Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CRISE DU MAOISME

Le défi albanais

· Inprecor n° 24, 17 mars 1978 · p. 3-7 · 4 883 mots

Chine Europe de l'Est URSS et Russie

il y a une très grande constance et une très grande cohérence dans la ligne large publicité à ce texte, en le reproduisant sous forme de brochure dans un grand nombre de langues. Edition française : Ti-

2)«Intervention de Teng Hsiao-ping, chef de la délégation de la République populaire de Chine», «Pékin information», 15 avril

DEBAT Guy DESOLRE

Le conflit idéologique entre Tirana et Pékin a pris l'été dernier un caractère spectaculaire avec la publication de l'éditorial-réquisitoire du Zeri i Popullit(quotidien du Parti du travail d'Albanie) dirigé contre la théo rie des trois mondes» défendue par Pékin(1). Le conflit entre Tirana et Pékin n'est cependant pas nouveau, ni spécialement récent. Il y avait déjà plusieurs années (plus précisément depuis 1971) que les observateurs les perspicaces relevaient ce qui n'était au début que nuances et différences d'accent entre les positions du Parti communiste chinois (PCC) et celles du Parti du travail d'Albanie (PTA) en matière de politique étran-

Depuis lors ces divergences n'ont cessé de s'approfondir jusqu'au dé but de 1976 (nouvelle visite de

Nats en cant fois réie, des

connaitre une accalmie entre avril 1976 (incidents de la place Tien An Men et élimination de Teng-Hsiao-ping) et la fin de la même année (élimination de la «bande des quatre» en Chine). La tiédeur des félicitations albanaises adressées à Hua Kuo-feng, lors de la nomination de celui-ci comme président du Comité central du PCC et le silence fait autour de l'élimination de la «bande des quatre» annonçaient déjà que la lutte pour le pouvoir en Chine aurait des répercussions sur les relations sino-albanaises. Les attaques lancées, de la tribune du VIle Conrana, Editions «8 Nêntori», 1977, 36 pages.

1974, p. 7-8.

Crise du maoîsme

Le défi albanais

Du point de vue de la préservation des intérêts des dirigeants albanais, dont l'Albanie ne s'est jamais départie depuis sa rupture avec la Yougoslavie en 1948 grès du PTA par Enver Hoxha, contre «la théorie des trois mondes» ne firent que le confirmer. LA «THEORIE DES TROIS MONDES»

Puisque c'est d'elle qu'il s'agit aujourd hui en tout premier lieu rappelons d'abord lessentiel de ladite «théorie des trois mondes». Cette «théorie» a été formulée pour la première fois «officiellement» par Teng-Hsiao-ping, en tant que chef de la délégation chinoise à la sixième session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur l'étude des problèmes des matières premières, le 10 avril 1974. Le passage essentiel de intervention est le suivant:

... Les diverses forces politiques dans le monde, par suite d'un affrontement et d'une lutte de longue haleine, ont connu des divisions et regroupements intenses. Une série de pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine ont successivement accédé à l'indépendance. Ils jouent un rôle grandissant dans les affaires internationales. Le camp socialiste, qui avait existé pendant un temps après la Seconde Guerre mondiale, a déjà cessé d'être, avec l'apparition du social-impérialisme. Sous l'effet de la loi de l'inégalité de développement du cale bloc impérialiste occidental s'est également désagrégé. A en juger par les changements survenus dans les relations internationales, 1) «La théorie et la pratique de la révolution», «Zeri i Popullit», 7 juillet 1977. La notre globe comporte maintenant, en fait, trois parties, trois mondes qui sont à la fois liés mutuellement et contradictoires entre eux. Les EtatsUnis et l'Union soviétique forment le premier monde; les pays en voie de développement d'Afrique. d Amérique latine et des autres ré gions, le tiers monde; et les pays developpés se trouvant entre les deux, le second monde.» (2).

