Les éléments essentiels de la nouvelle situation politique se dessinent par des « technocrates » de haut rang. son propre gouvernement (représentés
PHILIPPINES pines avec le remaniement ministériel engagé à chaud TNE page politique est en train d'être tournée aux Philip.
Men novembre 1986, la signature d'un cessez-le-feu de 60 jours, le début des négociations sur le fond avec le Front national démocratique (NDF) et la préparation du référenddum constitutionnel de février 1987. Paul PETITJEAN
Le 23 novembre 1986, à l'occasion d'une crise politique majeure, Corazon Aquino a exigé de tous les membres du gouvernement qu'ils remplissent un formulaire de démission, se réservant le droit d'accepter ultérieurement celles qu'elle jugerait opportunes et de rejeter les autres.
Ce n'est que lentement, au compte-gouttes, que le remaniement ministériel est publiquement annoncé. Il n'est peutêtre pas encore achevé. Mais les limogeages, transferts et publiques confirment ce que l'analyse des évènements de novembre 1986 indiquait :
présidence a fait coup double. Par delà la rupture avec Enrile et la mise au pas temporaire des éléments les plus provocateurs de l'armée, le coup présidentiel du 23 novembre avait aussi pour fonction de préparer un important recentrage à droite du gouvernement.
LE DEUXIEME GOUVERNEMENT
Juan Ponce Enrile, ministre de la Défense, a été le premier des ministres remerciés. Depuis des mois, l'ancien maître ment à la politique présidentielle. Ses proches, au sein de l'armée, faisaient à plaisir entendre des bruits de bottes et multipliaient les provocations. Une entreprise de déstabilisation à droite du gouvernement était en cours. Enrile allait trop vite, trop loin. Corazon Aquino, menacée d'être transformée en dépouillée de tout pouvoir réel, a affirmé sa volonté de reprendre en main une situation très dégradée.
Deux autres membres du gouvernement, accusés de corruption outrancière, ont été rapidement limogés : le ministre des Travaux publies et des Routes, Rogaciano Mercado, et le ministre des Ressources naturelles, Ernesto Maceda. La présidente a néanmoins pris la peine d'assurer, dans une lettre personnelle, Maceda, un de ses proches, de son estime.
Il est significatif que ces deux ministres « politiques » aient été remplacés du pays s'accusent. Vincente Jayme, président de la Banque nationale des Philippines, a travaillé pour la Banque mondiale. Il était à la tête d'au moins 35 entreprises. Carlos Dominguez, déjà ministre adjoint de l'Agriculture et de l'Alimentation dans le premier gouvernement Aquino, est lui aussi un ancien président de banque. Tous deux ont été formés par les jésuites. des « technocrates », liés à la fois aux milieux d'affaires et aux institutions financières impérialistes internationales, se renforce donc au sein du gouverne-
Début décembre, Aquilino « Nene » Pimentel s'est vu retirer son poste de ministre des Collectivités locales. Dirigeant du parti politique le plus proche de la présidente, le PDP-Laban (1), il garde rang de ministre en tant que conseiller présidentiel pour des affaires nationales. Mais il est remplacé par Jaime Ferrer, ancien membre du gouvernement Magsaysay dans les années 1950. Bien que dirigeant du PDP-Laban, Ferrer est connu pour ses opinions de droite et les très bons rap ports qu'il a entretenu avec les services
Il n'est pas en butte à la l'UNIDO (2) que Pimentel.
Enfin, début janvier, le ministre du Augusto « Bobbit » Sanchez, remplacé par Franklin milieux d'affaires, pas cet ancien avocat spécialisé dans la bien que politiquement de centre gauche, était jugé par trop radical, par trop nationaliste et par trop favorable au mouvement ouvrier. Drilon semble, quant à lui, offrir toutes les garanties nécessaires : il est avocat, certes, mais employé par des multinationales et des patrons philippins.
Avec Sanchez, c'est l'un des princiétrangers aux milieux d'affaires et hostile à l'intervention des militaires dans la vie politique du pays, qui est chassé du gouvernement.
