NDISCUTABLEMENT, l'amélioration de la situation militaire au profit des révolutionnaires nicaraguayens, qui avait commencée en 1985, s'est confirmée en 1986.
L'armée sandiniste s'est renforcée, structurée, contraignant les groupes contre-révolutionnaires à se replier de plus en plus sur le territoire hondurien d'où ils lancent leurs incursions.
Comme dans toute armée intestines et la corruption rongent les rangs de la « contra ».
L'accélération de la réforme agraire leur a fait perdre le peu de base sociale paysanne qu'ils avaient pu avoir en 1982-1983.
Dans les sommets de la contre-révolution, basée à Miami, la lutte pour le pouvoir va bon train. Les « politiques » de l'Union de l'opposition nicaraguayenne (UNO) renâclent à se soumettre à la prééminence des « militaires » de la Force démocratique nicaraguayenne (FDN). Ils veulent donner à la « contra » un visage de « combattants pour la liberté » qui évidemment s'accomode mal de l'image de marque de la FDN, ramassis d'ex-gardes somozistes. Washington a sommé la
« contra » de taire ses dissenssions et de se présenter sous un jour qui la rende crédible politiquement au niveau international. Les Etats-Unis disposent pour ce faire d'un argument de poids, puisque ce sont eux qui fournissent
William I. ROBINSON
Quatre facteurs marquent la guerre imposée au Nicaragua dans l'année qui vient de s'écouler. La confirmation de l'échec stratégique de la
« contra », le contre-révolutionnaires et, parallèlement, une plus grande implication directe des
Reagan, qui avait dû reconnaître, au début de l'année, la crise de la « contra », espérait bien que d'ici à la fin de l'année les contre-révolutionnaires auraient augmenté leurs possibilités offensives. Encouragés par le « programme des 100 millions », approuvé en juin par le Congrès, les stratèges de guerre nord-américains misaient sur des résultats immédiats qui leur auraient permis de prouver à l'opinion internationale que la « résistance démocratique a retrouvé sa combativité ». Mais la crise sévissant déjà en début d'année dans l'état-major contre-révolutionnaire amplifiée au fil des mois que le projet est au bord de la déroute.
Fin 1985, le ministre de la Défense du Nicaragua, le général Humberto Ortega (1), avait annoncé : « Cette année, l'impact stratégique de l'armée mercenaire s'est dégradée de manière irréversible, cette évolution poursuivra et mènera à un fiasco ».
Une année plus tard, à la mi-décembre 1986, le général Ortega informait que les « contras » avaient subi 6 000 pertes dont environ 4 000 morts, preuve nude la "contra"
La stratégie américaine en difficulté même, s'emparer importance et, militaire de cette peut avoir pour le l'argent sans lequel mérique de la détérioration de la situation pour les mercenaires.
Les pertes totales de la contre-révolution, ces dernières années, s'élèvent à plus de 16 000 morts, blessés et prisonniers. A son heure de gloire en 1984, contre-révolutionnaire était estimé à 15 000 hommes.
L'Armée populaire sandiniste (EPS) a « nettoyé » en 1986 d'importantes zones et repoussé le gros de la FDN (2) vers le Honduras. Selon le général Ortega, sur les 6 000 hommes présents sur le territoire nicaraguayen début n'en reste plus que 2 000 en décembre. Les offensives sandinistes de 1985 se sont poursuivies au début de 1986 dans les mêmes régions, Chontales et Boaco, au centre du pays, où se trouvaient dispersés des « contras » en quête de refuge.
En février, le ministre Ortega dénonce le réarmement massif par le Pentagone et la CIA des « contras » basés au Honduras en ces termes : « L'administration Reagan non seulement renforce sa politique de terrorisme d'Etat contre le Nicaragua mais en plus elle est en train de constituer
Tème armée (les 'contras') dans la région centraméricaine ». Fin mars, plus de 1 000 « contras » font une tentative d'invasion, ayant pour but d'installer un gouvernement provisoire, qui échoue et se solde au bout d'une semaine de durs combats par environ 600 pertes.
spectaculaire, la Maison Blanche avait monté une opération de propagande autour d'une prétencréant de toutes pièces la crise de la Sela « contra » cesserait purement et simplement d'exister. Après les cent millions de dollars d'aide votés par le Congrès en juin
1986, l'état-major antisandiniste a promis des résultats rapides sur le plan militaire. Depuis 1981, l'objectif est toujours le nicaraguayenne de de là, proclamer un gouvernement provisoire qui pourrait alors en appeler à l'aide du protecteur américain.