Cette théorie n'est en fait que la rationalisation de la politique étrangère que suit la Chine depuis un certain nombre d'années. Depuis la fin de la «révolution culturelle», depuis que progressivement l'Union soviétique est mise en avant comme la super-puissance « la plus dangereuse» et depuis l'inauguration de la «diplomatie du ping-pong» par Chou En-lai. Il s'agit de justifier sur le plan théorique que la lutte la plus importante pour les peuples et pour les classes ouvrières du monde est la lutte contre hégémonisme, soviétique en premier lieu, et que la première force dans cette lutte est celle des pays du Tiers-monde. Il s'agit également de justifier les recherches d'alliances avec le «second monde», qui «peut être gagné», y compris au moyen de pressions exercées en son sein par sa droite (exemples : les visites de Franz-Josef Strauss et de Edward Heath en Chine). L'importance de ce «second monde» (l'Europe occidentale, le Canada, le Japon) est d'autant plus grande que l'Europe occidentale est le lieu privilégié de l'afdirection albanaise a, depuis, donné une

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5)«Puna», organe du Conseil central des Unions professionnelles, édition française, No 2, 1977, p. 23.

frontement soviéto-américain, d'où naîtra, selon les dirigeants chinois, la troisième guerre mondiale.

Après les attaques albanaises contré cette théorie, celle-ci a été réaffirmée avec force par les dirigeants chinois, en particulier dans Péditorial du Renmin Ribao du ler novembre 1977.

Il faut noter, afin de ne pas se laisser induire en erreur par l'aspect «idéologique» des choses, c'est-à-dire par ce que les dirigeants chinois disent aujourd'hui à propos de leurs théorisations, que la «théorie des trois mondes» se trouvait déjà en fili-

(c'est-à-dire sans être explicigrane tement affirmée) dans le rapport présenté par Lin Piao au IXe Congrès du PCC (avril 1969), là où celui-ci notait que des deux «tigres en papier» (l'impérialisme américain et le social-impérialisme soviétique), le premier connaissait «un déclin accéléré» (3). LA REPLIQUE ALBANAISE

Première chose à remarquer à propos de la réplique albanaise à la «théorie des trois mondes» : cette réplique est antérieure à la longue attaque contenue dans l'article de Zeri i Popullit du 7 juillet 1977. Lors du VIle Congrès du PTA, en novembre 1976, Enver Hoxha avait déjà affirmé que «les appellations de «Tiers monde», de pays «non alignés» ou «en voie de développement» suscitent l'illusion dans de larges masses qui luttent pour la libération nationale et sociale, qu'elles pourraient trouver là comme un abri contre la menace des superpuissances. Mais ces appellations cachent la situation réelle de la majorité de ces pays qui, d'une manière ou d'une autre, ont des liens de dépendance politique, idéologique et économique, tant avec les superpuissances qu'avec les anciennes mé. tropoles coloniales» et que «l'impérialisme américain et le social-impérialisme soviétique, ces deux superpuissances sont aujourd'hui les plus puissants et les plus dangereux ennemis des peuples et qu'à ce titre ils présentent le même danger»(4).

Dans tous leurs discours importants, les dirigeants albanais ont, depuis lors, développé le même thème et au VIlle Congrès des Unions pro-

3) «Pékin information» du 30 avril 1969, p. 32

4) E. Hoxha, «Rapport au VIle congrès du PTA», Tirana, 1976, p. 204 et 219.

6) «La théorie et la pratique de la révolution», Tirana, 1977, p. 35 fessionnelles (syndicats) d'Albanie, tenu en juin 1977 à Korça, Marko, président du Conseil central des Unions professionnelles avait encore une fois réfuté la «théorie des trois mondes» (5).

Deuxième chose à remarquer à propos de la réplique albanaise : l'article du 7 juillet de Zeri i Popullit, stigmatisant l'oubli de la lutte contre Suharto et Pinochet, Geisel et Mobutu, de la part des partisans de la «théorie des trois mondes» et disant que celui «qui oublie qu'il faut combattre aussi bien le Pacte de Varsovie que l'OTAN, qu'il faut rejeter aussi bien le Comecon que le Marché commun, celui-la se rallie a eux et devient leur esclave» (6), n'est qu'un pas de plus dans l'escalade de la polé. mique Tirana-Pékin. Le problème consiste donc à savoir «pourquoi ce pas de plus à ce moment précis ?»

