Inprecor 1974–2004

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PAYS DOMINES

Le mouvement des non-alignés après le sommet de Harare

· Inprecor n° 227, 6 octobre 1986 · p. 3-5 · 3 315 mots

Afrique australe Nicaragua Économie mondiale

D Harare auzine semeine de sepenne, e et dóouve-

ANS la première semaine de septembre, ment des non alignés en présence d'une centaine de chefs d'Etat et de gouvernement ou de leurs représentants.

L'évolution de la situation en Afrique du Sud a été l'un des thèmes débattus lors de cette rencontre. Un document final a fait le consensus des participants autour d'une dénonciation de l'apartheid et de la politique du gouvernement de

Pieter Botha. Une déclaration spéciale sur l'Afrique australe a, par ailleurs, été adoptée. Elle se contente toutefois de montrer en exemple certaines sanctions d'ores et déjà appliquées à l'égard du régime sud-africain sans pour autant déboucher sur des décisions impératives engageant les participants

Claude DEVILLIERS

Comme à l'accoutumée, la presse a surtout recherché le sensationnel lors de cette conférence. La prestation spectaculaire du colonel Kadhafi occupe par exemple plus de commentaires que le fond des problèmes abordés.

Mais une fois encore, lors de ce sommet, la montagne a accouché d'une

Ce grand rassemblement de représentants des gouvernements et d'Etats du

Tiers monde est devenu un rituel où sont adoptées au consensus des déclarations formelles à la fois sans portée politique pour les masses populaires des pays concernés et sans grande implication pratique par rapport aux problèmes de l'heure que connaissent ces pays.

Il n'en est pas moins vrai que pour des mouvements de libération ou pour des Etats menacés par l'impérialisme, le forum des non alignés peut représenter un moyen d'intervention diplomatique dans leur dispositif général de propagande et de protection. C'est dans ce registre qu'il faut placer la bataille diplomatique engagée par la direction sandiniste pour que le Nicaragua soit choisi comme pays hôte du prochain sommet des non alignés. On pourrait d'ailleurs souligner à cet égard la différence entre la politique menée par les sandinistes face à l'agression nord-américaine et celles des Etats africains dits de la ligne de front - Angola, Botswana, Mozamvis-à-vis de l'Afrique du Sud. Alors que ces derniers misent essentiellement sur les mesures diplomatiques et attendent une pression impérialiste sur Pretoria, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), quant à lui, combine consciemment sa bataille diplomatique avec la mobilisation populaire. Par quelque biais que ce soit, la contradiction fondamentale de ce genre de réunion ressurgit, à savoir l'antagoaprès le sommet de Harare s'est déroulé lord-américains contre la Libye y comme des « actes lois internationales nisme entre des Etats dont les fondements sont différents, voire opposés. Ce sommet des non alignés confirme donc une fois encore qu'il est impossible de transcender ces contradictions, même en ne recherchant des accords que sur des résolutions qui constituent plus petit commun dénominateur de tous les participants.

Toutefois, il est important de souligner que pour des mouvements de lutte tel le Congrès national africain (ANC) qui combat le régime sud-africain ou tel

Hos, matent kanak.

le mouvement anticolonialiste kanak du Front de libération nationale kanak et Harare en tant qu'invité, de semblables assemblées s'avèrent, malgré leurs contradictions, des tribunes diplomatiques tout à fait utiles.

NI « MOUVEMENT » NI « NON ALIGNES » Avec ce huitième sommet des non alignés, nous cependant bien loin de l'état d'esprit qui règnait lors de la conférence de fondation de ce mouvement à Bandoung en 1955 où se retrouquelques jeunes Etats indépengrand nombre tions nationalistes. La crise des empires coloniaux et la montée des luttes anti-impérialistes créaient alors les conditions pour que des gouvernements bourgeois comme ceux de l'Inde, de l'Indonésie ou de l'Egypte s'engagent plus ou moins de concert dans une politique délibérée de pressions sur l'impérialisme. Créer l'espace économique et politique pour la construction de leurs Etats impliquait de la part des gouvernements concernés d'importantes capacités d'initiatives, y compris face à l'impérialisme.