60 millions de dollars ont été fournis dès octobre 1986 à la « contra ». Les résultats rapides escomptés se font attendre sur le plan militaire mais, économiquement et humainement, la guerre imposée au Nicaragua se fait chaque jour plus lourde
(voir tableau). Les Etats-Unis misent sur le mécontentement populaire, la lassitude face aux difficultés de la vie quotidienne qui prennent des proportions incontrôlables. Ils comptent sur un affablissement interne de la révolution.
C'est dans ce contexte qu'a éclaté en novembre dernier le scandale des ventes d'armes américaines à l'Iran dont le produit a été détourné pour la « contra ». Le texte ci-dessous, tiré du bulletin de l'Agencia Nueva Nicaragua, trace le bilan année 1986, examine les conséquences que
Nicaragua I'« Irangate-Contragate ».
maine sainte : tandis que des avions nord-américains transportaient des soldats honduriens et des équipements militaires à la frontière, l'administration Reagan exploitait l'affaire pour légitimer devant le Congrès sa demande d'aide pour la contre-révolution.
LA NOUVELLE TACTIQUE
DE LA CONTRA
En mai, Humberto Ortega dénonce d'importantes nord-américaines autour du Nicaragua, des activités aériennes et maritimes d'espionnage, destinées à réactiver la guerre et coincidant avec les débats au Congrès au sujet de l'allocation de 100 millions de dollars de crédits à la « contra ». En même selon les services de renseignements de l'EPS, l'ex-colonel de la garde somoziste et chef militaire de la FDN,
Bermudez, donne l'ordre hommes infiltrés au Nicaragua d'inten-
En septembre dernier, sont entrés en vigueur de nouveaux grades dans l'EPS, normalisant la hiérarchie selon les équivalences internationales. A cette occasion, Humberto Ortega, l'un des neuf commandants de la révolution, ce qui est un titre honorifique, est devenu général
2. La FDN que dirige l'ex-colonel de la
Garde somoziste Enrique Bermudez a été créée en 1981 par l'unification, sous les auspices de la
CIA, de trois organisations contre-révolutionnaires : l'Armée nationale de libération (ELN), l'Alliance démocratique révolutionnaire nicaraguayenne (ADREN) et la Légion du 15 septembre. La FDN regroupe entre 10 et 15 000 hommes basés pour l'essentiel au Honduras.
DOMMAGES PHYSIQUES ET PERTES DANS LA PRODUCTION (en sifier leurs attaques contre les objectifs Conséquence des graves coups portés par l'EPS tout au long de l'année précédente, les contre-révolutionnaires n'ont plus les moyens d'organiser des opérations de grande envergure ou d'affronter directe. d'opérer en petits commandos dispersés, ils se limitent à des actes de sabotage mineurs du point de vue militaire, mais meurtriers pour les civils et dévastateurs pour l'économie : destruction d'installations économiques et sociales, pose de mines, attaques de villages et de coopératives agricoles.
cette nouvelle tac. tique se lisent dans les statistiques des actions des contre-révolutionnaires dant les six premiers mois de 1986. Selon les données du ministère de la Défense, si les forces de la FDN opérant à l'intérieur du pays ont fui le combat direct, ils ont par contre fait sauter 14 camions civils, 2 monte-charges, 9 unités de production agricole, 3 hangars à tabac, électriques, 54 civiles. Ils ont attaqué au moins 3 villages, assassiné 125 civils, blessé 88 autres et séquestré 260 personnes.
La pose des mines pour tuer des civils est devenue très courante. L'organord-américain Droits de l'homme, American Watch, le mentionne dans un rapport récent, dont voici un extrait : « La majorité des personnes tuées au Nicaragua sont victimes de mines (...) les 'contras' s'acharnent delibérément contre la population cwile en utilisant des mines de terre ».
Autre aspect de cette nouvelle tactique, l'annonce faite en septembre 1985 par la FDN que les centaines de coopé rants étrangers travaillant dans jets de développement au Nicaragua ne seraient plus dorénavant épargnés. Ils ont joint l'acte à la parole en assassinant en Demierre, en séquestrant huit Allemands en mai (libérés en juin sur ordre des Etats-Unis soumis à des pressions multiples), en assassinant le Basque Ambrosio Morrogan en juin puis en tuant le Suisse Yvan Leyvraz, le Français Joël Fieux et l'Allemand Bernd Koberstein en juillet.