La réponse doit, à notre avis, être recherchée dans la mise au point par les dirigeants albanais d'une progression délibérée de leur offensive idéologique, progression dans le cadre de laquelle il faudrait distinguer plusieurs étapes centrées autour du rassemblement des divers mouvements «marxistes-léninistes» dans le monde, leur coordination et la création progressive d'un mouvement «marxiste-léniniste» pro-albanais. Il faut noter que l'escalade que la polémi au conn depuis juillet 1977 saccompagne toujours d'un silence sur l'identité des défenseurs de la théorie des trois mondes de la part des Albanais, mais que ceux-ci ne se sont pas privés de publier des textes de divers partis «marxistes-léninistes» attaquant cette théorie avec une violence plus grande encore (par exem ole le télégramme du Ile Congrès du Parti communiste d'Espagne (marxiste-léniniste) adressé au Comité central du PTÁ qui stigmatise la théorie en question comme une «théorie pourrie») et comparant la rupture avec les tenants de la «théorie des trois mondes» avec la rupture avec le révisionnisme de Khrouchtchev (position avancée par le communiste du Brésil). Le Parti communiste d'Italie (marxiste-léniniste) qui édite l'hebdomadaire Nuo-

Unita a publié simultanément ment critique vis-a-vis des developpements intérieurs en Chine qui attaquait Teng Hsiao-ping. Ce dernier article, qui parut au moment même de la réhabilitation officielle de leng Hsiao-ping n'a pas été republié par la presse albanaise, mais l'Albanie soucent officiellement le Parti communiste d'Italie (marxiste-léniniste). L'IRREVERENCE ALBANAISE

Il faut dire cependant que si l'escalade sino-albanaise a été si difficile-

. «déchiffrable» par certains, c'est à cause du fait que les Albanais ont usé de techniques «chinoises», c'est-à-dire relativement quées, pour exprimer leur dissentiment. Les Chinois, quant a eux, sont restés longtemps impassibles devant les attaques de Tirana (jusqu'à la réponse du Renmin Ribao du ler no-

Get encore celle-ci ne mentionnait-elle pas à qui elle répondait, de même que les dirigeants albanais n'ont jusqu'ici toujours pas dit en termes explicites qui ils visaient).

Les «techniques chinoises» utilisées par les Albanais peuvent être appelées «techniques obliques» en ce sens qu'en 1958, les dirigeants chinois commencèrent à attaquer les dirigeants yougoslaves Khrouchtchev et la direction soviétique. de même, aujourd'hui, les Albanais attaquent-ils la théorie des «trois mondes» dont ils n'attribuent pas explicitement la paternité à ses auteurs chinois. De même que les attaques chinoises contre l'URSS avant 1961, les attaques albanaises étaient destinées à «frapper» et a «taire mal» sans nommer encore l'adversaire véritable.

Cette irrévérence «chinoise» anti-chinoise s'exprima dans le discours de Shehu qui mit en cause les « pressions, chantage, blocus et intrigues» anti-albanaises récentes, en y incluan la «tentative de putsch de Beqir Ballaku» (ministre de la Défense, exclu du Bureau politique du PTA en 1974 et généralement considéré comme «pro-chinois»).

Mais elle atteignit son point culminant lorsque le Président Tito visita la Chine. A ce moment précis, les Albanais ressortirent un éditorial de Zeri i Popullit publié lorsque les at taques des Chinois contre les You goslaves battaient leur plein sous le titre «les résultats de la visite de N. Khrouchtchev en Yougoslavie»

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8) Enver Hoxha, «Khrouchtchev à genoux devant Tito», «Albanie aujourd'hui», No 5, 1977, p. 40 à 46.

une politique ouverte, la politique des principes prolétariens», discours prononcé devant les électeurs de la circonscription 209 à Tirana le 3 octobre 1974, Tirana, Editions «8 Nêntori», 1974, p. 74-75.

10) Discours du président de l'Assemblée provinciale du Kossovo (Yougoslavie), Ilijaz Kurteshi, dans «Rilindja» (quotidien en langue albanaise de Prichtina, Yougoslavie) du 22 novembre 1976, après le congrès du PTA (source : «Radio Free Europe

12) Kar Mars adieu de peptenbes, meil aL gudio n e Sens, Paris, Casdes, 1929, p.bze 1977).

