Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

Le mouvement ouvrier face aux élections

· Inprecor n° 24, 17 mars 1978 · p. 13-19 · 5 207 mots

Syndicalisme

1) Il s'agit de la fameuse «grève des bananeraies» qui, en 1928, a soulevé pratiquement toute la région de la Cienega au nord de la Colombie. Le gouvernement conservateur, après avoir déclaré l'état de guerre, se lança dans une violente répression : on a évalué à un millier le nombre de tués, sur les 6000 personnes qui s'étaientsoulevéesaux côtés des travailleurs des plantations.

Ce massacre, qui a provoqué une large indignation dans tout le pays a largement contribué à la perte de prestige du parti conservateur qui maintenait son hégémonie sur la vie politique en Colombie depuis la fin du siècle dernier.

2) Dans « Las ideas liberales en Colombia», Gerardo Molina, ed. Tercer Mundo, Bogota, 1977, t.3.

Le mouvement ouvrier est aujourd'hui le moteur des luttes de classes dans un pays où, depuis plus de trente ans, la force de sa protestation a été ignorée. Enrique MORALES Les élections parlementaires et municipales qui viennent de se dérouler le 26 février dernier en Colombie auront principalement permis de désigner le candidat libéral pour les élections présidentielles de juin : Julio Cesar Turbay, qui a largement devancé dans ces «primaires» son rival libéral, l'ancien président Carlos Lleras, a de bonnes chances d'être élu à la tête du pays en juin prochain. Ces élections ont été marquées à nouveau par un très fort pourcentage d'abstentions, de l'ordre de 70% et un faible score des coalitions électorales impulsées par les partis ouvriers qui n'ont recueilli que 5% des suffrages exprimés. Incontestablement, ces élections n'offrent qu'un reflet profondément déformé de l'évolution des rapports de classes en Colombie. Il est significatif, entre autres, que la campagne des révolutionnaires, derrière la candidature de Socorro Ramirez, ait réuni plus de travailleurs dans les meetings que de bulletins dans les urnes. L'article qui suit, en analysant le développement du mouvement ouvrier à partir des années 20, permet de mieux comprendre la situation réelle en Colombie et d'éclairer nombre de paradoxes.

Colombie

Le mouvement ouvrier

face aux élections

COLOMBIE LE MOUVEMENT OUVRIER FACE AUX ELECTIONS

Sans aucun doute, la caractérisation essentielle du mouvement ouvrier en Colombie tient à ce que sa participation aux luttes sociales s'est faite sous la direction de personnalités, de courants ou de partis bourgeois. Cette absence d'indépendance de la classe ouvrière prend racine dès les années 30 dans le renoncement des syndicats à leur autonomie lors des négociations collectives. C'est de cette époque lointaine que date l'intervention du gouvernement comme arbitre dans les conflits opposant les travailleurs et le patronat. L'Etat concède un pouvoir suffisant au gouvernement pour qu'il fasse accepter ses propositions aux deux parties adverses. aient gain de cause. Mais il s'agit aujourd'hui d'un passé bien révolu. LA CLASSE OUVRIERE SOUS L'EMPRISE DU NATIONALISME BOURGEOIS

En décembre 1934, une grève secoue l'enclave impérialiste de la United Fruit Co., six ans à peine après la grande grève qui a marqué l'éveil de la classe ouvrière colombienne dans sa lutte contre le capitalisme (1). Lors de ce conflit, le président de la République dépêcha son ministre de la Guerre pour intercéder. Les travailleurs ont obtenu une augmentation de salaires de 50%. Cette politique a marqué pendant des décennies le développement du mouvement syndical en Colombie. En outre, elle ne se limite pas au domaine syndical : elle a une incidence directement politique. En effet, à cette époque, le Parti communiste converti à la poli tique stalinienne des fronts populaires, devient un fervent avocat de la collaboration de la classe ouvrière avec le parti bourgeois libéral.

Lors de la manifestation du ler mai 1936, cette politique nouvelle prend pour la première fois toute sa dimension. S'adressant du balcon du palais présidentiel à l'énorme foule rassemblée à son intention par les organisations syndicales, le président libéral réformiste Lopez Pumarejo ne manqua pas de rendre hommage aux staliniens pour leur contribution. Le Parti communiste partageait alors avec le parti libéral le contrôle des organisations syndicales et sociales qu'avait commencé à construire la classe ouvrière. Les historiens libéraux ont d'ailleurs su apprécier avec finesse ce phénomène.

