A table ronde syndicale, dont nous reproduisons des extraits ci-dessous, a été organisée en juin 1986 par le quotidien Barricada. L'organe du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) en a reproduit les passages les plus importants. Le journal avait invité toutes les centrales syndicales du Nicaragua, au nombre de huit (voir encart) et Carlos Gallo, responsable du FSLN de la région de Managua chargé des questions ouvrières. Trois organisations syndicales, l'ATC, la CTN et la CTN-I n'ont pas répondu à l'invitation. Ont donc participé au débat la CGT-I, la CAUS, la CST, la CUS et FO.
Le débat entre les syndicalistes, plutôt vif, met au jour l'un des aspects les plus épineux posés par une société de transition : quelle est la fonction de l'organisation syndicale dans la periode post-revolutionnaire, mais aussi, plus largement, quel est le rôle de la classe ouvrière dans cette période, surtout dans un pays où elle est extrêmement minoritaire (1). Se mêle bien évidement à cette discussion la question de l'appréciation de la nature de l'Etat issu du 19 juillet 1979 et de l'avant-garde révo-
De tous les syndicats présents, seuls la CGT-I et la CAUS existaient ayant la révolution (2). Ces deux syndicats représentaient le mouvement ouvrier traditionnel du pays. La victoire du FSLN a ouvert une crise en leur sein, qui s'est notamment traduite par le passage d'une partie de leurs cadres à la CST. Toutes les autres centrales, et notamment la plus importante en chiffres, la CST, sont créées après 19 juillet, en même temps que le nouveau pouvoir. La fin de la répression dictatoriale permet au mouvement syndical de se développer à une échelle de masse. C'est ainsi que la CST s'est retrouvée, presque du jour au lendemain, comme principale organisation syndicale du pays, sans tradition, sans expérience, à peu près sans cadres, et face à la nécessité de s'occuper des nombreux problèmes posés par la transition.
La détérioration croissante de la situation économique a principalement touché les travailleurs du secteur productif, notamment à Managua. Ce sont eux qui subissent le plus le décalage entre les salaires et les prix, qui s'est accru en 1984-1985. Une partie de la main-d'œuvre salariée - dont de nombreux techniciens et ouvriers qualifiés qui ont été les plus touchés par la baisse du niveau de vie - est ainsi venue grossir le secteur informel. Leur situation est d'autant plus difficile que le Système de normes et d'organisation du travail et des salaires (SNOT), qui réglemente les qualifications et leur rémunération, leur était très défavorable. Il n'était pas rare de rencontrer des ingénieurs ouvrant un petit commerce, tout simplement parce que c'était plus rentable. La main-d'œuvre, surtout la main-d'œuvre qualifiée, manque dans un pays qui, jusqu'à la révolution, a connu un chômage endémique. Dans certains secteurs comme celui de la construction, où la demande est très forte, on assiste même à un important mouvement de déprolétarisation : beaucoup d'ouvriers se mettent à leur compte, sachant qu'ils gagneront bien plus que le niveau du SNOT grâce aux contrats passés avec l'Etat, et notamment avec la Défense.
La productivité du travail a baissé de façon catastrophique, et d'abord pour des raisons politiques. En effet, sous la dictature somoziste, comme dans tout le système capitaliste d'ailleurs, « les ouvriers allaient au travail par la coercition. Par exemple, les lois contre le vagabondage poursuivaient ceux qui refusaient de travailler pour un salaire de misère. Mais surtout, la misère et le chômage étaient les mécanismes fondamentaux permettant la coercition du travailleur » (3). Ce mécanisme assurant l'efficacité du capitalisme a été enrayé par le triomphe de la révolution.
Quant au blocus économique impérialiste, s'il pèse sur tous les secteurs de l'économie nicaraguayenne, il a produit des ravages dans l'industrie : manque de pièces détachées, machines vieillies, problèmes de maintenance, etc.. Il faut également signaler la pénurie de devises, qui influe négativement sur les achats de matières premières, ainsi que les problèmes énergétiques, qui immobilisent les machines parfois pendant des jours. C'est ainsi que les ouvriers sont souvent dans l'impossibilité de travailler. Ils ne peuvent donc pas augmenter leur salaire grâce aux primes de rendement qui sont censées favoriser la hausse de la production et qui s'ajoutent à la partie fixe du salaire.
