Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

« Nous avons besoin d'un parti » ; interview d'un dirigeant du RPRS

Inprecor n° 229, 3 novembre 1986 · p. 18 · 833 mots

Pologne

TOUS reproduisons ci-dessous une interview parue dans le numéro 38 de Wolny

Robotnik, journal de l'Entente de l'Opposition ouvrière (POR-S) de Haute-Silésie en juin 1986. « Kryki » est le pseudonyme d'un des principaux dirigeants de l'Union des conseils ouvriers du mouvement de résistance polonais (ZRP-PRO) de

Haute-Silésie. Il est également membre du comité exécutif de l'Entente de l'Opposition ouvrière (POR-S) et l'un des fondateurs du Parti ouvrier de la République autogérée

« WOLNY ROBOTNIK » : - Il appa- comme s'il s'agissait d'une haute trahison, de son environnement et de son habitat, le droit des créateurs à présenter et à diffuser leurs opinions en toute indépendance, le droit à l'activité des partis, organisations, regroupements, associations ou groupes d'intérêts, tel est le droit au socialisme. Il ne peut y avoir de socialisme sans autogestion.

PAS DE SOCIALISME SANS RÉVOLUTION L'expérience des soulèvements ouvriers de 1956, 1970, 1976 et 1980-1981 démontre que les réformes socialistes exigées alors sont impossibles vu le caractère figé du système en place. Il est utopique de penser que les promoteurs de ce régime - hommes d'appareil du parti-Etat - soient capables de remettre le pouvoir entre les mains de la société, en accord avec les principes du socialisme, d'opérer des changements démocratiques ou de reconquérir l'indépendance nationale — ou ne serait-ce que de participer à un tel processus. Le régime a déjà fait couler le sang des ouvriers polonais à plusieurs reprises pour des concessions très minimes. La prise du pouvoir ne sera possible que par la voie de la révolution socialiste, qui sera en même temps une révolution indépendantiste.

PAS DE RÉVOLUTION SANS ORGANISATION En tant que force d'opposition au régime, Solidarité s'est révélé insuffisant pour mener à bien une telle révolution Les soulèvements sociaux spontanés se sont vus canalisés par les partisans d'une révolution autolimitée ou d'une révolution dans le cadre du système existant. Il faut que nous menions la révolution jusqu'à son terme, afin de balayer et de briser ce système figé, d'opérer des changements structurels et d'empêcher une contre-révolution. Cela nécessite une organisation révolutionnaire d'avant-garde, consciente de ses objectifs et de ses tâches, soudée autour de ses idées et de son programme, partant des aspirations sociales et bénéficiant d'un soutien populaire.

Nous devons être des socialistes démocratiques-révolutionnaires, organisés de façon internationaliste et luttant pour les véritables principes du socialisme.

Nous nous fondons pour l'instant - en attendant une élaboration plus approfondie — sur les dix principes politiques généraux du projet de plate-forme de l'Entente de l'Opposition ouvrière -Solidarité (POR-S) (1) et nous décidons :

- de commencer un travail conscient et organisé en vue de la construction du Parti ouvrier de la République autogérée ;

- de former à cette fin un organe provisoire de coordination : le Comité constitutif provisoire.

Publié dans Zryw, numéro 1, mai 1986. 1. Voir Inprecor numéro 208 du 2 décembre 1985.

"Nous avons besoin d'un parti"

Interview d'un dirigeant du RPRS

(RPRS). raît clairement dans tes articles et tes déclarations que tu es un socialiste, convaincu qu'il faut un parti politique pour mener à bien la lutte sociale contre le pouvoir pseudo-populaire.

KRYKI : - C'est vrai. Je pense que le parti est un instrument indispensable pour remporter la victoire dans la lutte pour le pouvoir. C'est à cela que sert tout parti. Les révolutions de palais ou les tentatives de repeindre la façade ne changeront rien à ce sytème bureaucratisé. Seule une révolution ouvrière et sociale permettra les changements auxquels nous garantira qu'ils aient avant tout des cadres disciplinés, mais aussi un programme délimiter le camp de nos alliés et de nos partisans. C'est un instrument concret.

- Mais alors comment expliques-tu l'aversion de nombreux militants à l'idée de former un parti ?

appartiens à un parti, tu écopes de condamnations plus lourdes, mais ce n'est sans doute pas l'essentiel. L'idée d'un parti unique, prétendument infaillible, est profondément ancrée dans la conscience sociale. Le régime présente toute tentative de former un autre parti Grève des ouvriers polonais à Gdansk en 1980. (DR)

de préparatifs en vue d'un coup d'Etat, etc. Cela crée souvent un blocage important. Il s'agit pourtant là d'une négation de la culture politique, non seulement européenne mais universelle.

- Quelles devraient être les caractéristiques de ce nouveau parti ?

- Avant tout, nous avons besoin d'un parti ouvrier - ouvrier non pas dans le nom mais en raison de sa nature et de la qualité des changements qu'il préconise. Il faut aussi que ce soit un parti socialiste et démocratique, acceptant le pluralisme politique et - chose essentielle à mon sens — qui réponde aux aspirations sociales, tant par son activité que par le caractère des changements qu'il entreprend.

- C'est ce à quoi prétend le parti du régime, le POUP.

- C'est vrai, mais comme tu le fais remarquer toi-même, il ne s'agit que d'une prétention. Moi, je pense à un parti dont les travailleurs ont besoin et qu'ils construiront eux-mêmes. Dans le contraire, ce serait un avorton.

Wolny Robotnik, numéro 38, juin 1986.

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