Les perspectives pour l'économie internationale en 1986-87
ECONOMIE
A courte reprise économique qui a eu lieu en 1983-1985
L industriele mule bat enorme deste de du Bradet pu industrielle, stimulée par l'énorme déficit du budget public américain (1).
La politique des taux d'intérêt élevés pratiquée par l'administration Reagan, afin d'attirer les capitaux vers les Etats-Unis, a eu pour conséquence une surévaluation du dollar par rapport aux autres monnaies et a favorisé les exportations en direction du marché américain, sous forme d'un véritable « boom » des importations en provenance des autres pays impérialistes et des pays dépendants semi-industrialisés.
Mais cette fragile reprise n'a pas résolu le problème de fond et la faiblesse structurelle de l'économie capitaliste. Il n'y a eu ni restructuration, ni expansion fondamentale du marché mondial, ni réorganisation fondamentale
Ernest MANDEL
Les premiers mois de l'année 1986 ont été marqués par une incontestable mini-récession. Au cours du premier trimestre 1986, la production industrielle a diminué dans tous les grands pays impérialistes. Pour certains d'entre eux, ce recul s'est prolongé en avril et mai, voire pendant tout le deuxième trimestre, meme s'il s'est agi d'un recul limité, comme cela ressort nettement du tableau ci-dessous (3).
A l'exception du Mexique, qui connaît à nouveau, après la brève reprise de
1985, un recul prononcé de sa production industrielle, les principaux pays semi-industrialisés ont jusqu'ici échappé à la mini-récession. Le Brésil vit même un véritable « boom », avec un taux de croissance de plus de 8% en 1986. Mais il s'agit d'un écart temporaire par rapport à la tendance générale, exception qui s'était
1er trimestre 1986
(par rapport au dernier trimestre 1985)
USA
JAPON
2,8 %
RFA
FRANCE
5,8 %
GRANDE-BRETAGNE
1,9 %
ITALIE
CANADA
0,1 %
- 15,7 %
ESPAGNE (4)
Février-mai 1986 par rapport aux trois mois précédents.
(*)
La Neue Zürcher Zeitung du 15 août 1986 estime la baisse à 0,6 % seulement.
Et la hausse seulement de 1,8 % par rapport à la même période de 1985.
(***)
(****) D'après l'Institut italien des statistiques (ISTAT) (La Repubblica, 11 juillet 1986).
dants demeure. qui s'est amorcée. du processus de déjà produite lors de la récession internationale de 1980-1982. Comme ces pays dépendent tous des exportations pour leur croissance, leurs perspectives économiques sont largement déterminées par ce qui se passe dans les pays impérialistes. En Corée du Sud. par exemple, exportations ont déjà diminué de 22 % pendant le premier trimestre 1986, ce qui ne manquera pas de se répercuter sur la C'est surtout l'évolution économique aux Etats-Unis qui est inquiétante pour le monde capitaliste. Fin août 1986, pratitous les indicateurs économiques étaient au rouge. Pendant les deux - mai et juin - , la baisse des revenus des ménages a atteint 6 milliards de dollars Si les commandes de biens durables étaient encore en hausse, c'était grâce aux seules commandes du secteur de l'armement. Dans l'ensemble, la capaPRODUCTION INDUSTRIELLE
2e trimestre 1986 (par rapport au premier trimestre 1986) 2,9 % (*) 2,9 %
1,0 % 3,7 % (**) +- 4,6 % (***)
+ 5,1 + 5,2 % 1,9 % (****) 1,1 %
5,2 % travail et de production de la plus-value, ni modification en profondeur des rapports de forces sociaux permettant une élévation radicale du taux de profit. Cette courte reprise n'a pas empêché la baisse continue des investissements productifs du chômage, deux des caractéristiques de la longue dépression que connait le capitalisme. De même, loin d'être résolu, le probleme de l'endettement des pays dépen-
L'économie mondiale vogue sur un océan de dettes, à commencer par celle des Etats-Unis (2).
Enfin, cette reprise de 1983-1985 a confirmé la modification des rapports de forces inter-impérialistes aux dépens des
Tous ces traits généraux, qui dessinent le visage de la crise économique, se trouvent accentués par la récession cité de production industrielle n'est plus utilisée qu'à 78%. Au cours des mêmes mai et juin 1986, les ventes mois de d'automobiles ont reculé, passant d'un niveau annuel de 8,2 millions d'unités à celui de 7,4 millions. La construction de nouveaux logements a baissé de 1,8 % en juillet 1986 par rapport à juin. C'était le troisième mois consécutif de recul, et la chute cumulative a atteint 9 %. Quant à de logements terminés, elle est la vente également en baisse depuis mars 1986.
La presse bourgeoise spécialisée s'accorde à reconnaître cette tendance : selon
Business Week du ler septembre 1986,
« le secteur industriel se trouve virtuellement en récession », tandis que le Japan
Economic Journal du 6 septembre souligne que « le gouvernement reconnaît le glissement dans la période de récession », alors que le Times du 16 juillet précise la
Grande-Bretagne, que, pour production industrielle reste déprimée.
(...) La production manufacturière a plafonné au cours des cinq premiers mois de
1. Sur l'analyse de la reprise économique en 1983-1985, voir l'article d'Ernest Mandel,
« Une reprise couplée à une crise financière aggravée », Inprecor numéro 193 du ler avril
1985.