Cette situation ne va pas sans susciter des tensions , d'autant plus que, bien spuvent, les travailleurs ont l'impression qu'on leur demande beaucoup en faisant appel à leur conscience révolutionnaire, pendant que d'autres jouissent de situations nettement plus privilégiées que la leur. Ils ne voient pas sans ressentiment les avantages matériels dont bénéficient par exemple certains techniciens, pourtant beaucoup plus tièdes dans leurs convictions. Face à la fuite des cerveaux à l'étranger, vers le secteur informel ou vers le secteur privé, l'Etat et les entreprises nationalisées (Aire de propriété du peuple, APP) essaient bien souvent de conserver ce personnel qualifié au moyen d'arguments qui n'ont rien d'idéologique, sans d'ailleurs y parvenir totalement. Voiture, logement et autres faveurs s'ajoutent ainsi à des salaires bien souvent au-dessus du SNOT.
Néanmoins, la hausse des salaires ne constitue même pas la principale revendication des travailleurs. Bien sûr, face à la détérioration vertigineuse du pouvoir d'achat due à l'inflation galopante, les réajustements salariaux plus ou moins fréquents ne sont que justice et sont accueillis avec soulagement, comme ce fut le cas en janvier et mars 1986, lorsque les augmentations furent respectivement de 100 % et de 50 %. Mais le scepticisme demeure malgré tout, parce que l'augmentation des prix conti-
Ce que les travailleurs veulent avant tout, c'est de pouvoir dire leur mot dans la marche de l'entreprise. Ils font valoir leur connaissance précise de la production, ils se réclament de l'expérience positive des innovateurs, ces travailleurs qui, souvent à partir de rien, ont su pallier en partie les effets du blocus, en fabriquant des pièces détachées, en réparant des machines partout ailleurs bonnes pour la casse, en adaptant la production aux nécessités de la défense, etc. La principale question est donc celle d'une véritable gestion ouvrière de la production, par laquelle passe en partie la résolution des problèmes posés dans l'industrie.
Les structures de participation existent dans l'entreprise, mais les ouvriers expliquent qu'ils se heurtent souvent aux réticences, à la mauvaise volonté, voire à la franche hostilité des administrateurs nommés par l'Etat. Ces derniers, prétextant du retard culturel de la classe ouvrière nicaraguayenne, voient en
1. On estime à moins de 100 000 personnes la classe ouvrière industrielle nicaraguayenne, en y incluant les travailleurs des complexes sucriers. Le Nicaragua compte environ 3 millions d'habitants.
2. L'ATC est née en 1975 des luttes des ouvriers agricoles pour la terre et l'amélioration des conditions de travail. Si on la compare avec la CST, elle a incontestablement beaucoup plus avancé dans la réflexion sur le rôle du syndicat dans la société de transition.
3. Jaime Wheelock, ministre du Développement agricole et de la Réforme agraire (MIDINRA), Barricada, 2 juin 1986.
effet souvent d'un mauvais œil l'ingérence des ouvriers dans les affaires de la direction des entreprises. Mais que vaut l'argument du retard culturel, lorsque l'on s'aperçoit que ce sont les ouvriers agricoles et les militants de l'ATC qui ont le plus progressé sur cette question ? L'enjeu, qui est de taille, est d'abord politique avant d'être fonctionnel et économique. Il s'agit d'organiser les nouveaux rapports de production, de concret le pouvoir des travailleurs au d'éliminer la « mentalité capitaliste de la gestion de l'entreprise », pour reprendre les paroles du président de la République, Daniel Ortega, au profit d'une participation ouvrière pleine et entière. Ce n'est pas un luxe, mais c'est un besoin pour une révolution : « Si dans le socialisme, la participation des travailleurs à la direction des entreprises constitue une nécessité, parce qu'elle contribue à élever la qualité de la production et de la direction, et favorise l'élimination de la bureaucratie, c'est peut-être un risque pour les Etats qui sont en transition, mais c'est tout aussi nécessaire. » (4) Malgré les réelles difficultés, il n'y a pas de désaffection des travailleurs vis-à-vis du FSLN au profit d'autres organisations, malgré la démagogie gauchiste dont ces dernières font généralement preuve afin d'essayer de capter le mécontentement ouvrier.
