Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

La crise, l'ouvrier et le robot

· Inprecor n° 231, 1er décembre 1986 · p. 10-16 · 7 470 mots

France Japon et Corée

FRANCE sies, mutations industrielles, ces numéro 212 du 3 février 1986) et des modifications en profondeurs de la structuration de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier tel qu'il s'est forgé pendant des décennies en Europe capitaliste. Michel MOREL

Il est nécessaire de faire le point sur l'évolution de la classe ouvrière depuis les années 1960 avant d'examiner les effets des nouvelles technologies, des nouvelles méthodes de travail, des conséquences du développement de la robotique au sein des entreprises.

ÉVOLUTION STATISTIQUE DE LA CATÉGORIE OUVRIERE Nous nous appuyons pour cela sur les statistiques officielles des catégories socio-professionnelles de l'Institut national des statistiques et des études économiques (INSEE), même si elles ne correspondent pas à notre classes sociales.

Ouvriers dans la population active (en %) 1968 1975

Hommes 44,9 45,4

Femmes 21,9 22,4

Ensemble 36.6 36,5

Employés dans la population active (en %)

Hommes 9,2

Femmes 25,1

Ensemble 15

Le tableau 1 montre une légère croissance de la catégorie ouvrière au sein de la population active de 1968 à 1975, puis un retournement de tendance jusqu'en 1981. La croissance se maintient de 1968 à 1981 en ce qui concerne la catégorie employés (1).

De 1982 à 1985, la catégorie ouvrière décroît régulièrement. 31,84 % à 29,8 %. La catégorie employés reste stable avec toutefois une légère progression. Elle passe de 25,77% à 26,01 % (2). Ces chiffres indiquent une évolution qui est à la fois le produit de la crise, de la nouvelle division internationale du travail où l'on assiste à un déplacement de certaines branches industrielles vers les pays en voie de développement, et de la politique dite de modernisation industrielle des gouvernements socialistes de Pierre Mauroy et Laurent Fabius.

(RISE économique, introduction de nouvelles technolodifférents facteurs entraînent des effets sociaux considérables (cf. Inprecor

Ce processus présente des traits communs à tous les pays ploi) passent de 6 914 160 en 1962 développement vont entraîner de délimitation des munications, à la Sécurité sociale.

industrielles illustre la diminution

1981 été les plus fortement touchés.

44,7

19,1

34.8 plus du quart de leur effectif entre 1976 et 1983

Extraction du fer

9,8

Extraction non-ferreux

29,4

Sidérurgie

17,5

Machines-outils

Fibres artificielles

Textile

Navigation intérieure

Construction navale

Industrie du cuir exemple, industrie décisive en France, il est intéressant de

Elle passe de citer cet extrait d'une étude de l'INSEE, effectuée en 1984, employés dans l'automobile ont connu une rapide croissance jusqu'en 1974, en liaison avec l'expansion de la production.

Pour la branche automobile, les effectifs ont progressé de 347 000 personnes en

1968 à certaine régression en 1975, le maximum a été atteint en 1978 (509 000 emplois)

avant d'aborder une période de rapide régression, avec moins de 430 000 personnes, en descun.

tion syndicale et politique de la classe ouvrière.

En chiffres bruts, les effectifs de la population ouvrière (actifs ayant un em-

1982. Dans le tertiaire où sont concentrés la majorité des employés, la modernisation est en cours. Le de la bureautique et la rationalisation du secteur des services d'emplois. On assiste au début de cette politique dans les banques (modification des rôles et place du secteur bancaire dans les nouveaux marchés monétaires et financiers, mise en œuvre des nouvelles technologies). Des dizaines de milliers de suppressions de postes sont planifiées dans les services, les Postes et télécom-

L'évolution de l'emploi par branches catégorie ouvrière globale. Ce sont les secteurs industriels traditionnels qui ont augmenté de en valeur absolue en %

5 913 - 61,7

- 37

1 609

60 670

- 36,4

21 462

- 27,5

12 472

- 61,4

103 645

28,3

1 127

35,1

15 657

- 25,8

11 393

- 25

Pour la branche automobile importance

: « Les effectifs

La catégorie le, etc.

modifiées en 1982.

489 000 en 1974. Après une pour descendre en 1983, industriels et, bien sûr, des spécificités nationales liées à l'histoire de cha-

L'article que nous publions ci-dessous, contribution à une réflexion qui doit se poursuivre, analyse ce bouleversement tel qu'il se présente en France ; le laminage des secteurs traditionnels de l'industrie, la mise en place des nouvelles stratégies patronales dans l'entreprise et leurs conséquences sur l'organisasous du niveau atteint en 1971 (...) Par assiste à une amélioration lente de la qualification moyenne du personnel travaillant dans cette industrie ;

réductions d'effectifs des dernières années ont surtout concerné le personnel peu qualifié, alors que le flux d'embauche de personnel qualifié, (techniciens formés à la robotique, à la conception assistée par ordinateur...) subsistait ».

Ces commentaires soulignent le lien existant entre les conséquences de la crise et celles de la modernisation technologique du processus de production. L'automobile est l'exemple même du cumul de

Les restructurations s'opèrent également de façon géographique. Les régions ont subi la crise de façon différenciée.

Grossièrement, l'évolution de l'emploi coupe la France en deux, suivant un axe qui sépare les régions de l'Ouest et du

Sud, où l'emploi masculin et féminin a

1974 à 1980, des régions du Nord et de l'Est (à l'exception de l'Alsace) où l'emploi masculin a diminué et l'emploi féminin augmenté plus faiblement que dans les autres régions.

