ES effets de la politique économique menée par le gouvernement hondurien et inspirée par le Fonds monétaire international (FMI) ont suscité une série de mouvements populaires au Honduras et une répression accrue contre un mouve-
Pièce maîtresse dans l'échiquier contre-révolutionnaire de la politique de Ronald
Reagan en Amérique centrale, le Honduras est aujourd'hui un pays pratiquement son lot de corruption et de destruction du tissu économique et traditionnel. Les
20 000 contras nicaraguayens installés dans le sud du pays, où ils ont littéralement chassé les petits planteurs de café qui constituaient la population de cette région,
Cette situation accélère la prise de conscience nationale dans un pays qui passait
Si l'Etat reçoit cette différence et participe à la spéculation, c'est mal ; si d'autres secteurs la perçoivent, c'est pis encore. Est-ce là le reflet d'un pouvoir des travailleurs ? Et quand on appelle les travailleurs à des assemblées pour leur dire qu'il est interdit de faire grève ? On parle d'un pouvoir des travailleurs, mais on les traite de contra ou de réactionnaires. On déroute le mouvement ouvrier. Je pense non seulement que le gouvernement n'évite pas la reproduction du capitalisme, mais qu'il le renforce. Avec la réforme agraire, on donne des titres de propriété, mais cette propriété, aussi petite soit-elle, engendre le capitalisme.
Il nous revient de jouer un rôle prépondérant dans cette étape de transition pour que le socialisme triomphe. Que la classe ouvrière soit au pouvoir et qu'il y ait une dictature du prolétariat, c'est l'une des conditions de ce triomphe.
Ronaldo MEMBRENO (CST) : - Je veux faire une proposition aux dirigeants des centrales syndicales, sur la base des tâches que le mouvement syndical doit assumer. Nous voulons la faire en émulation avec toutes les organisations qui sont d'accord sur la défense du pouvoir révolutionnaire qui s'exprime par l'intégration des travailleurs dans les différentes modalités de la défense militaire, même si Malespin a attaqué de façon voilée le Service militaire patriotique (SMP).
Augmenter la production et la productivité, afin de garantir la défense militaire et l'approvisionnement de la population civile ; réajuster les normes dans l'industrie en commençant par le textile et la métallurgie, afin d'assurer les biens manufacturés pour les paysans, pour la ville et pour la défense ; accroître les heures de travail dans les campagnes pour garantir les produits de base et d'exportation, voilà nos tâches. Revoyons les qualifications, afin de leur donner leur juste équivalence salariale ; renforçons la participation des travailleurs à la gestion, en ne les cantonnant pas à la simple participation sur les questions d'embauche ou de licenciement, mais en l'élargissant à l'élaboration des plans de l'entreprise, des projets de maintenance et de réparation des machines. La gestion doit être vue en fonction de l'accomplissement des objectifs, avec la participation des travailleurs à l'organisation du travail dans l'entreprise.
La CST vous propose des places dans notre Ecole nationale des syndicats, pour vos adhérents, afin qu'ensemble combattions partout l'inefficacité et le gaspillage, que nous puissions gagner à la classe ouvrière ces administrateurs d'origine bourgeoise ; c'est aussi là son rôle comme avant-garde. (...)
Barricada, Managua, les 6 et 7 juillet 1986.
HONDURAS occupé. La présence de plusieurs milliers de « marines » nord-américains suscitent également un rejet de plus en plus violent de la part des Honduriens. pour en avoir le moins de toute l'Amérique centrale.
Malgré le scepticisme flagrant de certains secteurs, le mouvement ouvrier hondurien est en train de parcourir rapidement un chemin décisif, qui le mène de positions revendicatives économiques à des positions et des luttes de caractère politique. Cela concerne non seulement le secteur oppositionnel du syndicalisme hondurien, mais aussi ce qu'on nomme le secteur « officialiste », des syndicats pro-gouvernementaux.
Le 1er mai 1986 a été l'une des expressions de cette évolution quand, pour la première fois depuis de nombreuses années, la journée internationale des travailleurs a été célébrée en commun par les organisations syndicales les plus fortes, c'est-à-dire la Confédération des travailleurs du Honduras (CTH), officialiste, la Centrale générale des travailleurs (CGT), de tendance social-chrétienne, et la Fédération unitaire des travailleurs du Honduras (FUTH), qui est majoritairement constituée par les syndicats plus radicaux, auxquels le gouvernement nie toute personnalité juridique.