De même, en 1985-1986, la FDN a perdu ce qui formait bon gré mal gré la base sociale qu'elle s'était assurée dans les et s'est trouvé dans l'impossibilité
Uses pertes. Cela a conduit en 1986 à une extension des pratiques d'enlèvements et de recrutement forcé de paysans et à une mercenarisation croissante de ses troupes. Tandis que venus de pays aussi que l'Afrique du Sud, les les Philippines et Taïwan grossissaient les rangs de la « contra », les nicaraguayens, déçus d'avoir été trompés par les somozisencouragés par l'amnistie diniste, se sont multipliées, atteignant selon des sources officielles, une moyenne de trois défections par jour. A cela, millions de dollars) 1981-1984 1981
Total des dommages
Dommages physiques .
Pertes de production
- Secteur agricole s'ajoute une désorganisation interne des la corruption, intestines, les rixes et intrigues.
début de cette année éclate une timide version de l'actuel « Contragate », quand des journalistes et des membres du Congrès découvrent ce qu'il est advenu des 27 millions votés en 1985 à titre d'aide « humanitaire ». Le chef de la FDN, Adolfo Calero, son frère Mario et d'autres leaders ont littéralement détourné 15 millions pour leurs « frais personnels ». Les chefs de la « contra », déchirés par des divergences internes, s'obstinent à maintenir la fiction de l'unité. Miami, Tegucigalpa et Washington, entre agents de la CIA et chefs « contras », l'administration juin 1986 toutes les parties à une réunion au sommet à Miami, en vue de restructurer l'ensemble des forces contre-révolutionnaires et cela, quelques jours avant le vote fatal du Congrès. Mais les rivalités se poursuivent dans la Mosquitia hondurienne. Kisan (3), un groupement miskito soutenu par les Etats-Unis, se plaint de ce les ex-gardes somozistes se sont accaparés toute l'aide nord-américaine et qu'ils revendent sur le marché noir les armes envoyées par le Pentagone aux Miskitos. En octobre, la CIA nouveau tous les chefs de file à Miami, afin d'éviter la scission de la coalition contre-révolutionnaire, l'UNO (4). En dééclate dans les médias costaricains entre l'UNO et une autre faction de la « contra ».
Quant au sentencieux Eden Pastora (5), dont les troupes ont été nettement battues en 1985, après avoir tout fait Washington, il annonce en mai son retrait de la lutte. Il reconnaît à San José de chance d'être victorieux ». Il préfère donc se retirer.
L'explication du fiasco contre-révolutionnaire en 1986 ne se résume pas aux divisions de la « contra », il faut aussi le
1981-1984 1982 1983 1984 7,0 31,3 143,5 187,5 2.7 9.0 41,1 16,1
5,0 5,1 24,1 5,1 1,7 5,4 1,7 1,7 1,5 0,6 5,6 5,1 3,6 22.3 102,4 171,4 34,8 56,0 4,3 11,3 16,3 3,0 1,3 1,9 15,0 30,0 45,0 rechercher dans la consolidation l'armée sandiniste et des diverses structures populaires de défense. Le colonel Hugo Torres, chef de la direction politique de l'EPS, déclarait à la mi-décembre : « L'EPS est en train d'atteindre une étape supérieure ».
LA CONSOLIDATION
DE L'ARMÉE SANDINISTE Au cours de l'année 1986, ont été créées de nouvelles unités et structures défensives comme les compagnies permanentes territoriales (COPETE) et les bataillons de chasseurs légers (BLC). L'ensemble du système de défense a été revu et corrigé, des communautés d'autodéfense dans les campagnes aux milices territoriales en passant par la réserve dans les villes et l'armée permanente. L'organisation de la réserve s'étend sur toute l'année et culmine lors des grandes mobilisations de septembre à novem-
3. Kisan est la dernière née (1985), des trois organisations « contras » qui opèrent sur la Cote Atlantique et sont composées essentiellement de Miskitos. Les deux autres sont MISURASATA, dirigée par Brooklyn Rivera et MISURA que dirige Steadman Fagoth. L'impact politique du processus d'autonomie de la Cote Atlantique a amené une partie des insurgés de Kisan (Kisan « Pour la paix ») à entamer processus de discussions avec le gouvernement sandiniste l'an dernier.