Cette coupure, bien sûr, aussi stricte. Des zones d'affaissement de l'emploi se retrouvent dans toutes les régions de France et les pôles de conversion parsèment les quatre coins de

Quelle est la tendance concerne l'évolution des effectifs salariés, toutes catégories confondues, selon la

1. Les statistiques citées sont celles de l'Institut national des statistiques et des études économiques (INSEE). Elles ne peuvent être prises à la lettre, mais indiquent des tendances.

ouvrière de l'INSEE est évidemment sujette à débat. Elle reflète bien, cela dit.

le poids des secteurs traditionnels de la classe ouvrière, métallurgie, mines, construction nava-

2. Les nomenclatures de l'INSEE ont été

Les employés incluent à cette date les personnels des services. Les chiffres cités pour la catégorie ouvrière concernent les actifs ayant un emploi.

3. Les pôles de conversion mis en place par le gouvernement Mauroy sont des zones où les qui veulent s'implanter bénéficient notamment d'exonérations fiscales.

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taille des entreprises de 1968 à 1980 ?

La proportion des salariés qui travaillent dans des petites et moyennes entreprises s'accroît incontestablement depuis

Les entreprises de 1 à 9 salariés regroupaient 28,9% des effectifs en 1968, 26,3 % en 1973 puis 30,2% en 1980. Les établissements moyens (de 20 à 199 salariés) représentaient 37,4 % des effectifs salariés en 1968, 37,9 % en 1973 et 38,5 % en 1980. La catégorie « moins de 200 salariés » rassemblait donc 64,2 % des effectifs en 1973 contre 66,3 % en

Les entreprises de 200 à 500 salariés regroupaient, elles, en 1968, 14,2% en 1973 et 13% en 1980. Enfin, les établissements de 500 personnes et plus représentaient 20,1 % des effectifs en 1968, 21,6 % en 1978, puis

Cette tendance ne s'est pas démentie depuis. Selon une étude de l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), branche français (CNPF), les établissements de plus de 500 salariés n'occupent plus que 16% des effectifs tandis que ceux de moins de 50 salariés en employent envicertains groupes rationalides unités de production, petites ou moyennes, et rassemblent leur production dans un seul site. Peugeot est une bonne illustration. Le groupe ferme l'usine de La Rochelle et agrandit le site de Sochaux. Les effectifs de Peugeot-Sochaux n'en sont pas moins en réduction absolue. Ils sont passés de 37 000 en 1974 à Certes, ils resteront supérieurs à 10 000 une grande concentration ouvrière.

Get que l'ensemble du groupe, suit la même tendance. Ces restructurations pèsent très lourd dans les entreprises et les régions immédiatement concernées.

L'évolution que nous venons de décrire appelle quelques remarques.

L'inflexion dans la composition et la structuration de la classe ouvirère se fait essentiellement dans le milieu des années 1970. C'est à ce moment que la tendance à la croissance de la catégorie ouvrière parmi les salariés s'inverse. C'est approximativement à la même période que l'augmentation du nombre des salariés travaillant dans les petites entreprises s'affirme tandis que diminue l'effectif de ceux travaillant dans les grands établis-

UN MOUVEMENT OUVRIER Ces évolutions ne peuvent être mécadécoulent également des nouvelles formes de la division internationale du travail et de la mise en place des récentes stratégies patronales. Celles-ci redessinent le tissu industriel et social. L'objectif est de multiplier les petites unités de production, d'assurer une liaison de sous-traides multiples petites et moyennes entreprises (PME) avec l'usie mere cette dernière pouvant elle-même être pée en plusieurs unités de taille réduite.

C'est là une des causes de la crise du mouvement ouvrier organisé, car cette restructuration affecte le tissu même. La perte d'influence et de pression organisées des partis et syndicats ouvriers y est sensible.

La diminution des emplois industriels est globale. Les secteurs traditionnels sont ! les plus touchés : la sidérurgie, les mines, les chantiers navals, le textile, la métallurgie, la mécanique, ce sont bien sûr les régions où ces industries étaient implantées de longue date qui sont les premières et les plus durement touchées ce qui s'accompagne d'importantes questions politi-

Une région peut être mise à genou et perdre pour un moment, voire à jamais, son rôle de phare dans les luttes de la classe ouvrière. C'est le cas de la sidérur-

On assiste bien à un affaiblissement des forces de la classe ouvrière industrielle traditionnelle, telle qu'elle est organisée depuis des décennies et forgée dans l'expérience des luttes. Elle a été frappée directement dans son cœur historique. On peut aisément percevoir les conséquences immédiates qui découlent de ces modifications dans le domaine de la transmission de sa mémoire des luttes et de son organisation.

L'ensemble du mouvement ouvrier traverse une crise profonde qu'on ne peut réduire ni à une simple question d'orientation politique, ni à un pur produit de l'évolution profonde de la structuration de la classe ouvrière. Il est important, afin de ne pas se tromper sur les moyens de résoudre la crise du mouvement ouvrier, de mesurer exactement ses modifications.

d'une fédération syndicale de ne tient pas seulement à l'orientation et à la pratique de celle-ci.

bien évidemment, des orientations erronées renforcent les effets dévasrestructurations dans une La croissance se maintient globalement jusqu'à aujourd'hui. Elle perpétue la modification de l'équilibre précédent entre les ouvriers du productif, et les « ouvriers du tertiaire », Mais ces derniers ne tarderont pas cependant à subir, comme les « cols bleus », les de la mise en place de nouvelles technologies, qui entraîneront dans les mois et les années qui viennent, des sup pressions d'emplois dans les deux secteurs.

CLASSE OUVRIERE OU PAS ? Souligner et mettre en relief la diminution de la catégorie ouvrière amènent souvent les observateurs pressés à faire disparaître entièrement la classe ouvrière. Montrer les restructurations profondes subies par la catégorie ouvrière et le laminage ou la quasi disparition de branches traditionnelles, sidérurgie, mines, channavals peut renforcer cette im pression. C'est, à notre avis, une conclusion superficielle.

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dans le rétrécissement de la catégorie Heller, Economie et statistique, juin 1985.