En novembre dernier, Corazon Aquino s'est trouvée confrontée à une crise politique ouverte par l'action conjuguée des secteurs les plus réactionnaires de
L'année 1986 s'est ouverte par la « révolution de février », le renversement de la dictature Marcos et l'accession de Corazon Aquino à la présidence. Elle se termine par l'éclatement du premier gouvernement Aquino. La situation reste très instable, mais les traits essentiels de la nouvelle géographie politique par Enrile) et les « loyalistes » de Marcos. Malgré sa référence populiste au « pouvoir populaire », elle ne s'est pas tournée, résoudre, vers les organisations de masse et la gauche, mais vers l'état-major et les Américains.
Durant tout le mois de novembre, trois responsables des services de renseiaméricains sont restés aux Philippines, dont le général en retraite expert de la lutte contre-insurrectionnelle, et M. Ray Clive, ancien adjoint de la CIA. Quant à l'état-major, il a fait connaître ses exigences sous la forme de dix « recommandations » par le biais du général Ramos, avant d'appuyer la présidence et de lâcher les ultras du Mouvement pour la réforme des Forces armées des Philippines (RAM) (3) et Juan Ponce Enrile. Son remplaçant au ministère de la Défense, le général Raphaël Ileto, expert en contre-insurrection, a la confiance des Américains.
Washington et les forces armées ont bel et bien renforcé, à l'occasion de cette dernière crise politique, leur emprise sur la politique gouvernementale du pays.
LA BATAILLE DU CESSEZ-LE-FEU
Si les conflits au sein du gouverne. ment se sont aiguisés à ce point, c'est notamment parce que les négociations engagées avec le Front national démocratique avait atteint un tournant.
Dès l'accession de Corazon Aquino à la présidence, en février 1986, le thème
1. Coalition entre le Parti démocratique des Philippines de Pimentel et le Parti Laban (Combat) de Benigno Aquino, mari de la présidente assassiné en 1983. Le frère de la présidente, José « Peping » Cojuangco est à la tête de
2. Regroupement de divers groupes politiques de droite représenté par le vice-président Salvador Laurel. Ce dernier, après s'être commis avec Enrile durant les mois qui ont précédé la crise de novembre, s'est fait momentanément
L'UNIDO et le PDP-Laban sont les deux principaux partis membres de la coalition
3. Le RAM a été organisé sous la dictature de Marcos par des militaires opposés à ce dernier, Le RAM a joué un rôle important dans la rébellion militaire au moment de la révolution de février 1986.
participer aux célébrations. Ils res interviews accordées en septembre, du retour à la paix, 17 ans après les débuts de la lutte armée, est devenu une question politique centrale. Forte de sa popularité et des espoirs soulevés dans la population par la chute de la dictature, Aquino s'est immédiatement engagée sur ce terrain, prenant de vitesse temps les forces révolutionnaires que les militaires.
Avec la nomination en mai de deux représentants mandatés pour négocier un cessez-le-feu, Satur Ocampo et Antonio Zumel, puis avec l'évolution de ses propositions concrètes - tout d'abord maximalistes -, le NDF a progressivement repris l'initiative politique dans la bataille de la paix. En revanche, la crédibilité du gouvernement en ce domaine commençait à être mise en cause par la mauvaise volonté évidente
Enrile, et de l'état-major des forces armées.
Le 5 août, les négociations en vue de la signature d'un cessez-le-feu se sont concrètement engagées. Six semaines plus semblait en vue. Or, c'est précisément le 29 septembre que le dirigeant communiste Rodolfo Salas est arrêté à Manille par l'armée, provocation évidente. Le NDF a suspendu les pour-
Mais au lieu de les rompre définitivement, il fait de nouvelles proposisouples que dans le passé : un cessez-le-feu de 100 jours sans autres conditions préalables que celles qui permettent l'ouverture de négociations sur le fond. Il a, ce faisant, très clairement placé le gouvernement devant ses respon-
: si les pourparlers de le-feu devaient échouer, il en porterait la responsabilité devant l'opinion.
C'est dans ces conditions que la stratégie de tension de l'extrême droite, couverte par les militaires, a pris corps. Le 13 novembre, le dirigeant syndical Rolando Olalia est enlevé, horriblement torturé et assassiné. Mais l'ampleur de la manifestation rassemblée à l'occasion de l'enterrement de Rolando Olalia - la foule est évaluée à 300 000 personnes - a probablement fini de convaincre les Américains et l'état-major militaire qu'il était trop dangereux de poursuivre, pour l'instant, dans cette voie.
