Inprecor 1974–2004

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LIBAN

Vers une nouvelle offensive syrienne ; interview de Salah Jaber

· Inprecor n° 228, 20 octobre 1986 · p. 3-4 · 2 014 mots

Liban Palestine et Israël

IL différentes milices ehrétiennes. Les forces de Hobeika, E 27 septembre, les affrontements ont repris entre les

lié à la Syrie, ont tenté, jusqu'à présent en vain, de reprendre le contrôle des Forces libanaises que les troupes de Geagea - pro-israélien - leur avaient ravi en janvier dernier.

«INTERNATIONAL VIEWPOINT »: - Quel bilan peut-on tirer des tentatives syriennes de « pacification » du Liban ?

Salah JABER : - Il est préférable d'examiner syrienne Liban à la lumière des évènements qui se sont déroulés depuis l'invasion israélienne le 6 juin 1982.

Nous avons une première phase allant de cette période au début 1984, pendant laquelle la Syrie n'a pas d'influence directe sur le gouvernement libanais représenté par le président Amin Gemayel, elle a été remplacée par une tutelle directe des Etats-Unis, concrétisée par la présence de troupes américaines dans le cadre de la Force multinationale d'interposition créée en août 1982. Encore sous l'impact de l'invasion israélienne, le régime syrien attend de voir les développements de la situation nouvellement apparue et quelle va être l'attitude du gouvernement de Gemayel

Cette expectative s'achève avec le tournant que constitue la conclusion en mai 1983 du traité de paix entre Israël et le Liban, considéré comme étant directement dirigé contre le gouvernement de Damas. Les Syriens donnent alors le feu vert aux forces de la bourgeoisie musulmane d'opposition pour qu'elles attaquent le gouvernement libanais et la Force multinationale.

A partir du début 1984, cette offensive lancée et appuyée par les Syriens peut être considérée comme victorieuse. La Force multinationale d'interposition est obligée de se retirer et Gemayel n'a d'autre choix que de se tourner vers Damas. Une nouvelle phase est ouverte. Le régime syrien prend de nouveau une influence directe si ce n'est hégémonique le gouvernement central libanais. De cette date à la fin 1985, le gouvernement syrien tente d'obtenir une sorte de compromis entre les fractions bourgeoises rivales au Liban afin de stabiliser un gouvernement pro-syrien, un Etat pro-syrien. Cette politique culmine en 1985 avec le retrait des troupes israéliennes de la majeure partie du territoire libanais occupé. Le contrôle syrien semble alors plus fort que jamais.

La première réaction du camp chrétien contre cette hégémonie syrienne, dans International de l'Internationale. dirigée par Geagea, est défaite : Hobeika officiellement le contrôle dites Forces libanaises - les chrétiennes fascistes - inaugurant une nouvelle politique de coopération avec les Syriens.

A la fin 1985, les conditions paraissent réunies et le régime de franchit important pas qualitatif dans sa recherche d'un compromis visant à stabiliser un gouvernement qui lui soit favorable au Liban. En décembre 1985, un traité est conclu sous égide syrienne, entre l'ensemble des trois fractions armées rivales : les chiites d'Amal, les Druzes de Walid Joublatt et les chrétiens de Hobeika.

Mais, de temps après, toute l'affaire échoue à cause d'un tournant dans le camp chrétien. Geagea prend à nouveau le contrôle des Forces libanaises. Il évince Hobeika et ses troupes le 15 janvier 1986, portant ainsi un coup mortel à l'accord signé en décembre 1985 et, en même temps, à l'hégémonie syrienne sur le camp chrétien. On semble revenu à la période d'avant 1984. De nouveau, le camp chrétien cherche très clairement la protection américaine et conteste la domination syrienne, s'opposant ainsi à ceux qui lui sont favorables. Israël même intervient de nouveau directement dans la politique libanaise à travers Geagea, bien connu pour avoir des liens avec les Israéliens.

Les forces de Gemayel, y compris le parti Kataeb, qui sont pro-américaines et les milices de Geagea n'ont pas des vues totalement identiques. Certes, les différences entre eux sont secondaires mais elles pourraient devenir importantes. Récemment des affrontements entre les deux se sont produits qui pourraient se reproduire n'importe quand. Ce sont des forces rivales au sein du camp chré tien et elles ont parfois des lignes politiques qui divergent. Gemayel est très opportuniste mais représente fondamentalement les intérêts bourgeois classiques alors que Geagea, dans contexte libanais, peut être caractérisé comme fasciste.