D'abord, la catégorie ouvrière, au sens où l'entend l'INSEE, même si elle se réduit, représente toujours environ un tiers de la population active globale. Elle reste également la partie la plus importante de la population active selon les statistiques officielles, avant les employés (20 % environ) et les cadres moyens (15 % environ). Conclure à sa disparition relève donc du tour de passe-passe habituel des idéologues de temps de crise.

Les catégories cadres moyens, employés, ouvriers, personnel de service, additionnées, représentent 75% de la population active. Les patrons de l'industrie et du commerce, les professions libérales et les cadres supérieurs ne regroupent en tout qu'environ 15 % de la population active.

Enfin, il faut insister sur l'élargissement des catégories salariés productifs, ou encore directement responsables de la production au travers de la robotique qui se diffuse. Tout l'équipement (programmes, logiciels) nécessaire au fonctionnement du matériel informatisé ne peut en effet être mis au point que par l'homme et réalisé par ceux que nous nommerons de manière très schématique

« informaticiens ». C'est une vivant indispensable au sein d'un processus où les robots et autres prennent une part croissante. constatation se vérifie a fortiori dans les industries de process comme la chimie, les raffineries, les centrales nucléaires, où l'essentiel du travail nécessaire est déjà en bonne partie réalisé au moment de la mise en marche des installa-

Dans des catégories telles que les cadres moyens, les tâches de contrôle et de surveillance directe de la production de discipline et d'encadrement. Cette évo-

Best renforcée par les nouvelles méthodes de travail, qui ont succédé au taylorisme et tentent de faire prendre en charge tout ou partie du contrôle de leur travail par les ouvriers eux-mêmes (cercles de qualité, groupes d'expression). Nous reviendrons plus loin sur cet aspect. La catégorie ouvrière productive s'élargit en même temps que les tâches de production se compliquent et nécessitent une qualification accrue. On assiste bien à une profonde modification de la composition de la classe ouvrière, de sa structure, et non à sa disparition ou sa dissolution.

ROBOTIQUE ET EMPLOI

Les premiers effets sur l'emploi de la modernisation du processus de production s'ajoutent aux effets directs de la

La structure de l'emploi dans la branche automobile en est un bon exemple. De 1970 à 1980, la proportion des ouvriers spécialisés (OS, ouvriers qualifiés) dans le total des ouvriers de la branche passe de 69% à 58%, alors qu'elle diminue de 51 % dans l'ensemble de l'industrie pour la même période.

Mais les pertes d'emplois ne dépendent pas du nombre de robots présents dans les entreprises. Le chômage massif que nous subissons dans les pays industrialisés n'est pas un chômage technologique, fatal, inévitable, dû à un prétendu progrès. Les pertes d'emplois sont déjà là massives, en 1974, 1978, 1980, alors que les robots sont encore très peu nombreux.

Robots pour 10 000 salariés dans l'industrie

1974 1978 1980 1981

Suède 1,3 13,2 18,7 29,9

Japon 1,9 4,2 8,3 13,0

RFA 0,4 0,9 2,3 4,6

Etats-Unis 0,8 2,1 3,1 4,0

France 0,1 0,2 1,1 1,9

Royaume-Uni 0,1 0,2 0,6 1,2

Source : L'Observateur de l'OCDE, nu-

La progression annuelle du nombre de robots mis en service dans chaque pays est cependant importante. Entre 1981 et 1982, elle est de 37% au Japon, de 52% en Allemagne, de 62% au Royaume-Uni et de 20 % en France (4). Les conséquences en terme de suppressions d'emplois vont donc s'accroître avec un effet démultiplié à partir des années 1980.

Les robots ne sont par ailleurs que les automatismes les plus sophistiqués d'un vaste processus. L'informatisation comporte des moyens divers et variés. secteurs de travail est multiforme et les conséquences sur l'emploi aussi.

On estime ainsi que la mise en place des robots industriels dans les entreprises japonaises a permis de doubler la production sans augmenter la main-d'œuvre. La micro-électronique, développée dans tous les secteurs en Allemagne fédérale, serait responsable d'un taux de chômage atteignant les 12% en 1990 contre 4 % si ce développement n'avait pas lieu. L'informatique en général aurait supprimé 670 000 postes de travail en Angleterre entre 1954 et 1980 (5).

Précisons encore que nous ne somdébut de ce processus. France, les machines-outils à commande numérique (MOCN) devraient être nombre de 20 000 en 1990, on en comptait 10 000 en 1985 et 5 800 en 1980. Il y avait 1000 robots en 1985, on en à la même époque y avoir 2 000 postes de conception assistée par ordinateur (CAO) contre une centaine en 1980 et 460 000 terminaux d'ordinateur, quatre fois plus qu'en 1980.

A l'exception des ouvriers qualifiés dans l'électricité, l'électronique et les services, toutes les autres couches ouvrières sont et seront touchées par le développement de l'informatique Les catégories en hausse seront par contre les surveillants des installations, les techanalystes, les opérateurs.

Les effets de l'informatisation vont donc se cumuler avec ceux de la crise ouvrière au sens traditionnel. Il convient d'insister sur le fait que les nouvelles technologies se développent dans le cadre de la crise.

