A plus importante qua colavie de la due de 1946 e
UJOURD'HUI la Yougoslavie vit la vague de grèves la
-mouvement a été provoqué par une loi du 27 février dernier, adoptée « en pleine nuit », pour reprendre l'expression du président de l'Alliance des syndicats de Croatie. Cette loi impose le blocage des salaires au niveau moyen du dernier tri.
mestre de 1986, toute d'une hausse de la productivité. Cela signifie que pour de nombreux travailleurs, il ne s'agit pas simplement d'un blocage de leur salaire, mais de l'annulation pure et simple d'augmentations précédemment accordées qu'ils sont tenus d'ailleurs a rembourser. Et ceci au moment où les prix, eux, ne sont pas bloqués : le prix du pain vient d'augmenter de 25 %.
Le centre du mouvement gréviste est la Croatie, région qui a une certaine tradition en la matière. Cependant, fait nouveau, le mouvement touche maintenant toutes les républiques et provinces de la fédération en même temps. En général, l'attitude des syndicats a été de critiquer prudemment l'application des mesures d'austérité tout en les soutenant sur le fond. Mais en Croatie, la direction des syndicats et celle du parti ont condamné le blocage des salaires, qui risque maintenant de ne pas être respectée dans cette république.
Michèle LEE
Des six républiques que comprend la
Fédération yougoslave, la Slovénie est celle qui est située le plus au Nord. Elle est aussi la république la plus riche, la plus industrialisée et dont la population a le niveau de culture générale le plus élevé.
Le taux de chômage y est d'environ 2%, alors que le taux moyen yougoslave se situe autour de 15 % et tous les indices de croissance économique - salaires, productivité de l'industrie et produit social par tête d'habitant - sont les plus élevés de la fédération. La plupart des femmes travaillent, ce qui n'empêche pas la persistance d'attitudes patriarcales dans les rapports sociaux. Jusqu'à il y a dix ans, la Slovénie était aussi homogène du point de vue ethnique, mais aujourd'hui environ 10 % de sa population est composée d'immigrés d'autres régions de la Yougoslavie, connu comme « le sud » par les Slovènes, et cette immigration a donné lieu à quelques tensions nationales.
Le développement économique de la
Slovénie trouve son reflet sur les plans culturels et intellectuels. La République est notamment le centre d'une culture de jeunesse florissante. Il existe des publics enthousiastes pour la musique rock, la poésie, le cinéma et l'architecture d'avant garde. Cette vie culturelle est complétée et stimulée par toute une série de mouvements « alternatifs » très actifs autour des l'écologie, le themes tels que la paix, féminisme, ete. Il existe une pléthore de publications dans un éventail qui va de
Casopis za kritiko znanosti dont les réfé-
Grèves et droit de grève
augmentation étant conditionnelle de reculer, au moins partiellement. août 1986. sont impeccables, à Problemi qui reflète plutôt les nouvelles sensibilités libertaires.
Un des éléments structurels pour étayer cette renaissance culturelle et polique de la jeunesse slovene a éte l'Alliance des jeunesses socialistes de Slovénie (AJSS) (1). L'hebdomadaire de l'AJSS, Mladina, qui est tiré à 15 000 exemplaires, est devenu un outil de lecture obligé pour les dirigeants du pays, à cause de sa prise en charge des initiatives lancées par l'organisation de jeunesse. Depuis le début de l'année 1986, les jeunes Slovènes ont mené campagne contre la peine de mort, pour la légalisation de l'objection de conscience, sur la question du chômage des jeunes et pour l'abolition de l'article 133 de la Constitution yougoslave, qui traite des délits d'opinion.
UN PAVÉ DANS LA MARE La dynamique enclenchée par les précédentes de l'AJSS se maintient. Le 31 décembre 1986, le mouvement a lancé un véritable pavé dans la mare de la vie politique yougoslave en demandant formellement à l'organisation « adulte » en Slovénie, l'ouverture débat sur des modifications légales et constitutionnelles à apporter afin d'accorder aux travailleurs yougoslaves le droit de grève. Grâce aux fêtes de fin d'année les autorités, considérablement gênées, furent épargnées de la nécessité d'y répondre tout de suite. Mais il fait peu de doute que la question du droit de grève va constituer un des principaux thèmes de débat
A Belgrade même, le directeur adjoint de l'entreprise de prêt-à-porter BEKO, sans doute conscient des risques de grèves dans un secteur à bas salaires, a critiqué la décision gouverne.
mentale en déclarant: « Cette loi est inacceptable (...) il n'est pas logique qu'on limite des revenus personnels, alors que nous n'avons pas de définition précise de ce qui est la productivité ».