Comme chaque organisation syndicale est liée à un parti, les activités du parti permettent de juger les discours du syndicat correspondant. Les cas les plus éclairants sont ceux de la CGT-I et de la CAUS. Leur discours syndical ultra-gau-
Carlos SALGADO (CGT-I) : - Selon les chiffres de l'Institut national d'enquêtes et de statistiques (INEC), 54 % de la propriété au Nicaragua est privée, ce qui définit le caractère de l'Etat. Il n'existe pas dans notre pays un parti politique de la classe ouvrière, et il est un peu aventureux de dire que les ouvriers et les paysans ont aujourd'hui le pouvoir. Le FSLN n'a toujours pas pu dépasser l'étape d'un mouvement de libération nationale et ses dirigeants eux-mêmes disent qu'ils font aujourd'hui les premiers pas pour se transformer en parti.
Si l'on examine les partis politiques au niveau international, on observe que leurs organisationnelles sont structures identiques entre elles, par exemple, le fait que les dirigeants sont élus de bas en haut, que les organismes inférieurs se soumettent aux structures supérieures, et que la minorité se soumet à la majorité.
Or, dans le FSLN, il n'y a pas de structures. Nous ne connaissons qu'une
Direction nationale de neuf membres et une Assemblée sandiniste consultatif, où la majorité doit se contenter d'appliquer les décisions émanant de la Direction nationale.
réellement de manifestation, d'un parti politique ouvriers et les paysans.
Ronaldo MEMBRENO (CST) : - Tout d'abord, un bref rappel historique pour analyser le rôle des syndicats avant le triomphe de la révolution. A cause de la situation de répression économique, politique, sociale et culturelle, et à cause même du faible développement du capitalisme dans notre pays, il n'est pas possible de parler d'un mouvement syndical développé avant le 19 juillet 1979. Seulement 7% des travailleurs étaient organisés en syndicats, répartis dans sept centrales syndicales, de droite, révolutionnaires et progressistes.
sein de l'entreprise,
A partir de 1975, le FSLN représente un élément stimulant dans les formes que prennent les luttes de la classe ouvrière, et cette dernière passe alors de luttes revendicatives de type essentiellement économiste à la lutte politico-militaire ayant comme objectif fondamental la prise du pouvoir politique. Avec la révolution, c'est nous, les ouvriers et les paysans représentés par le FSLN, qui prenons le
Evidemment, de nouvelles conditions sont ainsi créées. De classe opprimée et exploitée, nous devenons la classe dirila première d'entre elles consiste principalement à défendre le pouvoir politique que nous avons conquis. production et de la productivité du travail, condition indispendable à l'élévation du niveau de vie des travailleurs, mais aussi celui de la lutte contre l'indiscipline au travail. Toutes ces questions ont été discutées lors de la première assemblée pour l'unité du mouvement syndical, où étaient réunis tous ceux qui participent aujour•d'hui à cette table ronde. C'est aussi là que nous avons dit « non » à la grève comme forme de lutte, car elle affecte la
Le rôle des syndicats dans la révolution n'est pas un problème théorique mais pratique. Les tâches sont devant nous. Ce qu'il faut, c'est d'une part les exécuter et, d'autre part, développer plus vigoureusement une gestion ouvrière effective qui permette d'exercer le contrôle sur la production et la distribution, de voir comsyndical. (...)
