N peu de mois, d'importants changements se sont proH duits en Euskadi, ce que reflète le résultat des élections
• au Parlement autonome, le 30 novembre dernier. L'un des faits marquants de ces derniers mois est sans conteste la scission qu'a connue le Parti nationaliste basque (PNV) peu de temps après les élections générales du 22 juin dernier. Lors de ce scrutin, le PNV perdait 80 000 voix par rapport aux élections de 1982, qui ont porté le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) au pouvoir, et 150 000 par rapport à ses résultats lors des élections au Parlement autonome basque de février 1984.
L'une des explications de cet échec cuisant doit être cherchée sans aucun doute dans le pacte de législature qu'a signé le PNV avec le Parti socialiste d'Euskadi (PSE-PSOE) en décembre 1984, que son électorat traditionnel a perçu à juste titre comme l'alliance avec les centralistes aux dépens des intérêts du peuple basque.
La nouvelle organisation née de la scission, Eusko Alkaturna (Solidarité basque, EA) dirigée par l'ancien président du gouvernement basque, le « Lendekari », Carlos Garaikoetxea, fait une apparition spectaculaire sur la scène politique avec ces élections au Parlement autonome, en totalisant 15,85 % des voix et 14 élus. Le PNV demeure le premier parti d'Euskadi, mais ce n'est plus qu'avec 23,64% des voix contre 41,70 % en 1984, perdant 15 sièges. Quand on connaît le poids qu'a dans la société basque ce parti, créé voilà 90 ans par Sabino Arana, considéré comme le fondateur du nationalisme basque, on peut mesurer l'ampleur de l'événement !
Le deuxième élément qui ressort de ces élections, c'est bien évidemment la progression d'Herri Batasuna (Unité populaire, HB), considérée comme proche de l'organisation armée Euskadi Ta Askatasuna (Patrie basque et liberté, ETA). HB confirme ainsi son score lors des élections générales de juin où elle avait obtenu avec 231 000 voix contre 210 000 en 1982, 5 députés et un sénateur. C'est d'ailleurs sur la base de ce renforcement politique qu'elle a lancé une proposition de négociation au gouvernement espagnol afin de trouver une issue politique à la crise basque, négociation dont bien évidemment ETA serait partie prenante.
Cette offensive politique a un écho important en Euskadi, comme le montre la manifestation en soutien à cette proposition, organisée par HB le 25 octobre dernier, et qui a rassemblé plus de 25 000 personnes.
Le succès de cette manifestation est d'autant plus éclaJosé I. BIKILA une Espagne la révolution socialiste doit en finir avec Claudio Maurin, un communiste cata- cette alliance réactionnaire des classes dilan, fondateur et dirigeant du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) (3), reprenant la phrase des révolutionnaires russes sur l'Empire tsariste, qualifiait l'Espagne de « prison des peuples » . Larranaga, son. L'Etat espagnol est le produit de l'all'un des premiers communistes basques qui voulait donner une réponse à l'oppression nationale d'un point de vue prolétarien et internationaliste à la droite centraliste disant qu'il valait mieux « Une possibilité de sortir de prison ou de rentrer au Espagne rouge que démembrée » et à la pays, s'ils s'engagent à respecter la légalité en droite nationaliste répliquant « de droite renonçant à la lutte armée. C'est une opération ou de gauche, tous les Espagnols sont destinée à briser la résistance organisée à un anti-basques », répondait, volontairement vouloir négocier avec ETA, ni concéder le droit provocateur, « Une Espagne rouge sera à l'autodétermination.
tant quand on rappelle les deux faits suivants. Le même jour, ETA exécutait en pleine rue de San Sebastian le gouverneur militaire de Guipuzkoa, Rafael Ganido Gil, tuant en même temps sa femme, son fils et blessant 12 passants. Et ce même 25 octobre, le PNV avait convoqué une autre manifestation pour protester contre l'enlèvement d'un de ses militants les plus connus, l'industriel Lucio Agerinagalde Aizpurua, par ETA qui exigeait le paiement de l'« impôt révolutionnaire ». Or, cette manifestation n'a, elle, rassemblé que 10 000 personnes.