2. Sur la question de la dette, se reporter à l'article d'Ernest Mandel, « La dynamique infernale de la spirale de l'endettement », Inprecor numéro 217 du 14 avril 1986.
3. Sources de ces chiffres : The Economist du 10 mai, du 14 juin, du 28 juin et du 13 septembre 1986 ; Neue Zürcher Zeitung du 7 août
1986 ; Business Week tout le mois d'août 1986, ainsi que le ler septembre.
4. Le chiffre de The Economist pour l'Espagne est très controversé. Le gouvernement de
Felipe Gonzalez projette même une croissance de 3% pour l'ensemble de l'année 1986. Il faut cependant noter que le pays compte le taux de chômage de la population active le plus élevé de toute l'Europe, 21 %, soit plus de 3 millions de personnes.
ORRE à un niveau inférieur à celui du premier semestre de l'an passé ».
Malgré l'optimisme de commande dont faisait preuve le rapport annuel de l'Organisation de coopération développement économique (OCDE) en mai 1986, plusieurs observateurs s'attendent à une réelle récession de l'économie capitaliste internationale dès 1986 ou en 1987, sur la base de l'ensemble de ces données. Stephen Morris, qui fut l'un des principaux économistes de l'OCDE et qui dirige maintenant l'Institut économique international (IIE), prédit même une très grave récession, sans toutefois donMINI-RECESSION, CHUTE DU DOLLAR
ET MONTÉE DU YEN Le cours élevé du dollar avait largement ouvert le marché des Etats-Unis aux exportations du reste du monde capitaliste en 1983-1985. Ce fut le principal moteur de la reprise économique de ces années-là. L'ampleur du déficit de la balanpayements américaine qui en est résultée a obligé l'administration Reagan à changer son fusil d'épaule. Elle a misé sur un ajustement des taux de change dans le sens d'une baisse du dollar.
La doctrine libérale « orthodoxe » des taux de change flottants, qui prétend que l'équilibre résulte automatiquement a été abandonnée, comme l'a été auparavant la doctrine monétariste « pure ».
Le cours du dollar atteignit son sommet dans la semaine du 4 au 8 mars 1985. Un an plus tard, il avait baissé de 25 % par rapport à un « panier » de diverses devises nationales. Pendant la même période, le yen et le mark allemand (DM) sont montés, eux, de 55 % par rapport au dollar (5). L'effet de cette baisse du dollar sur la balance des payements des EtatsUnis se fait toujours attendre. Pour le mois de mai 1986, son déficit s'élevait à 14,2 milliards de dollars, soit un niveau de 150 milliards de Il était donc supérieur à celui de 1985. En juillet, il atteignait même un niveau annuel de 170 milliards de dollars, alors que les excédents de la balance des payements du Japon et de la RFA continuent à s'élever, en partie il est vrai, sous l'effet de la baisse du prix du pétrole.
Cette situation, qui est un échec pour le sommet de Tokyo de septembre 1985 - sommet qui avait pourtant laissé prévoir une coordination plus étroite de la politique monétaire, commerciale et industrielle des grandes puissances impépourrait être I'« égoïsme sacré » qui, comme toujours, prévaut en période de dépression économique prolongée. Cette explication n'est pas fausse, mais elle est incomplète.
Elle tend à exagérer l'importance du politique économique bourgeoise (et de l'Etat bourgeois) dans la conjoncture actuelle et à sous-estimer le poids décisif de l'implacable interne de l'économie capitaliste. amène à sous-évaluer l'interdépendance différentes composantes de économie. Loin de constituer un triomphe durable, les performances actuelles de l'industrie exportatrice japonaise et alle-
One peuvent être que de courte durée. La logique fondamentale joue dans le sens de leur baisse et d'une extension de la récession américaine vers ces deux
Cette dynamique est évidente dans le cas du Japon. La hausse du cours du yen frappe de plein fouet la capacité concurrentielle des marchandises japonaises. Les grands trusts spécialisés dans les exportations voient leurs bénéfices s'effriter (6).
Le marché mondial stagne ... (DR) La baisse des exportations japonaises entre janvier et juin 1986 est la suivante :
Seules les exportations de voitures, de vidéo-cassettes, de montres, de camé ras et de pièces pour l'industrie électronique ont connu une hausse appréciable. Mais, entretemps, la tendance s'est déjà retournée en ce qui concerne les caméras et les montres (la firme Seiko a dû licencier 6 000 travailleurs et a réduit sa production de 10 %). La situation n'est guère meilleure pour les vidéo-cassettes, dont l'industrie avait exporté 80 % de sa production en 1985. Cette branche prévoit un fort recul de ses exportations pour 1986. Si elle espère compenser ce recul par une hausse des ventes de 11 % sur le marché intérieur, la concurrence accrue fera fortement baisser les prix. Le chiffre d'affaire global de la branche diminuera probablement de 6 % (7). Quant à l'industrie des composants électroniques, notamment les semi-conducteurs, elle est dé-
6. Selon le Japan Economic Journal du 26 juillet 1986, les firmes exportatrices japonaises craignent de perdre 30 % de leurs profits par suite de la revalorisation du yen. Pour l'ensemble des firmes japonaises, on s'attend en 1986 à la marge bénéficiaire la plus basse depuis 1973-1974. Les chiffres du tableau qui suit sont extraits du Japan Economic Journal du 16 août 1986.
