Inprecor 1974–2004

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VIETNAM

Le 6e congrès du PCV, un congrès de temps de crise

· Inprecor n° 234, 19 janvier 1987 · p. 7-10 · 4 156 mots

Indochine URSS et Russie Chine Stalinisme

un congrès en temps de crise

VIETNAM

E 6e congrès national du Parti communiste vietnamien

(PCV) s'est réuni en séance officielle du 15 au 18 décembre 1986. Il n'a certainement pas mis fin aux luttes d'orientations en cours depuis maintenant près de 10 ans.

Malgré la mort, en juillet dernier, de l'ancien secrétaire général

Le Duan et le retrait de trois autres dirigeants historiques, il n'a pas permis un rajeunissement radical des organes de direction. Il laisse au 7e congrès le soin d'adopter un nouveau programme d'ensemble sur les voies de la transition au socialisme.

Il n'a adopté qu'un nombre restreint de mesures de réformes concrètes, concernant pour la plupart les objectifs économiques du plan quinquennal 1986-1990.

Pierre ROUSSET

Le 5e congrès du Parti communiste vietnamien avait déjà été celui de l'autocritique (1). Quatre ans plus tard, Truong nouveau secrétaire général

PCV depuis la mort de Le Duan, n'a pas mâché ses mots dans l'intervention politique qu'il a prononcée devant les 1 129 délégués. Il a très explicitement fait porter la responsabilité des échecs à l'ensemble des organismes dirigeants, au lieu de exécutants : « Nous analysons franchement et admettons avec courage les défauts et les erreurs sérieuses et durables qui concernent des perspectives importantes, la politique, l'orientation stratégique et l'organisation du travail (...) La responsabilité de ces défauts et erreurs revient en premier lieu au comité central du parti, au bureau politique, au secrétariat et au conseil des ministres. Le comité central du parti a l'intention de mener devant le congrès une sérieuse autocritique » (2).

La résolution politique adoptée par le 6e congrès salue brièvement les « réalisations » de ces dernières années « qui prennent leur source dans la ligne du parti définie au 4e (1976) et 5e (1982)

congrès » (3). Mais elle prend rapidement autocritique : « Nous réalisons un ton clairement que la situation socio-économique actuelle de notre pays est marquée par des difficultés aiguës (...) Dans l'ensemble, nous n'avons pas pu réaliser l'objectif général défini par le 5e congrès, qui est de stabiliser pour l'essentiel la situation socio-économique et les conditions de vie du peuple.

« Sans sous-estimer les difficultés objectives, le congrès fait ressortir sévèrement que la cause subjective de cette situation, ce sont les erreurs et les défauts dans la direction et la gestion exercée par le parti et l'Etat. (...)

« Les erreurs (commises) sont des erreurs graves en matière de grandes op-

Le 6e congrès du PCV,

tions politiques, de direction stratégique et de mise en exécution ». On voit que la critique ne touche pas seulement à la mise en œuvre défectueuse d'orientations jugées par ailleurs correctes. Elle « grandes options et de politiques,

LE DÉSASTRE DE SEPTEMBRE 1985

Ce n'est pas la première fois que la direction du PCV prononce une autocritique solennelle. Elle l'avait fait en 1956, après l'échec d'une réforme agraire trop autoritaire et radicale, et en 1982, après l'échec des orientations triomphalistes mises en œuvre à partir de 1975-1976. Mais l'autocritique présentée devant le 6e congrès n'en est pas moins sans équivalent du fait même qu'elle répète et amplifie celle du congrès précédent, du fait aussi de la gravité de la crise que traverse le pays et de l'ampleur des problèmes de direction et d'orientation soulevés.

La crise est en effet grave et s'affirme dans tous les domaines. Un rédacteur de Graffiti, organe de l'Union des Jeunesses vietnamiennes de France, la résume en ces termes : « Le Vietnam connaît aujourd'hui une véritable crise. Crise économique dûe à l'application bâclée de réformes, notamment celle de la monnaie, crise politique dûe à la coexistence au sein des organes dirigeants de lignes devenues aujourd'hui inconciliables, crise de confiance au sein d'une population qui attend désormais des changements réels et qui peu à peu perd confiance » (4).

Si la crise est si grave, c'est que de premières de réforme, déjà tardives, ont échoué à cause, beaucoup le pensent, d'un blocage conscient exercé au sein des directions nationales. 1978-1979, la faillite des orientations « dogmatiques et volontaristes » est patente : la production agricole est inférieure à celle de 1976 !