Ces derniers mois, ETA a multiplié les actions militaires, montrant qu'elle pouvait frapper dans la capitale même. Le 14 juillet, elle fait exploser une bombe dans un bus de la Garde civile en plein cœur de Madrid. Et une semaine plus tard, le 21 juillet, le « commando Espagne » attaquait au lance-roquettes le ministère de la Défense ! Ces actions militaires spectaculaires d'ETA, cinglant démenti au gouvernement qui se targue régulièrement du démantèlement de l'organisation nationaliste révolutionnaire, sont sans nul doute perçues avec sympathie en Euskadi même, cette région qui subit les lois d'exception, baptisées « anti-terroristes », et une véritable occupation policière. Par contre, l'exécution par ETA, le 10 septembre dernier, de Maria Dolores Gonzalez Catarain, dite « Yoyes », une ancienne dirigeante de l'organisation armée qui s'était ralliée aux mesures de « réinsertion-repentir » (1) du gouvernement, a profondément choqué en Euskadi (2).
Pourtant, le renforcement d'HB dans ces dernières élections montre bien que le refus radical du centralisme espagnol et de ses institutions, refus que représente ETA, est une des composantes de la question basque. De plus, il serait faux de croire que ce rejet se limite à ces couches plus radicales ; n'oublions pas que, lors du référendum sur le maintien de l'Espagne dans l'Organisation du traité de l'Atlantique-nord (OTAN), Euskadi a répondu non à 65,17 %, résultat sans comparaison dans tout l'Etat espagnol.
Aucun parti n'est aujourd'hui majoritaire en Euskadi. Sa victoire à la Pyrrhus oblige le PSOE à négocier avec le PNV, sans succès pour l'instant. La crise suit son cours...
Nous publions ci-dessous, un article d'un de nos camarades responsables de la Ligue communiste révolutionnaire (LKI), organisation en Euskadi de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol. démembrée, parce soient issues des vestiges féodaux ou produites par les balbutiements du développement capitaliste dans la Péninsule. Le grand capital financier basque a participé à cette alliance, intéressé par le marché « national espagnol » pour ses marchandiLes deux communistes avaient rai- ses et ses capitaux, comme par la protection qu'il pouvait trouver auprès du gouclasses dominantes, qu'elles vernement central face aux puissances fi1. L'opération réinsertion consiste à offrir 2. Il est pourtant troublant de constater ETA prisonniers ou exilés, la que HB a recueilli 23,79 % des voix dans le propre village de Yoyes, Ordizia, devenant ainsi la première organisation politique de la localité. 3. Le POUM, organisation révolutionnaire espagnole, est né en 1934 de la fusion du le gouvernement affirme ne pas Bloc ouvrier et paysan que dirigeait Maurin et de la Gauche communiste que dirigeait Andreu Nin, assassiné par les staliniens en 1937.
Inscrits : 1.660.943; Votants 1.155.377 (71,13%); Abstention 468.913
(28,86%); Suffrages exprimés 99%; Votes nuls 0,41%; Votes blancs
A noter : tout en obtenant un score plus important en nombre de voix et en
0,56%
PARTIS SUFFRAGES % 86
PSE-PSOE 251.242 22,04
PNV 269.491 23,64
EA 180.675 15,85
HB 199.117 17,47
EF 124.045 10,88
CP 55.334 4,85
CDS 40.438 3,54 pourcentage que EA, HB obtient un siège de moins.
voire militaires, considérées comme étrangères. En partie à cause de l'arriération séculaire de l'économie espagnole qui fermait la possibilité d'une transition des vieilles structures de pouvoir héritées de la féodalité, telle qu'elle s'était produite dans d'autres pays européens au moment de la constitution des Etats nationaux aux XVIIIe et XIXe siècles, la faible bourgeoisie castillane a renoncé à la création d'un Etat-Nation, qu'elle se fasse à la manière jacobine (française) ou par une solution fédérative qui aurait s'opérer par la jonction avec la nation catalane. Cette dernière avait déjà, en effet, une histoire et une conscience propres mais aussi un développement économique national plus avancé que les Basques. Le résultat de cette incapacité se traduira par l'assimilation forcée des différents peuples, liquidant leurs particularités, culture, leurs institutions propres, sous la fiction d'une hispanité, drapeau impéria-
L'évolution ultérieure de cet Etat sous la forme dictatoriale du franquisme a brutalement aggravé le problème. Ensuite, la mise en place de l'Etat démocratique bourgeois du Régime des autonomies, en 1979, qui traduit la modernisation du capitalisme espagnol et son intégration au marché capitaliste international, n'a pas modifié, malgré les changements opérés, ce caractère original. La soi-disant « réconciliation nationale » sur laquelle s'est effectuée la transition post-franquiste espagnole n'a jamais existé en Euskadi, par la mise en cause même de la légitimité de la Nation espagnole et des institutions sur lesquelles elle se fonde. Sur la base de cette illégitimité, s'est développée une expression propre et alternative, la prise de conscience d'une nation différenciée.
