Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

Tensions nationales et conflits sociaux et politiques

· Inprecor n° 230, 17 novembre 1986 · p. 3-9 · 7 814 mots

Catherine Verla était le pseudonyme de Catherine Samary, économiste, spécialiste de l'autogestion yougoslave.

Europe de l'Est Ex-Yougoslavie Syndicalisme Stalinisme

A Yougoslavie et son modèle de société post-capitaliste connaissent des tensions de plus en plus graves. Celles-ci se manifestent à plusieurs niveaux : ceux du système de l'autogestion, de l'économie en crise, des rapports entre les nationalités et entre le pouvoir et la société. Une des manifestations les plus frappantes de ces tensions est constituée par la montée des grèves à laquelle on a assisté cet été, ainsi qu'à l'automne, et qui est traitée dans l'article de A. Udry.

Mais la montée des grèves, signe de la gravité de la crise sociale, ne constitue qu'un des aspects de la situation actuelle.

Un des éléments constants et explosifs de la société yougoslave réside dans l'ensemble des questions nationales de ce pays

Catherine VERLA

Fait sans précédent, le congrès de la

Jeunesse et celui des écrivains n'ont pas réussi à élire une direction. Preuve, si l'on veut, que le parti ne pouvait en imposer une mais aussi reflet de grandes divergences entre les diverses nationalités.

LA FRONDE DES JEUNES SLOVENES

Ce sont les délégués de Slovénie qui ont le plus troublé le congres de la Ligue des jeunesses socialistes yougoslavles, organisation forte de 3,6 millions de membres, dont environ 19% sont membres de la Ligue des communistes de Yougoslavie (LCY)

qui compte elle-même quelques 2 millions de membres.

Les jeunes Slovènes ont fait quatre propositions:

- abolir la manifestation de jeunes organisée traditionnellement chaque année, le 25 mai, jour de la naissance de

Tito, et la remplacer par une marche des jeunes chômeurs. Dans un contexte de chômage croissant (avec plus de 1,1 millions de chômeurs officiellement recensés, soit 15% de la population active sans y inclure les quelques 800 000 travailleurs yougoslaves en Europe occidentale) qui frappe particulièrement les jeunes, la proposition avait valeur de jugement politique global sur le principal échec du système yougoslave. Alors que le chômage est quasi inexistant en Slovénie, cette proposition aurait pu avoir une portée vers les autres Républiques si elle s'était accompagnée de mesures de lutte contre le chômage, au niveau de toute la Fédération. Mais la proposition avait sans doute davantage une dimension provocatrice à l'égard de la commémoration de

Tito, alors que son héritage semble si peu bril-

- envisager une alternative civile au service militaire. Il s'agissait sans doute là aussi d'afficher une certaine résistance

Tensions nationales

étatique. envers un regime qui a souvent cherché dans des formes d'embrigadement de la jeunesse contre l'ennemi extérieur un palliatif au manque de cohésion interne.

- abolir la peine de mort. - abolir l'article 133 de la Constitution qui permet de réprimer des citoyens pour « remarques désobligeantes » envers des personnalités.

Ce dernier point n'était pas davantage platonique que les autres. Il interau plein d'une campagne qui allait connaître un heureux dénouement après le congrès : les jeunes communistes slovènes avaient pris la défense de Tomaz Mastnak, un jeune sociologue qui venait d'être inculpé en vertu de cet article de loi ; il avait écrit pour la revue de la jeunesse slovène Mladina un article critiquant les dirigeants de Bosnie-Herzégovine pour avoir « exagéré » les mérites de Branko Mikulic, chef du gouvernement fédéral. Ce Croate de Bosnie, de réputation très « yougoslave », a succédé en janvier à Milka Planinc (croate) au poste de premier ministre. Le principe de rotation ethnique du système yougoslave aurait voulu qu'une autre nationalité occupât le poste. Ce sont les critères de « mérite » personnel qui ont, pour la première fois depuis la mort de Tito, pris le devant. Censurée, la revue Mladina ne publia pas l'article mais laissa en signe de protestation plusieurs colonnes en blanc.

La radio étudiante prit le relais en donnant la parole à Mastnak et en exigeant une démocratisation du régime. Ironisant sur les mérites de Branko Mikulic, Mastnak souligna la contribution de cette personnalité à la répression dans sa République, où le sociologue Vojislav Seselj avait été condamné à huit ans de prison pour un texte non publié sur les questions nationales (1). Des musulmans intégristes ont subi également de très lourdes peines de prison.

De nombreuses protestations ont multinational. C'est de cela que traite l'article ci-dessous.

Partant des manifestations des conflits nationaux apparues au cours des trois congrès qui se sont tenus au mois de juin

1986, celui des Jeunesses communistes, celui de l'Association des écrivains et enfin celui du parti dirigeant, la Ligue des communistes de Yougoslavie, l'article aborde cette question dont la lutte des Albanais du Kosovo n'est que l'expression la plus aiguë. Il traite par la suite de ce que peut être la dynamique combinée des questions nationales et sociales actuelles face à un cours politique du régime qui voudrait imposer plus d'austérité et de contraintes marchandes par une recentralisation soutenu Mastnak et, le 10 juillet dernier, le procureur de Ljubljana a levé l'inculpation contre lui en ces termes : « En dépit de tous les éléments d'un acte criminel, je ne peux qu'employer le terme

'danger social insignifiant' tel qu'il est inscrit dans l'article 8 section 2 du Code criminel yougoslave et j'ai de ce fait annulé toutes les charges (contre Mastnak) ».

C'est que, derrière la fronde de la jeunesse slovène, il y a aussi la République slovène et ses particularités. Riche et petite, la Slovénie se protège de tout centralisme qui lui prendrait « trop » pour redistribuer aux plus pauvres, vite taxés de « paresseux » et inefficaces par les Slovènes, et de toute règle qui permettrait à une majorité de lui imposer ses vues par le seul fait de sa force numérique.