Cette attitude de la classe ouvrière a été, à leurs yeux, certes «bénéfique» pour le pays, mais elle a eu également des conséquences néfastes parce qu'elle a conduit à la «perte d'indépendance du mouvement ouvrier, à son aliénation vis-àvis du gouvernement et à lier son sort aux avatars d'un parti, le parti libéral, qui n'a évidemment eu aucune hésitation à utiliser ces larges masses comme ingrédients de sa cuisine électorale, et comme masse de manoeuvre de ses multiples opérations tactiques qui ne vont pas au-delà de l'activité de routine» (2).

C'est ainsi que s'est formée tout simplement l'alliance entre la bourgeoisie nationale et la classe ouvrière pour impulser le program-

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3) Le 9 avril, Jorge Eliecer Gaitan était assassiné à la sortie de son bureau dans les rues de Bogota. Ce crime a provoqué un soulèvement populaire de ses partisans et le palais présidentiel a failli tomber aux mains des insurgés. En trois jours, la capitale a été pratiquement détruite et mise à sac et des milliers de cadavres jonchaient les rues. Le reste du pays a connu des affrontements comparables, et dans certaines villes des Comités révolutionnaires se sont formés, arborant le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau. Pour venir à bout de cette insurrection populaire, le gouvernement dut recourir aux troupes régulières stationnées en province car, lors de ces magnifiques journées, des détachements entiers de la Police nationale avaient pris me de développement économique de Lopez Pumarejo. Le mot d'ordre de défense de l'industrie nationale a fait sa première apparition lors de la manifestation du ler mai 1936 et lors du congrès syndical réuni trois mois plus tard à Medellin : ce congrès a eu une importance considéble en permettant, même de façon fugace, que se réalise l'unité du mouvement ouvrier. C'est là qu'est née la première centrale unique qui a pris peu après le nom de Confédération des travailleurs colombiens (CTC). Lors du congrès syndical de janvier 1938, alors que la classe ouvrière et ses organisations se trouvaient sous les coups violents de la réaction bourgeoise, la thèse de la défense de l'industrie nationale a été adoptée comme un des éléments du programme de la classe ouvrière.

La bourgeoisie libérale qui avait misé dans un premier temps sur cette collaboration pour stabiliser son régime et conduire à l'impasse mobilisation ouvrière et populaire qui avait eu raison du parti conservateur en 1930, a dû changer de politique. En contre-partie de ce soutien des travailleurs, elle avait dû en effet leur accorder une législation sociale qui, quoique décrétée par en haut, sanctionnait le résultat de nombreuses grèves engagées dans les années 20 et qui se sont poursuivies pendant toute cette période. La formation du Front populaire n'a pas plus permis que le contrôle du parti libéral sur les organisations syndicales de bloquer cette offensive ouvrière. La bourgeoisie libérale s'est alors divisée en deux ailes. Son aile réformiste voulait étendre son contrôle sur le mouvement syndical en l'engageant sur le terrain politique. Par contre, l'aile conservatrice du parti libéral prétendait confiner les syndicats dans une activité strictement corporatiste. Il n'y avait évidemment pas de désaccord entre ces deux secteurs quant à la nécessité de maintenir le mouvement syndical sous l'emprise de l'Etat. Ils différaient seulement sur le choix des moyens pour y parvenir.

fait et cause pour les insurgés.

LA POLITIQUE CONTREREVOLUTIONNAIRE DU PC

Le mouvement ouvrier est donc privé de toute indépendance de classe, dans ses organisations comme dans son action, lorsqu'éclate la crise politique et révolutionnaire de 1948. La défaite que subit alors l'avant-garde ouvrière du fait de la politique stalinienne ne fait qu'accentuer cette caractéristique mouvement ouvrier colombien: l'absence d'un parti ouvrier de masse tel qu'il en existe dans d'autres pays du continent.

Cette défaite se produit dans un contexte particulier. Tandis que la bourgeoisie libérale met en doute l'opportunité d'une politique de réformes, le parti conservateur en pleine évolution vers des positions clairement bonapartistes et, pour certains, ouvertement fascistes, se lance à «l'action directe». Des bandes para-militaires engagent répression sélective systématique contre des dirigeants de l'aile populiste du parti libéral et contre les communistes. Dès 1946, en fait, la bourgeoisie libérale non seulement abandonne son programme de réformes mais, effrayée par la mobilisation ouvrière et populaire, vire ouvertement dans le camp de la réaction bonapartiste.

La bourgeoisie libérale dans son ensemble se retrouve alors d'accord avec la réaction conservatrice pour barrer la route à Jorge Eliecer Gaitan qui a réussi à gagner la majorité du parti libéral et dont la victoire aux élections présidentielles de 1950 apparait inévitable. Dans cette situation, le Parti communiste soutient l'aile droite du parti libéral contre Gaitan. Déjà, lors des élections en 1946, il avait soutenu contre Gaitan le candidat de la bourgeoisie libérale réactionnaire, Gabriel Turbay.