Les trois organisations font partie du Conseil national ouvrier et paysan du Honduras (CONOCH), organisme qui est le produit de la volonté unitaire existant
Les banderoles des travailleurs affichaient des mots d'ordre clairement politiques tels que : « Non à la guerre, oui à la paix », « Yankees hors du Honduras, non aux accords militaires avec les USA », « Contras hors du Honduras », « Le gouvernement d'Azcona est apatride, Azcona Hoyo tu es devenu un traîABSENCE DE RÉPONSE OFFICIELLE
AUX REVENDICATIONS La politique économique menée par le gouvernement de Roberto Suazo Cor-
Le réveil d'un pays occupé
dova, de 1982 à 1985, a été déterminante dans cette évolution. En bon élève de ses conseillers américains et du Fonds monétaire international, il a appliqué les mesures économiques antipopulaires aujourd'hui bien connues et recommandées par cet organisme.
Officiellement, il avait été assuré que ne seraient touchés par ces mesures que les groupes sociaux récemment intégrés à la production, tels que les entreprises peu rentables, les ouvriers nouvellement embauchés, les classes moyennes non encore stabilisées et, surtout, la population urbaine marginale sans travail. Cela n'aurait dû concerner que la partie de la population caractérisée par son exclusion de la production et ne payant du reste pas d'impôt, et celle ayant une insertion récente dans la production, à l'exclusion du reste de la population.
Mais la profondeur même de la crise économique a amené le gouvernement de Suazo Cordova à appliquer cette politique également aux secteurs organisés, à d'autres couches de travailleurs, et même aux classes moyennes ayant de l'influence politique et des capacités de riposte.
La répression, parfois systématique, a été la seule réponse du gouvernement, répression qui n'avait pas pour seul but d'immobiliser ou de neutraliser les organisations professionnelles, mais aussi de
La répression qui s'est exercée contre les organisations syndicales n'a été qu'un des aspects du projet de construction de « l'Etat de sécurité nationale », projet qui constitue l'axe de l'alliance entre Suazo Cordova, l'administration Reagan, et le
1. José Simon Azcona Hoyo, l'un des quatre candidats du Parti libéral déjà au pouvoir, a remporté les élections présidentielles du 24 novembre 1985 avec 51,5 % des voix, contre un autre candidat du Parti libéral, Oscar Mejia Arellano, soutenu, lui, par l'ancien président, Roberto Suazo Cordova.
secteur d'extrême-droite des forces mées honduriennes dirigées alors par le général Gustavo Alvarez Martinez, considéré comme l'homme de confiance Washington en Amérique centrale 1982 et 1984.
LA RÉPRESSION ANTISYNDICALE
Le caractère ouvertement contre-insurrectionnel du projet politique Suazo Cordova-Alvarez Martinez s'est reflété dans les mesures prises contre les organisations syndicales, telles que les occupations par des militaires des locaux, la mise à la tete des syndicats de dirigeants imposés par le gouvernement, la division des syndicats et des fédérations syndicales, la militarisation des usines en grève, le licenciement des dirigeants ouvriers en riposte aux grèves, tout cela dans le but de décapiter le mouvement syndical. Sans parler de l'assassinat de dirigeants syndicaux, de leur enlèvement suivi de leur « disparition » organisés par les groupes paramilitaires, actions coincidant souvent avec la négociation de contrats collectifs entre ouvriers et patrons.
En mars 1983, deux militaires ont tiré contre un groupe de dirigeants syndicaux, parmi lesquels se trouvait Dagoberto Padilla, président du Syndicat des travailleurs de la compagnie agricole de Sula (SITRACOAS), près de la ville d'El Progreso dans le département de Yoro, au nord du Honduras. Quatre syndicalistes étaient assassinés, dont Padilla, et trois autres furent gravement blessés.
En mars 1984, le président du Syndicat de l'entreprise nationale d'énergie électrique (STENEE), Rolando Vindel Gonzalez, a été arrêté dans le centre de Tegucigalpa, la capitale, devant témoins, par des agents de la Direction nationale de recherche (DNI). La DNI niera toute responsabilité. Depuis, on ignore l'endroit où se trouve le dirigeant syndical. Au moment de son enlèvement, il était à la tête d'une commission du syndicat qui négociait un nouveau contrat collectif avec l'entreprise d'électricité.
Le 9 mai 1986, des individus non identifiés ont tiré avec des armes de fort calibre contre le président du Syndicat des travailleurs de l'entreprise de conditionnement industriel (STELSA), Cristobal Perez Diaz, alors qu'il descendait de sa voiture en face de son domicile à San Pedro Sula, également au nord du Honduras. Une semaine avant de mourir assassiné, Perez Diaz - qui s'occupait des conflits du travail au sein de la Fédération unitaire des travailleurs du Honduras (FUTH), dont il était auparavant l'ex-président régional pour la côte nord avec d'autres dirigeants ouvriers —, conduisait le défilé du ler mai de sa ville. Devant plus de 100 000 travailleurs, le dirigeant syndical avait accusé le gouvernement du président Hoyo de ne pas donner de réponse concrète aux demandes de la FUTH, et il avait fustigé la politique extérieure du Honduras, la présence des troupes américaines et de la contra nicaraguayenne sur le territoire national.