(7); pour le rendre encore plus percutant ils en modifiérent le titre qui devint «Khrouchtchev à genoux devant Tito» et en révélèrent l'auteur : Enver Hoxha lui-même (8), tout en le diffusant à brochure dans les milieux diplomatipublication de ce document Hua Kuo-feng et Tito, confir- sous une forme insultante mait la dégradation des relations entre la Chine et l'Albanie, tout en indiquant de manière très claire que l'amélioration des relations politiques entre la Chine populaire Yougoslavie avait été un facteur important dans la dégradation des relations entre la Chine populaire et l'AI-

Les attaques les plus violentes de l'article («des deux, c'est lito qui vait le plus interet a ce qu'ait lieu un meeting et que soit publié un document officiel»... «Khrouchtchev est encore obligé de garder le mas-

«Khrouchtchev a décidé à présent de rayer d'un trait le camp socialiste»... «le rapprochement et l'union avec le laquais et l'agent de l'impérialisme, ce laquais nourri et avec les dollars américains, constituent un grand pas en rapprochement l'union avec le maître lui-même : l'impérialisme américain») pouvaient être directement traduites en remplacant. Khe plus, elles me sentaient

De plus, elles représentaient vis-à-vis de la direction chinoise un clair rappel de son propre passé. L'ALBANIE ET LES RAPPORTS INTERNATIONAUX

Alors même que les dirigeants attaquaient leurs collègues chinois en ne mâchant, ainsi que nous l'avons vu, pas leurs mots, et en rappelant leurs positions violemment hostiles à la Yougoslavie, les rapports entre Albanais et Yougoslaves, qui se sont fortement améliorés depuis 1968 (invasion de la Tchécoslovaquie) face au danger commun (l'Union soviétique) ne se sont, quant à eux, pas détério-

Du côté albanais, la doctrine formulée en 1974 par Enver Hoxha ne s'est pas modifiée : «les peuples albanais, yougoslave et grec n'ont jamais été mis à genoux par l'ennemi exté-

7) «Zeri i Popullit», 13 septembre 1963.

9) Enver Hoxha, «Notre politique est

Research», 10 décembre 1976).

13) Lénine, «Oeuvres», Paris-Moscou, Tome XVIII, 1968, p. 346.

rieur. Ces peuples n'ont pas une âme d'esclave et cela, ils l'ont fait valoir constamment tout au long de leur histoire séculaire. Les Albanais, les Yougoslaves et les Grecs ne sont pas qui porteront le pistolet pour rien si, soit les Américains, soit les Soviétiques, ou même quelqu'un d'autre les attaque et tente de leur ravir leur liberté et leur souveraineté. C'est pourquoi les deux super-puisles Etats porte-avions qu'elles ont placés sous leur coupe peuvent bien rêver les yeux ouverts, mais ni le peuple yougoslave, ni le peuple grec, ni le peuple albanais ne permettront jamais que leur sol soit foulé par le Soviétique, l'Américain, le fasciste italien ou allemand» (9).

De la même manière, les responsables vougoslaves insistent sur la nécessité d'élargir la cooperation avec Albanie, quant qu'elle correspond avec les intérets à long terme de la Yougoslavie (10). Les réactions yougoslaves, qui ne révèlent plus toutes les attaques idéologiques dont la Yougoslavie est l'objet de la part des dirigeants albanais, jugent qu'elles sont essentiellement expressions de tensions internes à l'intérieur de la direction albanaise et expliquent leur refus d'y répondre comme un refus de s'ingérer dans la situation interne de ce pays.

Cette interprétation des officiels yougoslaves semble par ailleurs confirmée par l'attribution à certains dirigeants albanais, écartés de la diretion, de positions pro-yougoslaves,

«autogestionnaires». dans un récent numéro de la revue théorique du PTA. Omer Hashorva attaquait-il encore l'autogestion vou-. goslave ainsi que les «opportunistes»

Albanie) qui la soutiennent (11).