Face à la multiplication des critiques et surtout à l'ampleur du mécontentement ouvrier, le gouvernement pourrait être obligé
La vague de grèves actuelle ne constitue pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Si le mouvement gréviste prend aujourd'hui une ampleur sans précédent, le phénomène se développe depuis un certain temps déjà, comme l'explique l'article que nous publions ci-dessous. Dans cette situation, l'initiative en faveur de la légalisation des grèves qui vient de l'organisation de jeunesse officielle de la République de Slovénie, prend toute sa signification. Nous avons déjà traité, dans deux articles publiés dans Inprecor numéro 230 du 17 novembre 1986, des spécificités de cette république, ainsi que d'une précédente vague de grèves en Yougoslavie qui a débuté en dans le pays au cours de l'année 1987.
En effet, il existe aujourd'hui en Yougoslavie un réel mouvement gréviste, même s'il ne concerne qu'un groupe relativement restreint de travailleurs. Il ne se passe guère de jour maintenant sans que quelque part dans le pays un groupe de travailleurs se mette en grève.
question de la régulation des grèves s'inscrit inexorablement à l'ordre du jour politique du pays.
De plus, 1987 risque d'être une année sombre pour l'économie yougoslave. Il y a déjà une pression considérable qui s'exerce pour restreindre encore plus la consommation de la population, ce qui risque d'être difficile à faire, étant donné le bas niveau des salaires ouvriers. La résistance prévisible de ces derniers fera en sorte que la question des grèves reste sur le devant de la scène. En plus, le gouvernement fédéral lui-même prépare des modifications de la Loi sur le travail associe. L'initiative de l'AJSS tombe a pic. Et puisqu'elle vient d'une organisation officielle, elle ne sera pas facile a marginaliser.
Quel est le contenu de la proposition des jeunes Slovènes ?
Ils justifient la légalisation des grèves sur la base que l'origine réelle de ces dernières ne peut pas être réduite à la ques-
1. L'Alliance des jeunesses socialistes constitue le secteur jeune de l'Alliance socialiste du peuple travailleur de Yougoslavie, front de masse de la Ligue des communistes de Yougoslavie
(LCY) au pouvoir depuis 1945. L'organisation de la jeunesse est organisée, comme c'est la régle en Yougoslavie, de manière fédérative.
tion des salaires ni au système de distribution des revenus au sein d'une entreprise individuelle, bien que ces problèmes en fournissent souvent le catalyseur. Il faut chercher les causes profondes plutôt dans la sphère de la distribution du pouvoir, laquelle est vue par les travailleurs comme préjudiciable à leurs intérêts. La grève devrait donc être reconnue comme une forme d'action collective dont le but est de modifier les rapports de forces au sein d'une entreprise en faveur des travailleurs, donc aussi comme faisant partie intégrante de l'autogestion.
La Loi sur le travail associé, loi fondamentale qui régit les rapports au sein des entreprises (souvent appelée la miniConstitution), ne traite pas directement de situations de grève (2). Dans l'article 638, qui aborde cette question, les méthodes préconisées pour résoudre les conflits dans une entreprise qui risquent de mener à une grève (le terme utilisé est celui d'« arrêt de travail ») sont indiquées. Les travailleurs devraient présenter leurs revendications et demander réparation pour leurs griefs à travers les instances appropriées du syndicat, du parti et de l'Etat.
Pourtant l'article n'évoque question d'une véritable situation de grève : la loi ne traite pas de grèves en tant que telles. Cependant, de manière implicite la grève est considérée non comme une action collective mais comme une rupture du contrat de travail du salarié par rapport à l'entreprise, rupture qui peut être sanctionnée en dernière instance par le licenciement.
La Loi sur le travail associé ne reconnaît donc pas aux travailleurs le droit de grève, malgré le fait que la Yougoslavie est signataire de plusieurs conventions internationales qui l'obligent à respecter ce droit. La loi actuelle est insuffisante par d'autres aspects. Elle ne garantit pas que les instances susnommées défendent véritablement les travailleurs dans un conflit avec la direction de l'entreprise ; elle ne fixe pas de limites sur le délai dont dispose la direction pour se prononcer sur les revendications des travailleurs. De plus, un fois qu'une décision est prise, les travailleurs eux-mêmes ne peuvent la remettre en question, ce droit appartenant aux seuls syndicats. La Loi actuelle n'assure donc pas l'expression adéquate des intérêts des travailleurs. Et parce qu'elle considère les grèves comme des ruptures de discipline de la part des salariés, elle encourage la direction des entreprises à réduire le problème des grèves à celui de la chasse aux sorcières vis-à-vis des grévistes et de leurs dirigeants.
Le projet slovène défend l'idée que la loi devrait être modifiée afin de reconnaître le droit des travailleurs à faire grève et considérer les grèves comme des formes d'actions collectives. Une fois cette modification opérée, alors les devoirs et les responsabilités des partenaires sociaux dans une situation de grève pourraient être précisés (par exemple en ce qui concerne la protection de la propriété sociale). Non seulement les travailleurs en tant que tels, mais aussi les syndicats devraient avoir le droit d'initier des grèves. Un délai de deux jours devrait être imposé à la direction pour donner sa réponse et si une des deux parties faisait appel à une instance étatique (commune, république, etc — d'après la législation yougoslave, les communes sont responsables des entreprises qui se trouvent sur leur territoire, mais les autorités républicaines peuvent passer outre) alors cette période pourrait être étendue à 15 jours.