Les caractéristiques quelque peu centralistes du nouveau Premier ministre attaqué par Mastnak ne sont donc pas populaires en Slovénie. Celle-ci fait, avec la

Croatie, un obstacle, jusqu'à présent efficace, à toute recentralisation d'une

Fédération devenue très confédérale au cours des vingt dernières années. Et elle protège ce faisant son propre libéralisme politique et économique dont tout le monde n'est pas également bénéficiaire, ainsi qu'en témoignent les grèves et le faible nombre d'ouvriers parmi les adhérents de la LCY dans cette République.

Voilà donc la raison d'une victoire rapide contre la répression.

Mais le congrès de la jeunesse, en tant que tel, ne parviendra à aucun accord, sauf sur une résolution contre les

« ingérences extérieures ». Face à la montée des inégalités, du chômage et des tensions nationales, personne en son sein, contrairement à ce qui se passait dans la

1. Suite à une campagne de protestations, sa peine fut réduite d'abord à quatre ans et enfin à moins de deux ans. Cf. Inprecor numéro

1984 et 205 du 21 octobre

181 du 8 octobre

1985.

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jeunesse du parti en 1968 (2), n'était en Le nationalisme albanais fut taxé de mesure de proposer une orientation de lutte à la fois anticapitaliste et antibureaucratique dont les dimensions internationalistes seraient essentielles dans un pays multinational comme la Yougoslavie. L'intelligentsia slovène, qui bénéficie du climat politique le plus libéral, protège aujourd'hui ses acquis sans autre programme social que l'expansion du marché slovène, lequel est d'ailleurs davantage tourné vers l'étranger que vers les autres régions de Yougoslavie.

Cette relative coupure entre la Slovénie et les autres Républiques est sans doute accentuée par la langue, ceux qui parlent le serbo-croate comprenant pas le slovène. C'est aussi l'une des raisons des marges plus grandes de liberté dont bénéficient les Slovènes au sein de la Fédération : ce qu'ils impriment n'est pas lisible ailleurs, à moins d'être traduit. C'est donc moins dangereux du point de vue des autorités yougoslaves. Mais c'est aussi une limite pour l'intelligentsia de cette République. Cela se reflète plus largement dans le faible impact réciproque des différents points de vue et intérêts existants au sein de la Fédération.

L'absence de liens avec les grèves en cours et de réponse autogestionnaire d'ensemble tant au plan social que national à la crise actuelle met en évidence la limite de la fronde de la Jeunesse communiste slovène. En revanche, grâce à sa position au sein de la Fédération, l'intelligentsia slovène a et peut jouer un rôle d'avant-garde dans des batailles sur le front culturel, dans sa résistance aux diverses formes d'embrigadement de la jeunesse et dans la lutte pour les libertés démocratiques au sein de la Fédération. A défaut de formuler d'elle-même un programme social s'efforçant de concilier les intérêts des diverses Républiques, elle se bat pour que chacun puisse s'exprimer et se défendre. Il n'y a pas d'autre voie pour trouver des consensus acceptables sans brimer les minorités, mais elle n'a pas encore trouvé sur ce terrain le avec les autres une plate-forme commune.

LES ÉCRIVAINS FACE A LA QUESTION DU KOSOVO Le congrès des écrivains fut marqué par des limites encore plus directement liées aux conflits entre nationalités, qui se cristallisent aujourd'hui sur la question du Kosovo (3). L'Association des écrivains serbes avait publiquement reproché à ses collègues albanais de ne pas avoir protesté contre ce que des intellectuels serbes ont qualifié de « génocide » contre la population non albanaise minoritaire dans cette province du Kosovo - le terme génocide était utilisé pour souder la population serbe contre les Albanais en déclenchant un réflexe émotionnel.

En 1981, des émeutes avaient éclaté dans la jeunesse de cette région, relayées par des manifestations de masse exigeant le statut de République (au lieu de celui de Province autonome au sein de la Serbie). Elles furent réprimées par les chars.

contre-révolutionnaire irrédentiste, accusé de chercher dans une alliance avec l'Albanie à déstabiliser la Yougoslavie.

Cet argument officiel qui a justifié une répression massive contre les Albanais de la province du Kosovo a malheureusement porté dans une population de Slaves du Sud où le mot albanais est souvent une injure et qui est prompte à craindre des conflits déstabilisateurs facilitant sinon une intervention du grand frère soviétique du moins un régime fort en Yougoslavie.

Sur cet arrière-fond, les tristes traditions d'hostilité et de conflit envers les Albanais se sont aisément nourries des information sur les viols de femmes slaves, les profanations de cimetières et monuments serbes, les agressions et menaces effectivement perpétrées contre les familles de Serbes et de Monténégrins. Plusieurs centaines de ces familles, c'est-à-dire plusieurs milliers de personnes, ont dû quitter la région depuis 1983.

Pour comprendre les dimensions culturelles et affectives du problème du Kosovo, il faut savoir que cette province relève du prestigieux passé serbe : la région fut le lieu de très grandes batailles et victoires des Serbes dans leur propre lutte de libération nationale contre leurs oppresseurs tures. Ce passé signifie aussi que les Serbes de la région ne sont pas des envoyes « grands serbes » parachutés d'« en haut » : les familles qui habitent là y sont enracinées depuis des siècles. Malheureusement, il n'y a guère de mélange entre les Slaves et les Albanais qui n'ont ni le même niveau culturel, ni la même langue, ni les mêmes tradi-

La position sociale des Slaves est de fait meilleure. 90 % des chômeurs du Kosovo sont albanais, alors que ces der-

L'encadrement de la province s'est albanisé, mais cela même est une source de tensions considérable, car la bureaucratie des régions pauvres est particulièrement arrogante et primaire. Celle du Kosovo a été très rapidement promue dans l'appareil au cours des années 1960 et a étalé ses privilèges matériels de nouveaux riches particulièrement choquants dans cette région très pauvre. En même temps, les villages autrefois serbes ont été albanisés à un rythme accéléré au cours de la dernière (changement changements d'écoles) dès que la population y était majoritairement albanaise. Du coup les Serbes se sont opposés à l'emploi d'Albanais dans les villages où ils sont encore majoritaires. Mais l'albanisation de cette

Run fait irréversible. Il nécessairement la question des rapports

La réunification avait été envisagée en 1945, dans le cadre d'une Fédération socialiste des Balkans qui aurait notamment inclu l'Albanie. L'hostilité de Staline envers un projet dont il ne contrôlait pas la dynamique, puis la rupture avec le Kremlin en 1948 ont signifié aussi la stalinisation des directions de tous les

Etats voisins de la Yougoslavie et le renoncement au projet de large Fédération (ou de confédération d'Etats, le dirigeant communiste bulgare Georgi Dimitrov avait souligné en 1947 que le débat sur la forme étatique restait ouvert entre les intéressés). Les Albanais du Kosovo furent la seule population ouvertement hostile au nouveau régime yougoslave. Les tensions entre Belgrade et l'Albanie stalinienne d'Enver Hodja signifièrent également un dur contrôle policier des autorités yougoslaves sur la population de la province jusqu'au milieu des années 1960.