Des réformes sont officiellement in-

Néanmoins, le 6e congrès promet de faire date dans l'histoire du communisme vietnamien. Prenant en compte la gravité de la situation dans le pays, il a été l'occasion d'une autoencore plus sévère qu'à l'occasion du précédent congrès de 1982. Il a pris des mesures de renouvellement des directions plus radicales que jamais dans le passé. Il marque une étape importante dans le conflit qui oppose les « rénovateurs », qui renforcent à nouveau leurs positions,

« orthodoxes ». Plus profondément, il a opéré une rupture dans le cadre de référence théorique traditionnel du parti, rupture dont il est encore impossible d'évaluer la portée à long troduites, après avoir été de fait mises septembre 1979, le 6e plenum du comité central institutionnalise la contrats forfaitaires qui

« khoan », les favorisent l'initiative privée familiale dans le cadre des communes rurales. En 1981, la politique des « forfaits » est introduite dans l'industrie. La priorité est accordée à l'industrie légère et à l'agriculture, et non plus à l'industrie lourde.

Les réformes se heurtent à de vigoureuses oppositions. Elles traînent.

n'est qu'en 1982 que la politique des

« khoan » dans l'agriculture est effectivement appliquée dans tout le pays. En

1983, la « recherche du profit » (qui est un élément des « forfaits » familiaux, une partie de la production pouvant être directement vendue sur le « marché libre » brusquement dénoncée. Les luttes de tendances sont intenses au sein de l'appareil du parti.

Mais la nouvelle politique semble porter ses fruits dans le domaine productif : la production agricole, d'une moyenne de 13,3 millions de tonnes de céréales pour la période 1976-1980 atteint la moyenne de 17 millions de tonnes durant les cinq années suivantes. Le chiffre record de 18,2 millions de tonnes est atteint en

1985. Le déficit alimentaire, chronique et dramatique, du Vietnam se réduit.

En juillet 1985, le 8e plenum du comité central décide d'une importante réforme des salaires, des prix et de la monnaie. Il s'agit notamment d'abolir le système des subsides en nature, des

1. Voir Inprecor numéro 127 du 31 mai vietnamien : le temps des autocritiques ».

Cité par Murray Herbert, Far Eastern

Economic Review du 1er janvier 1987 et par

Keith B. Richburg, International Herald Tribune du 16 décembre 1986.

3. Les citations de la résolution politiques sont tirées de la version diffusée par télex.

4. Graffiti, numéros 25-26, août-septem-

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tickets de rationnement, héritage de guerre, en les intégrant au salaire monétaire, et d'accorder une autonomie croissante aux entreprises d'Etat. La socialisation forcée de l'agriculture au Sud a été progressivement abandonnée. Le petit commerce privé et l'artisanat bénéficient de meilleures conditions de développement. Des droits nouveaux sont accordées aux provinces en matière d'import-export, domaine traditionnellement réservé au national.

avec la réforme monéde septembre 1985. Il s'agit d'un changement général de monnaie destiné à Absurde dans sa conception (elle suppose un strict secret, impossible à assurer, et l'absence de corruption au sein du régime, pourtant rampante), elle est bâclée dans son application. Le résultat est catastrophique : une désorganisation générale des échanges et une inflation galopante qui atteint les 1000 % en un an !

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les effets économiques et de cette réforme sont considérables. Pour le Dai Doan Ket, journal du Front de la patrie, ces mesures provoquent « des vagues de contestation dans l'opinion publique, bouleversent la confiance dans la capacité de gestion de

Toute la population en ressent quotidiennement les effets négatifs et il faudra encore longtemps pour finir de payer le prix de cette erreur » (5).

Un comité central particulièrement long et orageux se réunit de la mi-mai au 9 juin 1986 pour tirer le bilan du désastre.

« rénovateurs » comme Vo Kiet s'étaient apparemment opposés à la mise en œuvre de la réforme monétaire. Ils renforcent leurs positions. Le 21 juin, le gouvernement est profondément remanié : sept ministres sont limogés dont To Huu, poète officiel, grand prêtre de l'orthodoxie, vice-premier père de la réforme monétaire.