Cette division du parti libéral permet la victoire du parti conservateur qui, au gouvernement, intensifie la répression contre l'avant-garde ouvrière et populaire, en particulier dans la paysannerie. Cette politique suicidaire des staliniens leur a valu d'être rejetés par les masses qui soutenaient Gaitan, par l'ensemble des organisations syndicales contrôlées par les libéraux et par nombre de celles contrôlées par le PC lui-même. La classe ouvrière, renforcée ainsi dans ses illusions populistes, reste désemparée quand ce mouvement populiste s'effondre. n'apporte alors qu'un soutien très faible à la guérilla paysanne de masse qui se développe après le 9 avril 1948. L'assassinat de Gaitan qu'elle ne sait comment venger consume ses dernières forces (3). LA GUERILLA PAYSANNE FAIT OBSTACLE AU DEFERLEMENT DE LA CONTRE-REVOLUTION

Le soulèvement de Bogota marque le point culminant du phénomène du «gaitanisme», mais précipite aussi sa fin. Le droite reprend le contrôle du parti libéral. Les dernières tentatives de luttes de masse sont paralysées par en haut. La bourgeoisie libérale redoutait davantage ces mobilisations que le semi-fascisme incontrôlé du gouvernement de Laureano Gomez, qui frappe même certains dirigeants de la droite libérale.

Secouée par les luttes de masse, la République bourgeoise ne pouvait plus se maintenir dans le cadre du nationalisme bourgeois, même sous la forme prudente qu'il revêt en Colombie. Il fallait un changement de régime politique qui réalise ce que n'avait pu accomplir la «réaction démocratique» des années 30. Dans le moule de la société capitaliste, toute transition politique, en divisant la bourgeoisie, ouvre une brèche au mouvement de masse. En Colombie, la division de la bourgeoisie entre libéraux et conservateurs, entre bonapartistes et semi-fascistes, a provoqué une guerre civile opposant libéraux et conservateurs. Elle a provoqué à son tour une révolte paysanne. Par le coup

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4) Le Front national est un accord sur un système de gouvernement, largement approuvé lors d'un plébiscite national en

1958, qui a fait suite à la destitution du dictateur Rojas Pinilla par une grève générale le 10 mai 1958 organisée en commun par les libéraux et les conservateurs pour mettre fin à la dictature militaire bonapartiste qui mettait en danger le bipartisme.

Cet accord stipulait l'alternance au pouvoir tous les quatre ans, et pour une période de seize ans, du parti libéral et du parti conservateur et le partage égalitaire entre les deux partis des postes officiels dans l'administration publique. Cet accord a pris d'Etat préventif du 13 juin 1953, Rojas Pinilla vient à bout, à la table des négociations, d'une mobilisation que l'armée n'avait pu réduire sur le champ de bataille. Cette défaite du mouvement ouvrier et paysan met fin à la première période des luttes politiques et sociales contemporaines en Colombie.

Une nouvelle période s'ouvre avec la formation du gouvernement de Front national, et la naissance d'un régime caractérisé par les socialistes révolutionnaires comme un régime démocratique bourgeois empreint d'un bonapartisme réactionnaire (4). Le développement d'une guérilla paysanne de masse a empêché la classe dirigeante colombienne de recourir à une solution à la Pinochet; mais sa défaite a permis que s'instaure pour seize ans ce régime antidémocratique du Front national.

La renaissance du mouvement ouvrier s'est faite lentement. Elle a été précédée de luttes étudiantes assez radicales et de nouvelles luttes des paysans pour la terre. Les unes comme les autres ont souffert d'un manque de centralisation et n'ont pas permis de renforcer l'organisation de ces secteurs sociaux. Cette situation s'est aggravée dans le cas de la paysannerie par la répression à laquelle s'est livré le gouvernement sous le prétexte d'un essor du banditisme social qui s'est développé après la défaite de la guérilla paysanne. Les secteurs de la paysannerie qui avaient conservé leurs organisations armées d'auto-défense et certaines formes de démocratie directe ont subi en permanence des expéditions punitives de l'armée. Tel fut le cas des expéditions contre les «Républiques indépendantes» de Marquetalia et Guayabero.

La résistance de la paysannerie face à la violence officielle a conduit à la création des Forces armées révolutionnaires (FAR) dont les principaux dirigeants sont membres du Comité central du Parti communiste. De leur côté, le courant castriste et le courant maoiste organisfin en 1974 au terme du gouvernement conservateur de Pastrana Borrero.

les de la paysannerie dans des contrées montagneuses du pays. Mais ni l'Armée de libération nationale (ELN), ni l'Armée populaire de libération (ELP) n'ont réussi à s'intégrer vraiment à ces luttes. L'EPL est pratiquement en extinction à présent, à l'image du courant maoiste dans son ensemble.