Dans ce processus complexe et parfois contradictoire, la classe ouvrière basque, qui est à la fois le produit des courants migratoires intérieurs et du processus de prolétarisation de larges couches autochtones, a subi une mutation qui, à l'heure actuelle, ne se traduit pas par une identification unique par rapport à sa conscience nationale. Ce phénomène est
RESULTATS DES ELECTIONS AU PARLEMENT AUTONOME DU 30 NOVEMBRE 1986
% 84 Elus 86 Elus 84
23,30 18 19
41,70 17 32
14
14,61 13 11
8,02 9 6
9,39 2 7
2 encore plus notable dans ses expressions politiques. Il existe des syndicats dont l'existence ne se justifie que sur cette question nationale (4). La classe ouvrière se situant au centre de la question nationale en Euskadi, son unité et son indépendance de classe sont liées à sa prise de position révolutionnaire en faveur de l'émancipation du peuple basque, dont elle doit aspirer à devenir l'avant-garde sociale et politique.
L'ETAT DES AUTONOMIES
ET L'AUTONOMIE BASQUE La dite « transition espagnole » a engendré une profonde frustration de tous ceux qui identifiaient chute de la dictature et changements radicaux sur le terrain social, économique et politique. Menée de main de maître du point de vue de la
(nagiton propre pas la bourne de te ptet on cette opération est aujour-
d'hui encensée par toutes les classes dirigeantes qui doivent faire face au problème d'un changement politique majeur ou à celui du passage d'une situation de dictature à celle de la démocratie parlementaire. Mais pour les travailleurs, pour ceux qui luttent pour en finir avec les oppressions multiples de la société bourgeoise, cette transition doit servir de leçon quant à la politique des directions ouvrières traditionnelles et notamment de la social-démocratie.
Le PSOE, qui n'a jamais rien compris à la question nationale, la considérant toujours comme une gêne à neutraliser par des concessions politiques, assume aujourd'hui sans aucune honte les valeurs les plus rancies du nationalisme bourgeois, à peine dépoussiérées du franquisme. « L'intérêt de l'Espagne », dont se gargarise le PSOE dans ses discours, n'est qu'une simple défense des intérêts de la classe dominante, de sa soif de rapines à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. On a pu le voir avec le maintien dans l'OTAN, l'austérité et la répression des patriotes révolutionnaires basques. D'une certaine façon, le PSOE a été plus loin que l'Union du centre démocratique (UCD) (5) dans le discours nationaliste espagnol, dans la confrontation avec le nationalisme révolutionnaire basque et même dans la réduction progressive des espaces d'autonomie concédés antérieurement au nationalisme bourgeois.
Pour comprendre ce qui se passe en Euskadi, il faut se souvenir que la constitution espagnole, la Carta Magna, qui a sanctionné le pacte et le consensus de toutes les forces politiques espagnoles avec le régime, n'a pas été approuvée en Euskadi, alors qu'elle était adoptée dans le reste de l'Etat avec 59,4 % de « oui ». Lors du référendum pour approuver cette constitution, le 6 décembre 1978, le PNV avait appelé a l'abstention en disant que cette constitution ignorait « les droits his toriques du peuple basque ». Les forces nationalistes de gauche et les forces révolutionnaires communistes appelèrent, elles, à voter « non ». Les résultats du référendum étaient très clairs : le peuple basque rejetait cette constitution.