Il n'est. pas facile de savoir ce que souhaitait cette population en 1981, derrière la revendication de République, et ce qu'elle souhaiterait aujourd'hui : on ne le lui a pas vraiment demandé. L'hostilité au régime yougoslave avait aussi été une hostilité politique au communisme et ceci pese encore lourde-

MLLE

ment aujourd'hui dans les défiances de la serbe envers les Albanais du Kosovo. Aussi l'on ne peut affirmer que le « communisme » albanais serait plus populaire, du moins dans la paysannerie. En effet, l'absence de liberté religieuse et les intolérances connues du voisin albanais ne sont guère attrayantes. En revanche, l'aspect égalitaire et la ethnique jouent en Dans les faits, le statut d'autonomie du Kosovo dans le cadre yougoslave, l'aide socio-économique et les libertés culturelles jouent un rôle évidemment important dans l'évolution des consciences. Or, les réformes sur la place des Républiques et des Provinces dans la Fédération au milieu des années 1960 ont considérablement amélioré les droits et le statut des Kosovars (habitants du Kosovo, ndlr.), notamment après les manifestations de 1968 où ils réclamaient déjà le statut de République. Les écoles, les publications, de Pristina se sont développées Le droit d'entretenir des relations culturelles directes avec l'Albanie fut accordé jusqu'au tournant opéré après émeutes de 1981. Il y eut des programmes de radio et de télévision com-

2. On parle en Yougoslavie des « soixante-huitards » pour désigner ceux qui ont participé au Juin 1968, qui vit les occupations d'universités et les manifestations anti-impérialistes notamment en Serbie (le mouvement a également touché les principales universités autres Républiques). Les revendications des étudiants, inspirés par les idées de leurs professeurs marxistes de gauche de la revue Praxis, étaient : l'autogestion de bas en contre les inégalités, le chômage et le développement d'un enrichissement privé que la ré forme libérale marchande entamée en avait favorisés, contre les privilèges bureaucratiques, pour un socialisme démocratique. Dans le proces des six intellectuels de Belgrade (cf. liste d'articles publiés dans plusieurs inculpés étaient des soixante-huitards. Sur lévolution du systeme yougoslave, voir notamment Quatrième Internationale numéro 19, décembre 1985, et le dossier publié dans Inprecor numéro 75 du 17 avril 1980.

3. Sur le Kosovo, cf. notamment les articles publiés dans Inprecor numéro 104 du 22 juin 1981 et dans Quatrième Internationale numéro 9, 1982, sur les questions nationales.

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muns ainsi que d'autres échanges culturels et économiques.

UNE PROVINCE ARRIÉRÉE

La province du Kosovo a été et reste considérée comme prioritaire dans l'aide allouée par le fonds fédéral ; la très grande majorité des investissements de cette région est financée par une telle aide (de ce fait découle l'idée répandue dans les autres parties de la population yougoslave qu'il s'agit d'une nationalité d'assistés). Si de tels droits et de telles ressources financières ont existé, alors pourquoi les émeutes ?

D'abord, cette aide a été un échec. Elle fut gérée de façon banisée) de la province. Celle-ci est marinadapté à des techniques qui peuvent être efficaces en Slovénie ; en outre, le taux de natalité y est très élevé (« volontairement élevé » disent les Serbes) : il y a sept enfants en moyenne par famille albanaise - contre trois dans les autres républiques pauvres et deux dans le reste de la Fédération. Avec une population très nombreuse dont la moitié a moins de vingt ans, la priorité devait être donnée à donc à la diffusion de techniques adaptées à cet objectif, c'est-à-dire fortement utilisatrices de main-d'œuvre.

dépenses de prestige, on a implanté au Kosovo des industries automatisées. Enfin, l'agriculture d'autosubsistance, très peu productive, prédomine encore. Dès lors, l'écart de la province à la moyenne yougoslave en terme de Produit social par habitant s'est régulièrement accru, compte tenu démographiques moindre efficacité des investissements.

Le taux de chômage, dont on a dit qu'il était quasi inexistant en Slovénie et de quelques 15% en moyenne yougoslave, est de près de 50% au Kosovo. L'université de Pristina, ville qui a le plus fort taux de toute la Yougoslavie, fabrique des chômeurs. Voilà une cause profonde des émeutes de cette jeunesse qui est par ailleurs mal accueillie dans les autres Républiques, puisqu'elle n'est pas slave. L'idée que les choix d'investissements ont correspondu à des intérêts autres que ceux de la population pouvait trouver un relais dans la revendication d'une plus grande indépendance de gestion avec le statut de République. Le passif, le passé ont fait le reste, tandis que les autorités redoutaient que de la République l'on passe au droit de sécession.

Il n'était pourtant pas exclu au tournant des années 1980 que les Albanais de cette région estiment avoir davantage de possibilité d'améliorer leur situation au sein de la Fédération yougoslave plutôt qu'en Albanie. Pour les minorités slaves de la province, cela aurait été un moindre mal. Mais il fallait pour cela qu'elles perdent leur logique et leur mentalité de privilégiés et de propriétaires du Kosovo et qu'elles soutiennent la revendication de République en y défendant leurs propres droits de minorités.

Source : Radio Free Europe, 25 juin 1982.