Trente ans plus tard, la différence ne vient pas seulement de la situation créée par la crise économique mondiale mais aussi de l'évolution de ces régimes marà ce sommet. Ce document, « en attendant l'adoption de sanctions globales et obligatoires », présente un catalogue de treize mesures « qui ont été prises par certains pays et organisations » et recommande à la « communauté internationale dans son ensemble de les adopter » (1).

Le sommet des non alignés a aussi traité du problème de l'endettement des pays dominés. Il a par ailleurs adopté une ferme condamnation de la politique de Washington au Nicara-

2222 gua et en Amérique centrale, ce qui représente un incontestable succès diplomatique pour le régime sandiniste. Les raids qués par la dégénérescence voire la disparition du nationalisme bourgeois. Ce qui pouvait à l'époque apparaître comme un défi original, contribuant à aggraver les de l'impérialisme, n'est contradictions plus aujourd'hui qu'un pétard mouillé.

Le mouvement des non alignés cn tant qu'instrument de pression et de négociation avec l'impérialisme a perdu une bonne part de son efficacité et de ses moyens. Ces trente années écoulées ont développer les contradictions vu se sociales au sein même de ces Etats. La nécessité de faire face aux revendications ouvrières et paysannes a poussé ces régimes vers une attitude de plus grande modération vis-à-vis de l'impérialisme, quand ils n'ont pas été purement et simplement renversés pour laisser place à des équipes ouvertement réactionnaires.

La crise économique a évidemment imposé une plus grande modestie aux prétentions de ces Etats. L'évolution des mant en.

formes de domination impérialiste et l'endettement des pays dominés ont ôté toute crédibilité et toute efficacité aux appels véhéments de ces pays à réformer le marché mondial. La revendication de transfert de technologies vers le Sud se solde en fait par un accroissement sans précédent de la dépendance technologique de ces pays envers les grandes puissances industrielles.

L'appel à un nouvel ordre économique mondial n'a pas eu plus de succès depuis que le président algérien Boumedienne lança ce slogan à la tribune de

L'Organisation des nations unies (ONU)

au début des années 1970. Au contraire, le projet d'un accroissement substantiel du commerce Sud-Sud au sein du commerce mondial n'a pas abouti. Le dernier sommet des non alignés a décidé la création d'une énième commission pour le développement de la coopération Sud-

1. Le Monde, 9 septembre 1986.

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sous pression de participants intéressés à développer leurs exportations vers d'autres pays du Tiers monde. Le marché des matières premières qui fut au cours des années 1970 un champ de bataille intense producteurs et pays consommateurs est aujourd'hui marqué par une chute catastrophique des cours. Le prix du pétrole s'est effondré depuis 1981, bouleversant les économies de pays comme le Mexique, le Nigéria ou réduisant les prétentions économiques et politiques d'un comme la Libye. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) connaît de ce fait une crise politique très profonde avec pour toile de fond l'imbroglio de la situation politique au Moyen-Orient. L'OPEP n'a pas été capable d'endiguer cette chute des cours du pétrole ni même de présenter un front commun de ses membres face aux compagnies pétrolières.

Dans tous les domaines, l'impérialisme n'a guère laissé de marge de manœuvre aux économies des pays dudit Tiers monde. Aucune conférence mondiale, aucune réunion Nord-Sud n'ont été à même de réduire les appétits des multinationales, des grands groupes financiers et des sociétés de négoce. C'est la raison pour laquelle nous assistons à cette situation paradoxale : alors que la plupart des gouvernements des pays dominés ne manquent ni d'arguments ni de raisons pour s'opposer à l'agression économique de l'impérialisme, ils n'ont plus guère les moyens de passer véritablement à l'acte. Ils ne disposent même pas des moyens de maintenir une attitude un tant soit peu concertée et commune comme en témoigne d'ailleurs la crise de l'OPEP et l'échec de tous les regroupements de défense des producteurs de matières premières. En revanche, la plupart des gouvernements de ces pays durcissent leur attitude face aux revendications populaires.

Ainsi, alors que l'économie nationale s'effondre, le gouvernement bolivien s'est retourné contre le mouvement ouvrier s'engageant dans un affrontement avec la Centrale ouvrière bolivienne (COB). Au Pérou, les velléités nationalistes du gouvernement de Alan Garcia ont vite été remplacées par la recherche d'un compromis avec ses créanciers étrangers — notamment à propos de la dette — et par la répression de la population ouvrière et paysanne. En Argentine et au Brésil, sous des appellations différentes, sont en place des plans d'austérité suivant les directives du Fonds monétaire international (FMI).