Le projet se termine en indiquant les différents avantages qu'apporterait la légalisation des grèves. En permettant une articulation correcte de conflits de travail, elle assurerait une résolution meilleure et plus durable de ces conflits. Elle protègerait les travailleurs en grève, mais renforcerait également les pouvoirs du conseil de l'entreprise pour faire appliquer l'accord final. Elle aiderait à réduire le nombre de grèves « grises », terme qui s'applique aux pratiques telles que les congés maladie à répétition, les grèves du zèle, etc. Et elle permettrait une meilleure surveillance et une meilleure analyse des relations de travail dans toute l'économie.
2. La Loi sur le travail associé a été adoptée en 1976 pour compléter la Constitution de 1974. Cette loi prétendait protéger l'autogestion de tout ce qui avait pu par le passé en saper la réalité : les rapports « étatistes » ou technocratiques ; les formes de « propriété de groupes » apparues lors de la « réforme marchande » dans la période 1965-1971. Cette réforme donnait notamment aux républiques et aux provinces autonomes ainsi qu'aux directeurs autogestionnaires à différents niveaux, des pouvoirs contradictoires avec le fonctionnement d'un marché
egalement interrompus, Les autorites de la commune, aidées par les comités GPD et SSP, ont voté un règlement d'urgence et ont réquisitionné des autobus d'autres entreprises, parvenant ainsi à assurer un service minimum. Elles ont accusé les conducteurs d'« activités hostiles ». Les travailleurs se plaignaient des bas salaires (salaire moyen : 61 000 dinars), des dures conditions de travail et de la mauvaise qualité des logements. Leur colère fut dirigée essentiellement contre la municipalité qu'ils accusaient d'avoir négligé les transports en commun. Les grévistes ont repris le travail après avoir reçu l'assurance que leurs revendications seraient examinées.
- Prilep, Macédoine, octobre
Quelques 300 ouvrières du textile se sont mises en grève à cause de leurs bas salaires (39 796 dinars par mois).
Dix-huit d'entre elles furent suspendues de leur emploi, ce qui a renforce le mouvement. La grève fut condamnée par les organisations locales du parti, les syndicats et l'organisation de jeunesse, de même que par les responsables de la commune et les comités GPD et SSP. Face aux menaces d'autres mesures disciplinaires, les femmes ont repris le travail, mais en commençant une grève du zèle.
- Zenica, Bosnie, octobre
Deux cent mineurs ont organisé une réunion pour protester contre des réductions de salaires. Ils dénonçaient également la corruption et les privilèges de la direction et du personnel technique. Les mineurs étaient particulièrement exaspérés par le népotisme prévalent dans l'allocation des emplois et des logements. Les comités GPD et SSP ont monté la garde en permanence devant la mine pendant plusieurs jours.
- Sisak, Croatie, octobre
Des journalistes employés par le journal local de l'AI-
Le projet a été envoyé aux instances dirigeantes de l'Alliance socialiste en Slovénie et au niveau national. Réuni juste avant que le projet soit rendu public, le
Comité central de la Ligue des communistes de Slovénie a donné le feu vert pour un débat général sur ce sujet. Mais tout en se déclarant en faveur d'une clarification et d'une amélioration de la législation existante, la direction du parti slovène n'est pas allée jusqu'à approuver la revendication centrale du projet, à savoir le droit de grève lui-même. Et de toute façon, cette prise de position ne pouvait avoir qu'une valeur indicative : le parti slovène, en tant que composant de la Ligue des communistes de Yougoslavie, n'a pas le droit de prendre position en faveur des orientations avant que la direction fédérale ait considéré la question.
DES GREVES QUAND MEME
L'initiative de l'Alliance des jeunesses socialistes de Slovénie représente la première prise de position publique, de la part d'une instance officielle, en faveur du droit de grève pour les travailleurs bien que non yougoslaves. Cependant, consacré par la loi, le droit de grève existe de fait depuis de nombreuses années. Normalement, toute la force de l'article 638 n'est pas appliquée aux grévistes (mais elle l'est plus souvent à leurs dirigeants).
Comme d'habitude en Yougoslavie, existe un écart important entre la théorie et la pratique. L'ambiguité actuelle — nuisible aux travailleurs mais utile pour les tées pour examiner le problème. direction « d'analyser la situation ». - Prijepolje, Serbie, octobre l'argent du fonds de logement. dans l'usine ». autorités - est largement favorisée par les syndicats puisqu'elle leur permet une
Le rôle présent du syndicat est de soutenir la direction ; la légalisation des grèves ne lui apporterait que des problèmes. Une étude préparée pour le dernier congrès du parti a montré que seulement 20 % des travailleurs considéraient que les syndicats jouaient un rôle quelconque dans les usines, et que seulement 5 % d'entre eux les voyaient comme engagés de manière active dans les conflits du travail. La politique des syndicats consiste à ne pas encourager ni directement mettre fin aux grèves qui se produisaient.