Pour revenir à la situation de ce début 1986, les premières réactions violentes de la Syrie se traduisent par les attentats en chaîne sous forme de

Nous publions une interview de Salah Jaber, l'un des dirigeants de la section libanaise de la IVe Internationale, parue Viewpoint, publication en langue anglaise voitures piégées dans le secteur chrétien. Mais par la suite, il semble que le gouvernement syrien ait décidé de baisser la pression. La situation régionale est alors très tendue avec les bombardements américains sur la Lybie et les avertissements croissants d'Israël à la Syrie, accompagnés de forts bruits de guerre du côté israélien. On arrive ainsi aux conversations récentes entre ministres chrétiens et musulmans du gouvernement, négociations qui ont pour but de parvenir à une sorte de trêve. Mais cet objectif, pourtant fort modeste, semble très difficile à atteindre.

- Gemayel et son gouvernement représentent-ils réellement une force aujourd'hui?

- Le gouvernement de Gemayel représente plusieurs choses et en premier lieu l'armée. Comme gouvernement officiel du Liban, il trouve sa force dans le soutien dont l'ont assuré jusqu'à présent des sections chrétiennes de l'armée légale, dont le poids militaire est loin d'être négligeable. Cette armée, est relativement bien équipée compte tenu du fait que le gouvernement libanais et les Américains ont mis une insistance particulière sur le renforcement de cette armée depuis 1983.

Ensuite, on ne peut oublier que Gemayel demeure le président légal du Liban. A ce titre, il peut user de sa légitimité pour donner une couverture of ficielle à toutes les manœuvres politiques qu'elles se fassent en faveur des Américains ou des Syriens. De plus, Gemayel a sa propre milice dans une partie de la zone chrétienne qui est traditionnellement sa base. Ce sont là les trois sources de son pouvoir. Il n'a guère de soutien populaire. Il est extrêmement discrédité et a une solide réputation d'homme politique corrompu.

- Dans quelle mesure demeure-t-il une possible carte à jouer pour les Syriens?

- Gemayel s'est rebellé contre les Syriens au moment de la préparation de l'accord de décembre 1985, non tant à cause du contenu de l'accord lui-même que parce qu'il se faisait sans lui. Les

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Syriens l'avaient laissé de côté car ils traitaient directement avec Hobeika. Il a alors collaboré avec Geagea pour renverser Hobeika et, depuis lors, les relations semblent rompues entre Gemayel et les Syriens.

Avec la mise hors jeu d'Hobeika, les espoirs et les calculs syriens - basés sur la perspective des Forces libanaises dirigées par Hobeika - s'évanouissent. Ces forces semblent redevenues de façon irréversible anti-syriennes voire pro-israéliennes. Et Gemayel devient de nouveau aux yeux des Syriens leur seul interlocuteur possible dans le camp chrétien. Le président fait de nouvelles propositions aux Syriens, propositions qui, à leur tour, ravivent les frictions entre lui et les forces de Geagea, comme je le disais plus haut. Le régime syrien a maintenant le

Centre pousser ses propres sans à évincer Gemayel, ce qui signifie poursuivre leur politique coopération, même s'ils n'ont pas encore décidé d'avoir des conversations directes

Le fait que le gouvernement se réunisse avec les ministres musulmans prochrétiens pro-Gemayel significatif. Ces conversations seraient inconcevables sans l'accord des Syriens. Il s'agit donc d'une période de baisse pression exercée par les Syriens, parce qu'une explosion leur semble trop périlleuse dans le contexte international

- Y-a-t-il eu des changements significatifs dans les rapports de force parmi les groupes musulmans dans cette pério.

- Les musulmans sunnites sont le groupe confessionnel le plus faible du Liqu'ils avaient pris l'habitude de considérer le Fatah de Yasser Arafat comme leur bras armé. Ur, les troupes de ce dernier ont été expulsées du Liban a la fois par les Syriens et par les Israéliens.

que l'on considérait comme une organisation libanaise sunnite armée, les mourabitouns ont été écrasés par les forces pro-syriennes, non seulement à la suite d'une décision de Damas, mais aussi à cause des rivalités entre milices druzes, chiites et mourabitouns sunnites. A l'exception de Saïda, dans le Sud du pays, où l'on trouve des organisations armées nassériennes qui ont de avec les Syriens et le reste pro-syriennes, il n'y a plus d'organisations armées sunnites importantes.