Affronter la crise impérialiste suppose l'élévation du niveau politique et idéoche est largement contredit par le comportement droitier du
PSN et du PCN. Il est peu crédible, pour ces syndicats et ces partis, de reprocher au FSLN ses concessions sur le plan de la propriété privée alors qu'ils signent, dans le même temps, des déclarations avec des partis bourgeois de l'Assemblée nationale (5), ou qu'ils refusent le ler mai unitaire proposé par la CST pour l'organiser avec des syndicats de droite dans des villes de province. Néanmoins, si cette démagogie a finalement peu de prise, c'est largement dû à l'attitude du FSLN, qui a demandé à ses militants de s'engager plus activement qu'auparavant dans l'entreprise pour en résoudre les problèmes. Lors d'un autre débat, Carlos Gallo affirmait déjà : « Les travailleurs doivent assumer le contrôle et la direction économique, pour que nous puissions affronter la crise. En tant que FSLN, nous pensons que les masses doivent relever ce défi. La gestion ouvrière est un principe de la révolution, un droit gagné par les travailleurs. » Et il ajoutait : « Apprendre à être les maîtres, c'est
La force du FSLN réside dans sa capacité à écouter la critique et à en tirer les conséquences pratiques. C'est là un des aspects d'une véritable démocratie ouvrière. Le pluralisme exemplaire du débat que nous reproduisons ci-dessous en est logique de nos adhérents et de tout le mouvement syndical. Ce n'est ni une question de technique ni une question de salaire, mais nous, les travailleurs, devons comprendre clairement qu'il faut faire plus d'efforts et de sacrifices afin de nous en sortir.
Fernando MALESPIN (FO) : - Quel est le rôle des syndicats dans la période actuelle et comment caractériser cette période ? L'agression impérialiste connaît aujourd'hui son expression la plus forte avec le vote des 100 millions de dollars à la contra. Et ce n'est pas un problème uniquement militaire, mais aussi économique et politique.
Quel est le rôle des différentes forces politiques à l'intérieur du pays face à cette agression ? Nous devons fondamentalement différencier l'existence de deux classes sociales, antagoniques, ennemies, et voir laquelle subit aujourd'hui l'agression.
A partir de là, quel rôle le mouvement syndical doit-il jouer face à cette guerre et à ces intérêts de classe divergents ?
Même si, quantitativement, la classe ouvrière est faible, c'est précisément sa place politique par rapport aux problèmes sociaux qu'elle doit affronter qui en font la classe d'avant-garde. Dans ce sens, le mouvement syndical doit répondre dans classe à une perspective de différents problèmes, et nous pensons que le rôle
4. Ministère du travail, « Lundi socio-économique », Barricada, 5 mai 1986.
5. A la suite des mesures prises par la
Direction nationale du FSLN après le vote de
100 millions de dollars à la contra (suspension de La Prensa, remise en vigueur de l'état d'urgence, expulsion de Vega), le PSN et le PCN ont signé un texte avec trois des partis bourgeois libéral indépendant
(PCD) et le Parti populaire social chrétien
(PPSC), qui demandait l'annulation de nisme » du FSLN, notamment au nom « d'un véritable pluralisme politique,
premier des syndicats doit être une lutte fondamentalement politique contre une agression politique de l'impérialisme que défend une classe bien déterminée dans ce
S'il est juste et correct de mettre l'accent sur les tâches de la défense militaire, ce n'est pas en soi la participation d'une grande partie de la population qui garantit le caractère et le contenu de classe de la défense. Nous ne pouvons pas nous contenter de fixer des objectifs pratiques au prolétariat de ce pays.
Si le socialisme est notre but et que notre action doit aller dans ce sens, nous commettrions une lourde erreur en adoptant cette démarche. La lutte politique est décisive et, en ce sens, la suspension indéfinie de La Prensa, je le rappelle, a toujours été une demande constante des travailleurs. Enfin, le gouvernement s'est fait l'écho de cette revendication du mouvement ouvrier, c'est important de le sou-
Il faut donner une caractérisation de classe de la propriété privée, de la production. On renonce à poser la question en termes théoriques, mais on ne peut y échapper. Pour qui produit-on ? Le problème de la production et de la productivité, il faut le voir en fonction de qui s'approprie le surproduit social. Nous ne pouvons pas tomber dans l'erreur qui consiste à exiger travail, productivité et production sans prendre en compte la destination du surproduit ainsi créé.