Cependant l'augmentation du nombre de grèves a poussé la direction des syndicats yougoslaves à considérer la question lors de plusieurs réunions au cours du dernier trimestre 1986. Dans ces réunions, la présidence de l'Alliance des syndicats de Yougoslavie exprimait sa satisfaction avec le statu quo : les grèves étaient décrites comme « une méthode de lutte inappropriée à une société où c'est la classe ouvrière qui dirige ». Ce qui a surtout dérangé la direction des syndicats, c'est l'idée que ces derniers devraient avoir l'autorisation légale de lancer des grèves. En novembre dernier, ils se sont prononcés fermement contre toute tentative de les placer dans « le rôle d'opposition au système ».
Mais en même temps les syndicats aimeraient voir définir plus strictement leur propre rôle dans des situations de conflit, pour freiner une tendance qui liance socialiste et la radio locale ont refusé leur paie après avoir reçu seulement le salaire minimum, ce qui représentait une réduction de 10 000 dinars de leur salaire antérieur qui était de 53 000 dinars par mois. Les autorités furent sollici-
- Banja Luka, Bosnie, octobre
Trois cents ouvriers d'entretien de l'entreprise de transports locale se sont mis en grève à cause des bas salaires. Ils ont également protesté contre la corruption dans la distribution des revenus de l'entreprise. Dans le même temps, des travailleurs de l'usine locale de machine-outils se sont mis en grève pour exiger une augmentation de leurs salaires :
certains d'entre eux gagnaient seulement 40 000 dinars par mois. Les comités GPD et SSP de l'usine ont ordonné à la
Trois cents travailleurs du textile ont décidé à l'unanimité d'arrêter le paiement de leurs cotisations syndicales. Ils avaient le sentiment que le syndicat ne représentait pas leurs intérets, alors que les permanents syndicaux jouissaient de hauts salaires et d'autres privilèges. Les travailleurs se plaignaient qu'ils n'avaient pas de logements, alors que des membres de la commission du logement s'accaparaient
Les représentants syndicaux (qui ont refusé de fournir des détails sur leurs propres revenus) ont dénoncé les travailleurs pour avoir exercé « des pressions et du chantage ».
Les travailleurs furent aussi critiqués par des responsables de la commune pour avoir pris la décision du non-paiement des cotisations dans une assemblée générale de l'usine : ces réunions ne devaient pas « discuter des questions politiques, mais seulement des droits et des devoirs des travailleurs existe pour les syndicats locaux de rejoindre les grévistes, mais aussi parce qu'ils s'inquiètent de certains développements nouveaux dans la sphère de la gestion des conflits, dont nous reparlerons plus tard.
De toute façon, la question des grèves et de leur régulation est maintenant clairement inscrite à l'ordre du jour politique yougoslave. Et ce n'est pas uniquement parce que le nombre de grèves augmente.
Plus importants sont la gravité de la crise économique et les méthodes que propose la direction du pays pour y faire face, mé.
thodes qui impliquent une offensive systématique et massive contre les salaires à la fois individuels et sociaux (3). Ce sont là les éléments décisifs qui mettent sur le devant de la scène le problème de savoir comment faire face à la résistance ouvrière, réelle ou potentielle.
LES TRAVAILLEURS,
L'ETAT,
L'AUTOGESTION
Au-delà de la question des grèves et une discussion plus de leur régulation, large s'engage sur l'avenir du système d'autogestion yougoslave. Dans les débats animés qui se déroulent actuellement,
3. Sur la crise économique yougoslave, la politique du régime et les réactions de la classe ouvrière, voir les deux articles de Michèle Lee,
« De la rupture avec Staline à l'association avec le FMI » paru dans Inprecor numéro 181 du
8 octobre 1984 et « Crise économique et réveil de la classe ouvrière » paru dans Inprecor numéro 205 du 21 octobre 1985.
Le numéro 4 d'Inprekor tchèque vient de sortir
AU SOMMAIRE
- éditorial sur l'URSS de Gorbatchev
- entretien avec un camarade de retour d'URSS
- entrevue de Fedor Burlatski, conseiller de Gorbatchev
- discours attribué à Gorbatchev devant l'Union des écrivains
- article sur les réformes économiques en Chine (paru dans Inprecor numéro 234
- interview de Youri Orlov accordée à Russkaya Mysl
(paru dans Inprecor numéro 237
- article du Monde Diplomatique sur la théologie de la libération
Prix d'un exemplaire 20 FF abonnement d'un an 50 FF, abonnement de soutien 100 FF.
Ecrire à Inprekor tchèque, 2 rue Richard Lenoir, 93 108 Montreuil France, Chèques à
Tordre de la "PEC", marqué clairement au verso "Pour Inprekor tchéque".
deux questions sont d'ores et déjà devenues centrales: qui doit nommer les directeurs des entreprises ? Quels pouvoirs doivent détenir ces derniers?