Peu de temps après et montrant bien ainsi leur nature velléitaire malgré des gestes de rébellion ponctuels, la bourgeoisie nationaliste et la gauche nationaliste modérée, c'est-à-dire le PNV et Euskadiko Ezquerra (Gauche basque, EE) (6) concluaient avec le gouvernement central un pacte de type autonomiste régionaliste, dont la constitution fixait les limites, espérant ainsi avoir une certaine marge de manœuvre dans l'attribution et l'utilisation des compétences à transférer depuis l'Etat central. Ainsi, le Statut d'autonomie de Guernica, approuvé lors du référendum du 25 octobre 1979, naît comme le produit d'un pacte post-constitutionnel entre l'UCD et le PNV, appuyés par le reste des forces parlementaires hormis Herri Batasuna, alliance qui sanctionne le transfert de pouvoirs déterminés dans le strict cadre constitutionnel et dont l'étendue sera subordonnée aux aléas de la conjoncture politique et de l'évolution des rapports de forces entre le pouvoir central et le peuple basque. Ce qui n'est pas, par contre, soumis à variation car elle est inscrite dans ce statut, c'est l'acceptation de de l'Etat espagnol, de la royauté, de « l'indivisibilité » de l'Espagne, c'est-à-dire la négation du droit à l'autodétermination du peuple basque. Après le
1981, la tentative de coup l'Etat de Tejero et de Milans del Bosch et dès sa venue au pouvoir, le PSOE se char-
4. Les résultats des dernières élections syndicales en Euskadi est significatif : LASTUV (nationaliste modéré) obtient 31,8 % contre 26,54 % en 1982 : PUGT, 20,8 % (22,28 %) : les Commissions ouvrières, 17% (17,57 %) ; et enfin, LAB, nationaliste radical, politiquement proche d'HB, obtient 10.4 % contre 6,79 % en 1982, ce qui lui donne désormais le droit de participer aux discussions sur les conventions collectives.
5. L'UCD est le parti d'Adolfo Suarez, l'homme politique qui «fit » la transition après la mort de Franco en 1975 et signa le Pacte de la Moncloa en 1977 avec le PSOE et
PCE, pacte qui sonnait le glas des espoirs de changements radicaux en Espagne.
6. EE fut formée au départ par d'anciens militants de ETA, branche « politico-militaire ». qui abandonnèrent la lutte armée. Cette organisation a, depuis, évolué de plus en plus vers le réformisme.
ge de retarder la concession des pouvoirs aux gouvernements autonomes, donnant une interprétation restrictive Ce resserrement centraliste va déclencher une crise au sein du PNV qui avait fait de ce statut et de ce processus d'autonomie sa carte d'identité stratégique.
LA CRISE DU PNV Le PNV a fait du statut d'autonomie son grand pari politique. Le pacte était pour le PNV la voie possible d'un développement croissant des pouvoirs du gouvernement autonome. Ce faisant, il pensait également fermer la porte à un réveil national trop turbulent. Malheureusement pour lui, l'histoire du statut est tourmentée. Les problèmes commencent dès le lendemain de sa signature, même si pendant un certain temps le PNV sait habilement manœuvrer et gagne ainsi du prestige parmi de larges secteurs de la population basque. Avec la Loi organique d'harmonisation des autonomies (LOAPA) (7), commence le rouleau compresseur socialiste, l'essoufflement du processus et la conviction que cette opération de transfert de pouvoirs peut durer très longtemps. Parallèlement, le nationalisme radical s'est renforcé, gagne du terrain et apparaît comme le protagoniste des actions de résistance anticentraliste et nationaliste. Le malaise monte dans le PNV et s'aiguise dans la mesure où, tout en se montrant incapable de répondre à l'érosion centraliste, il doit faire face aux frictions d'intérêts politiques parfois contradictoires, engendrée par le propre contenu du Statut. la « Loi des territoires historiques » qui sanctionne les pouvoirs du gouvernement basque et des députations provinciales prend toute son importance, d'elle dépendent les compétences respectives de ces deux instances, entraînant une division du parti et de ses représentants dans l'appareil des députations et du gouvernement autonome basque.