C'est au contraire par la répression, la censure et la régression des rapports avec l'Albanie que les autorités yougoslaves ont répondu depuis 1981 aux manifestants, provoquant un nationalisme serbe frisant le racisme et, en retour, la montée des violences contre les Slaves, ce qui les incite à quitter la région. « Montée des violences » ne signifie pas génocide. Mais dans le climat très émotionnel qui règne sur cette question, il est difficile de démêler le vrai de la rumeur . La presse de Belgrade a récemment témoigné d'un plus effort d'objectivité tensions. Un article donnait les résultats d'enquêtes sur les violences en Yougoslavie, montrant notamment que le nombre de viols recensés au Kosovo était inférieur à la moyenne de

Mais la violence est indéniable. Et quand elle est exercée contre des familles entières simplement en raison de leur nationalité, il est clair que l'effet pratique est de souder en bloc la population serbe, toutes tendances politiques confondues, derrière son aile la plus réactionnaire, alors qu'il aurait été crucial d'y trouver Kosovo. La légitimité de cette cause et la responsabilité de la gestion et de la répression bureaucratiques dans le développement de la violence ne font cependant aucun doute.

Le mouvement des Slaves du Kosovo a pris de plus en plus d'ampleur dans les derniers mois : des manifestations regroupant plusieurs milliers de Serbes et Monténégrins, des délégations et des pétitions émanant de toute l'intelligentsia serbe (gauche marxiste de l'ex-revue Praxis incluse) (4) se sont multipliées auprès des autorités du pays pour leur demander de protéger leurs compatriotes contre le « génocide ». Et ces manifestations n'ont jamais demandé en même temps la libération des centaines d'Albanais réprimés depuis 1981 ni défendu clairement leur droit à l'autodétermination. Pire, l'autonomie de la province du Kosovo au sein de la Serbie a été de plus en plus contestée par les nationalistes serbes. Récemment, des voix se sont même explicitement élevées au sein de la direction serbe pour défendre une logique de colonisation du Kosovo dans le cadre d'un retour massif des Slaves et d'une totale de la région à la République serbe. Les désaccords sur cette question sont désormais publics au sein des autorités du régime.

C'est dans ce contexte que l'Association des écrivains serbes a soutenu la candidature de Miodrag des principaux animateurs du mouvement des Serbes au Kosovo) à la présidence de l'Association yougoslave. Mais plusieurs associations des autres Républiques se sont opposées à cette candidature d'un nationaliste rétrograde par son dénigrement de toutes les autres cultures. Le quotidien Vjesnik de Croatie a attaqué Bulatovic pour ses vues « unitaristes » et a souligné que, si ce dernier défendait ses collègues serbes, il restait passif face à la Kosovo et assimilait les Macédoniens à

Bulatovic a également été accusé d'avoir insulté la langue et la culture slovènes et offensé les Croates en les décrivant dans ses livres comme des gens inspirés par le fascisme, l'extrémisme et le terrorisme. L'Association des écrivains serbes ayant maintenu cette candidature provocatrice, le congrès n'est pas parvenu à un accord. On ne peut sous-estimer la ces tensions dans un milieu comme celui des écrivains dont on pourrait attendre qu'il s'oppose avec une égale fermeté à l'oppression d'une quelconque nationalité par une autre.

Qu'en a-t-il été au congrès de la LE CONGRES DE LA LCY : UN

INFLÉCHISSEMENT CENTRALISTE

A première vue, le 13e congrès de la LCY a été aussi peu productif que le précédent de 1982. Il a pourtant connu un très grand renouvellement des membres de la direction, dans le même sens que les nationaux qui l'ont précédé dans les diverses Républiques et Provin-

Sur 165 membres, 127 sont au comité central pour la première fois et sur les 24 membres du nouveau praesidium, 4 seulement étaient dans le précédent.

L'interprétation de ces résultats dans l'immédiat est toujours délicate, mais on peut souligner le grand rajeunissement des nouvelles directions et, au moins dans les zones agitées par des conflits nationaux, Croatie et Kosovo, une mise à l'écart de cadres nationaux au profit de personnalités à poigne et plus « yougoslaves » indépendamment de leur origine Croatie de Stipe Suvar, de triste réputapratiques de censure de répression des gens pour leurs idées, en est un indice, tout comme les caractémentionnées nouveau Premier ministre dont on dit

4. Il est surprenant et triste que Mihailo Markovic. Ljuba Tadic et Zaga Golubovic, plus tard rejoints par Milan Kangrga, ex-éditeurs de la revue philosophique Praxis, aient pu signer une pétition qui accuse les autorités de « trahison nationale » au Kosovo ou encore de « capitulation » devant le « génocide » des Albannais.

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ARTICLES D'« INPRECOR » SUR LA YOUGOSLAVIE

41-42 du 30 décembre 1979.

75 du 17 avril 1980.

juin 1981.

numéro 164 du 9 janvier 1984.

numéro 181 du 8 octobre 1984.

21 janvier 1985.

205 du 21 octobre 1985 numéro 209 du 16 décembre 1985. qu'il est Croate comme Tito l'était, c'est-à-dire Yougoslave d'abord. Le parallèlisme des évolutions dans les institutions du Parti et de l'Etat confirme cette impression d'un infléchissement centraliste bureaucratique qui impliquera nécessairement conflit avec les Républiques et le sysétait centré sur l'incapacité actuelle du parti à être un facteur d'« intégration » des réalités nationales et de « mobilisation » de la classe ouvrière « contre

Get la perversion de car les organisations du parti « sont elles-mêmes partie prenante de la structure pervertie de l'Etat » (rapport de Zarcovic, président en fonction, cf. Tanjug, 25 juin 1986). Les critiques et les désaccords ont été publics. L'appel à l'unité, au dialogue avec la base, au rejet du dogmatisme et au renforcement de l'autogestion n'ont pas manqué comme expression claire des orientations altersous forme de plate-forme d'analyse, en dépit des désaccords manifestes. La base du parti s'est fort peu fait entendre et le congres a été perçu pour ce qu'il a été : une réunion déclamatoire d'où rien de concret n'est sorti.