CRISE, CHOMAGE, SOCIÉTÉ DUALE

Il existe maintenant, depuis plusieurs années, un volant de chômeurs à l'effectif stable. Nul ne se hasarde, parmi les porte-parole officiels du monde politique ou des cercles économiques, à en pronostiquer une diminution rapide. Ceci a bien évidemment des conséquences immédiates en terme d'accélération de la dégradation des conditions d'emplois, de suppression des garanties et des droits arrachés par des décennies de luttes ouvrières (les quarante heures, les lois du travail, tout ce qui constitue les acquis de 1936). On assiste au démantèlement des protections réglementaires et juridiques dans le travail et à l'extension du travail précaire, des contrats à durée déterminée, du traà temps partiel, au développement de l'intérim, tout ceci corrélativement stabilisation du chômage à un haut niveau. L'acceptation du travail temps partiel s'accroît dans toutes les 46 % des hommes et 60 % des femmes actuellement au chômage sont prêts à se

Certains strateges de la bourgeoisie jugent le moment opportun pour justifier la mise en place d'une société duale, c'est-à-dire une société où la classe ouvrière serait divisée en deux, une partie étant condamnée à vendre sa force de travail sans bénéficier des garanties dont pourrait disposer l'autre. Les travailleurs affectés aux tâches« nobles » de la production industrielle, dans les entreprises et les groupes les plus importants et les plus avancés technologiquement, ne connaîtraient pas l'angoisse permanente de la perte de leur emploi ou bénéficieraient des garanties de protection en cas de licenciement, conversion-reconversion, reclassement, aux indemnisations. Les travailleurs qui n'auraient pas les moyens d'accéder à statuts seraient maintenus dans des particulièrement flexibles et précaires avec une protection sociale réduite à minima.

Le passage d'une catégorie à l'autre resterait évidemment toujours possible dans l'esprit de ceux qui présentent cette société à deux vitesses comme un moyen d'affronter la crise. Le chômage constituerait en quelque sorte un réservoir des travailleurs sans statut et une transition possible entre un état et l'autre.

C'est un éclatement social prolongé, stabilisé que proposent comme solution à la crise les défenseurs d'une société à plusieurs vitesses, qu'on la nomme duale ou d'une autre manière, l'expression et les différentes variantes importent peu.

4. Cf. La robotique, Benjamin Coriat, éd. La découverte-Maspero.

5. Cf. L'informatisation et l'emploi, Olivier Pastré, éd. La découverte-Maspero.

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Dans ce sens, les statuts du travail au Japon sont un modèle de société duale. Chacun sait que l'organisation du travail, dans ce pays sert de référence au patronat français en mal de modernisme. Le tiers de la population ouvrière japonaise est constitué de travailleurs qui bénéfi cient globalement d'une garantie de l'emploi à vie au sein de l'un des quelques grands groupes industriels qui dominent l'économie de ce pays, même ce type d'acquis est également remis en cause aujourd'hui. Les deux tiers restant sont, eux, soumis aux statuts les plus flexibles qui soient : de la semaine de 60 heures au temps semaine sans garantie de l'emploi.

Si l'on examine les droits des salariés en France, ce sont les acquis de 1936 qui représentent une tendance à l'égalisation des conditions de travail complétés par le produit des luttes des années 1960 et 1970 : augmentations de salaire égales pour tous, déroulement de carrière assurant le passage de l'OS au poste supé-

Cette tendance s'inverse sous la pression de l'offensive de la classe dominante, depuis plusieurs années, a fortiori parce que ce sont les secteurs de la classe ouvrière traditionnelle les mieux organisés qui ont été laminés dans les batailles récentes, alors que leurs acquis sociaux au cours de décennies de luttes profitaient à l'ensemble de la classe.

La mise en place d'une société à plusieurs vitesses suppose la suppression de ces acquis, des lois et des règles qui tendaient à égaliser les statuts des travailleurs.

Le patronat introduit même certaines méthodes d'exploitation, expérimentées dans les entreprises et les groupes qu'il possède dans les pays dits du « tiersmonde ». La prolifération des zones frandans les pays industrialisés en est un bon exemple. Celles-ci sont des lieux où les lois qui s'appliquent pour les patrons et les travailleurs sont différentes de celles qui ont cours sur l'ensemble du pays. Pour mémoire, rappelons qu'en France, les zones franches sont abolies depuis Colbert au 17e siècle !

Enfin, le développement des nouvelles technologies agrandit le fossé entre deux catégories de travailleurs : ceux qui savent les utiliser et ceux qui sont exclus de l'apprentissage, de leur maîtrise, en premier lieu les OS. Par un curieux retour en arrière, cette division peut tendre à effacer l'une des conséquences du taylorisme. En effet, ce dernier mit en avantages que possédaient les ouvriers de métiers qui maîtrisaient le savoir-faire nécessaire à la production d'un bien aux dépens des simples ouvriers. La mécanisation, le travail à la chaîne ouvraient les portes des usines aux

La maîtrise des nouvelles technologies peut réinstaurer cette coupure entre ceux qui ont la qualification nécessaire et ceux qui ne l'ont pas, tendant ainsi à les rejeter du procès de production.

L'ensemble de ces facteurs concoure à créer de nouvelles divisions au sein de la classe ouvrière. Tous ces éléments diffèrent

FLEXIBLE MOLLE ... de ceux qui marquaient les divisions de la classe ouvrière dans les années 1950 et 1960. La division de la classe ouvrière pas en soi un probleme nouveau. Elle n'a jamais été une et unie. Mais on aujourd'hui à une division sous des formes nouvelles.

Importer le modèle d'organisation du travail japonais a évidemment des limites. Le patronat nippon explique d'ailleurs à ses collègues occidentaux qu'ils doivent adapter et non pas copier leurs méthodes. Les rapports des classes ouvrières française et japonaise au travail sont en effet pratiquement inverses : un tiers de statuts stables et deux tiers de statuts précaires au Japon, ce qui est l'image contraire de celle de la France. Le patronat français est donc loin d'avoir déjà gagné cette bataille de la société duale.

NOUVELLES TECHNOLOGIES :

QUALIFICATION ET EXCLUSION

Quel rôle joue précisément le développement de la robotique dans les divisions au sein de la classe ouvrière ?

Le robot, la machine programmable ont la capacité d'intégrer tout ou partie de la qualification et du savoir-faire de l'ouvrier. Ils peuvent ainsi supprimer des postes de travail pénibles et répétitifs tenus par des ouvriers qualifiés ou non. Ils peuvent aussi complètement transformer les tâches et la fonction d'un ouvrier professionnel, de la mise au point, du réglage et de la mise en action de la machine, au de la bonne marche du prode fabrication qu'assure l'inforOn peut parler d'une certaine déquapuisque les capacités détenues et maîtrisées auparavant par l'être humain sont maintenant mises en œuvre par une machine. Mais, l'homme demeure indis-

JAVAiS CRÉÉ

UN ATELIER CEST DEVENU UNE MACHiNE

• SURRÉALISTE!