La crise politique est dénouée le 23 novembre avec l'éviction d'Enrile du gouvernement et le processus de négociation est débloqué. Le 25, un accord de principe a été atteint pour un cessez-le-feu de 60 novembre, il est signé. II devient effectif le 10 décembre. peut se prévaloir de ce que l'ultimatum qu'elle a lancé quant à la signature d'un cessez-le-feu a été suivi d'effet. Le NDF a accepté de nouvelles concessions. Mais l'accord signé s'avère très proche du projet qu'il avait avancé deux mois aupara-
En décembre, les forces révolutionnaires ont réussi à conserver l'initiative
Le jour de l'ouverture du cessez-le-feu, des manifestations populaires ont été organisées dans divers centres pays. A cette occasion, des centaines de guérilleros sont venus, sans armes, étaient peut-être une centaine de soldats de la NPA (4) parmi les trente mille manifestants rassemblés à Bacolod, dans l'ile de Négros. Quatre dirigeants régionaux du NDF, dont deux anciens prêtres, cortège, accueilli par Mgr Fortich, évêque et aujourd'hui président de la commission nationale de surveillance du cessez-le-feu. (5)
décembre, à Samal, dans la province de Bataan, non loin de Manille, la délégation du NDF, composée de Satur Ocampo, Tony Zumel et Carolina « Bobbie » Malay, a été accueillie colonnes de guérilleros en armes. Une réponse du NDF, en forme de pied de nez, propos belliqueux Ramos et Ileto qui promettaient de désarcessez-le-feu, tout soldat NPA qui quitterait ses montagnards.
Le NDF a ouvert une représentation à Manille et a maintenant libre accès aux
Les membres étant d'anciens journalistes, ils savent les utiliser. Ils occupent écrans de télévision et Unes des journaux. Ils sortent ainsi de l'ombre forcée de la clandestinité et se font connaître de millions de gens. C'est très important pour un mouvement dont les dirigeants nationaux sont souvent inconnus en dehors de cercles restreints. Le NDF bénéficie aujourd'hui d'une occasion sans précédent pour s'adresser aux classes moyennes qui ont joue, 1983, un rôle important dans l'évolution politique du pays.
Nombreux sont, semble-t-il, les officiers qui jugent que l'accord de cessez-le-feu favorise trop la gauche, en donnant au mouvement insurrectionnel une légitimité de fait. Mais le général Ileto, nouveau ministre de la Défense, reconnait que l'armée elle-même a besoin d'un répit. Fractionnalisée, corrompue, coupée de la population, elle doit être reprise en main. Souvent, les officiers ont donné le mauvais exemple, note Ileto en décembre. Durant le cessez-le-feu, « un point important est constitué par la réindoctrination des soldats, leur attitude envers le service, leur discipline, leur coopération avec le peuple. »
Quant à Corazon Aquino, avec la signature d'un cessez-le-feu de deux mois, elle s'assure d'un bon départ dans la camélectorale pour le référendumplébiscite du 2 février prochain sur la Constitution. Elle se présentera comme l'apôtre de la paix. Pourtant, elle prépare aussi la guerre. Tout le monde sait que la trêve est fragile. Quant à la paix, elle reste plus qu'aléatoire. Pour le journaliste James Clad, Aquino « a peu d'illusions sur les perspectives pour une paix durable. Ses déclarations publiques aussi bien que les opinions qu'elle exprime en privé laissent penser qu'elle veut d'abord « occuper les hauteurs » du terrain moral avant d'engager les Forces armées des Philippines (AFP) dans une nouvelle phase de combats ». (7)
sait pertinemment que le cessez-le-feu, c'est encore une autre façon de continuer le combat. Lors des premiècommençant son travail de négociateur, Satur Ocampo s'en était déjà expliqué. Il déclarait dans une interview accordée à Alain Mare : « Nous cherchons une solution pacifique sans pour autant renier nos concepts de lutte armée. Il serait très imprudent de notre part de déposer les armes maintenant. Je pense que notre point fort est précisément de conserver notre capacité militaire ainsi que notre autorité politique dans les régions que nous contrôlons. » (8)