7. Japan Economic Journal, 12 juillet 1986
jà en pleine récession. Pour l'industrie automobile, d'après le Financial Times du 9 septembre 1986, japonais s'attendent à une chute de la valeur de leurs exportations aux EtatsUnis supérieure au total du profit de ces trusts en 1985. L'industrie japonaise doit en outre faire face à la concurrence aiguë de la part des pays semi-industrialisés, où les salaires sont plus bas, et avant tout de la Corée du Sud, de Taïwan et de Hong Kong, qui voient leurs produits refluer des USA. Cette concurrence ne menace pas seulement le marché intérieur du Japon, mais aussi quelques-uns de ses principaux marchés d'exportation. Par exemple, « les chantiers navals japonais s'enfoncent rapidement sous les flots de la concurrence sud-coréenne et du cours élevé du yen » (8).
Pour comprendre cette logique, il faut partir d'un fait fondamental : la stagnation du marché mondial prise dans son ensemble. Selon le rapport du secrétariat du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) de mars 1986, le commerce mondial n'a progressé que de 3% en 1985, c'est-à-dire moins que la progression de la production industrielle. En dollars constants, il s'est situé en-deça du niveau de la récession de 1981 (1910 milliards de dollars contre 1 960 milliards), avec même, par rapport à 1984, une baisse absolue du volume des exportations des produits agricoles et des minerais, dont le pétrole, évidemment. La baisse des exportations américaines, en mai 1986, est d'ailleurs surtout due à celle des produits agricoles. Pour la première fois, la balance commerciale des Etats-Unis est également devenue déficitaire pour ces produits. De là, la velléité américaine de guerre commerciale agricole avec la Communauté économique européenne (CEE) et les efforts de Reagan pour s'assurer le marché soviétique des céréales.
Dans des conditions de concurrence capitaliste internationale aggravée,
Runs correspondent presque automatiquement aux pertes des autres, vu la stagnation du marché dans son ensemble. Et les effets induits des pertes - c'est-à-dire les phénomènes de récession - accentuent la stagnation, voire le recul des échanges et tendent de ce fait à généraliser la récession.
En 1985, la RFA était devenue la première puissance exportatrice duits industriels, suivie de très près par le Japon, les Etats-Unis retombant en troisième position. Il s'agit là d'une tendance
Cette tendance ne s'expliphénomènes monétaires, par des taux de change artificiels, ou par des méfaits ou des erreurs de gouvernements ou de spéculateurs privés. Elle est le produit du déclin de la croissance de la productivité du travail industriel aux USA.
La nature même du mode de production capitaliste — au sein duquel le capital-argent est le point de départ et le point d'arrivée ultime de toute rotation du capital - implique une contradiction insurmontable dès que les intérêts des industriels/exportateurs et ceux des banquiers/rentiers divergent. Après les EtatsUnis et la Grande-Bretagne, le Japon subit à son tour les effets de cette contradic-
Le déficit de la balance des payements américaine - et indirectement le déficit budgétaire des Etats-Unis - a été en bonne partie financé par la conversion en dollars du surplus de la balance des payements japonaise en 1984-1985, c'est-à-dire par l'exportation de capitaux japonais vers les Etats-Unis. L'impérialisme japonais est ainsi devenu la première puissance exportatrice de capitaux du monde. En 1985, ce pays détenait un solde net de 130 milliards de dollars l'étranger par rapport aux sommes dues à des étrangers. Le solde net de la GrandeBretagne était de 90 milliards de dollars, et celui de la RFA de 50 milliards de dollars, tandis que les Etats-Unis avaient un solde négatif de plus de 100 milliards de dollars (9). Mais comme ces avoirs existent justement en bonne partie sous forme d'emprunts publics et d'obligations libellés en dollars, la chute du taux change du dollar signifie une perte de près de 50 % de la valeur réelle de ces avoirs ... pour autant que les propriétaires japonais vendent massivement, ce qu'ils cherchent évidemment à éviter. Le débiteur « tient » donc le créditeur par la peur de pertes catastrophiques. C'est vrai pour le « tiersmonde » par rapport aux pays impérialistes. C'est tout autant vrai pour les EtatsUnis par rapport au Japon.
Mais il serait erroné d'en déduire que les débiteurs gagnent ainsi un « pouvoir » durable par rapport à leurs créanciers. La riposte de la bourgeoisie japonaise, confrontée à la dépréciation des emprunts américains qu'elle détient, a été classique : transformer ces avoirs liquides en « valeurs réelles » ; acheter des firmes, des actions ou des terrains, aux USA et ailleurs. Car, quand le yen connaît une hausse de 50% par rapport au dollar et à la livre sterling, cela signifie que les actions et les firmes américaines deviennent bien meilleur marché à acheter par les Japonais, du moins aussi long temps qu'une nouvelle flambée inflationniste ne se produit aux USA.