кепенох

pensable à la mise en marche, à la surveillance et à l'entretien de la machine.

Pour exécuter ces nouvelles tâches, l'OS dont le poste de travail est supprimé, l'ouvrier professionnel (OP) qui voit le sien profondément transformé devront, l'un comme l'autre, passer par l'apprentissage de l'informatique. Il s'agit bien d'une qualification ou requalification indispensable. Même si les termes de l'apprentissage peuvent être discutés, ce n'en est pas

June qualification rapport aux connaissances précédentes.

Cet accès à la formation informanouvelles technologies peut son champ de travail, de surveillance, de contrôler au sein de l'entreprise d'un à plusieurs postes de travail liés l'un à l'autre par les automatismes mis en place. En même temps, elle peut ouvrir un vaste champ à la recherche d'une formation individuelle. La vogue actuelle des ordidomestiques en est une bonne Quelles sont les conséquences pratiques de la mise en place des robots dans une entreprise ? Prenons un exemple. Une ligne de soudage par robots supprime dans une usine automobile 70 emplois de soudeurs. Simultanément, elle crée 4 postes d'opérateurs, 2 de maintenance, entretien, réparation et 1 de manutention. On mesure ainsi le nombre d'ouvriers chassés de leur emploi par la robotique.

Le robot est encore l'outil informatique le moins répandu. La machine-outil à commande numérique est plus commune. Sa mise en place entraîne déjà des modifications substantielles dans l'organisation d'un atelier. L'essentiel des suppressions de postes s'opère au bureau des méthodes, dans l'encadrement, les métiers de l'atelier (tourneurs, fraiseurs), les régleurs de machines, les dessi-

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production industrielle, qui prend le des salariés sur le lieu de travail (est) le nateurs et les traceurs, les peintres, les fondeurs...

En revanche, le fonctionnement et l'entretien des machines outils à commande numérique impliquent la création de postes d'ingénieur-calculs, d'opérateur, de programmeur, de contrôleur et de surveillant opérateur, de régleur et de conducteur de machines à commande numérique qui nécessitent tous une connaissance et une pratique de l'informatique (7).

L'installation des équipements automatiques sera, sous certaines conditions, synonyme de promotion interne pour une partie des salariés de l'entreprise concernée. A l'extrême, les ouvriers professionnels sélectionnés dans l'entreprise pour recevoir la formation de conducteur ou d'opérateur-contrôle sur une unité automatisée, pourront voir leur statut se rapprocher de celui des techniciens de la pro-

A l'inverse, le processus d'exclusion s'aggrave pour beaucoup.

particulièrement ceux de l'enseignement technique court issus majoritairement des classes popunouvelles technologies ne rerien une ouverture. Les certificats et brevets professionnels (CAP et BEP) donnent souvent une qualification obsolète, sans même parler de ceux qui quittent l'école sans aucun diplôme. De plus en plus, les entreprises employent des jeunes qui ont un niveau fin détudes secondaires ou plus, à des postes qui n'exigent pourtant pas automatiquement une telle qualification. Cette tendance à la surqualification-déqualification est renforcée par le chômage d'un tiers des moins de vingt-cinq ans.

Enfin, les nouvelles technologies renforcent la ségrégation sociale. Les enfants des couches moyennes se familiariseront d'autant avec la micro-électronique qu'elle peut être présente au foyer, ce n'est guère le cas de bien des foyers populaires, ce qui entraîne un handicap de plus pour les enfants issus de ces milieux. Ces quelques remarques indiquent quel est l'enjeu de la bataille sur la formation profession-

CRISE DU FORDISME Analyser ce qu'on peut nommer la crise du fordisme nous intéresse lorsque l'on veut décrire les conséquences de la modernisation des rapports de travail, de la robotisation sur la classe ouvrière

Cette crise ne date pas de l'implantation et du développement des automatismes, des robots dans l'usine. L'exemple japonais est de ce point de vue très éclairant. Il est analysé entre autres dans le rapport Dalle sur l'automobile (8).

Sous le titre « Pour une stratégie d'adaptation de l'industrie automobile française », Dalle consacre intégralement la troisième partie de son rapport et sa conclusion à l'examen du « défi japonais ». Celui-ci tient largement, selon lui, au « modèle d'organisation original de la

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contrepied du taylorisme » mis en place au Japon dans les années 1970. Les industriels européens ignorèrent cette démarche parce qu'ils firent largement appel, entre autres dans l'automobile, à la main-d'œuvre immigrée à qui ils imposaient les pires conditions de travail.

Les méthodes mises au point par le patronat japonais partent de la remise en cause l'accumulation « caractéristique de l'organisation taylorienne ». La solution adoptée est le fractionnement des lots de production, ce qui aboutit à une grande fluidité de la fabrication, à une sorte de production « à la demande » du produit fini, celleci commandant à son tour la production des lots de pièces intermédiaires exigées en quantité nécessaire et en temps utile.