Et Satur notait pour la presse philipque « si le sens de la position du gouvernement Aquino dans les négociations est que nous devons nous rendre, alors nous ne pensons pas qu'il existe une base pour discuter. Nous avons dit clairement depuis le début même qu'en décidant de participer à ces négociations, nous n'inscrivions pas à l'ordre du jour, l'idée de notre réddition. Il doit y avoir la reconnaissance que nous sommes une force politique qui dispose d'un soutien considérable dans de nombreuses zones du pays, que nous avons un programme qui a été appliqué dans quelques zones du pays et qui s'est montré bénéfique pour le peuple ». (9)
Pour le journaliste Rodney Tasker, « étant donné l'attitude ultra-méfiante des militaires par rapport à la crédibilité d'un cessez-le-feu, et le refus de la gauche de déposer les armes, la possibilité de mettre définitivement un terme à l'effusion de sang est en effet des plus réduites. Mais d'une certaine manière, la guerre militaire sur le terrain a été remplacée par une bataille politique plus sérieuse : une guerre de propagande. Dans cette guerre, la gauche s'est montrée plus habile et plus sophistiquée que le gouvernement ». (10)
LA BATAILLE DES NEGOCIATIONS
DE PAIX ET LE PROGRAMME
ÉCONOMIQUE DU RÉGIME AQUINO
La durée du cessez-le-feu dépendra en fait largement de la façon dont la population, les organisations de masse et les divers composantes de la gauche philippine, se mobiliseront sur cette question. L'aspiration à la paix est profonde : c'est cela qui a forcé l'armée elle-même accepter la signature de l'accord actuel.
Avec l'ouverture, début janvier, de la deuxième phase des négociations, le NDF va tenter de donner corps aux yeux de la population à la notion de paix juste. C'est
4. NPA : Nouvelle armée du peuple, guérilla dirigée par le Parti communiste des Philippi-
5. Voir l'article de Philippe Pons dans Le Monde du 12 décembre 1986.
6. Interview publiée dans le International Herald Tribune du 16 décembre 1986. Review du 11 décembre 1986, p. 50.
8. Alain Marc, interview de Satur Ocampo, Magazine (Suisse), 9 septembre 1986, p. 29.
9. Cité par Benjamin Pimentel Jr., National Midweek (Quezon City), 17 décembre 1986,
10. Rodney Tasker, Far Eastern Economic Review du 18 décembre 1986.
Une base de la guérilla de la NPA dans une région rurale. (DR) en effet maintenant que les négociations de fond s'engagent sur les conditions paix durable. Il faut s'attaquer aux racines de la guerre civile. Le NDF va faire connaître les éléments essentiels de son programme en matière dance nationale, de démocratie laire, de justice sociale et économique. Le gouvernement demande que les premières discussions portent sur les thèmes « nourriture et liberté, emploi et justice ».
Le gouvernement va s'appuyer sur sa légitimité et la popularité de la présidente. Mais il risque de payer cher dans la propagande qui s'annonce son profond immobilisme social.
Corazon Aquino a plus d'une fois reconnu que l'injustice sociale était à l'origine de l'insurrection. Mais la politique concrète qu'elle a mise en œuvre, en direction des membres de la guérilla, fait significativement abstraction de cette donnée de base. Elle s'est en effet jusqu'à maintenant contentée d'ordonner le déblocage d'un budget d'un milliard de peso pour faciliter la réhabilitation des enfants prodigues de retour de jungle, comme si, Marcos en fuite, le gros des soldats de la NPA n'avait plus de raison de continuer le combat.