Roberto MORENO (CAUS) : - Le mouvement syndical, la classe ouvrière, ne se sont pas structurés dans conceptions idéologiques et politiques le 19 juillet 1979. L'existence du mouvement ouvrier, son programme, ses lignes
Uses principes, datent de bien avant. Même quand il émerge en 1915, il écrit, malgré sa faiblesse, des pages brillantes grâce à des luttes de caractère politique et non pas seulement économiques.
Bien avant le renversement de Somoza, beaucoup de travailleurs ont défilé à Managua, il y a eu des congrès paysans ainsi qu'un mouvement syndical dirigé par la CGTi et la CAUS en 1973-1974, de grandes luttes qui ont éveillé la conscience du prolétariat et qui ont servi à secouer et à miner économiquement le régi-
Il n'est guère étonnant qu'il existe, à des périodes différentes, des manifestations différentes, certaines prenant parfois le pas sur d'autres, parfois se combinant. Le 19 juillet 1979, un pouvoir a été pris. Il était aux mains du FSLN, avec l'appui de toutes les organisations révolutionnaires, appui qui, pour des raisons idéologiques que nous connaissons tous, s'est affaibli ou a disparu.
Nous devons partir de l'origine de la classe ouvrière pour nous demander aujourd'hui ce que nous allons faire ou ce que nous sommes en train de faire. Je ne pense pas qu'il s'agisse là d'un problème pratique. Le voir ainsi nous mènerait à de lourdes erreurs. L'un des objectifs de la classe ouvrière, c'est la prise du pouvoir. Alors, comment pourrions nous le prendre d'un jour à l'autre ? Pour construire le socialisme, nous devons développer les forces productives.
Aujourd'hui, les rapports de production sont capitalistes. Il existe une bourgeoisie, la propriété privée, la force du capital et le travail salarié. Alors, comment franchir le pas ? Il faut d'abord développer les forces productives pour rompre avec ces rapports de production et en construire d'autres qui correspondent au socialisme. Mais cela ne se fait pas en un
José ESPINOZA (CUS) : - Nous pensons quant à nous que l'intitulé du débat porte ses propres limites. Sans aucune subtilité de notre part, nous disons que ce titre paraît demander aux participants qu'ont menée les dirigeants de la révolu-
Si on nous demandait quel est le rôle des syndicats dans une révolution, ce rôle défini de façon concrète. La propre histoire mondiale du syndicalisme donnerait une réponse que l'on trouve ambiguité aux quatre coins On devrait se demander si la politique syndicale menée par l'avant-garde de la révolution a été fructueuse ou pas. A notre avis, la réponse est « non » et je crois que nous pouvons tous le constater. Je citerai en premier lieu l'échec de la Coordination syndicale, que l'on a essayé de dynamiser avec l'admirable mot d'ordre « Une seule classe, un seul syndicat », échec dû précisément l'avant-garde, mais aussi à l'indiscipline chronique au travail qu'il a été impossible de vaincre jusqu'à présent.
des droits des travailleurs, cette politique n'a pas été meilleure : manque de liberté syndicale, restriction droit de revendiquer, suppression du droit de grève comme instrument légitime de lutte des syndicalistes, etc.
Quelles sont les causes réelles de la situation actuelle, de quasi-misère, que connaissent les travailleurs ? La société se lasur l'agression impérialiste. Nous sommes conscients du coût énorme que représente le maintien d'un état de guerre, mais cela ne justifie pas que les dirigeants nous donnent pas d'informations sur les sommes recueillies au travers du fonds de chômage ni sur leur utilisation. De même, cela ne justifie pas que l'on cache les chiffres de la dette extérieure et les projets où sont investies les sommes énormes que l'Etat perçoit au travers de l'impôt, ni que l'on donne un traitement privilégié à certains secteurs de travailleurs avec les cartes du Centre (CAT) (6), mesures qui d'ailleurs n'ont pas été à même de répondre aux besoins travailleurs qu'elles devaient Indépendamment des positions idéologiques, de l'adhésion à la politique gouvernementale ou de l'appartenance à un parti, nous voyons ce qui se passe dans les estomacs de nos enfants et de nos compagnes et nous savons que la situation des estomacs de certains messieurs qui, aujourd'hui comme hier sont des privilégiés, n'est pas identique.