Jusqu'ici, c'est la « communauté sociopolitique » élargie (c'est-à-dire la nomenklatura) qui a eu le dernier mot dans la nomination des directeurs, alors que les autorités d'Etat au niveau local ou républicain, selon l'importance de l'entreprise, ont joué un rôle de supervision. Au sein de l'entreprise, c'est le conseil ouvrier, responsable en dernière instance devant l'assemblée générale des travailleurs qui décide formellement en premier lieu.
Mais les modifications que va proposer le gouvernement à la Loi fondamentale sur le travail associé, modifieraient la distribution du pouvoir en renforçant les pouvoirs à la fois de la direction et du conseil ouvrier aux dépens de formes de démocratie directe dans l'entreprise, comme l'assemblée générale d'usine ou les référendums obligatoires parmi les travailleurs pour toutes les décisions majeures.
Les amendements qui vont être proposés accorderont peut-être aussi plus d'autonomie aux directions des entreprises par rapport aux organismes publics locaux. Ils pourront encourager l'intégration économique en facilitant la dissolution des Organisations de base dans les Organisations de travail associé, structures plus larges (4).
L'effet des amendements proposés par le gouvernement pourrait être de revenir à la situation du milieu des années
1960. Avant la fin de cette décennie-là, l'opposition dans la classe ouvrière et parmi l'intelligentsia a trouvé des appuis politiques au sein du parti pour vaincre les partisans d'une libéralisation renforcée de l'économie. Aujourd'hui, il est évident événements des années n'étaient qu'une répétition générale pour une épreuve de forces plus importante et qui se dessine justement maintenant. La différence fondamentale est que les forces qui ont triomphé dans les années 1960 sont actuellement en mauvaise posture. Après cinq ans d'aggravation de la crise économique, l'Etat a renforcé sa position vis-à-vis du parti, alors que les couches bureaucratiques et technocratiques ont sein aux dépens des travailleurs.
Pourtant, le parti retient toujours la loyauté de cette couche cruciale classe ouvrière qui est composée d'ouvriers professionnels dans les entreprises industrielles clefs : mais un an de plus de stagnation économique effective mettra cette alliance à rude épreuve. Le gouvernement a fait le premier pas en taisant porter le poids de la reprise économique sur les secteurs les plus faibles de la classe ouvrière : les travailleurs des petites entreceux des secteurs industriels déjà durement frappés comme le textile ou le bâtiment et les travailleurs des services publies (transports, éducation, santé). C'est surtout dans ces secteurs-là qu'il y a eu le plus de grèves (voir encart).
Il ne faut pas sous-estimer l'importance de la nouvelle législation. Mais il ne faut pas non plus la surestimer : le système yougoslave n'est plus susceptible de réguler d'en haut. La crise économique actuelle exprime une crise des rapports sociaux beaucoup plus large, ce qui signifie qu'elle commence à remettre en question les fondements même du système social. Derrière les débats actuels sur le marché ou sur la séparation entre l'Etat et l'économie, plane la question beaucoup plus large de la propriété et du contrôle des moyens de production. Les arguments en faveur du « marché intégral », c'est-à-dire d'un marché qui ne répartirait plus seulement certains biens, comme c'est le cas actuellement, mais aussi les capitaux et la force de travail, sont maintenant très courants dans la presse yougoslave. Mais les partisans d'un libéralisme économique renforcé seront obligés de prendre en compte une résistance ouvrière accrue.
Etant donné qu'en Yougoslavie aujourd'hui le mouvement gréviste n'est qu'à ses débuts, nous avons choisi de donner quelques exemples concrets et détaillés de grèves qui se sont déroulées dans les derniers mois de l'année 1986 (voir encart). Mais tout d'abord, il faudra introduire une nouvelle force qui s'impose sur la scène industrielle.
UNE FORCE ANTI-GREVE
La force en question est constituée par les Comités pour la défense générale du peuple (GPD, sous contrôle militaire) et le Comité pour l'autodéfense sociale (SSP, dirigé par la police). Ces comités, de plus en plus actifs dans les conflits industriels et dans la surveillance générale de la vie publique, en sont venus à défendre la « main de fer » - et sont de plus en plus considérés comme une menace pour la
Le profil de ces comités reflète non seulement un durcissement des attitudes sur la sécurité dans les usines et les quartiers, mais aussi la baisse de l'autorité du parti. Possédé par une peur aussi disproportionnée qu'irrationnelle des conséquences possibles de la crise économique, le parti a essentiellement décidé de baisser la tête pour que son intervention ne provoque pas « une révolution dans les rapports sociaux ». (5).
Les comités GPD et SSP (les deux agissant toujours à l'unisson) opèrent à tous les niveaux de la société : des usines et des quartiers jusqu'aux autorités communales, républicaines et de même au niveau de l'Etat fédéral (où ils sont représentés au sein de l'Alliance socialiste). Bien que créés beaucoup plus tôt, ils ont été légalisés en 1979 par le XIe congrès du parti, au moment où ce dernier décidait que la crise allait durer. Ils sont censés être les yeux et les oreilles du « système sociad'autogestion », toujours sur leurs gardes contre I'« ennemi intérieur ». Ils sont aussi censés prendre la relève du gouvernement régulier quand dans une situation d'urgence ce dernier est paralysé ( une telle occasion s'est présentée lors des émeutes de Kosovo en 1981).