généralement, le programme économique d'Aquino ment toute mesure de transformation sociale radicale. Il innove par rapport aux orientations du régime Marcos en introduisant certaines options considérées progressistes : le démantèlement des monopoles établis par les proches de dictateur ; la priorité accordée à l'agriculture - dont dépend 70 % de la population - et aux petites et moyennes entreprises qui créent des emplois, par rapport aux principaux centres urbains (Manille) comme aux grands et coûteux projets de développement ; l'accent mis sur le marché intérieur et non plus avant tout sur les exportations ; le dégagement d'un budget de 10 milliards de peso afin de créer trois millions d'emplois en relançant notamment les travaux publics (la
Mais l'audace du régime s'arrête là. comme celui de la centrale nucléaire de Bataan, véritable scandale en matière financière et de sécurité, Aquino a décidé de ne répudier aucune dette extérieure contractée sous la dictature Marcos. Elle demande simplement le rééchelonnement des remboursements. Pourtant, le service de cette dette qui dépasse les 26 milliards de dollars, grève lourdement les ressourbarrières érigées sous Marcos pour protééconomiques présidentielle, Aquino ouvre encore plus grand les portes du pays aux capitaux impérialistes. Les exigences du Fonds monétaire international en matière de barrières douanières doivent être respectées. d'Etat peuvent être rachetées à égalité par des capitaux étrangers qui sont aussi appelé à s'investir plus dans l'agrobusiness, zone prioritaire de développement
Enfin, malgré le thème de la réforme agraire inscrit dans le projet de Constitution, aucune mesure de réforme sociale en profondeur n'a été préconisée, Moins d'Etat, le moins possible d'Etat dans le domaine économique, reaganien du puissant ministre des Finan-
Jaime Ongpin. Aquino elle-même semble avoir une foi absolue dans les lois dynamiques du marché capitaliste, pour autant qu'une présidence morale assure le nécessaire climat de confiance dans le pays. Elle déclarait aux hommes d'affaires en octobre gouvernement a achevé les préparations pour un redressement économique et que maintenant c'est au secteur privé de devenir plus actif » (11). Pour James Clad, « la stratégie d'Aquino ne consiste en rien de plus que de laisser jouer la distribution interne de marchandises et de services dans le cadre d'une économie plus li-
Cette philosophie économique doit opérer alors mondiale rétrécit les marchés et augmente pays dépendants. Et alors que la situation aux Philippines mêmes est déplorable. La production a chuté de 12 % depuis 1984. Les entreprises travaillent en moyenne à des rapports sociaux et sans transformation concomitde l'Etat, les lois « naturelles » du système resteront les mêmes : les gains iront aux riches, les investissements souvent spéculatifs, capitaux quitteront à volonté le pays, l'argent déversé par l'Etat nourrira les réseaux de patronage.
Or la pauvreté est là, d'autant plus insupportable qu'elle est pour une grande part récente. Selon Karina Constantino David, ministre adjoint pour les Affaires sociales et le bien-être, « 70 % de la population philippine vit en dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire qu'elle satisfait moins de 80 % de ses besoins en alimentation » (13). Durant les proportion de sous-alimentés a augmenté de 40 %.
Pour l'instant, contente de répondre « non » aux propositions du NDF. Non à une réforme agraire radicale ; non à la remise en cause de la présence des bases militaires américaines sur le sol philippin ; non à des répudiade la dette ; non à une effective de l'appareil d'Etat et Cet immobilisme social du régime Aquino reflète à la fois les contraintes de la dépendance, dans une situation internationale de crise économique l'extrême faiblesse des secteurs progressistes au sein des classes dominantes
Très symptomatiquement, la direction du RAM, qui pouvait passer pour progressiste quand elle s'opposait dans l'armée de Marcos au nom de la démocratie, s'est révélée radicalement réactionnaire après le soulèvement antisocial inquiète jusqu'à la hiérarchie catholique et aux jésuites, pourtant forts influents dans les allées du pouvoir. John J. Carroll, très anticommuniste père jésuite, directeur de l'Institut des Affaires religieuses et sociales à la prestigieuse Université Ateneo à Manille a brutalement manifesté dans la presse internationale cette inquiétude : « Une des anomalies de l'ère post-Marcos est qu'aucun des copains de l'ancien président n'a été emprisonné aux Philippines depuis la révolution de février. Le retard qui a été pris dans l'identification et la poursuite de ceux qui ont participé aux crimes du régime Marcos revient au fait que les anciennes structures politimilitaires et juridiques restent nombreux exemples de réformateurs mo-
Sont échoué parce qu'ils sont restés trop liés aux structures du passé ; moins des Droits de l'homme et des valeurs humaines. Madame Aquino n'a pas encore montré une volonté de s'attaquer à ces structures et même les nouveaux noms proposés pour son gouvernement du centre-droit. Tant que le gouvernement, l'Eglise et les classes moyennes ne feront pas face à ce défi, la polarisa-
.conflit seront endémiques et la démocratie philippine restera une
Cité dans le International Herald Tribune du 11-12 octobre 1986.
