Inprecor 1974–2004

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PAYS-BAS

La crise de la gauche radicale

· Inprecor n° 235, 2 février 1987 · p. 17-18 · 2 195 mots

Syndicalisme

UX élections législatives du 21 mai 1986, le gouvernement de droite, présidé par

_le milliardaire Ruud Lubbers au pouvoir depuis 1982, s'est fait reconduire avec une inajorité confortable, remportant 81 sièges sur un total de 150. La coalition entre l'Appel démocrate-chrétien (CDA) et le Parti libéral (VVD) a done commencé sa deuxième législature (1). Cette victoire de Lubbers a surpris une grande partie de la gauche néerlandaise. Mais non moins étonnant fut le fait que le Parti du travail (PvdA, social-démocrate) s'est renforcé, essentiellement aux dépens des petits partis sur sa

Les trois partis qui constituent ce qu'on appelle la « gauche radicale » ont perdu cinq des huit sièges qu'ils détenaient sous la précédente législature. Le Parti communiste néerlandais (CPN) a perdu ses 3 sièges et sera absent de la Chambre des députés pour la première fois depuis 1920. Le Parti socialiste pacifiste (PSP) a perdu deux de ses trois sièges. Quant au Parti politique des radicaux (PPR), il a gardé ses deux sièges mais en perdant des dizaines de milliers de voix. Ces pertes enregistrées par la gauche radicale ne constituent pas un incident fortuit. Durant ces dernières années, le CPN, le

PSP et, dans une moindre mesure, le PPR, ont perdu des milliers d'adhérents. Le PSP

De plus, les capacités de mobilisation et d'intervention de ces partis se sont réduites de manière dramatique. En quelques années, le CPN a perdu l'essentiel de son implantation dans la classe ouvrière et dans les syndicats. Et ces trois partis ont de dictature néo-fasciste ». En conséquence, Bisig « va mener campagne de manière vigoureuse pour la ratification de la constitution proposée tout en attirant l'attention sur ses insuffisances. L'approbation critique de la constitution fait partie des efforts pour protéger le jeu politique de février. En même temps, c'est une autre occasion pour lancer politiser la population pour que cette dernière n'attende même des plus démocratiques ou qu'elle ne se trompe jusqu'à croire que l'adoption de cette constitution marque la conclusion de notre lutte ». Malgré son caractère anti-fasciste, le document constitutionnel est en effet « essentiellement conservateur, reflétant ainsi les sentiments et les aspirations de la bourgeoisie ». (17).

Le Front national démocratique a, selon Tony Zumel, vivement discuté de la position à prendre sur le référendum du 2 février (18). Le NDF avait lui aussi des préoccupations tactiques, dont le souci de ne pas se couper à nouveau de secteurs importants des classes moyennes et des masses non-organisées, comme un an auparavant, à l'occasion du boycott des élections présidentielles. Certains cadres du mouvement national démocratique semblent avoir annoncé que le vote serait positif, par exemple dans l'ile de Negros. Mais finalement, sur le plan national, décision a été prise d'appeler à voter non, quitte à se retrouver le temps d'un référendum avec les forces d'extrême-droite. A cause du caractère pro-impérialiste du probablement, pour ne pas se lier les mains à l'occasion des négociations de paix, en adoptant formellement un document contradictoire, par bien des aspects, avec leurs propositions. (19).

Si le référendum constitutionnel place temporairement en porte à faux les forces de gauche, les élections parlementaires de mai 1987 vont mettre à rude épreuve la coalition gouvernementale, l'intérêt propre à chaque fraction qui la compose devant alors primer sur la politique présidentielle. Mais, par delà le réfé rendum constitutionnel et l'élection législative, l'essentiel, en ce début 1987, sera très probablement les luttes engagées au- des négociations de paix entre le gouvernement et le NDF.

Paul PETITJEAN, 19 janvier 1986.

17. * Bisig endorses constitution », Kasarinlan vol. 2, numéro 2, 4th Quarter 1986, p. 72.

18. * A fugitive afternoon with Tony Zumel », National Midweek du 26 novembre,

19. Selon le journaliste Michel Moreau, dans le quotidien français Libération du 17 janvier 1987, le PCP et le NDF appellent à contre la constitution, la coalition masse Bayan appelle au « vote de conscience » qui laisse libres les organisations membres de définir leur propre position, la confédération syndicale KMU appelle nationalement à voter contre, mais dans l'ile de Negros, le KMU appelle à voter pour la constitution. Le vote « critiquement favorable » est par ailleurs défendu par une cinquantaine d'organisations de gauche.