Au niveau local, les comités comprenDans les années 1970, les entreprises ont été démantelées en « organisations de base du travail associé ». Ces dernières sont des petites unités , du type atelier, censées étre par leur taille plus facilement contrôlables par les ouvriers et qui ont le droit de gérer le revenu du service ou produit qu'elles fournissent, ainsi que de s'associer (ou non) à d'autres unités pour former des organismes plus larges.
5. Danas, Zagreb, 9 décembre 1986.
nent le secrétaire du parti, le principal quand un conflit oppose les travailleurs à responsable syndical, le directeur de l'entreprise, le président du conseil d'usine, le président de l'assemblée communale, le chef de la police et le commandant militaire local. Pour reprendre les termes d'un des défenseurs du système, de ceux qui reflètent toute l'expérience accumulée et la responsabilité socio-politique de chaque étant donné la rotation régulière de cadres civils, leur continuité repose essentiellement sur l'armée territoriale, les forces de défense civile et la police.
Il n'est donc pas surprenant de trouver que « ce tissu dense qui recouvre la totalité du territoire yougoslave soit entouré d'un secret qui inspire le genre de respect qui accompagne toute activité d'Etat clandestine » (7). Il serait pourtant de réduire les ambitions de ces comités à une simple conspiration militaro-policière. Ils sont très utiles pour faire respecter la volonté des directeurs d'enainsi que des responsables locaux de l'Etat, du syndicat et du parti D'ailleurs, la loi qui règle leurs activités contient une définition très imprécise de ce qui constitue une situation d'urgence et a donc assuré un espace large pour leurs
Des exemples des agissements de ces comités dans les quartiers sont rarement portés à la connaissance du grand public, bien que récemment deux cas, à Belgrade et à Split, ont provoqué certains remous. De toute façon, c'est leur rôle dans les usines, comme réponse au mécontentement ouvrier et surtout face aux grèves, qui nous concerne ici : les comités GPD et SSP sont toujours les premiers à réagir
AUTRICHE HONGRIE YOUGOSLAVIE BOSNIE-HERZÉGOVINE
MER ADRIATIQUE
Régions autonomes 100 200 km leur direction.
A ces occasions, toutes les instances « normales » — le conseil d'usine, le directeur et ses adjoints, le parti et les syndicats - se mettent sous les ordres des comités. Ce genre d'intervention autoritaire est rarement contesté. Néanmoins, l'intervention des comités vient fournir une motivation supplémentaire pour l'action
— ce qui explique pourquoi l'aile libérale du parti et des syndicats aimeraient voir clarifié l'article 638 de la Loi sur le travail associé qui traite des conflits
Un récent article publié dans l'hebdomadaire de Belgrade « NIN » décrit sans complaisance le rôle joué par les comités. « Il faut voir ce qui se passe quand il y a un signe, aussi petit soit-il, qu'une grève se préparerait. Tout de suite, tout l'appareil s'active, le GPD et le SSP prennent les affaires entre leurs mains, des directeurs et des responsables politiques sont réveillés la nuit, des réunions marathons et des consultations se succèdent pendant des journées entières. Il est maintenant pratique courante que les comités GPD et SSP prennent l'initiative pour mettre fin aux grèves (...) Quand ils interviennent dans une situation, alors naturellement leur activité principale est la chasse aux animateurs des grèves, en faisant tout pour compromettre ces derniers (...) Ce qui tombe sous le chapitre de 'comportement socialement inacceptable' dans le code de ces comités est tellement élastique, et son interprétation est laissée à si peu de gens, qu'on peut toujours trouver une justification pour ce coup d'Etat contre l'autogestion, pour cette action dure contre ce que sont en général des revendica-
Ca.