12. Dans la Far Eastern Economie Review
13. Cité par Philippe Pons, Le Monde du
qui a participé à la campagne Aquino », Paul Petitjean, numéro 221 du 9 juin maison bâtie sur le sable » (14).
L'épuration du gouvernement Aquino, à son extrême-droite et à son centre-gauche, n'en fait pas une entité homogène. On y trouve toujours l'armée et les hommes d'affaires, l'Eglise et des partis politiques rivaux, des technocrates et des politiciens.
Ce gouvernement passera probablement sans difficulté la première échéance politique de l'année 1987 : le vote du projet de Constitution. Mais ses contradictions internes devraient s'intensifier à nouveau avec les trois échéances suivantes : l'évolution des négociations avec le NDF à la fin de la période de cessez-le-feu (peu après le référendum constitutionnel) ; la réponse à donner au pôle d'opposition constitué par les « loyalistes » de Marcos et Enrile, maintenant libéré de toute contrainte gouvernementale ; les élections législatives de mai prochain.
UNE SITUATION
TOUJOURS INSTABLE Il ne devrait pas y avoir, à court terme, de simple « retour à la normale » - que ce soit la norme de la dictature personnelle de Marcos ou celle du jeu bi-partidaire et élitiste d'avant la loi martiale. Beaucoup de choses ont en effet changé ces vingt dernières années.
Des forces politiques luttent activement pour créer une situation de chaos et imposer ainsi un nouveau recours à la loi martiale - les forces dites néo-fascistes, dont il ne faut pas ignorer le rôle. Elles sont encore puissantes, possédant d'importants appuis dans l'armée et diverses régions. Leur pression favorise l'action de ceux qui, au sein même du régime Aquino, veulent réduire I'« espace démocratique » gagné par les masses en février 1986. Le pour les libertés démocratiques reste une tâche centrale.
Néanmoins, le retour à un régime de dictature cohérent, analogue à celui de Marcos, se heurterait à des difficultés majeures. Les mouvements de masse sont aujourd'hui beaucoup plus puissants qu'en 1972, l'Eglise est dorénavant directement engagée dans la vie politique du pays, les Américains ont fait l'expérience désastreuse de la fin du règne de Marcos, la bourgeoisie philippine est en alerte, l'armée a acquis d'autres moyens de peser dans le jeu politique, le traditionnel pluralisme régional de l'archipel reprend le dessus. L'imposition d'un nouveau régime de dicl'impérialisme tant que la situation ne s'est pas profondément modifiée.
Il y a, dans la situation présente, des aspects de « restauration », de retour au système d'avant la loi martiale. Les politiciens des années 1950 et 1960 refont surface. Ils hantent les couloirs du pouvoir. La nouvelle constitution reproduit un système de représentation en deux chambres qui favorise le contrôle des processus parlementaires par les élites. Les grandes familles régionales tiennent le haut du pavé. Mais là encore, certains éléments importants des rapports de forces ont changé. On ne peut plus exclure du jeu
LES DERNIERS ARTICLES D'INPRECOR SUR LES PHILIPPINES jean, numéro 212 du 3 février 1986.
1986.
du 3 mars 1986.
Petitjean, numéro 215 du 17 mars 1986.
- « Solidarité avec le peuple international (CEI) de la IVe Internationale, numéro 215 du 17 mars 1986.
- « Le gouvernement Aquino face ques », Paul Petitjean, numéro 217 du 14 avril 1986.
ro 220 du 26 mai 1986.
- « Trois mois après la révolution
1986.
vie », Paul Petitjean et Sonia Rupon, numéro 227 du 6 octobre 1986.
Johnson, numéro 227 du 6 octobre 1986.
Paul Petitjean et Sonia Rupon, numéro 230 du 17 novembre 1986.
de la Torre par Paul Petitjean, numéro 230 du 17 novembre 1986.