4. L'UNO, organisation « politique » de la « contra » a été créée en mai 1985 pour faire un pendant civil à la FDN. Ses dirigeants sont Arturo Cruz, Adolfo Calero, auparavant commandant en chef de la FDN, et Alfonso Robelo, la « Triple A ».
5. L'ex-Commandant Cero a créé l'Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE) en 1982. Cette organisation opérait essentiellement partir du Costa-Rica, le long de la frontière sud du Nicaragua. Pris en tenaille entre sa volonté d'apparaftre indépendant vis-à-vis des anciens somozistes de la FDN et la « realpolitik » d'unification des forces « contras » préconisée par les Etats-Unis, Eden Pastora a annoncé au printemps dernier qu'il se retirait de la lutte antisandiniste et demandé l'asile politique au Costa-Rica où il a ouvert une petite entreprise de pêche !
bre. Ces structures sont préparées pour faire face à une éventuelle intervention directe des Etats-Unis.
Lors du 25ème anniversaire du Front sandiniste, le 8 novembre, s'est déroulé le plus grand défilé militaire depuis la victoire de la révolution en juillet 1979. Des détachements des unités spéciales de l'EPS y participaient et tous les moyens de défense du pays, artillerie lourde et légère, batteries de DCA, véhicules blindés et chars, hélicoptères de transport et de combat témoignaient du degré de préparation et d'organisation du système de défense nicaraguayen.
Pendant toute cette année 1986, l'implication directe des Etats-Unis s'est intensifiée et les tensions dans les zones frontalières se sont accrues, notamment avec le Honduras. Les Etats-Unis lancé toute une série d'opérations d'es-
Get d'assistance logistique à la « contra ». Le capitaine Ricardo Wheelock, chef des services de renseignements de l'EPS, signalait qu'au cours des dix premiers mois, 469 vols de reconnaissance et de ravitaillement avaient été effectués à partir des territoires hondurien et costaricain, ainsi que 169 vols ayant des objectifs plus spécifiques, directement depuis les Etats-Unis. On compte en permanence sur le sol hondurien de 3 500 à 4 500 soldats nord-américains et pratiquement un millier au Costa-Rica, la « Suisse » de l'Amérique centrale ! De nombreuses constructions militaires ont été effectuées dans ces deux pays, des aériennes, des camps nement, des centres de communication, des routes et des hôpitaux. Les installations construites antérieurement ont été
Vu l'incapacité des « contras » à opérer à l'intérieur du Nicaragua, « les EtatsUnis optent pour un déplacement du foyer de guerre vers la frontière, dans l'intention de provoquer des incidents frontaliers, propres à déclencher un conflit généralisé » dénonçait en novembre le
Cela s'est vérifié fin octobre, quand, dans le cadre de la guerre des fronchère à Washington, 1 000 « contras » ont essayé d'envahir le Nicaragua depuis le Honduras. « L'opération nettoyage », nom de code de l'offensive, s'est heurtée à l'EPS, qui a repoussé les mercenaires au-delà de la frontière. En novembre, l'EPS a repoussé agressions mineures, puis début décembre, une autre tentative d'invasion appuyée par 1 500 hommes.
Tirant les leçons de ces tristes expériences, les Etats-Unis et le Honduras ont déplacé des troupes vers la frontalière. Puis a suivi, le 7 décembre, le bombardement de deux villages au nord du Nicaragua par des avions en provenance du Honduras, tout ceci pour sauvegarder les forces décimées de la contre-révolution et provoquer une crise qui permettrait au Honduras de demander « l'aide » directe des Etats-Unis face à une prétendue agression nicaraguayenne. La capture de deux ressortissants
MANUAL DEL
COMBATIENTE
POR LA LIBERTAD
Gula práctica para librar a
Nicaragua de la opresión y la miseria parallzando el complejo militar-Industrial del estado marxista traldor y vendepatria, sin tener que utilizar herramientas especiales y con un mínimo de riesgo para el combatlente.