En revanche, le congrès a de fait entériné les mesures prises deux jours avant son ouverture : gel des prix et des salaires impliquant une mise sous tutelle globale de l'autogestion et une redéfinition (en cours) des droits constitutionnels de l'autogestion, d'une part, d'autre part, une atteinte au des différentes nationalités. Albanais n'ont, pour une période indéterminée, plus le droit d'acquérir les propriétés laissées par les Serbes et les Monténégrins au Kosovo. C'est faire du Kosovo la propriété privée des Slaves et traiter, au plan légal, les Albanais en citoyens de seconde catégorie.

Par ailleurs, le gouvernement serbe vient d'adopter un amendement au Code pénal de cette République, permettant de considérer comme atteinte à la sécurité de l'Etat des délits jusque-là qualifiés de droits communs (atteinte à la promeurtre), lorsqu'il d'actes contre des personnes de nationalités différentes de celles de

- « Le système yougoslave face à ses impasses », Catherine Verla, numéro

- « Les grandes étapes du système Yougoslave », Catherine Verla, numéro

- « Après les émeutes du Kosovo », Catherine Verla, numéro 104 du 22

- « Débats autour de la nouvelle réforme économique », Catherine Verla,

- « De la rupture avec Staline à l'association avec le FMI », Michèle Lee,

- « Les enjeux du procès de Belgrade », Branko Krizman, numéro 188 du

- « Crise économique et réveil de la classe ouvrière », Michèle Lee, numéro

- « Socialisme, démocratie et l'avenir de la Yougoslavie », Milan Nikolic, criminel. Cette transformation qui n'est qu'en Serbie pour l'instant certains politiciens veuillent qu'elle devienne fédérale) est évidemment aujourd'hui directement destinée à amplifier la répression contre les Albanais.

autant, on ne peut faire de jugement à l'emporte-pièce sur ce qu'est le régime yougoslave. Il y aura des conflits croissants entre les autorités du pays et les nationalistes serbes, comme avec tout mouvement social ou national indépen-

Comment caractériser, en effet, la

« politique nationale » du régime ?

LE RÉGIME YOUGOSLAVE ET SES

QUESTIONS NATIONALES

On ne peut prétendre ici faire une étude exhaustive d'un tel sujet. Nous ne livrerons ici que quelques points de notre

On trouve en Yougoslavie des appréciations radicalement contradictoires du même régime y compris chez d'anciens partisans communistes, pour prendre en exemple des gens qui partagent un minimum de critères communs. Certains ont d'abord perçu la révolution comme une allliance profondément solidaire de toutes les nationalités dans une dynamique de dépassement des points de vue nationaux.

Tel était l'attitude dominante chez les collaborateurs de l'ancienne revue Praxis, qui ont souvent dit que la transformation de la Yougoslavie au cours des vingt dernières années (dans un sens d'accentuation des pouvoirs des Républiques en même temps que des rapports marchands)

a été une trahison des idéaux de la révolution, une façon de flatter le nationalisme riches en renonçant aux principes égalitaires pour ne pas donner à l'autogestion nationalisme, comme le libéralisme économique, a, suivant cette interprétation, été valorisée par le régime pour éviter de réaliser une véritable démocratie ouvrière.

C'est vrai, mais c'est sans doute insuffisant, car c'est ne retenir réforme marchande et des transformations de la Fédération que leur dimension de manipulation bureaucratique. C'est une critique insuffisante et partielle des vices de la planification au niveau régional et national des années 1950, ce qui nourrit en retour l'idée fausse selon laquelle la prise en compte des droits nationaux ne pouvait que s'identifier avec l'extension de la décentralisation marchande. C'est enfin estimer que la question nationale ne survit dans la société post-capitaliste qu'en raison de la bureaucratie.

communistes ont vécu la même révolution naux, comme la possibilité enfin réalisée affirmation des différences dans une certaine union librement consentie. Ils ont donc, à l'inverse des précédents, considéré les vingt premières années du régime, comme une trahison des promesses de la révolution, quoiqu'il ne s'agissa pas des mêmes. Ils ont dénoncé le trop grand centralisme de la planification et la subordination des Etats à la Fédération. Sur ces bases, ils ont pu soutenir de façon acritique le mouvement nationaindépendamment revendications socio-économiques, alors que les intellectuels de Praxis, notamment en Croatie, dénonçaient ce même mouvement. Ce n'est là qu'une indication de la très grande diversité qui existe actuellement en Yougoslavie visions souvent révisées de l'histoire de

Cela renvoie à une vraie complexité de la révolution yougoslave où la question nationale avait plusieurs facettes tout en se combinant aux questions sociales

Toutes les popuYougoslavie, ont eu à souffrir historiquede l'oppression de grandes puissances extérieures (ottomane dans le Sud-Est paupérisé et jusqu'en Serbie ; austro-hongroise en Croatie, Slovénie et Vojvodine). Mais l'entre-deux guerres avait donné à la royauté serbe, forte de son armée, le rôle de relais intérieur de la domination semi-coloniale des capitaux étrangers sur le jeune Etat yougoslave. Les partisans organisés par les communistes yougoslaves allaient donc diriger une lutte de libération nationale et sociale contre la dépendance extérieure et contre l'oppression intérieure perpétrée par la bourgeoisie serbe.

La guerre fut une très sanglante lutte fratricide en même temps que guerre civile. Les oustachis croates liquidaient les Serbes, les musulmans et les communistes croates, pendant que les chetniks, partisans de la royauté serbe, réprimaient les Croates, les Albanais et s'alliaient volontiers avec les fascistes contre les partisans serbes. L'armée populaire de libération dirigée par les communistes fut la seule à regrouper des combattants de toutes les nationalités sur la base d'une structure fédérative et de la promesse d'une libre association des différentes populations dans une Yougoslavie libérée de l'oppression étrangère et de la domination néocoloniale. Mais la structure même d'une telle fédération résultait du compromis entre de multiples intérêts conflictuels.

Les aspirations nationales, dès lors

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Depuis le milieu des années 1960, la penser qu'une approche est erronée, c'est qu'elles se traduisaient sur un plan territorial se heurtaient rapidement à des réa(sauf en Slovénie) et prenaient rapidement un contenu oppresseur contre les minorités locales - une population opprinée pouvant à son tour devenir dominacice et imposer sa culture. La Herzégovine, par exemple, était à la fois revendiquée par les Serbes et par les

Elle a conquis dans le régime post-révolutionnaire un statut de République, reconnaissant la spécificité ethnique des musulmans bosniaques et évitant par là d'avoir à trancher le dilemme d'appartenance entre Croates et Serbes. Mais le mode de fonctionnement du fédéralisme lui-même ne coulait pas de source.