Nous avons donné notre appui inconditionnel au travail du groupe de Contadora (7) et nous avons souscrit - avec d'autres secteurs de la vie politique - des accords demandant la réconciliation de tous les secteurs de la vie nationale, nous éloignant ainsi du sectarisme, de cette direction unique, de l'hégémonie politicointellectuelle.
Pour que tous les syndicats jouent réellement un rôle décisif, de protagonistes dans la révolution, il faut précisément que la révolution libère ces syndicats. Nous sommes convaincus qu'on produit plus et mieux en liberté. L'inverse est démontré par la production chaque jour plus faible qui sort de nos usines et de nos campagnes. Dire la vérité, voilà le rôle des syndicats dans ces moments dramatiques.
Carlos GALLO (FSLN, comité régional III - Managua) : - Avec certaines centrales syndicales et certains partis politiques, nous considérons que nos divergences actuelles portent sur la transition au socialisme. C'est l'incompréhension de ce processus qui rend plus difficile une action unitaire entre les partis révolutionnaires qui existent dans ce pays. Certains partis sont déroutés par les formes que prend l'Etat révolutionnaire au Nicaragua, ils n'arrivent pas à comprendre la nature
Si cet Etat n'était pas un Etat révoludes travailleurs, nous ne devrions pas faire face à une guerre d'agression impérialiste. Quant à l'analyse que fait Salgado de la structure économique qui existe dans ce pays, des formes de la propriété, je voudrais lui faire remarquer que beaucoup de projets socialistes, qui ont aujourd'hui leur forme achevée, ont commencé avec une propriété privée proportionnellement supérieure au chiffre qu'il mentionne. Ce qui est décisif ici, c'est que c'est l'Etat qui détermine l'économie. C'est là l'essentiel. Nous n'avons pas besoin, comme révolution en transition vers le socialisme, d'avoir toute la propriété privée confisquée ou nationalisée pour aller de l'avant et affirmer qu'il y a ici une révolution des travailleurs. Quels sont les points que nous avons touchés ? Aujourd'hui, les secteurs vitaux de l'économie sont entre les mains des travailleurs. La bourgeoisie ne contrôle ni les devises, ni la banque, ni l'armée, ni les lois, indépendamment de certaines insuffisances juridiques que peut avoir l'Etat.
6. Certains des CAT sont réservés aux ouvriers productifs qui ont la priorité pour les produits les moins abondants. visait à favoriser les producteurs aux dépens non seulement du secteur informel, mais aussi des employés de l'administration. Colombie, Panama, Venezuela) s'est proposé de trouver une solution de paix négociée à la situaqui existe en Amérique processus piétine depuis de longs mois et nul ne semble plus attendre de résultats pratiques dans qui viennent, l'hypothèse probable étant celle d'une disparition progressive de ce groupe.
Nous ne croyons pas que la bourgeoisie puisse se reproduire dans ce pays, parce que les principaux leviers de commande sont aux mains de l'Etat révolutionnaire, des travailleurs. Sur l'analyse du surproduit social que fait Malespin, le problème fondamental n'est pas de modifier les formes de propriété ; ce que nous voulons changer, ce sont les schémas essentiels de l'accumulation du surproduit. Il faut analyser ce que pourrait nous rapporter la transformation du reste de la propriété privée. Annuellement, le surproduit créé par ce secteur est de l'ordre de 8 à 10 millions de cordobas, ce qui est dérisoire par rapport à nos besoins.