Cette production par petites séries fractionnées, à l'inverse de la production fordienne à grande échelle « en continu », entraîne une série de conséquences. Le fractionnement de la production permet reponsables de la qualité du produit fini. A cet effet, ils sont regroupés en cercles dits de qualité ou de progrès. La nouvelle organisation du travail encourage ainsi les exécutants à prendre part à son perfectionnement. Laissons encore la parole à Dalle : « (Cette forme) d'expression fruit de rapports sociaux qui s'établissent, dans le cadre de travail naturel entre des hommes d'atelier, qui sont d'autant mieux à même de poser les problèmes qu'ils vivent, et les hommes des bureaux des méthodes et d'études qui sont mieux à même de juger des interdépendances et d'éviter les fausses querelles ou les solu-

La production fractionnée, la fluidité de la fabrication, le contrôle de la quantité de lots de productions exactement nécessaires à la fabrication du produit en cours, le contrôle de la qualité du produit par ceux qui le fabriquent forment un ensemble ; une nouvelle organisation du travail dont les économies directes et indirectes de fabrication et les performances en terme de rentabilité du travail sont « spectaculaires et étonnantes ». Selon Dalle, « ces performances étonnantes doivent très peu aux 'technologies pointe' dont nous faisons si grand cas en Europe et spécialement en France, même si elles facilitent leur développement. Elles favorisent par contre une certaine forme de socialisation du travail », conclut-il.

On ne saurait pourtant assimiler ces nouvelles méthodes de travail, la prolifération de cercles de « qualité », « progrès », de « sécurité » et autres groupes d'expression, avec le travail de groupe. Celui-ci reste une expérience limitée. Deux exemples connus concernent les usines automobiles scandinaves Saab et Volvo. Les travailleurs de certains ateliers sont rassemblés en « groupe de travail ». Ils assurent ensemble l'assemblage des moteurs des véhicules. Chacun effectue cette tâche de la première à la dernière opération, en assurant le suivi de l'unité produite du début à la fin. Les équipes sont en général fixes, se connaissent et sont censées organiser elles-mêmes leur production en fonction du plan de charge. C'est effectivement une rupture radicale avec l'organisation fordienne du travail à la chaîne. Mais elle reste du domaine de l'exception.

On similaires en France. Les ruptures avec les normes traditionnelles du taylorisme y sont moins audacieuses. On assiste a la mise en place de petites unités de production « autonomes » (module) au sein de l'usine, responsables de leur bonne marche et de leur gestion, et dont les travailleurs doivent pouvoir se remplacer les uns les autres au pied levé. Ces unités conservent leur encadrement et leurs agents de maîtrise.

La rupture partielle avec l'organisation taylorienne du travail peut en fait revêtir les formes les plus diverses. Bien que les cercles d'expression ou les cercles de « qualité » soient pourtant une expé-

7. Note économique, numéro 28. Comité central d'entreprise des avions Marcel Dassault.

8. François Dalle, PDG de l'Oréal, président d'honneur de Nestlé et ami intime Francois Mitterrand, fut chargé par celui-ci de rédiger un rapport sur l'état de l'automobile en France (cf. Liaisons sociales, 24 octobre 1984). Il vient d'être chargé par le gouvernement Chirac de réfléchir sur les « petits boulots ».

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Après un dur conflit social en 1979, la direction de la

Solmer-Fos opte pour une gestion participative. Elle lance d'abord une campagne de sécurité au travail, en mobilisant les salariés. Le taux d'accidents passe de 88,6 pour mille en

1978 à 11,7 pour mille en 1982. Par ailleurs, elle élabore un plan de « suggestions améliorer le fonctionnement des installations, et crée un département de l'information qui inonde le personnel de bulletins en quadrichromie sur toutes les questions à l'ordre du jour dans l'usine. Elle crée deux types de collectifs organisant les travailleurs, les cercles de progrès et les cercles de qualité. Les premiers groupent ponctuellement des travailleurs de différents services ou secteurs d'activité pour améliorer tel ou tel aspect du processus de fabrication, tandis que les seconds réunissent des travailleurs d'un même secteur, de façon régulière, pour améliorer la qualité des produits grâce à l'analyse des origines des défauts constatés et des moyens d'y remédier. Le tout est appuyé sur les techniques modernes de communication largement diffusées dans l'usine : affiches, autocollants, badges, bandes dessinées, journal d'expression des cercles de progrès et de qualité.

Plus d'une centaine de cercles voient le jour dans l'enrience largement répandue dans le groupe

Thomson, une usine de ce même groupe nouvelle en implantant une chaîne toute neuve. La méthode reste très taylorienne.

En France, les cercles de « qualité » existent en effet depuis des années dans une série de branches industrielles de la sidérurgie, Solmer-Fos (voir encart), Usidans l'agro-alimentaire,

Lesieur, dans l'équipement, Merlin, et dans certaines usines du groupe Thomson.

Leur mise en place est également fort avancée dans certaines usines de l'automobile, chez Peugeot entre autres. Ces expériences concernent en général l'ensemble de l'entreprise où elles sont mises

VERS UN DÉPASSEMENT DE

LA CRISE DU FORDISME ?

En France, en 1981, on ne comptait qu'environ cinq cents cercles de qualité répartis dans certaines usines pionnières.

Mais leur développement a été rapide, nogouvernements gauche. En 1983, le nombre de cercles de qualité s'élevait à 3 000. En 1984, on en recensait 10 000 implantés dans deux établissements et impliquant la participation de 200 000 salariés à leurs activités. Une association française pour les cercles de qualité a été créée en mai

1981 sous le patronage de grandes entreprises telles que Citroën, Kodak, Lesieur,

Péchiney, Thomson. Selon ses dirigeants, elle regroupe près de quatre cents entre-

2 000 établissements cités ci-dessus font partie de ces quatre cents entreprises ou groupes), concerne environ

40 % des salariés. Selon le CNPF, environ

20 000 cercles de qualité seraient en place aujourd'hui dans les entreprises.