PAYS-BAS

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en compte aujourd'hui environ 6 000 contre 10 000 il y a trois ans. plus en plus de difficultés à mobiliser leurs propres militants. Robert WENT

Les résultats des élections législatives de mai 1986 ont confirmé ce qui était déjà évident depuis un certain temps. Les partis de la gauche radicale sont profondément en crise, une crise d'organisation dont la fin n'est pas en vue.

En mars 1987, doivent se tenir des élections régionales. Et malgré les attaques brutales du gouvernement dans les domaines de l'éducation, des services sociaux, de la sécurité sociale, de la santé, contre les retraités et les travailleurs du secteur public, on s'attend à ce que la radicale recule encore pius et soit dans l'incapacité de profiter de la résistance ouvrière à la politique du gouvernement.

LES RACINES DE LA CRISE Il y a plusieurs raisons qui expliquent la crise de la gauche radicale. Ces dernières années, la marge de manœuvre des d'une politique réformiste de gauche s'est rétrécie. Ceci est dû essentiellement à la crise, car aujourd'hui il y a moins de possibilités d'obtenir des concessions de la bourgeoisie. Il y a aussi la force d'attraction qu'exerce le PvdA sur l'électorat de la gauche radicale, car, après quelques années de gestion de la crise par le gouvernement de droite, la résistance à la politique gouvernementale a tendance à se polariser autour de la plus grande force d'opposition.

Même si les gens ont peu de confian-

La crise de

la "gauche radicale"

ce dans la capacité d'un gouvernement PvdA à opérer des changements fond, beaucoup votent pour ce parti dans l'esprit de choisir le moindre mal. Ils préfèrent donc voter « utile » plutôt que d'accorder leurs suffrages à la gauche radicale qui n'a aucune chance d'accéder à des responsabilités gouvernementales.

Face à la volonté unitaire des militants luttes de classes dans la période gauche radicale Depuis des années, elle tente d'améliorer la coordination de ses actions. Sur le plan local, une telle coopération s'est souvent développée, bien qu'en général elle ne soit beaucoup plus loin que la élections municipales et l'organisation par la suite d'un groupe d'élus. Mais sur le plan national, il n'y a eu aucun progrès.

En fait, les discussions sur la coopération au niveau national ont elles-mêmes conduit à deux scissions. La Ligue des communistes dans les Pays-Bas (VCN) a scissionné du CPN (2). Aux élections législatives, ce « nouveau parti communiste, » créé sur une ligne pro-Moscou, a obtenu moins de 5 000 voix. Le PSP a aussi connu une scission. Le Parti pour le socialisme et le désarmement (PSO) fut créé par des membres du PSP qui crai« Comment la droite a gagné les

Voir l'article de Jan Willem Stutje, « Scission dans le CPN », publié dans Inprecor numéro 187 du 7 janvier 1985.

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DE N-BOM STOP REACAN gnaient que ce parti abandonne ses principes fondamentaux. Mais le PSO a éclaté en moins de trois mois.

LA GAUCHE RADICALE

ABSENTE DES LUTTES Ces dernières années, le CPN a largement perdu ses bases dans la classe ouvrière et le mouvement syndical. Les industries traditionnelles, été durement frappées par la crise économique, et dans les industries nouvelles, telles la chimie et la pétrochimie, le CPN n'a pas réussi à

De plus, l'importance accorparti au travail systématiquement diminué. Le PSP n'a de base significative dans la classe ouvrière, ses militants étant pour l'essentiel issus de la jeunesse radicalisée.

Le Parti politique des radicaux (PPR), issu en 1968 du Parti populaire catholique (KVP), tard constitué l'Appel démocrate-chrétien (CDA), a entretenu, dès sa formation, des liens avec des secteurs du mouvement ouvrier catholique. Mais ces liens ont toujours été assez ténus.

La gauche radicale est done peu présente dans les entreprises industrielles et dans le mouvement syndical et n'y joue pas un rôle significatif. S'il est vrai qu'il y a eu des modifications dans la classe ouvrière, la gauche radicale n'y apporte aucune réponse.

De fait, on trouve peu de travailleurs des secteurs clefs de l'économie dans les rangs de ces trois partis. Ceci est encore plus vrai en ce qui concerne leurs directions. Le résultat en est que le CPN, le PSP et le PPR sont de plus en plus senaux mouvements d'humeur des mouvements de masse qui se trouvent confrontés à des problèmes importants.