Nous devons partir de la nature de classe de l'Etat révolutionnaire, qui s'exprime dans les mesures suscitées par la révolution et dans le programme que nous mettons en pratique. Pour tout le monde, il est clair qu'il n'y a pas ici un Etat bourgeois. Il faudrait analyser dans quelles conditions la révolution, le mouvement ouvrier, les travailleurs avancent dans la réalisation du programme révolutionnaire, s'affrontant à une crise considérable du capitalisme, peut-être la plus profonde de son histoire. Maintenant, savoir si FSLN est oui ou non un parti, il nous suffit, quant à nous, d'avoir un programme révolutionnaire, des militants dans le mouvement de masse pour exercer et développer les fonctions d'un parti. Un bureau ou un comité central ne font pas un parti, ce ne sont que des instruments.
Carlos SALGADO (CGT-I) : - Au Nicaragua, la propriété privée capitaliste est prédominante dans la structure économique, elle est majoritaire dans le produit intérieur brut. Nous en déduisons qu'ici il y a exploitation et qu'une des tâches des organisations syndicales doit être la des intérêts socio-économiques des travailleurs. Je dis cela parce que chez beaucoup de camarades persiste l'idée selon laquelle se préoccuper des conditions socio-économiques des travailleurs est une attitude éminemment économiste. Historiquement, le mouvement syndical a eu cette fonction et elle demeure, parce qu'on ne peut pas expliquer la crise et appeler à la défense de la révolution sans défendre également les intérêts des travailleurs.
Nous sommes dans une situation où les travailleurs réclament une participation à la gestion administrative et pas simplement à la gestion de la production. Pourquoi ? Parce qu'on a fait croire que la meilleure façon pour les travailleurs de participer à la production et à la gestion de l'entreprise, c'était uniquement de travailler plus et mieux. Comment allons-nous obtenir une réponse positive des masses travailleuses quand on leur nie toute participation à la programmation et à la planification de la production? Voilà sept ans que les techniciens et les administrateurs sont incapables, et l'on dit que c'est par manque d'expérience, qu'ils n'ont toujours pas appris, qu'ils n'ont pas les capacités suffisantes … Peut-être que nous, les travailleurs, nous aurions déjà démontré que nous étions plus capables qu'eux.
On parle de surproduit, je veux parler d'impôts. On dit que la propriété capitaliste a été sérieusement touchée et qu'au travers de l'impôt, il y a une intervention de l'Etat pour que le capitalisme ne se reproduise pas. Si nous examinons le système des contributions, la situation est assez alarmante. L'impôt direct que payent les travailleurs constitue la plus grosse partie des impôts que perçoit l'Etat. Des chiffres officiels révèlent qu'en 1983, sur 13 835 millions de cordobas perçus par le gouvernement, 10 619 millions provenaient d'impôts directs, car la structure des contributions est la même qu'en 1977. Nous condamnons l'approbation (par l'administration Reagan, ndlr.) de 100 millions de dollars pour la contra, et ce doit être un signal d'alarme pour toutes les organisations politiques, syndicales et populaires, qui doivent former un front de lutte commun contre l'intervention. Nous ne pouvons pas continuer à agir comme nous le faisons. Nous devons orienter les masses, dire aux travailleurs qu'indépendamment de tous les problèmes et des avis divergents que nous avons sur la conduite de l'Etat, nous devons assumer la défense de la révolution.
Cette question ne se résoud pas avec les salaires, c'est un problème de production, et cela est intimement lié au degré de participation des travailleurs à la ges-
Roberto MORENO (CAUS) : - La CAUS reconnaît comme avant-garde le Parti communiste du Nicaragua et ne le discute pas, parce que je crois que cela n'a aucun sens. Oui, la révolution est agressée parce qu'elle est populaire. Mais les travailleurs ont aussi d'autres préoccupations, comme la spéculation. Par exemple, produire un yard (0,91 m) de toile à Fabritex revient à 400 cordobas, mais une fois distribuée dans les boutiques par Dinatex, cette toile coûte 3 000 cordobas (8).
8. L'entreprise de distribution Dinatex a été supprimée par le gouvernement, en juillet 1986. C'était depuis longtemps une des revendications des ouvriers du textile. Cette suppression fait partie des mesures visant à assurer la vente directe des produits des usines aux CAT, de manière à réduire au maximum les intermédiaires et à faire baisser ainsi les prix à la consommation.