Dans le Nord, à Tripoli, les forces intégristes sunnites qui dominaient la ville ont été écrasées en 1985 par les militaires syriens alliés aux partis de gauche qui avaient été eux-mêmes éjectés de la ville en 1983 par ces mêmes sunnites intég gristes. Dominent aujourd'hui, sunnites, les figures bourgeoises Elles sont extrêmement faibles, n'ont aucune autonomie et aucune base pour acquérir une quelconque autonomie. Du côté chiite, depuis qu'Amal a conquis en

L'ombre de Khomeiny et la mitraillette : deux symboles du Liban d'aujourd'hui. (DR) 1983-1984 son écrasante hégémonie parmi les chiites, le nouvel élément concerne le développement de l'aile intégriste khomeiniste, qui est "directement liée à l'Iran. Cette tendance, les Hezbollah, connu une croissance réelle l'an passé et ces derniers mois. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. D'une part, la politique syrienne dont était partie prenante, a échoué, et donc tout espoir dans cette direction de la part des masses est devenu impossible. D'autre part, la crise économique s'est considérablement aggravée au Liban. A cause de la situation de guerre qui dure depuis 11 secteurs productifs sont détruits et une grande biens de consommation sont désormais importés. Juste pour donner une idée de si l'on regarde le cours du dollar américain par rapport à la livre libanaise, un dollar qui valait 4,5 livres en 1983 en vaut aujourd'hui 45 ! On peut imaginer les conséquences de cela sur le niveau de vie d'une population qui ne bénéficie pas d'échelle mobile des salaires ou d'un avantage similaire, comme il en existe en Israël, pour amortir l'impact de l'inflation. Le fossé entre la hausse des prix et les salaires s'élargit de jour en jour. Sans exagérer, c'est un désastre. Cette situation économique et sociale renforce les bases d'un développement des forces fondamentalistes, qui apparaissent plus radicales, plus à même d'exploiter le désespoir de la petite bourgeoisie, en l'absence d'une force alternative à gauche qui soit crédible.

La gauche libanaise a connu un déclin important de son influence depuis 1982. Le Parti communiste libanais (PCL) avait l'occasion de renverser ce cours en 1984 par le rôle qu'il a joué dans la résisà l'occupation il a perdu cette occasion, car tout en ayant une place prédominante dans le mouvement de résistance, il n'a joué absolument aucun rôle autonome dans la poliintérieure. Le PCL s'est contenté de soutenir les forces musulmanes bourgeoises et les Syriens. Par ricochet, il a aussi subi la banqueroute et l'échec de cette politique. Ensuite, face à la situation sociale et économique qui est celle du Liban, il n'a pas de ligne politique en tant que parti communiste. Il n'organise pas d'action. Il ne se bat pas pour les seules

One peuvent qu'un changement total et radical de l'économie libanaise. On ne peut continuer dans cette situation de guerre avec économie complètement libérale. L'économie libanaise est la plus libérale du monde ! Le secret bancaire, la liberté du commerce et de l'entreprise sont sans comparaison dans le monde ! Depuis le début de la guerre, nous constatons même une accentuation de ce phénomène, car il n'y a plus d'Etat. Le Parti communiste, qui doit faire face à l'opposition des fondamentalistes,

Gallant jusqu'aux assassinats - des Hezbollah. Au lieu de riposter de façon résolue, le Parti communiste s'est contenté d'appeler au resserrement de l'unité du front national et musulman. Cette position de retraite et même de lâcheté face aux intégristes a beaucoup contribué à la faiblesse de ce parti et de son influence. Beaucoup de ses militants se sentent frustrés par la ligne politique actuelle de la direction et son manque d'action.

- Quel est l'état de la résistance dans la zone de sécurité israélienne au Sud-Liban et quelle est l'attitude des troupes des Nations unies?

- Les affrontements actuels entre les troupes de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) et les groupes chiites pro-iraniens dans le Sud-Liban sont liés à la politique iranienne bien plus qu'à des causes strictement locales. La décision d'attaquer les troupes

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