PATRIOTA NICARAGUENSE:
SABOTEAR A LA TIRANIA
MARXISTA ES REIVINDICAR
LA MEMORIA DE SANDINO
I VIVA NICARAGUA LIBRE 1
Le manuel de la CIA ou comment apprendre aux « combattants de la liberté » à déstabiliser le Nicaragua. (DR)
nord-américains sur le territoire nicaraguayen, de l'exécutant de la CIA Eugène
Hasenfus et de l'espion « privé » Sam
Hall puis le scandale du « Contragate » au grand jour la participation du gouvernement des Etats-Unis à une infinité d'opérations contre le Nicaragua, plus illégales les unes que les autres.
DES CENT MILLIONS
AU
«CONTRAGATE »
En octobre dernier, au moment où le président Ronald Reagan, fier de son succès, apposait sa signature au bas du texte de loi sanctionnant l'octroi des
100 millions de dollars pour les « contras » et une escalade qualitative de la guerre contre le Nicaragua, il était loin de se douter qu'un mois plus tard toute sa politique visant à renverser le gouvernement sandiniste subirait de tels revers. En d'estimer exactement les conséquences
Reagan contre le Nicaragua. Il est néanmoins indéniable que la crise occasionnée par la vente secrète d'armes à l'Iran et le détournement d'une partie des gains au profit des « contras » représente un sérieux
VICTIMES 1981-1985
Morts
2.817
Blessés et mutilés
3.020
Enleves
2.825
Personnes déplacées
142.980
Orphelins
6.239
VINA EL PAPY handicap pour les forces politiques engagées dans l'agression contre le Nicaragua. Ceux qui voilà peu portaient avec superbe le badge « I am a Contra, too » (moi aussi, je suis un « contra »), à commencer par Reagan lui-même, sont à présent sur la défensive. Difficile de justifier une politique qui prétend avoir pour but le « rétablissement de la démocratie » au Nicaragua, quand elle se trouve magistralement bafouée à Washington.
Pendant le premier semestre de 1986, l'administration Reagan a déployé une offensive politique visant à rétablir l'aide militaire aux contre-révolutionnaires, suspendue en 1984 par le Congrès, confier de nouveau la conduite guerre à la CIA. En mars, la chambre des représentants à majorité démocrate refusait la première demande de Reagan,
100 millions de dollars. L'incident frontalier de mars Honduras et le Nicaragua, grossi à outrance par l'administration, devait servir à exercer des pressions sur les représentants et les sénateurs, qui se lançaient dans leur campagne de réélection et risquaient de se voir accusés de « mollesse envers le communisme ». après avoir obtenu l'approbation du séà majorité républicaine, Reagan remportait la victoire politique qu'il cherchait depuis longtemps : la chambre des représentants votait, de justesse, les 100 millions. Cette loi remettait en outre à la CIA le contrôle des opérations et, pour la première fois, le Pentagone se voyait investi d'un rôle direct dans la guerre.
Le lendemain même, le 27 juin, la Cour internationale de justice de La
L'armée nicaraguayenne s'est modernisée, mais la défense absorbe 50 % du budget. (DR) Haye, la plus haute instance internationale rendait son verdict dans le procès intenté par le Nicaragua. Elle reconnaissait Unis est contraire au droit international et qu'elle doit cesser immédiatement. La sentence eût d'importantes répercusEtats-Unis, elle n'apparut qu'une des journaux disparut comme par enchantement du débat public pour laisser place aux affaires de politique intérieure.
En octobre, le Congrès ratifiait la des 100 millions et la Maison Blanche se targuait d'avoir finalement décroché le « consensus bipartiste »
Get Républicains pour renverser le gouvernement sandiniste.
Le 5 octobre, était abattu dans le sud du Nicaragua, alors qu'il transportait des armes et des
« contras ». Le seul Eugene Hasenfus, jour suivant, se met aussitôt de l'operation secrete de soutien aérien, à laquelle il participait et qui violait l'interdiction du congrès frappant encore l'assistance militaire aux mercenaires. Les déclarations de Hasenfus et les breux documents trouvés l'avion accablaient l'administration Reagan, le vice-président George Bush, le Conseil national de sécurité, la CIA et le Département d'Etat. On découvrait réseau complexe d'agents d'ex-agents, de étroitement liées à la CIA, d'organisations privées et militaires, d'ex-fonctionnaires, impliqués dans l'aide publique ou privée aux « contras ». des « contras », entre autres contrebande de drogue et d'armes, actes terroristes, détournements de fonds, deux mois, jusqu'à sa remise de peine octroyée par l'Assemblée nationale nicaraguayenne et son retour aux Etats-Unis peu avant Noël, Hasenfus faisait la une des journaux et devenait, à son corps défendant, un facteur de prise de conscience dans l'opinion publique américaine.