BELGRADE -•
TIRANAO MACÉDOINE
ALBANIE T GRÈCE tions parfaitement légitimes des grévis-
Dans cette citation, les mots clefs sont les suivants : « Il est maintenant pratique courante ». Au cours d'une réunion récente, la présidence de l'Alliance des syndicats de Yougoslavie elle-même se plaignait que « ce n'est pas simplement que ces actions des comités GPD et SSP contournent les procédures établies par la Loi sur le travail associé, mais aussi que les comités apparaissent dans le rôle de protecteurs des forces techno-bureaucratiques existantes dans les collectifs de travail (...) Les organisations syndicales dans les usines, aidées par les conseils syndicaux communaux doivent agir avec davantage d'énergie pour contester la pratique des comités GPD et SSP, qui consiste à concentrer toutes leurs énergies sur la recherche des animateurs des grèves et des preuves de leur culpabilité ». (9)
Cependant, puisque dans leur propre pratique les syndicats ont adopté une politique générale de passivité dans les conflits du travail, cette recommandation ne sera probablement pas prise en compte. Il est évident que seulement la légalisation des grèves servirait à freiner la tendance actuelle vers la militarisation des usines. grèves ne conduise à une situation incon- Le parti craint que la légalisation des trôlée, ce qui signifie qu'il est peu probable que soit accepté le projet de l'Alliance des jeunesses socialistes de Slovénie. Le droit de grève ne ferait pas que renforcer la position des travailleurs contre la direction, il introduirait aussi un élément nouveau dans les rapports globaux entre l'Etat et l'économie. A juger par les articles qui sont parus dans la presse, le gouvernement propose en effet de renforcer la position de la direction dans les usines aux dépens des institutions de démocratie directe. Ainsi les grèves sont-elles « illégales », donc ouvertement conflictuelles, mais sans vraiment être freinées. En conséquence, les interventions des comités GDP et SSP risquent de devenir de
Il est en effet paradoxal que la direction yougoslave, tout en recommandant que la logique du marché soit encouragée, défende en même temps l'idée que le droit de grève est « capitaliste ». Il s'agit vraiment de vouloir avoir le beurre et l'argent du beurre. Cependant, pour les travailleurs, l'auto-organisation et l'action gréviste restent des moyens essentiels de se reaucratiques » orientations gouvernementales qui ont de moins en moins à voir avec le socialisme.
LES EFFETS DE LA CRISE ET LA RÉSISTANCE OUVRIERE C'est dans les effets de la crise économique et la politique d'austérité du régime qu'il faut chercher les causes des grèves. Les statistiques officielles elles-
6. Ibid 7. Ibid. 8. NIN, Belgrade, 19 octobre 1986. 9. Ibid.
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Danube
mêmes donnent une image très sombre du niveau de vie des travailleurs yougoslaves. En Croatie, qui est l'une des républiques les plus riches, environ 30% des travailleurs vivent en-dessous du seuil de pauvreté officiel et 30 % juste au-dessus. 40% des travailleurs sont donc obligés d'avoir un deuxième emploi, ce qui conduit au développement d'une économie grise gonflée, laquelle, bien qu'ayant compensé à court terme les effets de la chute rapide des salaires industriels, a parallèle-
D'après les chiffres officiels, le salaire mensuel moyen au milieu de l'année 1986 était de 66 753 dinars (environ 900 FF). écarts importants de revenus réels, la plupart des travailleurs gagnant en effet considérablement moins que ce salaire moyen. Une étude réalisée récemment à Belgrade a montré qu'une famille moyenne de quatre personnes a besoin de 67 504 dinars par mois simplement pour s'approvisionner en produits alimentaires de base.
Les calculs effectués par les syndicats ont donné des chiffres similaires. Selon le conseil syndical fédéral, malgré une augmentation des revenus réels de 10 %, de nombreux travailleurs ne gagnent pas assez par leur emploi principal pour nourrir leur famille. L'inégalité sociale renforcée est reflétée dans le fait que la part de la nourriture et des autres produits de conbase diminuent comme pourcentage de la consommation nationale, alors que le pourcentage de produits de luxe augmente. D'ailleurs, les syndicats se plaignent qu'aujourd'hui les travailleurs sont obligés de retirer leurs enfants des crèches parce qu'ils ne peuvent plus payer
Les bas salaires et les conditions de vie difficiles (par exemple la pénurie et la mauvaise qualité des logements) ont fourni la motivation la plus immédiate pour les 383 grèves qui ont eu lieu en Yougoslavie dans les six premiers mois de 1986, ce qui représente une augmentation de 42 par rapport à l'année précédente). Ces grèves ont touché 40 000 travailleurs (53% de plus qu'en 1985), la plupart concernait des petites entreprises (de moins de 100 salariés) alors que trois seulement concernaient plus de 1 000 travailleurs. En effet, seulement une partie infime des 9,5 millions de salariés a fait grève pendant cette période. A juger par ces chiffres, la direction yougoslave n'a que peu de raisons de s'inquiéter. Mais ce n'est certainement pas son avis : la question des grèves et de leur régulation est devenue brûlante.
La Yougoslavie est un pays où des conflits entre les travailleurs et l'Etat ne se sont produits jusqu'ici qu'à petite échelle et de façon isolée. On n'a jamais assisté à une confrontation ouverte et directe entre le parti et la classe ouvrière. L'autogestion dans l'économie et un système de contrôle politique et social assez sophistiqué se sont montrés pour l'instant suffisamment flexibles pour amortir les chocs considérables des six dernières années : entre 1979 et 1986, par exemple, l'Etat a réussi à faire descendre le niveau des salaires réel de plus de 25% sans problèmes apparents.
Néanmoins, comme ses homologues en Europe de l'Est, le système yougoslave est considérablement vulnérable au mécontentement ouvrier organisé, et d'une certaine manière, encore plus qu'ailleurs. En effet, depuis 1948, la direction du parti a été plus sensible à la pression ouvrière que celles des autres partis au pouvoir. Donc, même si les grèves commencent seulement à avoir des répercussions sur la vie quotidienne dans le pays, elles constituent malgré tout un avertissement pour l'avenir. Au travers de ces grèves, les travailleurs commencent à acquérir une expérience d'auto-organisation, laquelle les amènera tôt ou tard à contester le monopole du pouvoir que détient le parti.