Dans son dossier de janvier 1985, intitulé « Désolé mister Taylor, on peut faire mieux ! », la revue patronale l'Usine

Une experience dans la sidérurgie:

la Solmer à Fos draulique contrôle-formation-sécurité individuelles » du personnel, pour de 18% d'agents de maîtrise, années de fonctionnement, 54,9 % des 1 295 techniciens, nouvelle remarque : « Polyvalence, enrichissement des tâches, cercles de qualité, amélioration des conditions de travail... malgré les apparences, les nouvelles formes d'organisation du travail apparues dans les années 1970 poursuivent leur marche en avant. Simplement, les entreprises en parlent moins. Et quand elles en parlent, c'est plus pour célébrer les vertus d'une organisation non taylorienne en matière de productivité, de souplesse et de qualité que pour vanter, comme il y a dix ans, ses effets positifs sur le bien-être des hommes. Autre temps, autres

La politique adoptée par les gouvernements de gauche après le 10 mai 1981 (lois Auroux, définition des droits et des groupes d'expression dans l'entreprise) relève des mêmes principes et méthodes que celle mise en œuvre par le patronat avec les cercles de qualité. C'est, pourrait-on dire, la version social-démocrate des méthodes de travail inaugurées au Ja-

Au contraire des structures rigides et très hiérarchisées de l'entreprise taylorisée, les nouvelles méthodes de travail cherchent à intégrer le travailleur dans le bon fonctionnement de l'usine et relativisent les rapports hiérarchiques. d'organisation peut contribuer à réduire des syndicats, moins à les mettre en difficulté quand ils sont impuissants à le contrer en offrant des alternatives mobilisatrices.

La rentabilité et la productivité de l'entreprise sont les objectifs permanents de la course à la qualité, en concurrence avec les entreprises qui fabriquent les mêmes produits, en concurrence même avec les autres services, secteurs et ateliers dans l'usine. Chacun devient responsable de la compétitivité globale de l'entreprise et doit voir s'il est au-dessus ou au-dessous de la norme. Au niveau de l'entreprise ou du groupe, les cercles de qualité peuvent échanger leurs points de vue, par le biais treprise. Ils se répartissent dans les proportions suivantes :

fabrication-exploitation 35 %, département mécanique-hy-

25 %, électrique-électronique 17%, méthodes-

12 %, services administratifs 6 %. D'après les statistiques de 1983, ils sont composés

31 % de techniciens,

21% d'agents spéciaux (catégorie intermédiaire entre les techniciens et les ouvriers professionnels-OP), 18% d'OP, 8 % d'ouvriers spécialisés (OS), 4 % d'administratifs. Sur deux

1982-1983, ils ont regroupé

54,6 % des 1 907 agents de maîtrise, 30% des agents spéciaux, 27,4 % des 1 100 OP,

13,6 % des 700 OS, 29,4 % des 400 employés (9).

Cinq années de cette politique sociale intensive ont incontestablement permis au patronat de marquer des points-

L'influence des organisations syndicales, fortes et combatives jusqu'en 1979, a été sérieusement entamée. La Solmer est devenue une entreprise sidérurgique performante, mais absente des luttes de ce secteur ces trois dernières années, sans même de liens tangibles avec la lutte d'Ugine-Acier-

Fos, pourtant voisine, condamnée à la fermeture par le plan

Mauroy. L'ambiance dans l'usine avait changé ...

de rencontres ou de journaux. Il existe des échanges dans le cadre national, par l'intermédiaire de congrès des cercles de qualité ou de revues qui leur sont

Il s'agit-là d'une politique sociale au sens strict du terme. Elle se développe sur fond de propagande libérale largement reprise par les médias. Elle s'insère évidemment dans le cadre de la crise actuelle ducapitalisme, mais aussi

-les patrons n'étant pas stupides - dans le cadre de la crise du mouvement ouvrier, que le patronat observe avec la plus grande attention.

Ce dernier cherche à apparaître comme l'innovateur dans le domaine social, alors que pèsent sur les organisations ouvrières les espoirs déçus de ces dernières années.

Ironie de l'histoire, en agissant ainsi les patrons s'approprient à leur façon une vieille revendication du mouvement ouvrier socialiste. Il est en effet irrationnel de séparer le « manuel » qui fabrique de l'« intellectuel » qui élabore. C'est pourtant cela, le taylorisme. Les nouvelles méthodes de travail et la prise en compte par les patrons de « l'intelligence ourière, fantastique gisement de productivité », selon leur propre expression, visent à gommer cette absurdité.

Dans une période de crise du mouvement ouvrier, cette solution leur semble un pari qu'ils pensent pouvoir gagner.

Mais ils ne doivent pas oublier que s'appuyer sur cette « intelligence ouvrière » est

9. Guy Groux et Catherine Lévy, « Mobilisation collective et productivité économique : le cas des cercles de qualité dans la sidérurgie ».

dans Revue française de sociologie, numéro 26.

10. Les droits d'expression des salariés dans les entreprises, définis par la loi du 4 août 1982 furent à l'époque vomis par les patrons. Ils visaient à « garantir l'expression des salariés sur le contenu et l'organisation de leur travail, ainsi que sur l'amélioration des conditions de travail.» nement Chirac ... sans bruit. Plus personne ne

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une arme à double tranchant, qui pourrait se retourner contre eux dans une période de mobilisation ouvrière, en rendant l'usine ingouvernable.

TRAVAILLER PLUS

ET PRODUIRE MOINS ? Le robot, l'automatisme, apparaissent conformes aux temps de crise, en alliant modernisation et flexibilité de la production et des hommes. Il ne s'agit pas là d'un impératif des temps modernes, du progrès technique, mais la condition nécessaire à une production rentable au cours d'une crise économique qui dure maintenant depuis plus de dix ans. Les nouvelles méthodes de travail, l'objectif « zéro stocks » emprisonnent tout pas en avant des techniques dans ce cadre. C'est l'organisation de la production au plus juste. C'est la légalisation, le couronnement d'une forme de rareté au moment où les deux tiers de la population de la planète meurent de faim.

Cette rareté découle du fossé qui sépare la demande solvable et les possibilités productives. Personne ne peut évidemment soutenir que trop de produits sont fabriqués à l'heure où les trois quarts de la population de la planète vivent dans la misère. On en arrive donc au principe selon lequel la taille des stocks des biens doit tendre vers zéro (11). A l'inverse, la durée pendant laquelle les hommes sont suscep tibles d'etre mis au travail s'étend. Elle devient même inversement proportionnelle à la taille des stocks, qui diminue, ce qui est le comble de l'absurde. A tout moment, les moyens de production doivent être prêts à répondre à la demande conjoncturelle du marché.