Entre mars 1985 et mars 1986, les investissements japonais directs aux EtatsUnis ont augmenté de 55 % (10), où ils achètent surtout des firmes petites et moyennes, spécialisées dans les technologies de pointe (11). Mais les banques japonaiacquis d'importants établissements bancaires à l'étranger, tels que la Banca del Gottardo en Suisse, le groupe Heller et la J. Henry Schroder à Londres, la Bank of California aux Etats-
En août 1986, le bruit a couru que la Dai-Ichi Bank - devenue la première banque du monde par la valeur de ses avoirs exprimée en dollars - était sur le point d'absorber la Bank of America (deuxième banque des Etats-Unis) en proie à de graves difficultés financières : elle venait de subir des pertes d'une valeur de 640 millions de dollars au cours du deuxieme trimestre 1986. En outre, vu la hausse des coûts salariaux japonais exprimée en dollars, les grands trusts de ce pays déplacent de plus en plus leur sous-traitance, voire leurs unités de production, vers la Corée du Sud, Singapour, certains pays européens comme l'Espagne ou la Grande-Bretagne, et même vers Etats-Unis. Les premières victimes de l'essor du capital financier japonais risquent donc d'être les travailleurs du Japon, vantage frappés qu'avant par le chômage. Le fameux principe de « l'emploi à vie » dans les grandes entreprises japonaises est de plus en plus remis en question.
LES EFFETS INTERNATIONAUX
DE LA CRISE DU DOLLAR La chute verticale du cours du change du dollar — monnaie-papier de base du système monétaire international - porte de toute évidence un nouveau coup à ce système et, par ricochet, à l'ensemble de l'économie capitaliste internationale. Elle représente avant tout une prodigieuse dévalorisation de capitaux pour tous ceux qui détiennent des dollars ou des créances libellées en dollars, même des obligations de firmes privées et des emprunts d'Etat. Cette masse de créanciers ne se trouve pas seulement en-dehors des Etats-Unis ; elle se trouve avant tout dans ce pays lui-mê-
Il est vrai que cette dévalorisation (ainsi que la baisse momentanée des taux d'intérêt aux Etats-Unis) soulage quelque peu les pays du « tiers-monde » les plus
Mais cet effet bénéfique est largement neutralisé par des mouvements en sens inverse provoqués par la récession américaine : l'inflation plus accentuée de leur devise nationale par rapport au dollar, une nouvelle détérioration des termes de l'échange. L'effondrement du cartel des prix de l'étain, et le nouveau désastre qu'il a provoqué en Bolivie, en illustration frappante. Selon le rapport annuel de 1986 de la Banque mondiale, les pays du « tiers-monde » ont connu une perte de 1,1 % de leurs exportations à cause de la détérioration des termes de l'échange en 1985, c'est-à-dire près de 6 milliards de dollars. Ils ont en même temps déboursé, pour le seul service de la dette, 22 milliards de dollars en
8. Japan Economic Journal, 26 juillet 9. Idem, 7 juin 1986.
10. Far Eastern Economic Review, 4 sep-
11. Wall Street Journal, 11 août 1986. que la perte de pouvoir d'achat des propriétaires d'avoirs en dollars et en livres sterling à l'égard de marchandises japonaises, mandes, néerlandaises, suisses, voire françaises, italiennes, belges, etc., est compensée par les gains de pouvoir d'achat des propriétaires de yens, de DM, de florins, etc. par rapport aux américaines et britanniques. même remarque s'appliquerait à la revalorisation des avoirs en yens et en DM, qui compenserait la dévalorisation des avoirs en dollars et
Cet argument n'est pas valable, parce que le marché intérieur américain est plus vaste que le marché intérieur du Japon et de la RFA pris ensemble, et que la masse des avoirs en dollars et en livres sterling est encore beaucoup plus vaste que la masse des avoirs en
plus de tous les apports de capitaux (prêts publics et privés, y compris sous forme d'investissements) qu'ils ont reçu cette année-là.
Pour l'économie capitaliste prise dans son ensemble, cette dévalorisation du capital-argent libellé en dollars agit comme une ponction déflationniste, qui aggrave la tendance vers la chute des prix découlant foncièrement de l'existence d'énormes capacités de production excédentaires (13). L'aggravation de la concurrence internationale, du fait de la chute du dollar oblige les firmes exportatrices à réduire leurs marges bénéficiaires, accentuant du même fait la tendance vers la baisse des prix. La baisse du prix du pétrole joue dans le même sens dans les pays impérialistes. Mais alors que la récession a déjà commencé, toute déflation ne peut qu'accentuer la tendance vers la baisse de la production, de l'emploi et des revenus.
En outre, comme c'est le cas pour les pays du « tiers-monde », l'endettement croissant des Etats-Unis entraîne ce pays dans un véritable mouvement d'avalanche qu'on ne peut plus arrêter. Pour les années 1986-1990, on s'attend à un déficit cumulé de la balance des payements des USA de 1000 milliards de dollars. Ce pays ne dispose plus d'or et de devises pour régler cette dette colossale. Il ne peut qu'emprunter à l'étranger pour se procurer de quoi nettoyer l'ardoise. Mais la bourgeoisie étrangère, voyant la dévalorisation du dollar, n'est disposée à prêter de l'argent aux Etats-Unis que si l'intérêt de ces prêts comporte une prime d'assurance, croissante, contre des pertes de change. Plus cette prime d'assurance s'élève, plus s'accroît la pression pour que le taux d'intérêt nominal se remette de nouveau à monter aux USA. A son tour, la hausse de ce taux d'intérêt accentue la récession américaine, laquelle tend à se généraliser dans tous les pays capitalistes, étranglant ainsi le commerce mondial. Cela aggravera de nouveau le déficit de la balance des payements des USA et l'obligation, pour ce pays, d'emprunter davantage à l'étranger.