Les possibilités de la gauche radicale de développer des actions et des campagnes dans la classe ouvrière qui pourraient peser dans la lutte des classes sont done

La conséquence de tout cela a été que ces dernières années, la gauche radicale a été de moins en moins capable de jouer un rôle important dans les luttes. Cette réalité pèse aussi dans les débats sur les perspectives qu'elle s'efforce de proposer. Parce que son action est peu productive et qu'il est très difficile de faire participer les propres membres du CPN, PSP et du PPR aux initiatives décidées, l'attention accordée par ces partis à la lutte et à la mobilisation a diminué. Ensemble, le CPN, le PSP et le PPR comptent encore environ 20 000 adhérents, mais, actuellement, ils ne font rien avec ce potentiel militant. Aucune initiative n'a été prise pour lancer une campagne contre la politique du gouvernement. Même quand la gauche radicale se mobilise, elle ne se préoccupe pas de la construction d'un mouvement dans la classe ouvrière ni du renforcement des courants critiques qui existent dans le mouvement syndical.

Pour la gauche radicale, l'écart entre, d'un côté, le travail au sein des assemblées parlementaires parlementaires sur les plans national, régional et local et, de l'autre, l'action militante est devenu très grand. Le travail dans les conseils locaux et dans le parlement. national absorbe de plus en plus l'activité des partis de la gauche radicale. POUSSER LA SOCIAL-DEMOCRATIE

A GAUCHE ? Sur le plan des perspectives qu'elle propose, la gauche radicale ne se trouve pas dans une situation meilleure. La socialdémocratie a connu une évolution droitière et la gauche radicale l'a suivie. Ses propositions deviennent de plus en plus « réalistes », c'est-à-dire de plus en plus discours sur le socialisme et la pratique

Sur le plan stratégique, ces partis essaient de constituer une sorte de gauche social-démocrate hors de la social-démocratie. Le PvdA est considéré un « allié » qu'il faut « pousser plus à gauche ». Dans la pratique, cette politique conduit souvent à des adaptations à la social-démocratie. Par exemple, résolutions proposées par la direction du CPN pour le congrès du parti en novembre 1987 expliquent que le CPN doit s'orienter plus vers le PvdA parce que, ces dernières années, ce parti aurait évolué à gauche! Pour le CPN, l'objectif n'est donc pas de construire une alternative à la social-démocratie mais de la tirer plus à gauche par de bons arguments. gauche radicale n'a pas pu se renforcer mobilisation de la jeunesse même là où il y a eu quelques signes d'une nouvelle mouvement pacifiste, la gauche radicale, sociaux-démocrates qui dominent la direction du mouvement, a laissé échapper sa chance de se construire.

L'état actuel de la gauche radicale pose le problème de savoir si politique, sa composition (qui vient pour l'essentiel des années 1960) et sa nostalgie pour le bon vieux temps elle sera capable de profiter des nouvelles radicalisations au sein de la jeunesse et de la classe

Manifestation du mouvement anti-guerre aux Pays-Bas. (DR) ouvrière.

Etant donné la profondeur de la crise de ses organisations, la possibilité que la gauche radicale joue un rôle dans la radicalisation de nouvelles couches aux préoccupations et nouvelles semble être des plus réduites.

LA POLITIQUE DES MARXISTES

RÉVOLUTIONNAIRES (SAP), section néerlandaise de la IVe Internationale, participe, là où il peut, aux discussions avec la gauche radicale sur les perspectives. Au Conseil municipal de Rotterdam, la deuxième ville du pays, le SAP participe à la fraction Links Rotterdam (Gauche rotterdamoise), qui regroupe le CPN, le PSP, le PPR et le SAP. En général, pour les élections, le SAP essaie de s'allier à la gauche radicale. Des contacts ont été pris dans ce sens dans la perspective des élections régionales de mars 1987. Mais l'unité avec la gauche radicale n'est pas un but en soi. Elle doit servir à renforcer la lutte, à améliorer la position de la gauche dans le mouvement

Pour l'essentiel, dans les discussions et les initiatives, le SAP propose les lignes directrices suivantes :

- une orientation vers l'action, proposant des initiatives pour intervenir dans développement d'une implanles entreprises et le mouvement syndical : tation et l'initiation de campagnes dans

- pour l'indépendance tous les niveaux, dans l'action et dans les type parlementaire, pour apporter des réponses anti-capitalistes.

La perspective du SAP dans l'action et dans les débats est celle de la construction d'une alternative anti-capitaliste à la droite aussi bien qu'à la social-démocratie.

démarche politique du SAP a donné des résultats. Le parti commence à jouer un rôle plus important dans les luttes et il a mené une campagne législative réussie. Ses succès sont remarqués dans certains cercles de la gauche radicale.

Robert WENT, Amsterdam, 20 novembre 1986.

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