La dépendance de l'homme au travail s'accroît, non pour produire plus, mais pour s'assurer qu'on ne produira absolument pas plus qu'il n'est nécessaire à un capitalisme en crise.

Les machines automatisées, leur mode de fonctionnement élastique (disponibilité 24 h sur 24) et la flexibilité du temps de travail permettent ainsi au patronat d'adapter, dès que le besoin s'en fait sentir, le fonctionnement de ses moyens de production à ses possibilités de gain financier. L'effacement des stocks est donc rendu possible par l'allongement démesuré du travail la semaine faudra répondre à une commande, et par sa réduction drastique lors d'une semaine creuse. La loi du marché en crise commande tout.

Toute possibilité de planification rationnelle du travail en fonction des besoins recule, alors même que ces nouvelles technologies permettraient de produire plus, et donc de répondre à la demande réelle, tout en allégeant la charge de travail des salariés.

Cette logique, la seule véritable de la modernisation, nous est étrangère. La primain de l'appareil de production par les travailleurs permettrait d'utiliser les « nouvelles technologies » à de tout autres impératifs. Elle remettrait en cause l'obsession de la production limitée et de

> PRODUIRE MOINS... ET PLUS LENTEMENT.. ¿ POUR DÉCONCERTER LES JAPONAIS Kerwork T'absence de stocks, qui induisent la flexibilité du temps de travail.

Elle se préoccuperait d'abord de produire ce dont les hommes manquent, dans le cadre d'une planification rationnelle. Les biens seraient donc produits en fonction de leur utilité sociale.

Une production organisée, planifiée, permettrait,de répartir le travail à charge constante entre toutes les mains disponibles, semaine après semaine, sans déréguler la vie des travailleurs. Elle ferait disparaître le chômage et permettrait l'utilisation des nouvelles technologies à l'amélioration réelle des conditions de travail. C'est dans ce cadre seulement que l'on pourrait se préoccuper de restreindre au maximum les stocks en cours de produc-

LA QUALITÉ DE LA RARETÉ Au milieu de la crise, de la rareté, de la misère, la bourgeoisie essaie d'enfermer les travailleurs dans la course à la qualité. On ne peut être hostile à la qualité des produits en tant que telle. Encore faudrait-il qu'ils servent à satisfaire les befont usage. Mais ce n'est pas le but de la course à la qualité que mènent les entreprises aujourd'hui. Il s'agit avant tout de répondre à la concurrence entre des producteurs de biens identiques, d'arracher à l'autre des parts de marchés dans un marché déjà réduit. C'est à cette guerre intercapitaliste que se lient les travailleurs qui participent à la course à la qualité, dans les cercles mis en place par la direction de chaque usine. L'éloge des cercles de qualité par les organisations du mouvement ouvrier - la direction de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) par exemple — illustre, si besoin était, leur intégration au capitalisme de concur-

Il est décisif pour l'organisation syndicale dans l'entreprise de contrecarrer la stratégie des nouvelles méthodes de travail mises en œuvre par le patronat. Il ne s'agit pas de mener des batailles d'arrière-garde, qui feraient des révolutionnaires les défenseurs du taylorisme justifiant la séparation du travail manuel et intellectuel. Nous partons bien de l'aspiration légitime des travailleurs à participer à l'amélioration de leur travail dans sa totalité, des améliorations à apporter à la production, comme aux conditions dans lesquelles elle

Loin de répondre à ce désir, les cercles de qualité sont des groupes dans lesquels la réflexion des travailleurs n'est autorisée à s'exprimer que sur des points qui améliorent la productivité dans l'entreprise, sous l'œil de la hiérarchie. A l'inverse, notre démarche obéit à une logique de contrôle ouvrier sur la production. Elle vise à l'amélioration des conditions de vie et de travail. Elle concerne tous les sujets qui préoccupent les travailleurs dans l'indépendance la plus complète qui soit de l'encadrement. Notre but est d'unifier, de réunifier les salariés, d'être l'expression du collectif ouvrier qui permet seul la marche de l'entreprise.

Le problème se pose nettement, lorsque de nouvelles machines sont installées dans l'usine. Nous ne refusons pas les nouvelles technologies, mais geons le contrôle sur leur choix, sur le type de formation et les normes de fonctionnement qu'elles impliquent, et en mê me temps l'accès à une formation adéquate pour tous les travailleurs des ateliers et des services concernés par les nouvelles installations. Enfin, nous refusons toute suppression d'emploi, tout licenciement, pour revendiquer au contraire ce qui devrait aller de pair avec le progrès technique et la lutte contre le chômage, c'est-à-dire la réduction du temps de tra-

C'est seulement ainsi qu'il sera possible de s'opposer à la stratégie patronale des cercles de qualité qui vise, entre autres, à contourner l'organisation des travailleurs dans l'entreprise et à les intégrer dans d'autres cadres de concertation et de

Il n'est pas possible de développer de manière convaincante une agitation sur le plein emploi aujourd'hui sans expliquer concrètement ce que veut dire pour nous la satisfaction des besoins sociaux. Chacun s'accordera à reconnaître qu'il n'existe plus, aujourd'hui, de modèle de socialisme pour les travailleurs des pays industrialisés. Les exemples se sont transformés en leur contraire dans les pays de l'Est, les expériences en cours dans des pays comme le Nicaragua leur paraissent répondre à de toutes autres situations.

C'est une des tâches des révolutionnaires que d'expliquer à quoi devraient servir les moyens de production et la force de travail dont dispose l'humanité à

11. « Zéro stocks, zéro défauts » sont les 'ent pridu ton le mentire. stocks". » Dossier de l'Usine nouvelle, septem-

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