Cela suscite de nombreux zig-zags podes affrontements personnels et, finalement, la paralysie politique. L'expulsion de nombreux militants par la direction et la signature du Pacte de législature entre le gouvernement basque et le PSOE en Euskadi en décembre 1984 vont accentuer la division qui se soldera par la scission que nous mentionnions plus haut et la création de EA. Toutefois, il serait erroné d'en déduire qu'existent désormais deux partis avec deux lignes politiques distinctes, qui occuperaient des espaces politiques différents. L'une des caractéristiques de ces deux organisations, PNV et EA, c'est qu'elles ont beaucoup de mal à mettre en avant leurs propres thèses stratégiques au-delà des affrontements verbaux et des démonstrations à forte connotation électoraliste.
LA RÉSISTANCE NATIONALISTE
RADICALE ETA est née en 1960, durant la dictature, en réaction à la paralysie et au conservatisme du PNV qui rendaient possible un nouveau nationalisme jeune et radical. jusqu'alors absolue et indiscutée du natioPNV. Rapidement, son message radical et ses formes de résistance armée ont été influencés par une classe ouvrière très active à cette époque, porteuse de l'ensemble des revendications sociales et politiques. Cette activité ouvrière a rendu possible des évolutions classistes à l'intérieur de ETA, dont certaines se sont soldées par des scissions (8). A la fin de la dictature, en 1975, cette organisation avait un prestige incontestable et mérité, une large influence sociale et politique, bien qu'elle était divisée en plusieurs branches. La transition politique, qui a anéanti les aspirations ouvrières, a permis à ETA, par la continuation de la lutte armée et en même temps par la création d'instruments politiques comme la Coordination patriotique socialiste (KAS) (9) et HB, d'organiser comme de doter d'une expression politique et électorale le large mouvement de masse qui suivait cette ordans le temps avec le reflux de la classe ouvrière et son atomisation politique après 1977, le rôle qu'elle dans la résistance, non seulement nationale mais aussi sociale et politique, a
Aujourd'hui, nous avons autour de ETA tout un courant de masse qui maintient des positions radicales de rejet de l'actuel processus institutionnel, qui a l'expérience de combats sociaux, écologistes et ouvriers et exerce un fort pouvoir d'attraction sur des militants d'avant-
Evidemment, la résistance au centralisme ne se réduit pas à HB et ETA. Il existe des organisations ouvrières communistes révolutionnaires comme notre parti, la LKI, et le Mouvement communiste de Euskadi (EMK) (10) ; des mouvements sociaux qui ont surgi de la lutte contre l'oppression des femmes, de la lutte con-
You de l'opposition ouvrière aux plans de restructuration patronaux. Mais c'est un fait objectif que HB vertèbre fondamentalement la résistance nationaliste où elle demeure hégémonique. Le même phénomène s'opère sur le plan électoral où elle représente la résistance contre le système, expression d'un vote utile radical, même si d'autres résistances et d'autres forces sont à l'œuvre et jouent leur rôle aujourd'hui, bien que de façon minoritaire ou avec un moindre impact
Une autre question nous paraît importante. Toutes les forces intégrées au régime accusent ETA et HB de n'avoir aucune légitimité pour porter le drapeau « des intérêts du peuple basque » et d'utiliser des méthodes de lutte, la lutte armée entre autres, incompatibles avec une situation démocratique, qui, comme chacun sait, doit se baser sur le dialogue et les règles de comportement démocratique, dont est bien sûr seul juge la bourgeoisie au pouvoir. Cette aceusation n'a aucune valeur d'un point de vue démocratique élémentaire. Le fait que la constitution n'ait pas été approuvée en Euskadi et « quelque chose de minimum pour aller de l'avant » lève le doute sur la légitimité de la lutte pour le droit à l'autodétermination. On doit donc situer le problème sur le terrain des moyens politiques à employer. Or, les moyens, chacun les utilise à sa convenance et selon sa com-
Par ailleurs, il est absurde d'affirmer que ETA n'est pas une organisation représentative. Tout le monde sait s'agit du fer de lance d'un courant de masse, capable de mener à bien des grèves générales quand il le faut, comme ce fut le cas lors de l'assassinat de Santi Bruouard, dirigeant de HB, de l'assassinat de balza, « disparu » aux mains de la Garde civile, d'être la troisième force électorale d'Euskadi et, avec la crise du PNV, certainement la première dans certaines provinces basque. Mais, par dessus tout, c'est une authentique force politico-militaire, un contre-pouvoir relatif qui combine avec sa capacité armée, des actions de masse et des campagnes électorales lui donnant beaucoup plus de poids que ce qu'on pourrait déduire de chacune de ces activités prises séparé-