L'état des rapports entre l'Albanie et la Yougoslavie ainsi que leur évolution doivent nous permettre d'évaluer concrètement non seule. ment les raisons profondes des oppositions entre la Chine et l'Albanie, mais aussi la position de l'Albanie dans les rapports internationaux qui, pays, sont «surdéterminés» par les rapports avec ses voisins immédiats.

Il faut également tenir compte du role du nationalisme et de l'importance du tacteur national. LAl banie est un petit pays qui a réussi a se forger un destin national envers et contre tout, y compris contre les sarcasmes de Marx qui prédisait froidement à ses habitants - cette «race endurcie d'anciens montagnards» - un destin de porteurs d'eau et de bûcherons au service des Serbes ou des Grecs voisins (12)ou contre le scepticisme de Lénine qui n'y voyait que lobjet passif de la rivalité d'autres Etats pendant la guerre balkanique

Méprisée par les Yougoslaves, non-informée par Staline à propos de la rupture entre le Kominform et la Yougoslavie (l'Albanie n'était membre du Kominform - elle était le seul pays Est-européen à ne pas l'être), tenue à l'écart des décisions du Kremlin à propos de la réconciliation entre Tito et Khrouchtchev, non-informée des incidents qui conduisirent à la rupture sino-soviétique, sa direction ne l'a pas été non plus des décisions des dirigeants chinois et du tournant de ceux-ci, qui s'est codifié depuis 1974 dans la «théorie des trois mondes». LE REFUS DE LA DEPENDANCE ECONOMIQUE

Cela veut-il dire que les dirigeants albanais ont choisi de rompre avec les Chinois sur tous les plans ? Il serait plus exact de dire qu'ils ont pris des risques calculés (en s'attendant à un chantage chinois) tout en les ayant soigneusement soupesés et contre-balancés d'avance. C'est ainsi qu'une militante trotskyste, visitant l'Albanie lors d'un voyage d'études en 1975, nota que: «Lorsqu'on avance un peu dans la connaissance de ce pays, on réalise très vite que le gros souci des Albanais est de se libérer de cette dépendance (vis-à-vis

GD) qui rend leur economie tres vulnérable et ceci, tant du point de vue entretien de l'équi pement existant qu'en matière d'expansion. Ils appliquent leur d'ordre «compter sur nos propres forces» et créent ainsi des usines chargées de fabriquer des pieces de re-. change, orientant ainsi l'enseigne-

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14) «Une trotskyste en Albanie», in : «La Brèche» (Bruxelles), No 16/17, p. 17 et 18.

16) «Rruga e Partise» du mois de mars 1977, cité par « Radio Free Europe Research», du 12 juillet 1977, p. 10.

17) Certaines démarches des dirigeants albanais, telle la demande qu'ils ont adressée aux dirigeants chinois pour qu'ils exercent un role conciliateur dans le conflit vietnamo-cambodgien, au lieu de continuer à jeter de l'huile sur le feu, sont de nature ment professionnel sur l'entretien et la réparation du matériel existant et puis passent le plus vite possible à la construction d'ateliers fabriquant du matériel technique purement albanais (c'est le schéma suivi à l'usine de tracteurs «Mao Tsé-toung» à Tirana).» (14).

Ce n'est pas par hasard qu'au moment où Enver Hoxha annonçait l'opposition de l'Albanie à la «théorie des trois mondes», lors du Vlle Congrès du PIA, il était également annoncé que l'Albanie était devenue autosuffisante en matière de cultures de céréales.

Il n'est pas sur que la Chine populaire ait retiré son aide pour le combinat métallurgique d'Elbasan. Mais le démenti opposé par la direction albanaise aux rumeurs à ce promalgré tout, de l'époque où cette direction était dans l'incertitude quant à la politique étrangère chinoise (entre les incidents de place Tien An Men et l'élimination des «quatre»).

