Depuis le début de 1978, une flambée de luttes ouvrières s'est produite en République fédérale allemande, confirmant l'impression qui se dégageait déjà du Congrès de l'IG Metall (voir Inprecor, No 22, du 17 février 1978) que quelque chose
En janvier, il y eut une grève de cinq jours dans les ports de la République fédérale allemande (la première grève «officielle» dans ces ports depuis 27 ans). La grève fut terminée sur un compromis de 7% d'augmentation des salaires. Le syndicat avait réclamé 9%, les patrons avaient offert moins de 5%, le médiateur «neutre» 5,3%. Mais comme l'augmentation ne s'appliquait qu'à partir du ler février 1978, elle représenta en réalité moins de 7% pour l'ensemble de l'année 1978. Contre l'avis de la direction syndicale, les dockers rejetèrent ce compromis. En l'espace de 24 heures, les patrons acceptèrent la rétroactivité de l'augmentation de 7% à partir du ler janvier 1978. Cette victoire des dockers est très importante pour l'ensemble de la classe ouest-allemande. Le patronat (et le gouvernement) désirent limiter cette laires à 3-3,5%. Les 7% obtenus par les dockers seront un exemple pour d'autres syndicats (et syndiqués!) en train de négocier de nouveaux contrats collectifs.
Le syndicat du Livre (IG Druck und Papier) est engagé depuis des mois dans une négociation difficile avec le patronat qui concerne non seulement un nouveau contrat collectif sur les salaires, mais surtout des
RFA La reprise des luttes ouvrières indique bien que la bourgeoisie ouest-allemande rencontre de gros obstacles dans sa marche vers l'Etat fort. mesures pour éviter que la nouvelle technologie, massivement introduite dans les imprimeries, n'entraîne des licenciements et des réductions d'emplois sur grande échelle. La commission qui avait mené les négociations accepta les 18-19 janvier 1978 des milliers d'ouvriers du Livre déclenchèrent alors des grèves d'avertissement, y compris le 31 janvier, jour où la commission tarifaire du syndicat devait se prononcer définitivement sur les propositions préalablement acceptées. Et sous la pression de la base, la commission tarifaire rejeta cette fois-ci le projet de nouveau contrat collectif. Le 8 février, le syndicat appela à de nouvelles grèves
Le patronat qui désire éviter toute augmentation globale des salaires dépassant la limite des 3,5%, s'appuie sur la situation difficile de branches encore frappées par la crise, pour menacer le syndicat d'un lock-out. Dans la Ruhr, ce sont donc les patrons qui ont proclamé l'échec des négociations.
Contre cette menace, des syndicalistes de combat et nos camarades du GIM (section allemande de la IVe Internationale) réclament que le syndicat proclame d'avance qu'il n'arrêtera pas la grève si les patrons ne paient pas rétroactivement les salaires de tous les travailleurs frappés par le lock-out.
Dans l'industrie métallurgique, les négociations tarifaires se présentent comme très difficiles. Le ler février, la direction de l'IG Metall a déclaré qu'elles ont échoué dans le district Würtemberg du nord-Bade du nord, qui englobe notamment les usines de l'industrie automobile de Stuttgart et de Mannheim, fort prospères. C'est là que le syndicat veut concentrer l'effort d'arracher plus que les 3,5% offerts par le patronat; il réclame 8% d'augmentation des salaires et surtout des mesures de contrôle syndical contre les excès de la rationalisation: maintien des salaires pour les métallos changés de poste de travail. Une grève des métallos de ces districts n'est pas exclue.
Il subsiste, certes, un décalage prononcé entre cette flambée de luttes ouvrières et un début de radicalisation politique de la classe ouvrière qui ne s'est point produit jusqu'ici (au congrès des JUSOS - jeunes socialistes - des résolutions assez radicales ont été votées sur la question des Berufsverbote - interdictions d'exercer la profession. Les quatre députés sociaux-démocrates qui avaient refusé de voter pour la nouvelle «loi antiterroriste» ont été follement applaudis. Mais il n'y aura point de suites, car la direction des JUSOS évite soigneusement tout conflit avec l'appareil central du SPD).
Néanmoins, la reprise des luttes ouvrières indique bien que la bourgeoisie ouest-allemande rencontre de gros obstacles dans sa marche vers l'Etat fort. Il serait absolument erroné de considérer le mouvement ouvrier allemand et la classe ouvrière allemande comme liquidés ou quantité négligeable, quelles que puissent être les apparences.