Mais, c'est le 25 novembre, quand le ministre de la Justice Edwin Meese révèle que 30 millions de dollars, provenant de ventes d'armes à l'Iran, ont été illégalement versés à la « contra » que se déclenche la crise politique. Le président Reagan tente de désamorcer l'affaire en demandant la démission du lieutenant-colonel Oliver North et en accepde son conseiller en matière de sécurité nationale, l'amiral John Poindexter, mais le scandale s'avère incontournable. En deux semaines, le taux de popularité et la crédibilité de Reagan tombent à leur point le plus bas depuis sa venue au pouvoir en 1980 et les réflexions à propos de son âge et de son état de santé visant à le disqualifier pour le reste de son vont bon train. Par ailleurs, on sur toutes les opérations secrètes qu'a pu exécuter le Conseil de sécurité pendant les six dernières années.
UNE ADMINISTRATION AFFAIBLIE
Pendant les premiers mois de l'année 1987, voire au-delà, la politique aux Etats-Unis risque d'être dominée par les enquêtes judiciaires menées par un procureur spécialement désigné et par les commissions du Congrès Chargees des investigations sur l'« Irangate-Contragate ».
Tout est mis en œuvre pour protéger le président Reagan, lequel poursuivait, bien sûr, «nobles objectifs» en vendant des armes à l'Iran, la libération des otages américains au Moyen-Orient, et ne « savait rien » du détournement de fonds pour les « contras ». Mais en par l'absoudre et épargner sa respeu probable, Reagan ne pourra conséquences politiques entraînées par le scandale.
Le président Reagan qui avait donné l'ordre d'envahir l'ile de Grenade en ocl'attention de l'échec du Liban où, peu mort, pourrait de la même façon se lancer Nicaragua, au moment même crise politique intérieure menace la stamandat. Cette « guerre de basse intensité » (6) à l'encontre du Nicaragua représente, outre une obsession personnelle du président, le pilier de la « doctrine Reagan ». En août dernier, le
Men matière de sécurité, Poindexter, confirmait ouvertement que d'en finir avec le gouvernement sandiniste avant la fin de son mandat en 1988. Il lui reste donc bien peu de temps, car le Nicaragua n'est pas Grenade et une invasion du Nicaragua ne serait pas une « promenade militaire » (7). Mais une administration aussi affaiblie et divisée que celle de Reagan, assaillie de toutes parts par les critiques, peut-elle prendre le risque de se lancer dans une aventure interventionniste qui, inévitablement, conduirait à une crise de politique intérieure hors de toutes pro-
Du coup, le financement futur des février, le Congrès aura à se prononcer sur les 40 millions de dollars qui restent à débourser des 100 millions de dollars. Puis la Maison Blanche fera une nouvelle rivés sur l'échéance électorale présidende 1988, le Parti démocrate se gardera bien de faciliter les choses à Reagan tout en cherchant à se protéger contre l'accusation « ce sont les Démocrates qui ont abandonné le Nicaragua au communisme ».
des " contras » sur le champ de bataille et les conséquences politiques du « Contragate » ont ouvert une petite brèche dans la politique acharnée de l'administration américaine contre le Nicaragua. Peut-être cela permettra-t-il à ce dernier d'avoir un répit au niveau économique.
William I. ROBINSON, Agencia Nueva Nicaragua, Managua, décembre 1986. 6. La guerre de basse intensité (low intensity war) est un produit du syndrome vietnamien sur la stratégie américaine. Elle vise à éviter l'intervention directe des Etats-Unis ou tout du moins à n'y recourir qu'en dernière instance, en préférant la déstabilisation par personne interposée, comme ici la « contra ».
7. Le Pentagone a envisagé plusieurs « scénarios » d'une intervention directe des Etats-Unis au Nicaragua. Tous prévoient plusieurs milliers de morts et de blessés du côté américain sans parler des effets qu'auraient sur la population civile nicaraguayenne les bombardements massifs nécessaires. Dans tous les cas de figure, les effets seraient sans comparaison avec ceux de l'intervention à Grenade en 1983.