Dans ce contexte, du point de vue des gouvernements bourgeois des pays dominés, l'idéologie de non alignement sous-entend que l'Etat et la nation toute entière font bloc face à la crise et aux appétits étrangers. Cette idéologie devient une véritable farce lorsque, dans le même temps, ces gouvernements adoptent des dispositions économiques destinées faire payer la crise économique aux classes laborieuses. Cette idéologie mystificatrice cherche à accréditer l'idée fausse que l'économie mondiale se résumerait à une confrontation entre nations, afin

MAIS JAi NON VOYOWS!!

FAIM !!!)

dissimuler l'opposition irréductible, au sein même de ces pays dominés, entre les intérêts des classes laborieuses et ceux défendus par les classes dirigeantes.

Il n'y a donc pas de réel « mouvement des non alignés ». Aucune proposition d'action ne s'y dégage et c'est le goût immodéré pour la rhétorique qui plupart des délégations lors de leurs rencontres. Le dirigeant du Burkina Faso exprima d'ailleurs clairement cette

Men affirmant : « Si les racistes se défoulaient sur les Noirs sud-africains envoyaient leurs écraser le peuple zimbabwéen Nous ne saurions répliquer autrement que par des messages de soutien » (2).

En réalité, le fonctionnement du mouvement des non alignés permet toutes les promiscuités sans les rendre ouvertement compromettantes pour leurs protagouvernements tombent, les régimes changent et les Etats restent membres des non alignés. Aucun statut interne précis, aucune structure ni aucune obligation n'existent qui pourrait donner alignés l'apparence d'un « troisième bloc ». Le sommet des non alignés est un simple forum de discussions où vient défendre position qui correspond le plus souvent la défense d'intérêts particuliers. Le non alignement est donc un leurre. C'est d'ailleurs Kadhafi qui, par goût de la provocation, s'offrit le plaisir de le rappeler à la tribune du sommet de Harare en déclarant : « Le non alignement, n'existe pas (...) Nous devons être totalement alignés contre les Etats-Unis, Israël, les membres de l'OTAN » (3).

Pour le colonel Kadhafi, le non alignement n'existe pas à proprement parler parce que le monde se diviserait en deux camps. D'un côté, les pays se rangeant dans le camp de l'impérialisme et, de l'autre, les pays qui, derrière l'Union soviétique, s'y opposeraient.

CE SONT NOS

'TIERSMONDiSTES QUi LEUR METTENT ÇA DANS LA TETE!! PLANTU Cette réfutation du non alignement est erronée, car Kadhafi oppose un camp autour de l'Union soviétique à un camp dirigé par les Etats-Unis, alors même que les divisions sociales ne recoupent pas cette opposition campiste à l'échelle internationale. Le vrai camp qui s'oppose à l'exploitation et à toute forme d'oppression est celui des masses ouvrières et paysannes. Si l'on veut prendre à contrepied la mystification du non alignement telle qu'elle est prêchée par un Mobutu du Zaire ou un De la Madrid du Mexique, ce sont les revendications des classes laborieuses, leur désir de démocratie et leurs luttes pour le pouvoir qu'il faut soutenir et non pas les proclamations démagogiques de certains de ces régimes bourle non alignement peut fort bien être un argument tactique utilisé pour mener à bien une contre-offensive diplomatique ou une campagne d'explidirection des populations des pays impérialistes. Le gouvernement nicaraguayen a utilisé de manière légitime une telle démarche pour prendre le contrepied de la propagande américaine et explidroit du peuple nicaraguayen à disposer de son destin.