QUEL FÉDÉRALISME ? Au cours des deux premières décenregime, surtout a ses il y eut une politique d'industrialisation accélérée des régions les plus pauvres, qui connaissaient un surpeuplement rural parmi les plus forts en Europe. Une telle politique ne s'est jamais faite en appauvrissant les régions riches, qui ont continuellement amélioré leur niveau de vie, mais en ralentissant leur rythme de croissance par une redistribution fédérale des

La mesure exacte de ces transferts est difficile et les arguments statistiques souvent douteux, car il faudrait prendre en compte une structure des prix globalement défavorable aux régions pauvres qui ont fourni à très bas prix l'énergie et les matieres premières aux autres. Ce qui est important, c'est que les républiques riches, en tous cas leurs représentants, ont constaté qu'on centralisait leurs ressources pour une politique dont l'efficacité n'était pas toujours évidente et avec une insuffisance de débat et de contrôle public. Le caractère trop centraliste et bureaucratique des structures de l'Etat et les mécanismes de la planification ont de fait suscité de très fortes tensions à la fin des années 1950. représentation des Républiques et Provinces s'est transformée - en même temps que le système socio-économique -tendant vers des structures plus confédérales (5). On a favorisé le fonctionnement au consensus, en accordant un véritable droit de veto à chaque République (chacune représentée en nombre égal quelles que soient la taille et la richesse) sur les questions que ses représentants jugent essentielles. Depuis 1968, les congrès républicains élisent leurs représentants avant le congrès fédéral (à l'opposé de la pratique soviétique) et l'encadrement correspond aux nationalités des républiques concernées.

Face à cette évolution, les intellectuels serbes développent aujourd'hui de plus en plus une interprétation très influencée par la vision des anciens partisans du roi (les chetniks) : ils s'appuient sur le fait que le Komintern avait défendu une logique séparatiste dans l'ancienne Yougoslavie pour estimer que l'actuel régime a été le prolongement d'une même ligne anti-serbe au profit des républiques (slovène) et Tito (croate), les deux principaux leaders du régime jusqu'à leur mort au tournant de la décennie 1980, ont été, disent-ils, les artisans d'une transformation volontaire de la Fédération yougoslave au détriment des Serbes : la représentation égalitaire quelque soit le nombre évidemment une surreprésentation des petits et une sous-représenta-

La Serbie est en outre comptée parmi les républiques riches dans la distribution de l'aide, alors qu'elle est restée en-dessous de la moyenne yougoslave depuis la révolution. Les Monténégrins et les Macédoniens ont été différenciés de la Serbie avec leurs propres unités étatiques. Enfin, la Serbie est la seule République dotée de deux Provinces autonomes (Vojvodine et Kosovo) qui ont acquis des droits considérables sur le plan économique et culturel dans la dernière décennie, échappant d'autant à tout contrôle des Serbes, alors que les minorités serbes en Croatie ou au Kosovo n'ont mêmes droits.

Tout ceci est vrai. Mais c'est une sélection de faits qui biaise l'interprétation d'ensemble en ne soulignant ni le caractère hypercentraliste du régime ses débuts, ni la répression des nationalistes croates en 1971, ni le fait que toutes les républiques non serbes sont favorables à l'affirmation de leurs droits, même si elles divergent sur les questions socio-économiques. De façon plus large, cette interprétation isole non seulement la question nationale des questions sociales, mais retient en outre une question comme seul éclairage de ce qu'a été la

Les nationalistes croates procèdent généralement de façon parfaitement symétrique pour dénoncer « grand serbe » du régime. sont tous sujet à interprétation, comme les statistiques ! Mais ce qui permet de qu'elle ne permet pas de rendre compte et d'interpréter de grands conflits et bouleversements que le système a connu. De toute évidence, il est possible d'intégrer ce qu'il y a de vrai à la fois dans les reproches exprimés par les nationalistes serbes et par les Croates. Mais il faut pour cela une vision plus large que la leur pour comprendre un régime qui a d'abord été celui d'un parti et d'un pouvoir politique.

LA DIRECTION COMMUNISTE ET

LA QUESTION NATIONALE On peut en effet difficilement nier la réalité et le progrès des droits nationaux reconnus en Yougoslavie. Mais la question nationale a toujours été traitée de manière fondément sous-estimée, en dépit des critiques du Komintern dans les années 1920, surtout dans la partie serbe souvent en conflit avec les communistes de

Croatie, au profit d'une approche ouvriériste dominante, elle fut intégrée à part entière au programme du parti avant la Deuxième Guerre mondiale. Le droit à l'autodétermination jusqu'à la sécession fut reconnu aux diverses nationalités de la région dans le cadre d'une union fédérative volontaire. Et ceci fut une condition fondamentale pour la victoire des partisans, autrement dit de la légitimité de leur pouvoir. D'où une sensibilité particulière de cette direction, elle-même de composition ethnique hétérogène, aux pressions

Mais c'est le pouvoir politique qui devint l'essentiel. Sa forme nationale et caractéristiques socio-économiques ont été subordonnées à un objectif de préservation et de consolidation de ce pouvoir politique. Les tournants institutionnels furent donc des réponses prag matiques et bureaucratiques à des pres-

Get nationales qui se sont manifestées avec force : il y a eu à chaque concessions, au moins jusqu'au tournant

LUTTES NATIONALES, LUTTES

SOCIALES, LUTTES POLITIQUES global sur la réforme de 1965 tient à ce qu'elle fut à la fois un démantèlement du mode de planification, qui étouffait que les républiques dans les années 1950, et une extension qualitative des rapports marchands favorables aux régions riches et aux couches technocratiques au sein des entreprises. D'où les conflits sociaux et nationaux qui n'ont pas été nécessairement convergents entre 1968 et 1971 et qui ont affecté toutes les républiques, pauvres et riches,

Cela explique les caractéristiques du tournant de 1971 : à la fois coup d'arrêt à l'extension des rapports marchands, renforcement des droits de l'autogestion contre les technocrates, mais aussi après avoir réprimé les nationalistes croates, serbes et albanais, extension des droits des Républiques et des Provinces, pauvres et riches, avec pour contrepartie l'accentuation de la répression politique de tout mouvement indépendant.