Finalement, ces effets pervers de la crise du dollar pour l'économie américaine et capitaliste internationale accentuent la tendance à déplacer des capitaux, du secteur productif vers des secteurs improductifs et purement spéculatifs. Ils aggravent donc la crise d'accumulation (la suraccumulation), car seuls les capitaux investis dans la production permettent de produire de la plus-value supplémentaire.
La dette publique aux USA a dépassé le niveau astronomique de 2 000 milliards de dollars. Le seul service annuel de cette dollars. Il aggrave le déficit budgétaire et se nourrit régulièrement du déficit de la balance des payements, qui gonfle constamment la dette. La dette nette des Etats-Unis par rapport à l'étranger, qui s'élevait à 3% du produit national brut (PNB) fin 1985, risque d'atteindre 14 % du PNB (800 milliards de dollars) en 1991 Mais ces 200 milliards de dollars d'intérêt encaissés chaque année par les créanciers du gouvernement des Etats-Unis ne sont
CHANGES /Coun
ATC INIS DER investis de manière productive que dans une proportion minime. Pour en avoir une idée, il suffit de les comparer aux 5,5 milliards de dollars investis couramment aux USA par la bourgeoisie japonaise.
On pourrait supposer que les effets « positifs » de la hausse du yen et du mark allemand neutraliseraient au moins en partie ces ponctions déflationnistes sur l'économie internationale. Il existe en effet une tendance vers l'internationalisation du yen qui rejoint celle, plus ancienne déjà, de l'internationalisation du mark allemand. La part des opérations internationales de crédit (y compris les émissions d'emprunts) libellées en yen est passée à 7,7 %, contre 6,7 % pour le mark allemand. En chiffres absolus, ces opérations sont passées de 2 300 milliards de yens en 1983 à 5 200 milliards en 1985. Au taux de change actuel, cela représente quelque 33 milliards de dollars. La part des réserves de change de toutes les banques cenpase, dans le même intervalle, de 4,9% trales capitalistes constituée en yens est
6,2 % (14). aujourd'hui 7%. Quelque 10% des importations japonaises sont déjà facturées
Mais lorsque l'on place ces chiffres dans leur contexte, on s'aperçoit qu'il s'agit de modifications modestes, voire insignifiantes, vu l'ampleur de la dette en dollars et des avoirs des capitalistes japonais. Le 31 mars 1986, la somme totale des avoirs des 10 banques japonaises les plus importantes atteignait 250 000 milliards de yens, soit, au cours de change du moment, 1 500 milliards de dollars. Cette masse était supérieure de 75 % à ce qu'elle avait été un an plus tôt (15). La part des actifs étrangers dans cette masse s'élevait déjà à 40 %, contre 30 % un an plus tôt et 25 % deux ans plus tôt. On dit qu'à Londres, les grandes banques japonaises détiennent déjà 25 % de tous les actifs bancaires (16). Vu de ces ordres de grandeur, l'importance relative du yen en tant que monnaie de couverture interna-
ACHAT
186H00
Après la hausse spectaculaire de l'an dernier, la baisse du dollar s'est amorcée. (DR) tionale, ou son utilisation courante dans le commerce mondial, paraissent dérisoires. Il n'y a pas encore de substitut du dollar en tant que monnaie de base du système monétaire international, parce que, finalement, il n'y a pas encore de puissance impérialiste (ou d'alliance impérialiste) qui ait remplacé les Etats-Unis en tant que puissance hégémonique. Et, de ce fait, la crise du dollar ne peut qu'accentuer la crise du système international de la monnaie, du crédit et du commerce
On le voit, la dynamique de l'endettement et celle de la production matérielle sont étroitement imbriquées, à l'époque du capitalisme tardif. Cela résulte en dernière analyse de l'aggravation des contra dictions intrinsèques au mode de production capitaliste, bien au-delà de la problé matique des pays dits du tiers-monde.
Dans une lettre envoyée au sénateur américain Proxmire, Paul Volcker, président de la Banque centrale américaine, souligne, que fin 1985, les fonds propres des entreprises américaines ne représentaient plus que 51,5 % de leurs actifs contre 62% en 1981. La dette des consommateurs américains a atteint le niveau record de 19,2 % des revenus disponibles. En Grande-Bretagne, un tiers des dépenses des consommateurs s'effectue à crédit, contre
13. Dans un article paru le ler août 1986 l'hebdomadaire Die Zeit (RFA) caractérise par exemple la situation sur le marché mondial des composants électroniques avec la formule lapisuivante : " Une évaluation (prévision) erronée de la demande a conduit à d'énormes capacités excédentaires ». On a assisté dans le même temps à une baisse vertigineuse du prix de ces composants sur le marché. Pour arrêter cette baisse catastrophique des prix et des profits, les grands trusts des semi-conducteurs ja-
Get américains viennent d'ailleurs constituer un véritable cartel d'exportation.