peu près certain que l'aide chinoise à la construction du nouveau barrage de Fierza (qui doit devenir le complexe hydroélectrique le plus important du pays) a été fortement diminuée, à en croire l'intervention du président du Comité syndical de l'Université de Tirana lors du dernier Congrès des Syndicats albanais, qui insistait sur les travaux entrepris aux fins de projeter et de produire des machines qui jusqu'ici devaient être importées (15). Quant aux fameux étudiants albanais dont le départ de Chine avait été présenté durant l'été 1977 comme un «simple départ en vacances», ils ne semblent pas être retournés en Chine après l'été. L'ALBANIE ET LES GROUPES «MARXISTES-LENINISTES»

Les présences (et les absences) de délégations étrangères aux congrès qui se sont tenus durant les derniers mois en Albanie sont un bon révélateur de l'état des rapports entre les dirigeants albanais et les mouvements ou partis marxistes-léninistes dans le

De ce point de vue, rappelons le VIle Congrès du Parti (novembre 1976), le VIlle Congrès des Unions professionnelles (syndicats) (juin 1977) et le VIle Congrès de l'Union de la ieunesse du travail (septembre 1977).

15) Intervention d'Edmund Luci, «Puna» du 24 juin 1977.

à renforcer leur crédit.

Au total, 32 délégations étrangères ont assisté au Congrès du Parti, 22 au Congres des Svndicats et 19 au Congres des jeunesses, la plupart envoyées par des partis, groupes ou organisations «marxistes-léninistes» (à côté, au Congrès syndical, de représentations de svndicats officiels de pays en voie de développement - Syrie, etc.).

Les rencontres qui ont eu lieu à l'occasion de ces congrès et en dehors d'eux ont vu les Albanais tenter d'organiser, avec l'aide de représentants de ces groupes «marxistes-léninistes», un début de coordination inter-régionale, continentale et même internationale. Les rapports faits à attaquaient la «théorie des trois mondes» et c'est avec cette référence comme axe central que ces regroupements et coordinations diverses ont été établis. De ce point de vue, il y a lieu de mentionner la «déclaration des huit partis marxistes-léninistes authentiques d'Amérique latine» (novembre 1976) et la «déclaration commune de cinq marxistes-léninistes péens» (octobre 1977).

La première de ces déclarations est datée de Tirana même. Si la deuxième a été rendue publique lors d'une conférence de presse tenue à Paris, il ne fait que peu de doutes qu'elle ait été élaborée à Tirana (où des représentants de tous ces partis avaient été reçus durant les semaines précédentes, à l'exception des marxistes-léninistes grecs). en étroite consultation avec les dirigeants albanais. Ceux-ci ont commencé à se déplacer tout à fait officiellement lors de rencontres ou de meetings internationaux, donnant à leur appui à tel ou tel parti marxiste-léniniste un caractère public et démonstratif.

Dans ces contacts, les dirigeants albanais affirment de façon démonstrative leur solidarité avec un petit nombre de partis auxquels ils semblent attacher une grande importance : le PCP (reconstruit) du Portugal, le plus important parti marxiste-léniniste de l'Europe occidentale, le PCI (m-l) dirigé par les frères Dinucci, le PCE (m-l) dont le congrès fut le premier d'un groupe m-l (malgré son poids insignifiant par rapport au PTE ou à l'ORT, tous deux pro-«troismondes») à recevoir un message personnel de Enver Hoxha, ou encore le

Parti communiste du Brésil (premier parti «historique» anti-revisionniste, fondé en 1962), le PC de Nouvelle-Zélande ou encore des organisations m-l de création récente, notamment entretient de bonnes relations, tel

La doctrine des Albanais en ma-' tière de contacts internationaux a été explicitée dans la revue théorique du PTA par le théoricien du Parti Sotir Manushi :«Notre parti croit que des contacts multilatéraux et de larges rencontres de partis marxistes-léninistes sont préférables aux réunions

Ice qu'elles servent mieux les objectifs du mouvement marxiste-léniniste» (16). C'est très certainement là un langage nouveau et une innovation par rapport aux pratiques antérieures des directions albanaises (et chinoises). UNE INTERNATIONALE PRO-ALBANAISE ?