Tout cela fait d'ETA un phénomène peu commun en Europe, qui présente des similitudes avec l'Armée républicaine
(IRA) et qui n'a rien à voir avec des phénomènes typiquement terroristes ou des groupes armés minoritaires qui ont essayé des tactiques de guérilla urbaine dans l'espoir d'obtenir un impact sur des mouvements de résistance sociale ou d'en devenir les catalyseurs, telles les Brigades rouges en Italie ou la Fraction armée rouge (RAF) en Allemagne fédérale. Les organisations ancrées dans des processus de libération sociale et nationale, dans le cadre de l'Europe, Euskadi et l'Irlande, parviennent à s'enraciner dans un processus complexe de formes multiples de résistance, mée. Il se crée des liens sentimentaux, sociaux qui forment une conscience particulière. Ce n'est pas par hasard si, pour des milliers de gens qui soutiennent ETA, les militants de l'organisation basque sont perçus comme des « gudaris », des soldats basques qui continuent aujourd'hui la lutte qu'ils menèrent en 1936, conti-
7. Sous prétexte d'« égaliser » toutes les autonomies, cette loi, promulguée en 1982, vise en fait à réduire les pouvoirs des gouvernements autonomes basques et catalans. C'est clairement une concession faite aux forces armées pour leur faire comprendre que le « message » du 21 février a été reçu.
8. D'une de ces scissions, celle de 1970, est sortie ETA VI qui, en fusionnant ultérieurement avec la LCR (section de la IVe Internatio•nale dans l'Etat espagnol) va créer la LKI.
La KAS est une plate-forme politique d'HB, qu'elle a notamment avancée durant cette campagne électorale, dont les les plus importants sont le droit à l'autodétermination, la réincorporation de la Navarre dans le territoire basque et l'amnistie.
10. Organisation en Euskadi du Mouvement communiste espagnol (MCE), organisation d'extrême gauche, avec laquelle nos camarades de la LCR entretiennent des relations suivies.
UVHAT
1 1986, Uro, 251 75 pzta.
418zko.
ALDIZKARIA
NEGOZIAZIOA (BIL BOn URRIAK 25) Zutik, l'organe de la LKI. (DR) nuateurs de ceux qui à leur façon, même si elle était erronée, défendaient les libertés basques pendant les guerres carlistes ; tout un mélange de traditionnalisme patriotique et d'idées révolutionnaires anticapitalistes impossibles à comprendre si on les examine avec des préjugés, mais qui forment une expérience révolutionnaire originale si les communistes savent comprendre ses potentialités et s'intégrer avec leur point de vue propre à ce processus général de libération nationale et sociale. En Euskadi, c'est pour nous à la fois un défi et un espoir.
L'ÉQUILIBRE DES FORCES
Nous avons déjà souligné que la situation actuelle se caractérise non seulement par les formes que prend l'agression bourgeoise centraliste et la place du nationalisme révolutionnaire, mais aussi par la perte du rôle de protagoniste social et politique d'une classe ouvrière basque réduite à ses bastions de résistance, dispersée ar les effets de la délégation de pouvoir que représente un vote pour des choix qui dilapident ou vont à l'encontre de ses intérêts, à l'exception bien évidemment des ouvriers qui votent pour HB de leur propre chef ou suivant en cela les consignes des révolutionnaires.
C'est précisément dans cette lutte de résistance qu'apparaissent mieux certaines limites stratégiques de ETA, surtout certaines de ses tendances à donner la prééminence au militaire sur le politique. C'est particulièrement frappant quand vient le moment d'estimer les rapports existant dans et hors Euskadi entre l'organisation et des couches de la population qui, en principe, ne sont ni pour ni contre la négociation mais sont sujettes à manipulations de la part du gouvernement chaque fois que ETA com-
ARIE• D
-HEN A
met des attentats difficiles à assimiler ou provoquant le rejet. L'exécution de Yoyes est une de ces réponses typiquement militariste à un problème compliqué comment combattre politiquement cadeau empoisonné du « repentir ». La mort du gouverneur militaire de Guipuzkoa juste le jour où manifestation en faveur des négociations appelées par HB, favorisait la d'une psychose qui pesait sur cette manifestation, avec le danger de lui enlever des participants.