UN PAYS AU CARREFOUR En août 1986, un sondage réalisé auprès de 672 travailleurs de toutes les régions de la Yougoslavie montrait qu'une majorité d'entre eux considéraient l'autogestion comme un système qui ne repré sentait pas leurs intérêts. Leurs opinions différaient selon leur niveau de qualification : 51% des ouvriers non qualifiés montraient une « attitude négative » envers l'autogestion, alors que le contraire était vrai pour 57 % des ouvriers hautement qualifiés. Deux tiers des travailleurs interrogés pensaient qu'ils n'avaient aucune influence sur les décisions prises dans les entreprises ; le même nombre de sondés déclarait n'avoir aucun respect pour les délégués de leur conseil ouvrier, parce que ces derniers ne parlaient pas pour eux. D'ailleurs plus de la moitié croyait que les organes d'autogestion exprimaient les intérêts des directeurs d'entreprises ainsi que de l'intelligentsia technique. Néanmoins, les violations des droits et des procédures de l'autogestion constituent une des raisons citées le plus souvent par les travailleurs comme cause de grève.
Parallèlement, une série de sondages et d'études de recherche montrent que la (LCY) conserve un soutien considérable dans la classe ouvrière surtout parmi les qualifiés. Ceci a amené certains sociologues yougoslaves à avancer l'idée que les travailleurs du pays restent au stade d'être une « force de travail », qu'ils ne se sont pas encore constitués en classe. Pourtant cette loyauté apparente envers le parti est contredite par le fait que de plus en plus de travailleurs le quittent. Au cours des deux dernières années, le parti a perdu plus de 10 000 adhérents — ce qui constitue la perte la plus importante de toute son histoire - pour la plupart des travailleurs et des étudiants. En fait, jamais il y a eu si peu de travailleurs dans la LCY.
Alors comment expliquer ce paradoxe apparent entre le rejet et l'engagement, qui caractérise l'attitude des travailleurs yougoslaves à la fois envers l'autogestion et le parti? Une explication possible serait que ce phénomène exprime le conflit fondamental entre, d'une part les besoins et les aspirations des travailleurs et d'autre part l'incapacité manifeste des institutions en place de les satisfaire.
dit, la Yougoslavie est maintenant entré dans un interrègne. L'ancien régime reste en place mais ne fonctionne plus, alors que le nouveau reste à
L'Alliance des jeunesses socialistes de Slovénie a montré une voie possible pour passer de l'ancien au nouveau. Cependant, cela ne veut pas dire que l'expérience slovène pourrait être reproduite ailleurs. Il s'agit probablement d'un phénomène qui restera localisé. Il est également possible que la croisade réformiste de l'AJSS s'enrayera, prise en tenaille entre la pression d'en bas et la résistance d'en haut. Au cours d'une réunion en janvier 1987, des représentants de l'Alliance des jeunesses socialistes de toute la rejeté unanimement - suite à une interSSP - la demande de l'AJSS de l'institution d'un service civil comme alternative au service militaire. Cela même les délégués slovènes (qui avaient formellement émis la proposition) ont voté contre. En ce qui concerne les structures officielles, le débat sur l'objection de conscience est donc clos, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se poursuit pas en
L'AJSS aura du mal à persévérer sur le chemin qu'elle a choisi, mais il est très important qu'elle le fasse. Car la signification des campagnes qu'elle a menées ne pas simplement à leur contenu intrinsèque, mais au fait qu'elle a franchi les limites auparavant largement acceptées sur ce qui pouvait être fait sans l'approbation antérieure du parti. Ce faisant, elle a élargi le champ d'action politique légitime. L'AJSS a été capable de mener des actions indépendantes parce qu'elle dispose d'un soutien dans la jeunesse slovène ; et elle a gagné ce soutien parce qu'elle a cessé d'être une structure bureaucratique en s'ouvrant à des idées et des mouvements
Ce faisant, l'organisation de la jeunesse slovène a tendu un miroir à la LCY. Déjà on entend des appels dans l'intelligentsia du parti en dehors de la Slovénie pour un nouveau « bloc historique » de toutes les forces progressistes, lequel incluerait aussi les mouvements dits alternatifs, afin de mener à bien le processus de reconstruction politique nécessaire. regroupement dans le parti sur ces bases pourrait créer un climat politique tout à fait différent du spectacle lamentable auquel on assiste actuellement. Spectacle de chamailleries bureaucratiques suivant les lignes des républiques et des provinces et souvent teintées d'accents nationalistes.
Le message essentiel de l'AJSS reste que toutes les questions devraient être le sujet de débats publies et démocratiques. Il reste à voir dans quelle mesure sa dernière initiative — pour la légalisation des grèves - atteindra son but et si l'AJSS portera cette question dans les usines, là où se trouvent les premiers concernés.
Michèle LEE, 31 janvier 1987.