Cela signifie-t-il que la direction albanaise s'oriente vers l'établissement d'une internationale de groupes pro-albanais et opposés à la théorie des «trois mondes» ? Il serait à notre avis prématuré de tirer cette conclusion. Les dirigeants albanais sont trop soucieux de leur indépendance complète pour risquer pareille aventure. Ils ne sont pas inconscients non plus, semble-t-il, du caractère irresponsable d'un certain nombre de groupes avec lesquels ils se associés (par exemple le PCE(m-l), pour prendre le cas le plus connu).

cela dit, il ne faudrait pas mésestimer - par rapport à la crise et au désarroi régnant dans le mouvement marxiste-léniniste, le caractère nouveaux types de rapports que la direction albanaise tente d'inaugurer. douteux qu'ils aient la possibilité de rassembler autour d'eux un mouvement qui égale jamais les soutiens dont le PC chinois a bénéficié dans le monde. Mais dans le cadre du mouvement marxiste-léniniste tel qu'il est aujourd'hui, et où maoisme le style nouveau des Albanais leur donne quelques chances d'assurer une petite percée et d'arracher des des groupes plus importants à groupes plus importants

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18) Cité par Richard Clegg dans le «Times Litterary Supplement» (supplément littéraire du Times) du 25 février 1977, p. 205.

19) «Pékin information» 13 mai 1963, p. 31; 5 juillet 1971, p. 36 et 30 juin 1975, p. 12 et 13.

20) «Pékin information» du 24 décembre 1973, titrant sur la «nécessité d'une amélioration continue des forces» de l'OTAN,

Le fait même que les dirigeants albanais n'hésitent pas à affronter les Chinois sur ce terrain montre qu'is ne prennent plus de gants dans leurs rapports avec eux et qu'ils s'attendent probablement à ce que, même indépendamment de ces efforts, rapports entre la grande Chine et la petite Albanie aillent en se détériorant. Cela montre aussi qu'Enver Hoxha et la direction albanaise ne se font guère d'illusions sur le « caractère désintéressé» de l'aide de la Chine, qu'ils vantaient tant dans le passé Au début du siècle, un auteur britan-

Aubrey Herbert, l'Albanie comme «lIrlande de l'empire ottoman» (18). On pourrait parler aujourd'hui de l'Albanie comme de «l'Irlande du «marxisme-léninisme»». Comparaison n'est pas raison, mais elle vaut en tout cas pour l'opiniâtreté avec laquelle les «montagnards endurcis» (Marx) affirment leur indépendance. LES RAISONS DU CONFLIT SINO-ALBANAIS

Les raisons de ces attaques violentes ne sont évidemment pas à redans une brusque découde la part d'Enver Hoxha et des dirigeants albanais ou de leurs amis dans le monde, que la politique étrangère de la République populaire de Chine serait devenue contre-révolutionnaire. Elle n'est pas à rechercher non plus dans leur irritation devant le fait que ce soit Teng Hsiao-ping (qu'Enver Hoxha avait encore violemment attaqué, en compagnie de Lin Piao, au Vile Congrès du PTA, alors qu'il ne mentionnait pas la «bande des quatre») qui soit l'un des auteurs de la théorie des «trois mondes». Elle est à rechercher dans l'appréhension des dirigeants albanais face aux conséquences pratiques que l'orientation de la diplomatie chinoise peut avoir pour l'Albanie.

La politique étrangère de Pékin a radicalement changé entre l'époque où celui-ci se réjouissait de l'échec des négociations entre la GrandeBretagne et la Communauté économique européenne en 1963 et celle où il se félicite de l'aboutissement de ces négociations puis du résultat positif du référendum britannique sur le Marché commun (19).

Les dirigeants chinois comptent bien renforcer leurs liens avec les. «neuf», tant au plan politique qu'au . plan économique. Par ailleurs, ils enp. 23.

21) «Pékin information», 21 juin 1971, p. 18 et suiv.

couragent également le renforcement des partenaires européens de l'OTAN, voire meme de POTAN dans son ensemble (Etats-Unis compris) face à ce qu'ils considèrent comme «l'enprincipal», à savoir le «socialimperialisme soviétique» (20). Cela ne peut manquer d'inquiéter les dirigeants albanais.