Une des caractéristiques de chaque tournant a donc été jusqu'en 1980 -tant que Tito et Kardelj étaient à la tête du régime - d'augmenter les droits locaux sans véritable démocratie politique d'ensemble. C'est la raison profonde qui aboutit à une défense de chacun pour

5. Il faut néanmoins remarquer que, dans le parti, l'armée a le même statut que chacun des partis républicains, avec un représentant au Praesidium, ce qui vient rappeler la réalité fédérale.

6. Ce fut notamment le cas avec le mouvement Croae de 1971. Celui-ci fut réprimé mais ensuite des revendications majeures qu'il avait mis en avant furent accordées (augmentation des pouvoirs économiques de chaque République et de ses banques, notamment dans le contrôle des devises et la gestion du commerce extérieur, renforcement des pouvoirs politiques au détriment de la Fédération).

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concernant les attributions budgétaires exprimées en pourcentages du PMB. Le Produit matériel brut (PMB) représente la totalité des a. Ici « investissement » signifie des investissements dans les activités productives du secteur social b. Les investissements totals ont été désagrégés par région sur la base de la part de chaque région dans les activités productives du

Région Région moins développées 3,380 Bosnie-Herzégovine 1,357 Kosovo 1,056 Macédoine 619 Monténégro 348 Régions plus développées Croatie Serbie Slovénie Vojvodine Yougoslavie Source : calculé secteur social. c. Comprend une part anticipée de 307 Aujourd'hui, une série de points d'interrogations planent sur la Fédération yougoslave. Comment vont se combiner les tensions nationales avec la montée des grèves face aux nouvelles mesures d'austérité ? Les luttes nationales et sociales en Yougoslavie passeront-elles par l'éclatement de la Fédération qu'une logique sécessioniste favoriserait le développement de réponses socialistes à la crise actuelle ?

Le cas du Kosovo, pour les raisons évoquées précédemment, doit être traité à part. Si la répression contre les Albanais s'accentue encore et que par là même s'accroît la difficulté de lutter pour l'amélioration de leur sort dans le cadre yougoslave, une logique sécessionniste dans les pires conditions de guerre civile s'imposera. Il est de la responsabilité de la gauche yougoslave, serbe en premier lieu, de se battre pour la libération de tous les prisonniers politiques albanais tout en rejetant la violence entre nationalités, de réclamer l'ouverture de négociations avec le régime albanais pour améliorer en commun la situation nationale et sociale de la population albanaise toute entière, tout en préservant les droits - et non les privilèges — des minorités slaves qui vivent dans cette

Dans l'ensemble, l'éclatement actuel de la Fédération yougoslave serait négatif mais ne peut être combattu sans démorenforcerait l'emprise d'un cours stalinien sur les régions pauvres. Il créerait davantage de problèmes qu'il ne pourrait en résoudre entre Serbes et Croates répartis sur un territoire qui recouvre la Serbie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Il soumettrait davantage les régions riches à l'emprise des multinationales et favoriserait globalement la remise en cause des droits autogestionnaires qui légiti-

1,465

6,618

5,513

824

2,146

1,322

132 2,200 (c) 2,068

383

1,515

1,132

126

757

631

5,153

1,780

1,528

1,152

693

6,618 secteurs productifs et des services directement liés à la production.

milliards de dinars.

ment encore les luttes ouvrières.

les courants et manifestations nationalistes n'ont pour l'instant exprimé de revendications visant, ne serait-ce que dans leur république, une effective démocratie nationale et sociale, garantissant notam-

? Et croit-on de leurs droits et de leurs cultures et permettant à l'autogestion ouvrière d'avoir une réalité. Aussi devons-nous très clairement distinguer le soutien tre, la naux rétrogrades qu'il faut combattre.

Les idées séparatistes chemin au cours de la dernière décennie.

Jusqu'à quel point dans la classe ouvrière ? Des enquêtes sociologiques n'ont tout dence de tels sentiments peut jouer censure enquêteurs que des enquêtés, sur un

Les grèves, breuses en Slovénie et en Croatie dans le passé et aujourd'hui, n'ont jamais laissé apparaître de revendications nationalistes, même à l'époque du grand dévelop pement du mouvement croate, en 1968-

1971. Les conflits étaient tournés dans leur immense majorité contre les directions locales d'entreprises. Et dans la période récente, elles sont centrées sur les questions de niveau de A. Udry). Mais ces luttes ont été jusqu'alors courtes et locales, d'ailleurs parce qu'elles étaient efficaces en restant courtes et locales.

des explosions plus larges et plus longues ou un mécontentement politique ne prendraient pas une forme d'expression nationaliste aujourd'hui.

manifestations sportives ou artistiques, le

Transferts et sommes

Proportion de sommes nettes reçues par tête nettes reçues d'habitant dans l'innes-

(dinars)

tissement (a)

9,3

1,127

23,5

5,2

683

11,1

34,5

2,287

71,7

7,4

1,012

27,0

12,9

1,774

27,3

10,2

11,1

- 10.7

- 9,2

- 9,4 par la Banque mondiale sur la base de données publiées sur le Produit matériel brut (PMB) et de dispositions légales

Nulle part, dans aucune république, ment aux autres nationalités le respect droits aux nationaux, le droit d'expression de tous les points de vue, d'une part, et, de l'aumontée des chauvinismes natioont fait leur l'autogestion, sont-elles populaires jamais mis en évi-

- mais l'autotant du côté des de vie (cf. l'article

Rien ne permet d'en conclure que

A l'occasion

Propor- Investissements production d'in-tifs dans le secteur social vestisse -ments Par tête Pourcentage totals d'habitant de la moyenne dans le (dinars) (dinars) yougoslave PMB (b) 38,3 2,836 84 39,3 3,022 89 51,0 2,112 62 28,2 2,420 71 47,3 4,605 136 26,8 3,702 109 25,4 3,582 106 25.4 2,672 79 31,8 7,069 208 25,8 3,756 111 29,4 3,392 100 chauvinisme populaire éclate de plus en plus fréquemment, notamment dans la jeunesse. La force de solidarité des oupour contrer tout ce qui dans la période écoulée depuis la révolution a atomisé la classe ouvrière, l'a compartimentée socialement et culturellement ? Qui peut le savoir ?