Au moment de son assassinat, ce dirigeant ouvrier faisait partie d'une commission qui négociait un nouveau contrat collectif avec les autorités régionales des
Contrairement à ce qu'espéraient les instigateurs haut placés de la répression antisyndicale, son effet le plus important a été la politisation de la lutte du mouvement ouvrier. Ce dernier a fait d'importants progres dans son organisation propre. Des revendications économistes, il est passé au combat pour la défense des droits syndicaux, à la demande de la réapparition en vie des disparus, à la libération des prisonniers politiques. Il a aidé à nouvelles organisations à caractère humanitaire (défense des droits de l'homme, regroupement des familles de disparus, lutte pour la paix, etc.), qui renforcent l'action syndicale et permettent de croire à l'apparition de nouvelles formes de lutte politique.
OCCUPATION MILITAIRE
ETRANGERE ET CONSCIENCE NATIONALE L'une des formes que prend cette politisation du mouvement ouvrier hondurien est la prise de conscience nationale liée à l'occupation militaire nord-américaine et à la présence de la contra nicaraguayenne. Il est évident que ces deux forces militaires étrangères sont venues au Honduras après que ce pays soit devenu le principal allié des Etats-Unis en Amérique centrale et avec la bénédiction des autorités honduriennes.
Ceux qui ont conçu ces plans pour le Honduras, ainsi que les officiels honduriens qui en étaient partie prenante, savaient qu'ils devraient désamorcer l'opposition de différents secteurs politiques et sociaux du pays. La lutte pour la souveraineté nationale a donc eu pour consé-
• IERRA
IBER
quence la répression officielle contre tous ceux qui se sont opposés à l'exécution de
Le mouvement ouvrier hondurien s'est précisément construit à partir des luttes menées contre les entreprises nord-américaines qui, à la fin du siècle dernier, avaient chassé une bourgeoisie hondurienne incompétente. Aujourd'hui, il perçoit parfaitement que la présence militaire étrangère implique le risque d'une guerre contre le Nicaragua, non pas en défense de l'intérêt national mais en défense des intérêts des Etats-Unis.
De même, les dirigeants syndicaux soulignent le fait que la politique extérieure du Honduras ne respecte pas les principe de non-ingérence et d'auto-détermination des peuples. Beaucoup d'entre eux pensent qu'au fur et à mesure que la politisation de la lutte syndicale s'approfondit, l'unité du mouvement se renforce, ce qui favorise une pleine participation du mouvement populaire.
L'apparition d'organismes comme le Conseil national ouvrier et paysan du Honduras (CONOCH) qui regroupe centrales syndicales de différentes tendances idéologiques, est une preuve de ce saut qualitatif. Le CONOCH est né de la nécessité de faire valoir le droit des travailleurs à une plus grande participation au gouvernement, après les élections de novembre 1985, qui portèrent Azcona au pouvoir.
Mais la FUTH et son organisation paysanne, la Centrale nationale des travailleurs de la campagne (CNTC), ont des potentialités politiques qui effraient les secteurs syndicaux plus traditionnels. C'est ce qui explique qu'on ait essayé de rendre la FUTH responsable d'un certain nombre d'incidents survenus lors de la manifestation du ler mai 1986 à Tegucigalpa, pour tenter de la discréditer aux yeux des travailleurs.
Autre avancée significative du mouvement ouvrier, la création du Comité coordinateur des organisations populaires (CCOP), étroitement lié à la FUTH, qui favorise l'élargissement de la mobilisation des autres secteurs populaires. Le CCOP comprend en son sein des organisations ouvrières, paysannes, de femmes, d'étudiants, de quartier, de défense des droits de l'homme et des prisonniers po-
D'autres centrales syndicales avaient essayé, dans le passé, de regrouper ce type d'organisations, mais elles furent dé truites par la répression et par les assassinats de leurs dirigeants, comme Padilla.
La question de la défense de la souveraineté nationale a donné un contenu politique au développement organisationnel qu'a connu le mouvement syndical ces dernières années, et l'on peut se demander si, loin d'être un acte isolé, l'assassinat du dirigeant ouvrier Cristobal Perez Diaz ne signale pas une nouvelle offensive
Roberto DIAZ, Pensamiento Propio, Managua, juin 1986.