importante à la victoire électorale de Duarte en 1984. Aujourd'hui, les dirigeants de l'UPD déclarent avoir reçu à l'époque entre 60 et 80 000 dollars

(entre 400 et 500 millions de francs)

pour mobiliser leur base

Duarte. Il leur avait été également prodes postes gouvernementaux et des places dans les administrations.

La CTS, qui employés de l'Etat (par exemple, des employés du ministère de l'Agriculture y sont syndiqués), avait signé, comme

TUPD, un accord de soutien électoral à

Duarte. Celui-ci n'a pas réalisé ses promesses de progrès social. L'UPD et la CTS en

La réponse de Duarte et des conseilde l'administration Reagan à cette mutation du mouvement syndical consisà créer de nouvelles organisations concurrentes. Le 6 mars 1986, a ainsi fondée l'Union nationale ouvrière et paysanne (UNOC), à laquelle s'inté-

Duarte perd du terrain,

révolutionnaires est capable reconquis des locaux publics. gra la Centrale des travailleurs démocrates (CTD), créée en 1985. Ces deux organisations sont financées par l'Institut pour le développement du libre (AIFLD), dans toute l'Amérique centrale et contrôlé de manière indiscutable par la CIA.

Déjà par le passé, Duarte avait impulsé la création de syndicats concurrents aux principales organisations du Comité ler mai dans les secteurs de l'enseignement, des téléphones, de l'électricité, et des postes, sans réel succès. Il ne semble pas que, cette fois-ci, l'UNOC et la CTD sauront reconquérir une influence significative chez les travailleurs malgré l'utilisation de méthodes faisant appel aux menaces, à la corruption, aux licenciements et malgré les énormes quantités de dollars qui leurs sont allouées.

De son côté, l'UNTS s'est élargie par rapport à sa composition initiale en intégrant dans ses rangs la Confédération des associations coopératives (COACES) dont plusieurs dirigeants sont membres de l'UPD et qui 130 000 paysans, soit 650 000 personnes au total, si l'on ajoute les membres de LA PLATE-FORME REVENDICATIVE

L'élargissement du front des organisations regroupées dans le Comité ler mai à des organisations comme l'UPD et la CTS n'a en rien diminué le caractère positions qu'il L'UNTS a publié un important document au mois de juin 1986 intitulé « L'UNTS face à la nécessité de la paix et de la reconstruction nationale » dans lequel elle trace un bilan des luttes sociales et polivrier et environ 100 000 le ler mai) et à des grèves générales comme celle du 24 avril 1986 qui concernait 350 000 travailleurs de la capitale et qui a duré quatre heures.

Le mouvement étudiant lui aussi s'est réactivé et a repris possession de l'université nationale, bastion des organisations avant 1981, qui ressemble à nouveau aux campus mexicains et européens des années

1968-1969. Ce mouvement a été capable d'organiser une manifestation de plus de 2 000 participants, le 30 juillet 1986.

Pour l'observateur étranger, ce qui saute aux yeux, c'est que les murs de la capitale, encore vides de slogans en 1984 et

1985, en sont aujourd'hui à nouveau recouverts, même les murs de protection de l'ambassade américaine. Partout, peut lire : « Duarte plus Reagan égal guerre », « Soutien au

FMLN », « Vive le Nicaragua libre », etc. Par ailleurs, mouvement étudiant et plusieurs organisations syndicales ont tiques depuis les années 1970.

Face aux affirmations gouvernementales, selon lesquelles le conflit armé entre les forces armées et le Front Farabundo

Marti de libération nationale (FMLN)

est le produit de l'ingérence étrangère nicaraguayenne, cubaine et soviétique, l'UNTS déclare que « les causes qui sont à l'origine du conflit actuel sont l'inégalité de la distribution de la richesse, la marginalisation et la répression contre les secteurs populaires, le chômage etc. » et caine : « Ce n'est pas le gouvernement salvadorien qui décide de notre destin mais bien celui des Etats-unis ». L'UNTS ajoute que : « Le gouvernement des Etats-

Unis a depuis 1980 une participation déterminante dans le maintien et l'aggravation du conflit, puisque celui-ci se maintient grâce à l'aide militaire de ce gouvernement, dont les seuls bénéficiaires sont les grandes fabriques d'armes US qui obtiennent un marché au prix de la destruction de nos enfants, de nos femmes et enfin, de notre société. En fait, la

(...) se concrétise dans la soumission de notre pays qui fonctionne comme une colonie américaine ».

Dans ce même document, réalise un bilan détaillé et implacable de la politique de Duarte qu'elle présente

: « Deux ans de gouvernement démocrate-chrétien égal augmentation de la faim, de la guerre et de la misère ». Et de dénoncer les bombardements de population civile, les décrets les emprisonnements arbitraires (chiffrés à 500), l'utilisation de la torture par les gouvernementales, la politique

Cf. Inprecor numéro 209 du 23 septembre 1985 et numéro 219 du 12 mai 1986.

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contre les organisations populaires par l'AIFLD, etc.