D'autre part le resserrement progressif des relations sino-yougoslaves depuis 1971 a également soulevé la colère de Tirana. Rappelons aussi que la question yougoslave a été un des points nodaux a propos desquels l'alliance sino-albanaise s'est forgée contre Khrouchtchev à la fin des années 50, les Albanais n'ayant jamais accepté la réconciliation Khrouchtchev-Tito de 1955, les Chinois ayant quant à eux violemment pris (repris) à partie les Yougoslaves lors du Congrès de 1958 de la Ligue des commu-

Yougoslavie (après une amélioration des rapports sino-yougoslaves qui avait duré deux ans).

Or, dès la mi-1971, les relations sino-yougoslaves se sont fortement améliorées, après une série d'échanges où, comme au plan des relations sino-américaines d'ailleurs, le «pongisme» était à l'ordre du jour. Depuis cette époque, la presse chinoise n'a pas tari d'éloges sur l'armée yougos lave et ses grandes manoeuvres. Et surtout, il y eut cet étrange communiqué, lors de la visite de Mirko Tesecrétaire d'Etat (ministre) yougoslave aux Affaires étrangères, en Chine, qui annon cait l'abandon de toute critique fondamentale du révisionnisme yougoslave de la part des Chinois et dans lequel une subtile combinaison du brio des diplomates yougoslaves et de la finesse orientale avait permis d'insérer une «formule de transition» permettant d'interpréter « à la carte» cette phrase énigmatique à propos de la nature sociale des deux pays : «Au cours des entretiens, les deux parties ont souligné avec force que tous les pays, qu'ils aient des sytèmes sociaux identiques ou différents et qu'ils soient grands ou petits, doivent asseoir leurs relations réciproques sur la base des principes du respect mutuel de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, de non-agression mutuelle, de non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, d'égalité et d'avantages réciproques, de coexistence pacifique.» (21).

Il est évidemment absurde de considerer que l'Albanie est un pays dirigé par un parti «super-révolutionnaire» qui fait cavalier seul envers et contre tous dans un monde éminemment hostile dans lequel l'Albanie «sombre dans l'isolement le plus complet» selon les uns, ou devient le seul «phare» du socialisme dans le monde, selon les autres. Et cela, non seulement parce que le concept de «phare du socialisme» est, d'un point de vue marxiste, incongru, absurde, et relève d'une pensée essentiellement religieuse, mais aussi parce que la thèse du prétendu isolement de Albanie est également absurde, de même qu'est absurde la thèse avancée en Yougoslavie selon laquelle l' «Albanie agit contre ses propres intérêts» en prenant ces positions sur le plan international.

Comme les dirigeants de tous les pays, ceux de l'Albanie agissent en tenant compte de leurs propres intérêts et de leur préservation. De ce point de vue, il y a une très grande constance et une très grande cohérence dans la ligne dont l'Albanie ne s'est jamais départie depuis sa rupture avec la Yougoslavie en 1948. Il y a en effet une grande constance dans le refus des «sociétés mixtes» (les «sociétés mixtes» en Albanie n'étaient pas soviéto-albanaises mais yougoslavo-albanaises) et dans le refus opposé par les Albanais à Khrouchtchev de laisser transformer leur pays en une culture de citronniers pour le consommateur soviétique, crainte qu'une couche de spécialistes et de technocrates ne se forme dans les entreprises (ce contre quoi le PTA a développé depuis 1966 des formes de «contrôle ouvrier» dans les entreprises) et dans leur rejet de l'autogestion yougoslave.

Les dirigeants albanais craignent que le rapprochement entre Pékin d'une part, et Belgrade et la CEE d'autre part, puisse modifier - ou justifier d'avance une modification - du délicat équilibre politico-militaire qui existe actuellement dans le bassin de l'Adriatique. Pareille modification menacerait l'indépendance réelle de l'Albanie qui a pu se maintenir précisément en jouant sur les contradictions Moscou-Belgrade, BelgradeRome, Belgrade-Pékin et Pékin-CEE. Sans vouloir sous-estimer le rôle autonome de facteurs idéologiques, c'est cette crainte qui constitue la clé du conflit.

été abrégé par la rédaction d'«Inprecor-Intercontinental Press»).

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