LA PRÉPARATION DU SIXIEME

C'est dans ce contexte de crise que la préparation entre dans sa phase active. L'autorité de nombreux cadres historiques s'est effoncommencer par celle de Le militant de la première heure, secrétaire général de 1960 à 1986. L'un des principaux idéologues du parti, cheville ouvrière de la direction collégiale après la mort d'Ho Chi Minh en 1969, Le Duan avait longtemps milité au Sud avant de rejoindre Hanoï à la fin des années 1950. Il a joué un rôle décisif dans l'élaboration de la politique de résistance à l'agression américaine, période durant laquelle il a fait preuve d'une très grande capacité de direction et d'une réelle créativité politique. Effacé mais prestigieux, il avait, au début des années 1980, la réputation de soutenir les rénovateurs.

Pourtant, durant les dernières années de sa vie, Le Duan a enregistré un double et cuisant échec : dans la direction des affaires, sanctionné crise de 1985-1986, et dans le domaine des conceptions était dans le PCV l'un des principaux théoriciens de la transition au socialisme ; l'attaque en cours contre les dogmes est aussi une critique de cet héritage. Vieilli, il apparaissait, semble-t-il, à beaucoup comme un visionnaire coupé des réalités.

Le Duan aurait été prêt à se retirer politique, à l'occasion du congrès national. Sa en contribuer à accélérer l'évolution des rapports de forces au sein de l'appareil.

C'est Truong Chinh qui remplace pour quelques mois Le Duan au secrétariat général. Longtemps considéré comme le chef de file idéologique des « orthodoxes », il s'est à plusieurs reprises opaux réformes. Sans être « pro-chinois », il a une solide formation maoïste. Truong Chinh, son nom de guerre (il est né Dang Xuan Khu), signifie « Longue Marche », en l'honneur de celle conduite par Mao en 1934-1935. Il est l'auteur du livre « La résistance vaincra », version vietnamienne des conceptions chinoises de la guerre du peuple. 1956, menée selon les méthodes des « campagnes de masse » chères à Mao et annonciatrice, en Chine, du Grand bond en avant de la fin des années 1950, aux dernières années, Truong Chinh s'est finalement convaincu de la nécessité des réformes économiques. Il a la réputation de dire ce qu'il pense et de ne pas agir par opportunisme : son revirement renforce l'autorité des « rénovateurs » au sein de l'appareil.

Le projet initial de la résolution politique du congrès a été achevé 1986 par la commission de propagande du comité central. Il a soulevé tellement d'objections qu'il a été rapidement écarté. Les discussions se sont menées autour d'un texte de Truong Chinh, de juillet, parlant de la nécessité du « renouveau », devenu un maitre mot.

Le 19 octobre 1986, à l'occasion d'un discours plus radical que son texte de juillet, Truong Chinh vant le congrès fédéral de Hanoï les « errements » de la direction, le « désir • de développer une industrie lourde dont l'envergure dépassait largement nos capacités réelles », un « mécanisme de gestion caractérisé par le centralisme bureaucratique et le système des subsides », I'« infantilisme gauchiste » : « D'une part, nous avons péché par subjectivisme et précipitation, voulant brûler les étapes, faire trop, trop vite et trop grand ; d'autre part, une fois les erreurs commises, nous avons fait preuve de conservatisme et d'immobilisme, statu quo, n'ayant pas le courage ni la volonté de corriger nos erreurs » (6).

La préparation du congrès du PCV donc marquée par d'importants reclassements. Si Truong Chinh appuie, dans le domaine économique seulement, les réformes, Le Duc Tho semble par contre avoir pris ses distances. Responsable depuis de nombreuses années de Il a contribué au bilan autocritique de direction, publiant récemment remarqué qui fait état d'un « bilan globalement négatif » (7). Pourtant, il se serait rangé, à l'occasion du dernier congrès, avec les « orthodoxes » reconnaissant la nécessité d'une « purification » et d'un redressement du parti, il craint probablement des remises en cause plus profondes.