Paul Petitjean, numéro 230 du 17 novembre 1986 et 'Dodong' Nemenzo » , Paul Petitjean, numéro 230 du 17 novembre 1986.
ler décembre 1986.
fié (SU) de la IVe Internationale, numéro politique les classes dominées. Il faut tenir de nouveaux acteurs qui n'existant que force politique avant la période de la loi martiale: la hiérarchie catholique et l'armée qui, toutes deux, n'ont pas (encore ?) leurs partis.
Enfin, le contexte international a bien changé. Les pétro-dollars se sont épuisés.
Aquino, lors de son voyage aux Etats-Unis, a été très applaudie. Mais au prix de longs marchandages, elle n'a finalement obtenu qu'une aide de 200 millions de dollars.
Une aumône. La manne américaine est tarie. Il sera d'autant plus difficile de trouver des compromis entre les intérêts concurrents des divers groupes de pression qui s'alignent derrière le gouvernement.
LES PHILIPPINES TRAVERSENT
TOUJOURS UNE PÉRIODE
D'INSTABILITÉ STRUCTURELLE
Le vote de la Constitution, le 2 février, risque d'être un moment difficile à passer pour la gauche philippine. Véritable plébiscite qui lui assure la présidence jusqu'à
1992, il permettra à Corazon Aquino de faire jouer pleinement sa popularité personnelle. Constitution bourgeoise et pro- impérialiste, elle institutionnalise l'ouverture du pays aux capitaux étrangers. Elle contient, aussi, un ensemble de clauses démocratiques qui tranchent sur l'héritage de la période Marcos. Le projet constitu-
- « La fraude électorale ne freinera pas la crise de la dietature », Paul Petit-
- « L'agonie de la dictature Marcos », Paul Petitjean, numéro 214 du 3 mars
- « La lutte contre l'oppression multiforme », Sonia Rupon, numéro 214
- « Après la chute de Marcos, une nouvelle situation politique », Paul philippin », déclaration du comité exécutif aux problèmes sociaux et économi-
- « Les débats au sein de la gauche révolutionnaire », Paul Petitjean, numéde février' : l'évolution de la gauche
- « Le PCP fait son autocritique », Paul Petitjean, numéro 222 du 23 juin
- « Le sucre amer de Negros : reportage sur une fle qui lutte pour sa sur-
- « Interview d'un dirigeant syndical des travailleurs du sucre », Russell
- « L'évolution de la gauche et les divisions du gouvernement Aquino »,
- « Qui sont les Volontaires de la démocratie populaire ? », interview d'Ed
- « La création du Partido ng Bayan : interview de José Maria Sison »,
- « Bisig, une force explicitement socialiste : interview de 'Randy' David
- « Le général Ramos sort de l'ombre », David Cameron, numéro 231 du
- « Message de solidarité au KMU et au Partido ng Bayan », secrétariat uni-
231 du ler décembre 1986.
tionnel est vigoureusement dénoncé par l'extrême-droite. Juan Ponce Enrile prend la tête d'une croisade pour son rejet.
(15), l'essentiel n'est pas le contenu, procapitaliste, de cette constitution, mais la bataille engagée par les forces dictatoriales
(représentées par Enrile) contre les acquis démocratiques de la « révolution de février ». Francisco Nemenzo, président de
Bisig, notait dans le rapport qu'il a présenté aux délégués de l'organisation rassemblée pour adopter une position sur le référendum, que « la base de notre décision doit se fonder beaucoup plus sur l'alignement des forces politiques actuel, que sur le contenu de la constitution proposée » (16).
Dans une déclaration, Bisig affirme que « la discussion de la constitution proprosée ne peut être isolée de la question d'une renaissance du fascisme ». Le rejet du projet « préparerait le terrain pour une
14. John J. Carroll, « More Targets for a
Tough New Aquino ».
The Los Angeles Times, reproduit dans le International Herald Tribune du 28 novembre 1986.
15. Bisig est l'acronyme tagalog de l'Union pour le développement de la théorie et de la pratique socialiste.
16. Ang Sosyalista vol.l, numéro 1 de novembre
1986,
« Plebisito at
Panukulang
Konstitusyon, Mapanuring Ratipikasyon, Pasya ng Bisig », p. 5.