L est loin davoir devant ii des perspectives favorables. De E capitalisme espagnol, après plus d'une de ennie de crise
. 1975 à 1985, le Produit intérieur brut (PIB) ne s'est accru en moyenne que de 1,7 % par an, durant toutes ces années, la dégradation des conditions de vie et de travail des couches populaires, s'est accentuée. Il y a trois millions de chômeurs, ce Pedro MONTES
Dans le cadre de cette orientation libérale, le démantèlement et la privatisation du secteur public se font à grand pas.
des prestations et des services sociaux s'accélère. L'an dernier, la promulgation d'une nouvelle loi baissant les retraites, a provoqué une grève générale. Le système fiscal implique une régression sociale profonde. Les impôts indirects augmentent constamment, les impôts directs pèsent prioritairement sur les salaires alors qu'on réduit continuellement les cotisations patronales à la Sécurité sociale.
Le gouvernement a abandonné tout projet de relance de l'activité économique au travers des dépenses publiques. Pour la première fois, en 1987, l'augmentation des dépenses publiques sera inférieure à la croissance prévue du PIB. Le PSOE pense, comme le patronat, qu'il est indispensable de réduire le déficit public, en comprimant drastiquement les dépenses, pour reprise de l'investissement privé. Enfin, la flexibilité du marché du travail occupe la place centrale dans les objectifs du patronat et du gouvernement qui prétendent qu'elle est indispensable à la création d'emplois. après des attaques répétées contre le droit du travail sont déjà d'un libéralisme extrême. Preuve en est d'une part, les pertes d'emplois déjà subies et d'autre part, le développement du travail précaire qui concerne maintenant plus de 40 % des
Dans cette situation, marquée par des conditions économiques et politiques défavorables aux travailleurs, par les attaques profondes et continuelles qu'ils subissent, conséquences du libéralisme dominant, le capitalisme espagnol n'a pas devant lui un chemin parsemé de fleurs. La situation et les perspectives économiques sont mauvaises. A côté de quelques rares facteurs positifs, dominent les problèmes et les LE FARDEAU DU MARCHÉ COMMUM
Pour 1986, considérée comme une an. née de petite reprise, la croissance prévue que les prix. du PIB est de 2,5 %. Pour 1987, le pronostic gouvernemental est de 3% et les projections pour les années qui viennent ne dépassent pas ce taux de croissance. Sans même parler du côté hypothétique de ces prévisions, en particulier la croissance de 1987 repose sur une hausse de la consommation de 3 % et celle des exportations de 5,2 %, chiffres qui seront difficiles à atteindre, ces résultats pourront garantir le niveau d'emploi actuel mais Ils n'empêcheront pas une hausse du chômage, si l'on prend en compte l'augmentation de la population active.
En 1986, et pour la première fois depuis 1978, on a assisté à une hausse du nombre d'emplois, autour de 2%, mais cette reprise de l'emploi qui est utilisée démagogiquement pour avaliser la politique suivie, ne pourra se poursuivre longtemps, entre autre parce qu'elle implique une stagnation de la productivité quand le capitalisme espagnol, avec son entrée dans la Communauté économique européenne (CEE), va devoir affronter une longue et difficile période de compétitivité avec l'extérieur, dont les premiers résultats sont négatifs.
En effet, l'accord de l'entrée dans la CEE, signé précipitamment et dans des conditions désastreuses parce que le gouvernement en avait besoin en échange de son maintien au sein de l'OTAN, a détérioré les flux commerciaux de l'Etat espagnol avec les pays du Marché commun. En 1985, les exportations espagnoles vers la CEE ont dépassé de 12 % les importations en provenance du Marché commun, représentant respectivement, 50% et 36 % revanche, pour les neuf premiers mois de 1986, les exportations vers la CEE ne représentaient plus que 94 % des importations en provenance de la CEE. Les premières s'étaient accrues de 4% et les secondes de 25 %, si l'on compare avec les neuf premiers mois de 1985. L'Etat espagnol compte sur d'autres sources pour se rééquilibrer vis-à-vis de la CEE, notamment par le tourisme, et actuellement la balance des paiements de comptes courants espagnole présente un large excédent, l'équivalent de 1,6 % du PIB en 1985 et il s'approchera de 3% en 1986 grâce aux qui correspond à 22 % de la population active et ces dernières années, les salaires ont systématiquement augmenté moins vite Le gouvernement socialiste, rompant avec les promesses qu'il avait faites, a adopté sans vergogne une alternative libérale et réactionnaire pour dépasser la crise. effets de la baisse des prix du pétrole. Mais on ne peut cacher l'importance du facteur de la compétitivité des marchandises espagnoles face à celles de la CEE, surtout quand on regarde les termes de l'accord, qui prévoient un démantèlement rapide dans les prochaines années des mesures de protection de l'industrie espagnole, alors que les barrières douanières et les restrictions en tout genre ont été levées en ce qui concerne les exportations agricoles espagnoles. L'économie espagnole va connaître une longue période de diffiqui ne fait que commencer. Les travailleurs vont en subir les conséquences et ce, à cause d'un accord où les considé rations politiques ont pris le dessus sur une estimation économique des possibilités qu'avait le capitalisme espagnol de digérer de tels accords douaniers.
