Notre camarade Michel Warchawski, qui avait été arrêté le 17 février à la suite d'une irruption de la police au Centre d'information alternative à Jérusalem, (Cf. Inprecor numéros 237 et 238 des 2 et 16
ISRAEL
Michel Warchawski
1987) a pu obtenir le 17 caution.
Inprecor s'est entretenu avec Michel Warcharwski par téléphone.
: Quelles sont les raisons officielles de ton arrestation ?
- Michel Warchawski : Le décret du commissaire général ordonnant la fermeture du d'information alternative et l'accusation formelle portée contre moi au début de l'interrogatoire par les services de sécurité, ainsi d'ailleurs que les informations confidentielles que la police donnait à certains journalistes, laissaient entendre que le Centre était une couverture fictive d'une organisation dirigée et financée par le Front populaire de libération de Palestine (FPLP) de Georges Habache et, que le Centre, loin d'être une agence de presse alternative et un bureau offrant des services de composition et de traduction à bon marché pour les mouvements progressistes, était en fait une officine d'agent de liaison pour le FPLP, dans le pays comme à l'extérieur. Après plusieurs jours d'interrogatoire des différents membres du Centre d'information alternative et une étude minutieuse des dizaines de cartons de matériel confisqué lors de la rafle de la police, l'accusation se limitait aux deux points suivant : possession de tracts provenant d'organisations illégales et composition de matériel ayant servi à des publications d'organisations servant de couverture au FPLP.
En vertu du décret contre le terrorisme, décret d'exception britannique de 1945, je suis accusé de "services rendus à une organisation illégale".
Quoique quasiment jamais appliqué, le décret interdisant la frappe ou la possession de tracts ou de journaux interdits, prévoit que les contrevenants sont passibles de 10 ans de prison chacun. De plus, ce décret prévoit que c'est à l'accusé de prouver l'accusation de prouver sa culpabilité.
- Quel est le but poursuivi par le gouvernement israélien ?
- La fermeture du Centre et mon arrestation ont à mon avis, deux objectifs politiques centraux. Tout d'abord, il s'agit de frapper une institution qui a su gagner en liberté provisoire mars la liberté provisoire une crédibilité certaine même auprès de la presse officielle et utiliser cette crédibilité pour démasquer la réalité de l'occupation, de la répression et de la résistance de la population palestinienne. Plus récemment, nous avons dénoncé systématiquement les manoeuvres israélo-jordaniennes contre les palestiniens. En ce sens, la fermeture du Centre, est liée à celle de plusieurs journaux palestiniens hostiles à la Jordanie. Le second objectif a sans aucun doute été d'essayer de ressouder l'union sacrée ou, tout du moins, de paralyser l'opposition en brandissant une fois de plus, l'épouvantail du terrorisme qui serait inflitré au sein même de la gauche israélienne Sur ce plan, l'objectif des autorités israéliennes a lamentablement
Sont été les réactions vernement a-t-il dû te relâcher ?
- Même les membres des services de gatoires n'ont pas su cacher leur surprise face au mouvement de solidarité en Israël et à l'étranger en réaction à la fermeture du Centre et mon arrestation. Loin de provoquer une vague d'hystérie chauvine, ces mesures de répression ont enclenché une vaste protestation qui a dépassé de loin les cercles de la gauche radicale et non sioniste. L'Association des journalistes de Jérusalem a protesté ; la prestigieuse Association pour les Droits civiques, qui est loin d'être une officine "gauchiste", a accepté de prendre en charge l'appel contre la fermeture du Centre : des écrivains célèbres ont signé une pétition, etc. L'ensemble de la quotidiennement l'affaire, dans un style qui variait entre la neutralité objective et le soutien ouvert à notre cause. d'amis étaient là, pas tous anti-sionistes affirmer publiquement leur Pendant quinze jours, des piquets de trente à cinquante personnes tenaient quotidiennement face à la maison d'arrêt. Même au sein d'un public plus large, la tentative des autorités à fait long feu.
Ma libération sous caution par la Cour suprême est avant tout le résultat direct de cet échec de la tentative de me présenter comme un terroriste dangereux et ce, malgré le chef d'accusation qui parle de collaboration avec une organisation considérée comme une des plus dangereuses dans la lutte contre le sionisme.
Cette libération pourra renforcer la solidarité car personne n'est prêt à croire que la Cour suprême libère quelqu'un qui aurait agit pour le compte du FPLP.
Quelle est maintenant ta situation ?
- J'ai été libéré moyennant une caution de 50 000 dollars, série de limitations : travailler pour le Centre, travailler comme salarié ou même bénévolement dans tout ce qui à trait l'imprimerie ou à la publication ; obligation de me présenter trois fois par semaine à la police. Toutes ces mesures sont valables jusqu'à la fin du procès dont la date n'a pas encore été fixée. Par contre, l'appel au tribunal du district de Jérusalem contre la fermeture du Centre d'information alternative, a commencé à être entendu cette semaine.
Quelles sont les prochaines échéances ? Quel doit être le rôle de la solidarité ?
- Nous attendons maintenant la date du procès. Ceci nous donne un certain répit pour donner un nouvel élan à la solidarité locale et internationale. Cette dernière a été déterminante pour tout ce qui concerne les différents reculs des autorités : arrêt des interrogatoires après quinze jours ce qui est peu quand il s'agit d'interrogatoires des services de sécurité ; présentation rapide d'un acte d'accusation bâclé ; et, finalement, libération sous caution. Il est important aujourd'hui de centrer la solidarité autour de deux axes : la réouverture immédiate du Centre d'information alternative et le retrait des accusations contre moi. Le gouvernement israélien, surtout son aile travailliste, reste encore très sensible à l'opinion publique occidentale et plus particulièrement dans les différentes communautés juives. Finalement, l'effort financier déjà réalisé doit se poursuivre afin que l'activité du Centre puisse reprendre pleinement. Tout notre matériel a été confisqué, et mes amis n'envisagent en aucun cas de cesser pour des raisons techniques la publication d'une information alternative sans laquelle, comme l'ont reconnu de nombreux israéliens ces derniers temps, il sera très difficile de savoir ce qui se passe réellement derrière les déclarations des porte-parole des forces d'occupation.
Propos recueillis par Alain Krivine; 20 mars 1987