On assiste sans doute à une nouvelle période dans l'histoire du régime yougoslave. Pressée par le Fonds monétaire international (FMI) et les créanciers occidentaux, avec une dette extérieure qui reste supérieure à 20 milliards de dollars, la direction yougoslave s'efforce d'imposer une recentralisation mique qui se heurte frontalement aux droits acquis par les Républiques et par inscrits dans la Constitution de 1974. Il est difficile de savoir scénario des modifications introduites et des réactions.

La remise en cause des droits constitutionnels de l'autogestion sur la fixation des prix et des revenus pourrait-elle provoquer une révolte ouvrière (dont la dynamique serait alors l'unification fédérale des luttes) ? Tout dépend des mesures socio-économiques qui accompagneraient éventuellement de telles modifications. Si, comme le nouveau Premier ministre l'a annoncé, il s'agit d'imposer aux travailleurs une austérité acrue pour « dégager des ressources pour l'exportation », l'explosion sociale peut être massive et transcender les frontières nationales. Si tel était le cas, on ne pourrait exclure que, face à de tels mouvements, une militarisation du régime par des courants à la fois centralistes et égalitaristes dans leur programme social ait lieu. La montée de la pauvreté pourrait donner un certain soutien populaire à une telle issue, mais mettrait sans doute la Fédération au bord de l'éclatement.

La remise en cause des droits des

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N août 1986, un torrent de grèves ouvrières a déferlé sur la Yougoslavie. Répondant à un journaliste de l'hebdomadaire Nin, de Belgrade, qui lui demandait pourquoi il faisait grève, un ouvrier déclara avec déception : « Dans un pays où la classe ouvrière est au pouvoir, elle se doit de lutter pour surviure. » Survivre, c'est d'abord défendre un pouvoir d'achat fortement attaqué par une inflation galopante.

Sous la houlette du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement de

Branko Mikulic a inscrit comme priorité à son programme, outre ladite lutte contre l'inflation, l'augmentation des exportations. Ne remarque-t-on pas avec ironie, dans l'hebdomadaire Danas, que « durant la guerre, on s'orientait en examinant la mousse sur les arbres. Puis on s'est orienté en regardant vers le socialisme, et aujourd'hui on

Républiques et la très grande impopularité des nouveaux cadres censés les représenter peuvent provoquer des explosions nationalistes où pourrait s'engouffrer le mécontentement social.

Au cours des quarante ans passés, la Yougoslavie a expérimenté de multiples combinaisons de plan, de marché et d'autogestion. Au point que la désillusion est profonde envers l'autogestion elle-même. La détérioration du climat idéologique dans la jeunesse est à la mesure de la crise profonde que connaît la LCY. Pourtant, le passé et ses acquis ont laissé des traces. L'expression massive d'un mécontentement ouvrier pourrait être un catalyseur de forces éparses dans et hors de la LCY. Des manifestations (notamment sous forme de pétition) et comités en défense des libertés démocratiques chez les intellectuels ou contre la censure parmi les journalistes se sont multipliés. L'Académie des Sciences de Serbie a récemment pris position en tant que telle pour des élections libres. Un ample document signé par de nombreux intellectuels vient d'être remis à l'Assemblée nationale, centré sur la démocratisation de la Constitution et le respect des droits.

Certes, la dimension nationaliste des initiatives serbes oblige à la prudence du jugement : il semblerait que, parmi les revendications exprimées, la question du statut autonome des Provinces de Vojvodine et du Kosovo soit en cause. Il est également certain que des anticommunistes sont souvent partie prenante de ces mouvements pour les libertés, sinon à leur initiative. Mais nous devons les juger sur leur programme. Des fronts unis très larges, comme la Charte 77 en Tchécoslovaquie, sont nécessaires dans les pays de l'Est et en Yougoslavie dans la lutte pour les droits démocratiques. Encore faut-il qu'ils défendent effectivement les droits de toutes les nationalités et ceux des travailleurs, condition que l'on vérifiera à l'épreuve des faits.

Il est tout à fait possible que la multiplication des initiatives publiques en défense des libertés dans la période récente en Yougoslavie ait été et soit un stimulant pour l'expression grandissante du mécontentement ouvrier. Quand les travailleurs des chantiers navals de Dalmatie sur la côte croate se mettent à leur tour à faire, comme cet été, des « lettres ouvertes » réclamant un débat public sur la crise économique et les réponses à y apporter, ils font un acte politique d'une très grande portée. Les grèves éclatées vouées à l'impasse, l'autogestion atomisée également. C'est la cohérence d'ensemble du système, ses critères de production, ses besoins prioritaires, ses possibilités de garantir une association libre des diverses nationalités dans un projet commun qu'il faut discuter. Et, comme le disait la lettre de ces travailleurs, il faut le faire « au grand jour ». Pour cela, il faut le droit d'expression de tous les points de vue en présence.

Catherine VERLA, 27 octobre 1986.

s'oriente en lorgnant vers les exportations ». A. UDRY

Des grèves en Yougoslavie, ce n'est pas nouveau. En revanche, leur forte accélération, leur forme et leur durée, le contenu de leurs revendications, l'originalité. La presse yougoslave parle de « situation de conflit » ou « d'absence du travail ». Elle n'utilise pas le mot de grève.

Dans les divers textes constitutionnels et légaux, la grève n'est pas interdite. Elle n'est pas non plus permise ! Reconnaître explicitement le droit de grève souligner l'existence conflits d'intérêts socio-politiques traversant la société yougoslave. Or, le pouvoir des salariés y est censé s'exprimer à tous les niveaux du système d'autogestion. Ainsi, le quotidien Politika est amené à avouer : « Parmi les problèmes ouverts dans notre société reste cette insistance à ne pas reconnaître la grève comme un fait réel de notre vie » (1). Le mutisme de la

CARINC

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