Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALEDONIE

Offensive contre les militants indépendantistes

Inprecor n° 237, 2 mars 1987 · p. 24 · 668 mots

France

Offensive contre les indépendantistes

Le gouvernement Chirac développe une orientation de plus en plus ferme à l'égard du mouvement indépendantiste Kanak. Cela par le renforcement présence militaire française (8 000 soldats, pour huit Kanaks) qui resserre l'encadrement répressif des tribus indé -pendantistes. Il y eut ensuite l'adoption de la Loi Pons, du nom du Ministre des DOM-TOM, qui légitimait cette militarisation, annulait toute réforme foncière au profit du peuple colonisé, supprimait les crédits aux Conseils de régions indépendantistes, et multipliait les largesses aux colons.

Une nouvelle étape dans cette offensive vient d'être franchie avec l'annonce de la tenue l'été prochain d'un référendum dont les modalités donnent entière satisfaction électoral (voteront tous les résidents sur le territoire depuis plus de trois ans) et le choix de la question référendaire (pour l'autonomie avec la France, ou en faveur d'une indépendance contre la France) ont été étudiés pour empêcher la prise en compte des aspirations indépendantistes majoritaires au sein du peuple Kanak

Cela consiste ni plus ni moins à ava -liser l'immigration européenne intervenue ces trente dernières années et dont le résultat fut de minoriser le peuple Kanak sur son propre sol. Quelle sera donc la valeur d'un référendum où les voix des fonctionnaires, militaires, affairistes et aventuriers français de toute sorte compteront autant que celles du peuple autoch -tone colonisé ?

Le choix gouvernemental est sans fard, celui d'un appui aux thèses procolonialistes de la droite locale et princi -palement du Rassemblement pour la Calé -donie dans la république, lié au RPR métropolitain. Il fait fi de l'existence même de la revendication indépendantiste kanake et du Front de libération nationale Kanak et socialiste (FLNKS) qui représente pourtant au moins 80% de la communauté Kanake.

Récemment en visite sur le "caillou" calédonien, le ministre des DOM-TOM Bernard Pons, a refusé de rencontrer les leaders indépendantistes . Par des contacts avec quelques chefs coutumiers et quelques villages mélanésiens pro-français, il essaya de contourner l'aspiration de tout un peuple. Pour justifier sa démarche le Ministre n'hésita pas à ramener le combat indépendantiste à une manipulation idéologique de "gauchistes français". Pons s'est ainsi adressé à une poignée de Kanaks pro-français pour leur demander : "allez prêcher la bonne parole, tournezvous vers vos frères et vos sœurs qui ont été abusés et expliquez-leur qu'ils ont été intoxiqués par des Européens membres de la Ligue communiste révolutionnaire venus en Nouvelle-Calédonie développer une pensée marxiste et une idéologie totalitaire " (Le Monde 10 février 1987). C'est là un poncif classique du colonialisme en Nouvelle-Calédonie qui a toujours voulu nier la réalité du sentiment nationaliste du peuple Kanak.

Si le gouvernement Chirac choisit ainsi de précipiter les échéances c'est parce qu'il entend prendre de court la campagne diplomatique du FLNKS, profiter du recul de la mobilisation sur le terrain ces derniers mois et tenter d'obtenir un consensus de la classe politique autour des modalités de convocation du référendum. En son temps le PS avait effectivement imaginé une définition du corps électoral similaire. Sur cette base l'offensive contre le FLNKS se précise. Ce dernier qui réunissait sa convention début février à Arama, dans le nord de l'ile, a réaffirmé sa position concernant le corps électoral pour le référendum : seul doit voter le peuple colonisé concerné par un scrutin d'auto -détermination, le peuple Kanak. Les leaders du FLNKS se disent toutefois, en coulisses, prêts à négocier la participation éventuelle des "victimes de l'histoire", calédoniens européens nés sur le territoire de père et de mère également nés dans l'ile. Sur ce point, Paris refuse pour l'instant toute discussion.

Dès lors, il y a tout lieu de penser sauf concession gouvernementale de dernière minute ou recul du FLNKS, l'on s'achemine vers une non participation des indépendantistes au prochain scrutin. Que ce boycott soit passif ou actif comme en novembre 1984, ce que la présence militaire rend plus difficile, en tout état de cause, la tenue du scrutin dans de telles conditions n'aura en rien résolue la question calédonienne.

Plus que jamais donc la situation reste explosive et la vigilance anticolonialiste

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