14. Neue Zürcher Zeitung, 20 août 1986.
15. La part des banques japonaises dans les avoirs cumulés des dix plus grandes banques du monde capitaliste est montée en l'espace d'un a
16. Neue Zürcher Zeitung, 22 juillet 1986.
25 % il y a dix ans, tandis que la moitié des ménages allemands est endettée et que 4 millions de ménages ont du retard dans le payement de leurs dettes; un montant de 20 milliards de marks est considéré comme irrécupérable (17). Plus de la moitié de ces ménages en défaut de payement est frappée par le chômage. Mais si le crédit à la consommation était brusquement réduit, les ventes et la production reculeraient, tandis que le chômage augmenterait davantage.
LES MARCHÉS INTÉRIEURS
JAPONAIS ET OUEST-ALLEMAND,
SUBSTITUTS CONJONCTURELS DU MARCHÉ AMÉRICAIN ?
Savoir si la « mini-récession » actuelle se prolongera par une récession « normale », du type de celles de 1974-1975 ou de 1980-1982, c'est finalement savoir si les marchés intérieurs du Japon et de la RFA peuvent remplacer le marché intérieur des USA comme locomotives de l'économie capitaliste internationale, d'autant qu'une expansion ultérieure des exportations de ces pays conduira à de nouveaux excédents de leurs balances des payements, ce qui aura manifestement un effet pervers sur la conjoncture internationale.
L'administration Reagan entreprend des efforts énergiques, voire désespérés, pour amener Tokyo et Bonn à une relanaccentuée. Le Japon et la RFA devraient mener une politique de baisse systématique des taux d'intérêt (d'argent « bon marché »), afin de gonfler la demande intérieure dans leur pays, qui aspirerait ainsi davantage de marchandises américaines. Voilà donc nos monétaristes d'hier reconvertis au keynésianisme, non seulement national mais même internatio-
Jusqu'ici, Tokyo et Bonn font la sourde oreille, démontrant une fois de plus que l'hégémonie américaine s'est depuis longtemps évanouie. On s'imagine mal un tel refus de leur part en 1955, ou même en 1965. Ce rejet est évidemment par des considérations d'intérêts concurrentiels propres à chacune de ces puissances impérialistes. Mais il peut aussi s'appuyer sur de solides arguments « techniques », c'est-à-dire sur des arguments de politique économique bourgeoise fondés du point de vue théorique.
Des taux d'intérêt plus bas au Japon et en RFA auraient-ils un effet réel sur le volume des investissements, de l'emploi, de la production et du revenu national ? On peut en douter. Le niveau de ces taux est déjà fort pas, plus bas qu'aux EtatsUnis. La masse monétaire gonfle rapidement, d'ailleurs aussi aux USA, où sa croissance annuelle est de 13 %. Néanmoins, le crédit accordé aux entreprises tend à se ralentir, non pas parce qu'il y a manque d'ottre de capitaux-argent, mais parce que la demande ne suit pas. L'augmentation de la masse monétaire est neutralisée par une baisse de la vitesse de circulation de la monnaie, malgré la baisse des taux d'intérêt (18).
Contrairement aux illusions de la plupart des économistes bourgeois, masse
WASH R 5
COAL NỘT. DOL 1 COA
Le chômage, l'une des pires conséquences sociales de la crise actuelle. (DR) monétaire et taux d'intérêt ne sont que des variables partiellement autonomes en capitaliste. Les effets de leurs variations dépendent en dernière analyse production, de la possibilité d'écoulement des marchandises, des taux de profit escomptés, et de la masse des profits réalisés. Si ces facteurs n'incitent pas les capitalistes à investir davantage, aucune baisse des taux d'intérêt ne modifiera le comportement de ceux-ci.
Ce qui pèse sur le profit des grands trusts japonais et les amène à modérer leurs investissements — et donc à « provoquer » la récession —, ce n'est pas seulement le cours élevé du yen et la fin du boom des exportations qu'il entraîne, ce sont surtout les capacités de production excédentaires qui frappent autant les secteurs traditionnels (sidérurgie, pétrochimie, chantiers navals, marginalement aussi l'automobile) que les secteurs de pointe Selon le Japan Economic Journal du 23 août 1986, « avec la baisse consécutive depuis deux ans des investissements dans la branche des semi-conducteurs, l'industrie japonaise de production des semi-conducteurs connaît des temps difficiles. Le capital investi par les industriels de la branche a chuté de 50 % en 1985. » En 1986, on s'attend à une nouvelle réduc-
Même une forte expansion de la demande, en RFA et au Japon, ne ferait que compenser la chute des exportations et des revenus d'exportation de ces deux pays. Elle pourrait difficilement compenser, en plus, la somme des pertes de la baisse de la demande en Amérique du Nord et dans le « tiers-monde », mais sans une telle compensation, la demande globale à l'échelle internationale reste faible ou même en recul, incapable de provoquer une véritable relance de l'économie capitaliste dans son ensemble.
