Appel en faveur des objecteurs de conscience Une des campagnes impulsées par l'Alliance des jeunesses socialistes de Slovénie (AJSS) en 1986 était celle pour la légalisation de l'objection de conscience et l'introduction d'un service civil comme alternative au service militaire. Cette question reste l'objet d'un débat en Yougoslavie. Mais la répression contre les objecteurs de conscience continue, la résistance de ces derniers aussi. L'appel que nous publions ci-dessous a été publié dans Mladina, hebdomadaire de L'AJSS.
En octobre 1986, six objecteurs de conscience slovènes, de Maribor, ont reçu des convocations pour se rendre à leurs affectations afin d'effectuer leur service militaire. Or, chacun d'eux a déjà refusé le service militaire, une ou même deux fois selon les cas. Ils ont tous déjà été condamnés et ont même fait chacun plusieurs années de prison, enfermés en particulier dans le pénitencier de Goli Otok.
Fin novembre 1986, l'organe de décision de la Défense populaire à Maribor a alors annulé ces convocations sans aucune explication. L'opinion qui prévalut alors dans la société fut que le jugement de la raison l'avait emporté, au moins en Slovénie. Et l'on crut alors que c'en était fini une fois pour toutes de cette pratique de peines à répétition pour les objecteurs. Cependant, il n'en a pas été ainsi.
Dans la deuxième moitié du mois de février 1987, tous les six ont de nouveau reçu des convocations pour effectuer leur service militaire et les appelant à se rendre sur leur lieu d'affectation en mars.
Ces nouvelles convocations poussent ces personnes à accomplir un nouveau corpus delicti, un nouveau délit qui les conduirait à des condamnations encore plus sévères. Car, conformément à leur conscience, ils vont réitérer leur refus. Il s'agit des personnes suivantes :
- Janko CEHTEL né le 25.07.61, deux fois condamné, a déjà fait au total 4 ans de prison ;
- Rajko VALENTA né le 10.08.61, deux fois condamné, a déjà fait au total 4 ans de prison ;
- Anton BERGAVER né le 10.01.62, une fois condamné, a déjà fait 3 ans de prison ;
- Bojan MIGLIC né le 28.07.61, deux fois condamné, a déjà fait au total 4 ans de prison ;
- Ivan BERGAVER né le 25.04.65, une fois condamné, a déjà fait 10 mois de prison ;
- Peter JEZERNIK né le 03.01.62, une fois condamné, a déjà fait 2 ans et 6 mois de prison.
Ce geste des autorités est doublement cynique : d'abord parce que ces convocations ont été envoyées alors qu'elles ont déjà été une fois annulées, cela à l'époque où le débat sur l'objection de conscience était en cours au sein des organes compétents au niveau de la République et de la fédération ; ensuite, parce que ces convocations ont été envoyées immédiatement après la conclusion formelle du débat informel en cours sur l'objection (au sein de l'organe fédéral de l'Alliance socialiste du peuple travailleur). En Slovénie, lors de ce débat, l'opinion qui avait prévalu, même dans les instances politiques, était que la répétition des peines pour les objecteurs était une chose insensée, inhumaine et sans pareil dans le monde civilisé. Cependant, les instances slovènes n'ont rien fait pour empêcher de telles condamnations. C'est pourquoi nous lançons le présent appel.
APPEL
— à la Présidence de la RSF de Yougoslavie et au Conseil exécutif fédéral, afin qu'il informe l'opinion des positions défendues par notre gouvernement au cours des discussions sur la reconnaissance de l'objection de conscience comme un droit fondamental de la personne humaine, discussions qui sont en cours en ce moment même, en mars, à l'Organisation des Nations-Unies à Genève.
Nous avons demandé en décembre à la Présidence et au
CEF avec plus d'une centaine de signatures que l'opinion en soit informée, mais cela n'a pas encore été fait ;
- à la Présidence et aux autres instances de l'Alliance des jeunesses socialistes, de l'Alliance socialiste du peuple travailleur et de la Ligue des communistes de Slovénie afin que, conformément aux prises de positions sur l'objection de conscience, ils fassent cesser les procès à répétition contre les objecteurs et contre ces objecteurs-ci en particulier ;
- à l'opinion démocratique, afin qu'en exprimant sa solidarité avec les objecteurs et en demandant la reconnaissance de l'objection de conscience, elle contribue à faire cesser les procès contre les objecteurs en général et en particulier, les procès à venir prochainement ;
- aux individus, groupes et organisations internationales pacifistes, humanitaires ou autres, dans le monde afin qu'ils interviennent auprès des représentations officielles yougoslaves à l'étranger et aussi directement auprès de notre gouvernement à Belgrade, pour exprimer leur opinion sur la question de ces six objecteurs et sur la question de l'objection de conscience en Yougoslavie ;
- aux medias afin qu'ils publient ce texte et informent l'opinion aussi objectivement que possible sur les procès à venir tout prochainement si la raison ne l'emporte pas.
Ljubljana, le 25 février 1987
Delovna skupina za mirovna gibanja
(Groupe de travail pour un mouvement pacifiste)
pri RK ZSMS
Dalmatinova 4
Ljubljana 61000
Yougoslavie
Sekcija za kulturo miru
(Section pour une culture de la paix)
pri SKUC
Kerskinova 4
Ljubljana 61000
Yougoslavie
Les télégrammes et lettres de protestation peuvent être envoyés aux adresses suivantes :
- à M. l'Ambassadeur de la RSF de Yougoslavie
Ambassade de la RSF de Yougoslavie
54, rue de la Faisanderie
75016 PARIS
- à M. le Président de la RSFY, M. Sinan HASANI
Predsednistvo SFRJ
Palaca Federacije
11000 BEOGRAD
- au Conseil Executif Fédéral
S.I.V.
Bulevar Lenjina 2
11000 BEOGRAD
Les copies de ces télégrammes ainsi que les lettres de soutien aux objecteurs sont à envoyer aux groupes pacifistes aux adresses citées ci-dessus, elles peuvent être aussi envoyées à la revue IZTOK qui transmettra.
IZTOK
BP 161-09
75422 Paris cedex 09