La faiblesse des exportations depuis un an constitue un des aspects préoccupant de la situation économique. Cette faiblesse ne se limite pas aux relations avec la CEE, mais elle s'étend et s'aggrave sur le reste des marchés. Les exportations totales ont baissé de 6 % les neuf premiers mois de l'année. On observe une chute très significative des ventes aux Etats-Unis (10 %), vers les pays exportateurs de pétrole (22%) et vers l'Amérique latine (15 %). La réduction de la valeur des exportations des produits énergétiques dont la chute des prix déforme l'évolution réelle des exportations, influe sur ces résultats mais, malgré tout, et sans préjuger des facteurs internationaux qui sont derrière ces chiffres, c'est un fait indiscutable que la capacité d'exportation de l'Etat espagnol a été touchée, on prévoit d'ailleurs pour 1986 une diminution réelle des exportations autour de 3% alors qu'elles avaient augmenté de 4 % en 1985.
LES RAPINES DE L'INFLATION
Les difficultés qu'affrontent les exportations se mèlent aux tensions inflationnistes du système. Malgré les avantages dus à la dévaluation du dollar et la réduction du prix du pétrole, le taux d'inflation dépasse cette année les 9%, au dessus des 8,1 % de 1985 et des prévisions gou-
vernementales (8 %). Cette évolution des prix a accentué le différentiel inflationniste avec les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), avec des répercussions négatives sur la compétitivité des produits espagnols, qui ne sont pas compensées par la dévaluation de la peseta, car la balance des paiements et le niveau des réserves font pression dans le sens inverse. Sur le plan intérieur, la hausse excessive des prix implique un nouveau recul du pouvoir d'achat des retraités et des travailleurs actifs. Les prestations que perçoivent les premiers ont été augmentées de 7% au début de l'année 1986 et les seconds ont obtenu par les conventions collectives, une hausse moyenne des salaires de 8,2 %. L'indice du coût de la vie de janvier à septembre 1986 s'est déjà aceru de 7,6 % avec, comme facteur aggravant pour les couches populaires, une hausse des biens alimentaires qui atteint 10,6 %, soit 13,4 % pour les douze derniers mois.
Les tensions inflationnistes récentes et l'échec des prévisions gouvernementales sur ce point créent certains problèmes pour imposer la réduction des salaires projetée pour 1987. Le gouvernement s'est fixé l'objectif d'une inflation à 5 % pour cette année, en voulant que cette prévision serve de référence pour les révisions salariales, ce que les syndicats ont avalisé. Le gouvernement, pour des raisons évidentes, a toujours intérêt à pousser à la baisse, alors qu'année après année, ses prévisions font faillite.
Pour les travailleurs du secteur public et les retraités, la loi budgétaire a prévu une révision à la hausse de 5 %, ce qui implique, sans préjuger des résultats des négociations collectives pour 1987, qu'il de maintenir le pouvoir d'achat. Les 5% d'inflation se dépassent facilement, parce que ce chiffre implique une baisse drastique des tensions inflationnistes. Or, il n'y a aucune raison de penser qu'un tel mouvement est possible actuellement. Le gouvernement ne fait rien pour atteindre ses objectifs. Bien au contraire, le fait de fixer les salaires sur l'inflation prévue l'encourage dans ce sens, car par l'inflation, il accentue la distribution de la rente, des salaires vers les bénéfices. C'est bien là son objectif, celui-ci scrupuleusement rempli, En 1986, la chute spectaculaire des prix du pétrole aurait dû permettre de faire baisser l'inflation en-dessous des 8 %. Pourtant, le gouvernement, pour empêcher que les travailleurs puissent profiter des avantages d'un pétrole bon marché, une fois passés les accords sur les salaires, a modifié de façon minime les prix de l'essence, concentrant la baisse des dérivés du pétrole sur les produits utilisés par les entreprises, et réservant à l'Etat des bénéfices qui ont été multipliés par quatre.