LA QUESTION DE L'AFRIQUE AUSTRALE Contrairement à ce qui était prévu, la question de l'apartheid et de la situation en Afrique du Sud ne fut pas le printraité lors de ce huitième sommet des non alignés. Le semi-échec en 1986 de la délégation du Commonwealth dit du « groupe des éminentes personnalités », qui s'est rendu en Afrique du Sud pour tenter en vain d'amener

2. Le Monde, 4 septembre 1986. 3. Le Monde, 6 septembre 1986.

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le gouvernement Botha à négocier avec population par l'invocation des thèmes représentants du masses noires, et la paralysie de la Conférence de coordination pour le développement en Afrique australe (SADCC), ont bien montré les limites concrètes politique qui viserait essentiellede l'impérialisme la solution de la crise sud-africaine. L'objectif d'une solidarité économique des pays bordant l'Afrique du Sud afin de réduire leur dépendance commerciale vis-à-vis de Pretoria était fondée sur l'attente d'une aide économique spécifique à cet effet de la part de la Communauté économique européenne (CEE). Non seulement aucune significative n'a été faite en ce sens mais de plus la crise économique a même aggravé la dépendance rapport aux infrastructures Le sommet des non alignés se tenant cette fois-ci en Afrique australe, il était évident que cela allait donner une place particulière aux Etats dits de la ligne de front. Le Mozambique, le Botswana, l'Angola, la Zambie, la Tanzanie et le Zimbabwe, pays hôte du sommet, ont ainsi disposé d'une tribune pour dénoncer les agressions militaires sud-africaines et chantages permanents auxquels ils sont soumis de la part du régime de Pretoria. Ce ne fut pas le moindre des paradoxes de ce sommet que d'entendre des discours aux accents radicaux émanant de gouvernements qui, dans les faits, se sont déjà pliés aux exigences de Pretoria. Ainsi le Zimbabwe et le Mozambique ont déjà réduit les facilités accordées à l'ANC pour opérer à partir de leurs territoires respectifs. Et le régime zambien de Kenneth Kaunda s'est fait une spécialité des intrigues diplomatiques sur cette ques-

Le radicalisme des propos est donc en contradiction avec les actes. Mais surmonde sait bien qu'avec la crise économique et sociale qui sévit dans ces pays et l'armée sud-africaine qui campe à leurs frontières, ces Etats n'ont de toute manière pas les moyens d'agir réellement contre le régime de l'apartheid (5).

Soucieux d'éviter une crise révolutionnaire en Afrique du Sud, inquiets de la radicalisation du mouvement noir, attentifs à la politique de l'ANC, ces gouvernements s'enquièrent plus de leur propre avenir que de celui des masses populaires sud-africaines. Voilà d'ailleurs bien longtemps que l'illusion de compter sur un soutien résolu venant de ces pays a été abandonné par les organisations politiques sud-africaines lutte contre l'apartheid. Au-delà même du débat sur la nature exacte de ces régimes, il est nécessaire de reconnaître qu'ils n'ont de toute manière aucun moyen de mener une politique de solidarité active envers les masses noires sud-africaines.

La tribune du mouvement des non alignés conserve toutefois une fonction particulière pour ces gouvernements. Elle leur permet d'y tenir contre Pretoria discours qui vise essentiellement à maintenir leur légitimité aux yeux de leur issus de leur passé nationaliste. Trois de ces régimes, l'Angola, le Mozambique et

Zimbabwe, se réclament du « socialisme scientifique » et sont le produit de luttes armées de libération nationale. Le thème du combat contre l'apartheid sud-africain a, par conséquent, une fonction

Mais le résultat de tout cela ne pouvait finalement qu'être l'enceinte des non alignés. C'est ce qui ressort nettement des deux seules décisions adoptées sur ce point et que sont l'envoi d'une délégation des ministres des affaires étrangères des pays non alignés dans « les principaux pays industrialisés notamment le Royaume-Uni, la Republique fédérale d'Allemagne, le Japon et

Etats-Unis » et la création « fonds pour la résistance contre l'invasion, le colonialisme et l'apartheid » destiné à « renforcer le potentiel économique et financier » des six pays de la ligne de