L'UNTS fait également le bilan de la réforme agraire. Celle-ci a connu un début d'application en 1980 pour donner une réponse aux énormes soulèvements populaires de l'époque. Pour gagner les élections présidentielles de mars Duarte avait promis de réactiver et d'approfondir cette réforme agraire en aidant les coopératives agricoles déjà mises en place et en distribuant aux paysans avant décembre 1986 (c'est écrit dans la Constitution !) la partie des terres des propriétés qui excèdent 245 hectares.

L'UNTS dénonce le fait que Duarte et l'oligarchie n'ont aucune intention de réaliser ces

L'UNTS avance aussi une mesures économiques : retrait de toutes les mesures d'austérité prises par Duarte en janvier 1986 ; approfondissement de la réforme agraire dans laquelle tous les paysans doivent être intégrés ; supprespayement de la dette pour les coopératives et sur le plan industriel, notamment, la réouverture des entreprises fermées et la création de nouvelles entreprises dirigées et administrées par les tra-

Sur le plan social, l'UNTS exige une augmentation générale de salaires proportionnelle au taux d'inflation, la création d'emplois, le développement et la créacentres de santé, d'écoles, d'habitations à bon marché etc.

L'UNTS prend également position en ce qui concerne la solution du conflit armé en partant de la constatation sui-

: " Le conflit qui nous occupe Rassemblement de travailleurs au Salvador. (DR)

aujourd'hui a divisé la société salvadorienne en deux grands pôles (...) Ainsi nous avons les forces gouvernementales qui ont perdu le contrôle d'une grande partie du territoire national et les forces insurgées qui exercent un contrôle sur le territoire non contrôlé par le gouvernement ». L'UNTS exige alors la réalisation d'une troisième phase de négociation entre les forces gouvernementales et celles du FMLN (dont la date a été depuis fixée au 19 septembre 1986) et dénonce les conditions fixées par Duarte pour solution au conflit (maintien de la Constitution, de l'armée et du

En prenant la mesure de l'ampleur du mouvement de masse organisé par l'UNTS et son caractère radical, on comprend que Duarte a perdu énormément de terrain y compris dans sa base sociale urbaine tandis que le FMLN est redevenu fait un véritable acteur de la vie

L'isolement de Duarte est encore démontré par la réalisation d'un front entre l'UNTS et la Fédération nationale de la petite entreprise salvadorienne (FENAPES) qui représente 90% de ce secteur. L'UNTS et la FENAPES ont réalisé les 3,4 et 5 avril 1986 un « Forum national pour la survie et la paix du peuple salvadorien » qui a rejeté en termes très durs la politique de Duarte et l'ingérence US. Le Forum a conclu à la nécessité d'un cessez-le-feu, qui permettrait au peuple de se prononcer sur le type de solution à donner au conflit armé. Ce référendum devrait être organisé par une commission

: gouvernement, FDR-FMLN, organisations professionnelles. Le Forum a également exigé la suppression du ministère de la Culture pour son travail de diffamation et de désinformation du peuple directement par les forces armées et la l'amnistie pour les prisonniers politiques, et l'établissement de lignes de crédit préférentielles pour la petite et la moyenne entreprise.

Enfin, l'UNTS et la FENAPES se sont déclarées prêtes à aller jusqu'à une grève nationale pour obtenir satisfaction.

LE FMLN A REPRIS L'INITIATIVE

La troisième phase des négociations entre le FMLN et le gouvernement devrait avoir lieu à partir du 19 septembre, elles interviendront dans un contexte de renforcement du FMLN.

Malgré un quadruplement des forces armées gouvernementales et américaine de près de 2 millions de dollars par jour au pouvoir, le FMLN a renforcé sa position sur le plan militaire, sans pour autant être déjà en mesure de porter des coups décisifs au régime.

Sur le plan politique, il est certain que le FMLN a également marqué des points. Lorsque l'on se trouve contrôlées par le gouvernement, il est facile de se rendre compte immédiatement que tout le monde sait qu'il y a une situation de dualité de pouvoir sur le plan géographique. La proposition du FDR-FMLN de réaliser des débats publies rencontré un large écho parmi la popu-

Le FDR-FMLN a réussi à forcer le gouvernement à ouvrir uniquement avec lui des négociations à l'intérieur du pays alors qu'à l'origine, Duarte voulait une négociation globale gouvernement nicara-

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guayens-contras et FMLN-Duarte-USA. Duarte négocie tandis que le FMLN déclare qu'il ne déposera pas les armes. Duarte lui-même adresse ses discours publics à la guérilla et le FDR y répond par des pages de communiqués payants dans la presse quotidienne de la capitale. Le FMLN a en plus décidé de dédier une partie de ses meilleurs cadres à l'intervention dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Bien sûr, la situation dans les villes ne s'apparente pas encore à celle des années 1979-1980, lorsque le degré d'organisation des masses urbaines était très avancé — avec l'existence de larges organisations de quartier et de pobladores — et où les manifestations populaires rassemblaient des centaines de milliers de personnes dans les rues. Mais il est indéniable qu'on assiste à une formidable récupération de force de la part du mouvement de masse et à la faillite de l'alternative pseudo-démocratique de Duarte. La situation n'est donc pas bloquée malgré l'ampleur des forces armées gouvernementales et la menace d'interven-

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