S'il y a un véritable gonflement de la demande intérieure au Japon et en RFA, il ne peut stimuler la conjoncture que par la relance de la consommation privée, vu qu'il n'y a guère d'espoir immédiat du côté des investissements productifs. Or, une relance de la consommation privée dans des pays comme ceux-là est irréalisable sans une hausse des salaires réels et de
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l'emploi. Mais, depuis le début de la longue dépression, toute la politique économique de la bourgeoisie de ces pays vise exactement le but opposé, parce qu'elle est contrainte de devoir faire remonter taux de plus-value et taux de profit, objectifs irréalisables avec une hausse des salaires. Les attaques contre le niveau de l'emploi, le maintien d'un niveau élevé de chômage même en pleine expansion, comme au cours des années 1983-1985, poursuivent justement ce but (19). Les bourgeoisies japonaises et ouest-allemandes ne vont pas sacrifier ces objectifs prioritaires pour des intérêts strictement américains. Leur opposition aux appels de Washing. ton répond à une logique de classe très
Une politique monétaire expansive au Japon et en RFA aurait tendance à effacer tout ou partie des avantages compé titifs que la bourgeoisie de ces deux pays a acquis par rapport aux USA, à la France et à la Grande-Bretagne. Son intérêt à moyen et à long terme, c'est de conserver ces avantages ; elle est donc peu encline à les sacrifier à une considération à court terme : éviter à tout prix la récession.
Il n'est pas exclu que l'effet immédiat de la baisse du prix du pétrole et du prix des matières premières libellés en dollars donne un avantage compétitif ac-
17. Neue Zürcher Zeitung, 23-24 novem-
Sunday Times 12 janvier 1986 Der Spiegel numéro 12, 1986.
18. Business Week, 4 août 1986.
19. Le chômage est resté pratiquement indans les pays impérialistes, Le ministre réactionnaire français Philippe Seguin n'a pas hésité à déclarer au journal Le Monde (numéro du 8 août 1986) qu'il y aurait en France un résidu « incompressible » de 2,5 millions de chômeurs. Sans aucun rapport avec la science économique, cette déclaration exprime par contre cyniquement le but poursuivi par la bourgeoisie française.
20. Il est vrai qu'au Japon il y a une marge pour des investissements publics (sociaux et d'infrastructure) qui sont très en retard par rapport à l'Europe. Il y a, de même, une marge pour une réduction du taux d'épargne des classes moyennes et des employés, largement supérieur à celui des autres pays impérialistes. Mais les attaques qui se multiplient contre « l'emploi assuré » dans les grandes entreprises et la crainte du chômage qui monte, expliquent la prudence des employés japonais en la matière.
me des investissements productifs dans ' baisse durant la récession précédente ; elle cru à l'industrie ouest-allemande, et subsidiairement à celle des autres pays de la CEE, au point de compenser pour elles, dans l'immédiat, les effets de la chute du dollar sur leur capacité d'exporter, y compris aux USA. Dans ce cas, il y aura un décalage entre la poursuite de la « minirécession » en Amérique du Nord et au Japon, et sa prolongation en Europe. Le décalage déjà habituel et le retournement de la conjoncture dans la plupart des pays semi-industrialisés aidant, cela conduirait à une désynchronisation de la conjoncture internationale pendant quelques trimestres. Mais il est improbable que cette désynchronisation puisse s'étendre à douze, voire à dix-huit mois.
PERSPECTIVES DE LA DÉPRESSION
ET RELANCE DE L'INFLATION
L'hypothèse la plus optimiste pour l'économie capitaliste internationale - expansion poursuivie en Europe occidentale, dans le sud-est et l'est asiatiques et au Brésil pendant toute l'année 1987 -est la moins probable, de par la conjonction de quatre tendances :
- les effets dépressifs des capacités excédentaires de production sur le volutous les pays impérialistes ;
June bourgeoisie plutôt encline à une politique de réduction de l'emploi et des salaires directs et indirects, notamment sous la pression du déficit des finances publiques qui s'aggrave partout ;
- les effets immédiats de la récession américaine et japonaise, ainsi que de la chute du prix du pétrole, sur le volume du commerce mondial ;
- les effets pervers de la dette du « tiers-monde » sur l'économie capitaliste internationale.
Il faut encore y ajouter la menace d'une nouvelle poussée de l'inflation. Partout, le gonflement de la masse monétaire dépasse largement les prévisions des autorités des banques centrales et les besoins à proprement parler de l'économie productive.
La cause principale de ce gonflement réside dans le déficit croissant des finances publiques et de la sécurité sociale, résultat de la dépression économique à long terme et, aux USA, de la nouvelle poussée de réarmement. Mais s'y ajoutent aussi le recours accru au crédit à la consommation, pour atténuer les pertes de revenu produites par la politique d'austérité de tous les gouvernements bourgeois. Aux Etats-Unis, le coût accru des importaégalement une hausse des prix. Mais c'est surtout le nouveau « laxisme » monétaire qui pourrait stimuler l'inflation. Pour relancer leurs ventes, les trusts de l'automobile ont radicalement réduit les coûts du crédit aux consommateurs, fin août 1986, et cela avec le plein accord des banques, dont la Banque cen-
Certains économistes, et surtout des hommes politiques, considèrent qu'une telle relance de l'inflation n'est guère dangereuse, vu le niveau fort bas où celle-ci est tombée. L'argument est sans doute valable pour l'économie internationale prise dans son ensemble, dans l'hypothèse les puissances capitalistes. Mais cela présuppose une solidarité, mun qui n'existent guère dans les conditions de concurrence et de propriété privée. Puisqu'il y a concurrence, entre, d'une part, les propres puissances impérialistes et, d'autre part, entre celles-ci et les pays semi-industrialisés dépendants, chaque gouvernement calcule les effets de l'inflation sur la capacité concurrentielle de « sa » bourgeoisie, sur la balance des payements de « son » pays, sur les rapports de forces sociaux au sein de « son » Etat. Il agit de la sorte non pas par aveuglement ou par ignorance, mais justement sous la pression de la concurrence. Dans ces conditions-là, la relance de l'inflation devient un facteur d'instabilité accrue.