La baisse du pouvoir d'achat des salaires déprime la consommation et agit comme un facteur récessif sur la production. Cet effet négatif se maintiendra en 1987 et dans les années qui viennent puisque les salaires réels continuent d'être rognés, conséquence de la situation dramatique de l'emploi. En 1986, la croissan-
EVOLUTION DE LA (en milliers
Secteurs Situation au
Ill trimestre 1986
Agriculture 512
Industrie 2.326
Construction 639
Transp./comm. 480
Total travailleurs productifs 3.957
Services privés 2.377
Administration 1.344
Total salariés 7.678
Non salariés 3.121
Total occupant
10.799
Actifs autres 87
2.913 Total pop. active ce estimée de la consommation se situe autour de 2%, alors qu'il y a eu création de postes de travail et une faible détérioration des salaires réels. Pour 1987, les perspectives de l'emploi ne sont pas aussi favorables, et si les salaires suivent les plans du gouvernement, le pouvoir d'achat baissera de façon plus importante. En conséquence, la prévision d'une hausse de 3% de la consommation semble particulièrement optimiste. Si l'on ajoute à cette estimation, les prévisions négatives pour les exportations et le caractère restrictif de la politique fiscale — la réduction du déficit budgétaire et les rentrées publiques dépassant les dépenses - on peut prévoir pour 1987 que le climat de dépression persistera, même si l'on pourra noter une légère amélioration par rapport à l'évolution de 1986.
LA MODERNITÉ
Les espoirs du gouvernement reposent sur une reprise des investissements privés. Si l'on en croit l'idéologie qui imprègne la politique économique ment, la seule force capable de créer des emplois, c'est l'investissement privé.
Cette opinion est bien sûr toujours nuancée de l'inévitable « à long terme », car dans l'immédiat, les investissements s'orientent plus vers la rénovation et la modernisation du processus de production, que vers l'élargissement de ses capacités productives, ce qui tend à produire une substitution de la main-d'œuvre, plutôt qu'à créer des emplois. Le phénomène vaut également pour le long terme, car malgré tous les avantages octroyés au patronat, les investissements ont tendance
POPULATION ACTIVE de personnes)
VARIATIONS 1983 1986 Total 1984 Janvier à Gouvernement 1985 septembre socialiste -41 -31 -72 -196 37 -176 79 -17 -430 86 -80 179 182 76 -341 328 -107 -72 -435 269
9 -13 -4 737 -87 311 170 481 à se montrer faibles, ce qui est logique dans une situation où l'excès des capacités productives est la règle dans la majorité des secteurs industriels. De plus, il existe de lourdes incertitudes économiques et une méfiance vis-à-vis du gouvernement et de ses capacités réelles en matière de politique économique. D'autre part, la politique monétaire suivie consiste à fixer des taux d'intérêts démesurément élevés, supérieurs de 6 à 8 points à ceux des principales devises du marché international, sans aucune justification et bien que le fort excédent de la balance des paiements permettrait sans risque pour la peseta et du commerce extérieur, de s'approcher des taux d'intérêts prédominants sur le marché des eurodevises.
Pour un futur lointain, on pense que le capitalisme espagnol, s'il parvient à obtenir des progrès significatifs en matière de productivité, s'il se dote de capacités de production capables de le rendre compétitif, pourra atteindre une croissance suffisante pour absorber une partie du chômage. Les socialistes se sont engagés dans ce pari et pour le gagner, ils ne reculent devant rien. Ils ferment les yeux devant les contradictions du projet, aucun coût immédiat, même une détérioration plus forte de l'emploi n'a d'importance à
De ce pari, ils font dépendre le reste • des objectifs économiques et, sur le terrain social, ils sont disposés à faire table rase de des travailleurs pour que fassent pas obstacle à la conquête de la «modernité ».
Pedro MONTES Novembre 1986
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