Si les débats sont si vifs, au sein de l'appareil, et les enjeux si grands, c'est que le compromis sur le fond, au nom de la collégialité, ne semble plus possible : il mène à la paralysie. Déjà en avril, Vo Chi Cong, membre du bureau politique, soulevait ce problème quand il analysait, devant les cadres de Hanoï, le retard avec lequel les réformes étaient mises en œuvre : « à cause de la direction et des directives, il n'existe ni l'analyse en profondeur, ni le réalisme, ni le respect pour les idées subalternes, ni l'esprit de synthèse, ni l'expérience de la gestion réaliste qui auraient pu développer ce qui est bon, réparer les erreurs et créer une infrastructure et une politique de gestion adéquate.

nous avons laissé points de vue différents sur la gestion économique et cela nous a conduit à des lignes d'action non unifiées qui, à leur tour, affaiblissent la gestion centralisée de l'Etat et limitent l'autonomie et la force de création de la population et des Vo Chi Cong, « la nature de notre gestion n'est ni le centralisme, ni la démocratie mais un conservatisme qui consiste à prolonger le centralisme bureaucratique » (8). RENOUVELLEMENT ET COMPROMIS :

LE NOUVEAU BUREAU POLITIQUE

Face à la crise, le congrès du PCV a enregistré une décision sans précédent : le retrait simultané du bureau politique de trois dirigeants historiques, dorénavant

« conseillers » tral : Truong Chinh (79 ans), Pham Van Dong (80 ans, très malade et qui aspirait depuis longtemps à la retraite) et Le Duc Tho (76 ans). Trois autres membureau politique ne réélus : le général Van Tien Dung (qui passe pour un ambitieux corrompu), Chu Huy Man (ancien commissaire politique de l'armée) et To Huu, déjà limogé du

5. Dai Doan Ket du 23 avril 1986, cité par J. Lambettini, « La crise de destasie, numéro 42 de juin-juillet 1986, p. 17. Chinh au congrès fédéral de Hanoï, Nhan Dan du 20 octobre 1986, cité par Tran Minh dans le organe de l'Union des Vietnamiens de France, numéro 386, décembre 1986, p. 19.

du 23 avril 1986, cité par

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gouvernement. Par rapport à celui élu en 1982, le nouveau bureau politique compart entière sur 13.

Le secrétariat du comité central est lui aussi profondément remanié : il ne reste que trois des encadré). Il y a 80 nouveaux membres sur les 173 (dont 49 suppléants) que comprend le comité central issu du 6e congrès.

La moyenne d'âge reste très élevée. Nguyen Van Linh, le nouveau secrétaire général, a 71 ans. Né en 1915, vrai nom Nguyen Van Cuc, connu aussi sous le pseudonyme de Muoi Cue, il s'est engagé très jeune dans la lutte contre la colonisation française. Deux fois arrêté, il passe 10 ans en détention. Il dirige pendant 40 ans l'organisation du parti dans la région saïgonnaise. Il entre au comité central au 3e congrès du en 1960. En 1975, secrétaire du parti à Saigon-Ho Chi Minh Ville, il entre au bureau politique et au secrétariat du comité central. Il défend les réformes économidurant le congrès de 1982. Il est bureau politique et du secrétariat. Mesure exceptionnelle, il est rappelé au bureau politique en 1985, sans congrès, puis retourne au secrétariat. Il est donc du parti en décembre 1986.

On retrouve évidemment un dosage Pham Hung, numéro deux, nistre de l'Intérieur, est considéré comme un chef de file des « orthodoxes », ainsi que Do Muoi (numéro quatre hiérarchie officielle du bureau politique). Les principaux « rénovateurs » seraient Nguyen Van Linh, Vo Van Kiet, 64 ans, numéro cinq du parti, responsable de la planification, associé à Ho Chi Minh Ville avec Linh et Nguyen Co Tach, en huitième position, qui n'était que suppléant du précédent bureau politique. engagés dans la lutte au Sud et au centre-Sud, notamment pendant la guerre amé ricaine, est notable : Mai Chi Tho, Le Duc Anh, Vo Van Kiet, Vo Chi Cong, Pham Hung, Nguyen Van Linh. Les réformes récentes sont souvent venues du Sud. Cependant, les clivages politiques pas nécessairement les origines militantes, comme le montrent les cas de Pham Hung d'un côté et de Nguyen Co Tach de l'autre.

Les rénovateurs ont à nouveau renforcé leurs positions congrès. Mais la démission simultanée de Truong Chinh et de Le Due Tho apparaît dans le contexte actuel comme une mesure de compromis, confirmée par le que le remaniement attendu organes gouvernementaux a été repoussé de plusieurs mois. Il est maintenant prévu après l'élection d'une nouvelle assemblée

Ce n'est qu'avec l'annonce des remaniements gouvernementaux que l'on saura si Vo Nguyen Giap, longtemps chef d'état-major de l'armée, reprendra une place notable dans la direction. Limogé du bureau politique, il était et reste membre du comité central. Partisan des réfor-