Enfin, toute une série d'aspects propres à l'idéologie de ETA qui poussent à subordonner les secteurs sociaux à stratégie militaire. C'est cette nation qui est le problème de fond, non l'action de masse, car ETA a toujours veillé à la mobilisation des masses, auquelle elle a d'ailieurs tout intérêt.
SOLIDARITÉ AVEC EUSKADI
Aujourd'hui, comme aux jours noirs du franquisme, la solidarité est nécessaire. Quelques 500 militants basques sont dans les prisons de la « démocratie espagnole ». La situation des réfugiés est dramatique. Le gouvernement Chirac s'engouffrant par le Parti socialiste lorsqu'il était au pouvoir essaie de faire disparaître les réfugiés de la partie nord d'Euskadi, que certains appellent faussement Pays basque français, et de l'ensemble du territoire francais. Ils sont expulsés en Afrique, en Amérique latine où plus d'un furent interrogés par la police espagnole, et surtout extradés vers l'Etat espagnol. Le gouvernement espagnol, suivant un plan tracé depuis longtemps, avait bien traité les premiers extradés. Organisant même un simulacre de jugement équitable, il a libéré certains prisonniers sans importance afin de démontrer que les Droits de l'homme seraient respectés. Mais cette politique est terminée. Maintenant, plus personne ne sort de prison, le passage chez le juge n'est qu'une simple formalité et tous, sans exception, ont à subir des mauvais traitements sinon la torture. L'un des derniers en date à avoir été extradé, Augustin Azkaraté, dénonçait au juge qu'il « avait été sur le point de mourir pendant les interrogatoires ». Vu son état physique lamentable, le juge a ordonné son transfert à l'hôpital pénitentiaire. Au départ, la police essaya de l'en empêcher, mais à la fin elle dût l'admettre sur l'insistance de ce même juge.
La torture, cette atteinte aux droits les plus élémentaires de la personne, est monnaie courante dans les geôles espagnoles. Elle provoque d'ailleurs de nombasque et avec la majorité Population tensions dans la basques (11). Ces derniers, confrontés quotidiennement à
By échapper. L'un des derniers conflits s'est précisément noué autour du fait que le juge Elisabet Huertas avait constaté que le Commandement de la Garde civile faisait obstruction à l'endénonciation de torture pratiquée sur le père d'un réfugié basque. Le juge fit alors appel à une identification de 60 membres de la Garde civile. Cette mise en cause a provoqué un scanGarde, le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Justice ont essayé d'annuler l'ordre du juge. Cette attitude a suscité une levée de boucliers unanime des juges contre une mesure qui porte atteinte à l'indépendance pouvoir judiciaire. Le gouvernement a réagi en approuvant un projet de loi qui limite les compétences de la justice ordinaire en créant tribunal spécial pour les forces de l'ordre. Cette tentative a été considérée par le gouvernement comme anticonstitutionnelle.
Voilà le véritable visage de la démocratie d'un gouvernement qui compte avec l'appui de toutes les bourgeoisies européennes. Les travailleurs d'Europe doivent savoir, eux, que ce gouvernement est profondément hai par des milliers de Basques à cause de son caractère antidémocratique. Pour la majorité du peuple basque, il est objet de suspicion car, s'il représente quelque chose, c'est uniquement l'Etat centraliste mais certainement pas le peuple basque.
José I. BIKILA, San Sebastian, 3 novembre 1986.
11. La manifestation pour la négociation a été au départ interdite par le gouvernement civil de Biscaye. HB a récusé cette mesure et le juge concerné lui a donné raison en argumentant que cette interdiction allait à l'encontre de la liberté d'expression. Cela a été interprété comme nouvel affrontement entre l'exécutif et le pouvoir judiciaire par rapport au Pays basque.