économistes - y compris ceux de l'OCDE - s'efforcent de rendre l'augmentation des salaires nominaux - qui accompagna la fin de la reprise de 1983-1985 dans quelques pays -responsable d'une possible relance de l'inflation. L'argument n'a aucune valeur scientifique. La hausse des salaires à la fin de la reprise n'a même pas compensé leur n'a d'ailleurs concerné que quelques pays. Dans l'ensemble, quand ils n'ont pas diminué, les salaires ont augmenté moins vite que la productivité du travail. Mais même s'ils avaient augmenté davantage, cela n'entraînerait pas une relance de l'inflation, vu l'ampleur des ressources productives inutilisées. C'est évidemment le « laxisme » des banques et des autorités monétaires à l'égard des entreprises monopolistiques qui permet à celles-ci de « transférer » sur le marché toute augmentation des coûts, pour défendre leurs profits.
Derrière cet argument démagogique se cache le désenchantement de la bourgeoisie impérialiste quant à l'effet de la crise sur l'évolution des salaires. Alors que ceux-ci sont tombés de manière catastrophique dans la plupart des pays du « tiersmonde » - quelquefois jusqu'à 50%, Taï-
Sud et Singapour étant des exceptions —, ils n'ont que peu dans les pays impérialistes, l'exception de l'Espagne et du Portugal. ports de forces ne se sont pas modifiés de façon substantielle au profit du Capital. Quant aux attaques contre la sécurité sociale, inévitables vu le déficit croissant des finances publiques, elles se heurtent à une résistance farouche, y compris aux Etats-
Dans ces conditions, une sortie relativement rapide de la dépression aux frais de la classe ouvrière, du type 1940-1945 (ou 1933-1945 en Allemagne et au Japon), reste peu probable dans un avenir prévisible (22). Il en va de même d'une sortie de la dépression par une révolution technologique généralisée, avec la restructuration du marché mondial accompagnée de son élargissement. La perspective est donc plutôt celle d'une prolongation considérable de la dépression.
Le cas de la robotique est très significatif à ce sujet. On nous a fait miroiter les perspectives grandioses qui s'ouvriraient grâce à cette branche nouvelle, et qui entraîneraient un bouleversement de toute la société, voire une disparition du travail humain. Or, aujourd'hui, les patrons doivent déchanter, à commencer par ceux de la branche robotique elle-même. Les progrès de la robotisation se font à pas de tortue et non à pas de géant, justement parce que les investissements productifs dans leur ensemble ont tendance à stagner. Les études réalisées par les revues bourgeoises le confirment, en constatant les capacités excédentaires de cette branche, ou le simple fait que la révolution robots avance beaucoup plus lentement que prévu (23). D'ici la fin du siècle, ces esclaves mécaniques n'auront supprimé que quelques pour-cents des postes de travail dans l'industrie.
La grande inconnue reste la possibilité d'une crise d'effondrement du système international du crédit, du type de celle de 1931, accompagnant l'actuelle récession. Nous continuons à penser qu'elle est improbable. Le gouvernement des EtatsUnis ne peut pas laisser crouler des banques comme la Citicorp ou la Morgan Guarantee, pour la simple raison que le gouvernement des Etats-Unis, c'est la Citicorp et la Morgan Guarantee. Comme l'a récemment répété le professeur Galbraith : « On peut dire, au sens large, qu'aucun établissement industriel ou financier n'est menacé de s'écrouler, à condition d'être suffisamment important. » (24)
Mais il y a des limites à la capacité et à la rapidité des gouvernements bourgeois de « porter secours ». C'est pourquoi le krach n'est pas exclu. Cette éventualité dépend essentiellement de deux facteurs. Premièrement, de l'ampleur de la dévalorisation du capital, avant tout du capital productif, dans les pays impérialistes eux-mêmes (en premier lieu les Etats-Unis), c'est-à-dire du nombre de grandes firmes qui feront faillite ou qui seront absorbées en échange d'une fraction seulement de la valeur de leurs actifs fixes. Deuxièmement, de l'ampleur de la prochaine crise d'insolvabilité des principaux pays débiteurs du « tiers-monde ».
Ernest MANDEL, 16 septembre 1986.
21. Dans un livre qui a fait sensation, (The du Département du budget de Reagan, Stockman, exprime sa « déception » au vu du comportement des parlementaires républicains reaganiens qui se sont opposés à toute coupure de l'assurance-maladie (Medicare, Medicaid) par crainte des réactions des électeurs.
22. Armstrong, Glyn et Harrison (Capitalism since World War II, Fontana Books, 1984) ex-
23. Voir The Economist du 26 juillet 1986 la Revue internationale du travail numéro 1,
24. New York Review of Books, 26 juin 1986. John Kenneth Galbraith, keynésien, est entre autres l'auteur de l'Ere de l'opulence (1961) et du Nouvel état industriel