Le nouveau bureau politique 2. Pham Hung 9. Dong Sy Nguyen 11. Nguyen Thanh Binh 12. Doan Khue 13. Mai Chi Tho membre suppléant : 1. Dao Duy Tung Le secrétariat du comité central 1. Nguyen Van Linh (membre récent du précédent secrétariat) 2. Nguyen Due Tam (membre du secrétariat élu en 1982) 3. Tran Xuan Bach (membre du secrétariat élu en 1982) 4. Dao Duy Tung (nouveau membre) 5. Tran Kien (membre du secrétariat élu en 1982) Tous les suivants sont des nouveaux membres du secrétariat : 6. Le Phuc Tho 7. Général Nguyen Quyet 8. Général Dam Quan Trung 10. Nguyen Khan 11. Général Tran Quyet 12. Tran Quoc Huong 13. Pham The Duyet mes, Giap demeure cependant un « outsider » dans les luttes de fractions. Ecarté, il n'a pas été directement compromis par les échecs récents et est toujours probablement respecté d'une partie de la popu-

LES PRIORITÉS ÉCONOMIQUES

ET LES SILENCES POLITIQUES

DE LA RÉSOLUTION L'essentiel du débat de ces derniers mois a porté sur les choix économiques. Dans la résolution politique, l'accent est mis sur les trois tâches suivantes : acproduction de denrées mentaires, des articles de consommation de première nécessité d'exportation.

Traditionnellement, le PCV utilisait la formule suivant laquelle priorité devait être donnée au développement de l'industrie lourde s'appuyant sur celui de l'industrie légère et de l'agriculture. Formule à double entrée, elle permettait toutes les interprétations concrètes et n'est pas reprise dans la résolution politique du dernier congrès. Elle n'est remplacée par aucune autre formule générale. Mais la résolution tente d'interdire un nouveau détournement l'industrie lourde : « l'intensification de l'industrialisation socialiste » est reportée « à l'étape suivante ». Pour la période à venir, les « trois programmes-cibles»,

LES ORGANES DIRIGEANTS ET LEUR RENOUVELLEMENT

L'ancien bureau politique 1. Le Duan (décédé) 2. Truong Chinh (retiré) 3. Pham Van Dong (retiré) 4. Pham Hung 5. Le Duc Tho (retiré) 6. Van Tien Dung (retiré) 7. Vo Chi Cong 8. Chu Huy Man (retriré) 9. To Huu (retrié) 10. Vo Van Kiet 11. Do Muoi 12. Le Duc Anh 13. Nguyen Duc Tam membres suppléants : 1. Nguyen Co Thach 2. Dong Sy Nguyen mentionnés plus haut, « constituent le contenu essentiel du plan quinquennal 1986-1990 ». En conséquence, ils « doivent se voir attribuer une grande concentration des ressources humaines et matérielles à fin d'exécution ». En effet, « ces trois programmes déterminent l'orientation pour la réorganisation de l'économie nationale suivant une structure rationnelle, en premier lieu, un réaménagement du mécanisme de production et un réajustement majeur de la structure des investissements ». Il faut « faire réellement » de l'agriculture, le « front principal ».

Pour le reste, la résolution se contente de formules prudentes et conservatoi-

: il faut « assurer l'autonomie des unités économiques de base », « encourager le développement de l'économie familiale, utiliser l'aspect positif de l'économie de petite production marchande » et même « utiliser l'économie capitaliste privée (petit capitalisme) dans un certain nombre de branches et métiers, dans le même temps, les transformer progressivement avec différentes formes économiques de capitalisme d'Etat ». Il faut « éliminer le commerce capitaliste privé ». De façon générale, il faut s'« assurer que l'économie étatique fait valoir son rôle directeur, occupe avec l'économie collective une position déterminante dans l'économie nationale et domine les autres composantes économiques ».

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Valoriser l'économie familiale ? (DR)

Il est clair que sur le fond, des choix d'orientation d'une lutte qui n'est pas encore terminée. De fait, le cadre traditionnel de référence a été mis en cause, peut-être ment sans pour autant être d'ores et déjà par une conception alternative de la transition. Il est de ce point de vue significatif appelle à « l'élaboration » par le nouveau comité central « d'un programme complet pour toute la révolution socialiste ». Il faut « élaborer une stratégie de développement socio-économique et une stratégie de développement scientifico-technique ». Ce programme sera « présenté au Te congrès du parti ».