Deux tiers des pays d'Afrique noire entretiennent des relations commerciales avec l'Afrique du Sud. Et la plupart des gouvernements craignent comme la peste que la lutte révolutionnaire des masses sud-africaines ne donne des idées à la de leur pays. Comment ne pas voir en effet que les formes d'organisation que se donnent là-bas le mouvement des opprimés et des exploités pourraient aussi servir d'exemple et se propager dans la lutte contre toutes ces africaines et contre la domination néocoloniale sur le continent ? C'est sans doute la raison pour laquelle Abdou Diouf, président du Sénégal et également, à l'époque, président de l'Orgal'unité africaine (OUA), interdit en 1985 une manifestation antiapartheid organisée à Dakar par une de l'opposition L'ENDETTEMENT L'une des questions discutée à Harare a été celle de la dette. Il y a été regretté que le « dialogue Nord-Sud (soit) au point mort » et affirmé que l'endettepays dominés était « insupportable ». Mais le sommet s'est finalement rallié sur le problème de la dette à celle-ci, chaque pays décidera séparément du pourcentage de service de la dette qu'il décidera de rembourser en fonction du revenu de ses exportations. condensé de toutes les impuissances des bourgeoisies du Tiers monde et notamment des bourgeoisies latino-américaines qui sont parmi les plus endettées, à opposer un front uni à la pression impérialiste pour le remboursement de la du verbiage nationaliste qu'ils affectionnent tant, les gouvernements de ces pays ont réaffirmé à Harare leur refus de tenir tête sur cette question à l'impérialisme. La proposition d'organiser un refus collectif du paiement de la dette, faite par le dirigeant cubain Fidel

Castro, a été repoussée. Ce dernier devait d'ailleurs rappeler fort à propos dans l'enceinte du sommet l'ampleur de cet endettement en précisant que la dette des pays dominés est passée de 373 milliards de dollars en 1977 à 950 milliards de dollars en 1985. « Un jour, nous avons décidé d'estimer combien de temps il faudrait à un homme compter la latino-américaine au rythme d'un dollar par seconde. Le résultat était de 12 000 années » déclara Castro en concluant « tout ceci pour dire que la dette

L'orientation finalement adoptée par le sommet des non alignés, si elle reconnait le caractère insupportable de l'endetpays concernés, remet néanmoins à la bonne volonté des pays impérialistes et de leurs institutions de l'endettement, aussi le chacun pour soi de la part des gouvernements bourgeois membres des alignés. finalement nullement contradictoire avec les espoirs des créanciers impérialistes de voir rembourser au moins une partie des intérêts de cette dette à défaut d'en récupérer la totalité.

Sur tous les points abordés à Harare, «l'indépendance immédiate de la Namibie », « à l'arrêt immédiat des hostilites » entre l'Iran et l'Irak, condamnation des raids nord-américains sur la Libye, l'appel contre l'accélération de la course aux armements et pour que les Etats-Unis et l'Union soviétique parviennent « à un accord sur un moratoire permanent en matière d'essais nucléaires », ce huitième sommet des non alignés s'est caractérisé par les faibles capacités de ses participants à s'engager réellement sur un quelconque terrain dans des actions concrètes de mobilisation et d'opposition à l'impérialisme.

Claude DEVILLIERS, 23 septembre 1986. 4. Les chiffres illustrant la dépendance du Zimbabwe par rapport à la République d'Afrique du Sud sont éloquents : 85% du commerce extérieur transitent par les ports sud-africains. La moitié des exportations de produits manufacturés ont pour destination l'Afrique du Sud. Le quart des touristes étrangers sont d'origine sud-africaine. 60 % du secteur industriel et 90 % du secteur minier sont sous contrôle de l'Afrique du Sud.

5. D'ailleurs, l'ombre du régime sud-africain planait sur ce huitième sommet des non alignés. Si l'on en croit Le Monde du 28 août 1986, certains produits de consommation offerts aux délégués étaient d'origine sud-africaine. De son côté l'hebdomadaire sud-africain Weekly Mail, qui a une orientation anti-apartheid, écrit dans son numéro du 5 septembre 1986 : « Juste derrière le bar destiné à la presse, où les journalistes rencontrent des délégués pour les interviewer et échangent des idées jusque tard dans la nuit, un stand de vêtements Truworth - des ensembles safaris pour femmes — a été monté. La bière préférée ici est la bière Castle qui, bien qu'étant brassée par la Zimbabwe Natbrew, est familière à tous ceux qui viennent d'Afrique du Sud. Et les techniciens des ordinateurs, essentiels pour la couverture de cette conférence au Zimbabwe, sont Sud-africains et fiers de l'être. »

6. Le Monde, 9 septembre 1986.

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