Il semble bien qu'un débat de fond sur les tâches économiques de la sition couve au Vietnam, concernant les rapports entre pian et marché, le rôle de

Tarticulation secteurs économiques, les modes de gestion et de centralisation. Les poléportaient hier sur les mesures de libéralisation à court terme. Elles quittent maintenant le terrain des expédients pour aborder celui des orientations à moyen et long termes. Provoqué par les échecs successifs de 1975 à aujourd'hui, mais nourri aussi par les réévaluations en cours dans des pays comme la Chine et l'Union soviétique, ce débat s'élargira sans doute à d'autres domaines. Il est symptomatique que Nguyen Van Linh soit parfois surnommé « petit Gorbatchev » ou « Deng Xiaoping vietnamien ».

Le 6e congrès du PCV n'a pas discuté fond, du moins ouvertement, des problèmes de politique internationale et indochinoise. Il est difficile d'évaluer maintenant les conséquences pour le Vietnam de la nouvelle diplomatie déployée en Asie par la direction Gorbatchev. Il est évident, par contre, que le mécontentement et les mises en garde soviétiques sur le gaspillage de l'aide accordée au Vietnam a pesé d'un poids direct dans la préparation du dernier congrès du PCV. Au mois d'août, Truong Chinh a rencontré Gorbatchev à Moscou. En octobre dernier, il a publiquement et solennellement reconnu que « l'aide des pays frères» partiellement dilapidée. Vu son isolement international, le Vietnam reste extrêmement dépendant de soviétique. Les « rénovateurs » ont utilisé le mécontentement de Moscou pour justifier l'urgence d'un changement congrès, le représentant soviétique, Ligatchev, un important membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) a finaleassuré la direction vietnamienne d'une aide économique accrue qui s'élèverait, pour la période 1986-1990, à 12 ou 13 milliards de dollars. L'équipe Gorbatchev semble œil le vent de réforme qui souffle sur le

La résolution politique du dernier congrès n'innove pas par rapport aux deux précédents (9) en ce qui concerne

Pourlutte pour le redressement de la anti-bureaucratique démocratique sont intimement liées dans toute société de transition. Le significatif : l'appel à la « cinquième modernisation » (la démocratie) lancé par les militants du Mouvement démocratique, condition de

Quatre modernisations (économique, scientifique, technique et militaire) préconisées par Deng Xiaoping.

démocratique se manifeste au Vietnam jusque dans une presse qui reste pourtant essentiellement sous contrôle. En témoigne un article de

La eus quant à la son rédacteur débats au Vietnam, ndlr.) ne peuvent de la société » (10). tif », suivant la formule traditionnelle du PCV, s'il n'a pas le droit d'être informé et de dénoncer les nombreux cadres véreux qui amassent des fortunes personnelles ?

Les communautés vietnamiennes de l'étranger, celles liées aux organisations proches du régime, s'agitent aussi. En Allemagne, par exemple, Nguyen a fait paraître dans la revue Dai nuoc (Notre pays) un article qui aborde le problème de fond de la bureaucratie : « Vertu et vice ne proviennent pas du caractère inné de l'homme. A bien y réfléchir, c'est le centralisme bureaucratique qui constitue la terre fertile sur laquelle se développe l'opportunisme sous toutes ses formes » (11).

Très prolixe dans la critique des erreurs passées, le 6e congrès est, comme le précédent, beaucoup plus vague sur les positives et les changements d'orientation de fond pour l'avenir. On a cependant l'impression que ce 6e congrès est, comme le précédent, beaucoup plus vague sur les mesures positives changements d'orientation de fond pour l'avenir. On a cependant l'impression que ce 6e congrès marque un point d'inflexion de continuité, dans l'histoire du communisme vietnamien et qu'il annonce une période de conflits politiques tant au sein du parti qu'en dehors.

Pierre ROUSSET, 6 janvier 1986. 9. Voir le texte du séminaire organisé à Amsterdam les 4-6 juin 1982 par le Transnational Institute sur les « problèmes relatifs à l'évolution de la ligne du PCV et aux rapports entre le parti, l'Etat et la population » et la contribution de Pierre Rousset sur ce théme.

10. Saïgon Giai Phong du 11 juin 1986, cité par Graffiti d'août-septembre 1986, p. 10.

11. Dai nuoc, numéro 49 de juin 1986, cité par Ha Cuong Nghi dans Chroniques namiennes, numéro 1 de novembre 1986, p. 10.

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