Face au Front national, le mouvement ouvrier est non seulement désarmé idéologiquement et politiquement, mais également divisé sur le plan syndical. Outre la CTC, s'est créée l'Union des travailleurs de Colombie (UTC), syndicat dont l'inspiration confessionnelle est patente. Créé sous le gouvernement conservateur d'Ospina Perez en 1946, ce syndicat est une émanation de l'Eglise et du parti conservateur. C'est aujourd'hui le syndicat le plus puissant. En outre, vers la même époque, une scission au sein de la CTC, provoquée par l'expulsion des militants communistes à l'initiative des libéraux et du gouvernement, a donné naissance à la Confédération syndicale des travailleurs de Colombie (CSTC). Il faut mentionner en outre le courant anarcho-syndicaliste d'inspiration maoiste et certains secteurs centristes qui rejettent les trois organisations syndicales de façon sectaire et constituent ce qu'on appelle le syndicalisme indépendant. A ce jour, ces secteurs ne sont pas organisés nationalement. LE RENOUVEAU DES LUTTES OUVRIERES ET L'EVOLUTION VERS L'ETAT «FORT»

Tandis que la nouvelle gauche qui apparait dans le sillage de la révolution cubaine et se développe avec les luttes étudiantes des années 60 s'isole en s'engageant seule dans la lutte contre l'Etat, en dehors des luttes réelles des masses, le PC se consacre patiemment à l'organisation des militants syndicaux d'avant- garde dans la CSTC, tout en continuant à offrir ses bons services au nationalisme bourgeois. Sous le Front national où il est réduit à la clandestinité, il s'accroche au wagon du Mouvement révolutionnaire libéral (MRL), une scission du parti libéral. Ce mouvement, dirigé par l'actuel président de la République, Lopez Michelsen, a représenté pendant toute une période l'opposition «démocratique» au Front national, en s'appuyant sur le mécontentement populaire, avant de rejoindre les rangs du parti libéral officiel et le gouvernement. Lorsque s'éteint l'étoile du MRL, le PC change de politique en se tournant vers l'AInationale populaire (ANAPO). Ce mouvement qui se réclame d'un populisme de droite a réussi à regrouper en quelques années l'opposition au sein du parti libéral et l'aile sectaire du parti conservateur. Il a réussi à battre aux élections le candidat officiel du Front national, le conservateur Pastrana Borrero. La trahison de son principal dirigeant, l'ancien dictateur Rojas Pinilla, et la violente répression du gouvernement ont freiné la mobilisation spontanée des masses dans des manifestations tumultueuses le 19 avril 1976 pour défendre la victoire électorale de PANAPO que le gouvernement refusait de reconnaître.

La dénonçant comme fasciste, tout comme il l'avait fait pour Gaitan, le PC a refusé toute politique d'unité d'action avec cette force qui avait une large base de masse, et s'est isolé d'elle. Aujourd'hui qu'elle n'est plus qu'une force résiduelle, divisée, en voie d'extinction, il scelle des pactes électoraux par en haut avec certains de ces secteurs marginaux et préfère soutenir la candidature d'un dirigeant sans prestige de l'ANAPO plutôt que de présenter un de ses propres dirigeants ouvriers reconnus, comme l'avaient proposé au départ les socialistes révolution-

Quoique le PC persiste dans sa politique, en recherchant des patrons progressistes et de bonne volonté pour leur proposer une allian-

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ce contre les patrons impérialistes et leurs serviteurs dans le pays; quoique cela mette de larges secteurs du mouvement ouvrier au service de cette politique; et quoique les deux partis bourgeois gardent le contrôle de larges secteurs de la population, les faits sont têtus. La surexploitation barbare qu'ont subie les travailleurs pendant toute la période du Front national et sous le dernier gouvernement qui mettait fin à ce système de pouvoir, avec une chute de 60% du salaire réel, commence à donner des fruits. L'exploitation engendre la rébellion, et l'oppression la résistance.

large secteur des travailleurs s'écarte du système libéral-conservateur mais reste dans l'expectative et refuse de rejoindre un des partis ouvriers existants.

L'essentiel de l'avant-garde se tourne vers le socialisme mais elle est captée par le PC et dans une moindre mesure par le Mouvement ouvrier indépendant et révolutionnaire (MOIR), une organisation maoiste. Un secteur commence à rompre avec le centrisme, les différentes variantes du maoisme radical, et se tourne vers la Quatrième internationale.

Les résultats des récentes élections indiquent d'une certaine facon cette évolution. Le nombre des abstentions le 26 février atteint le taux élevé de 72%. Les candidats de gauche ont recueilli 5% des suffrages exprimés (5). A cette occasion, comme il y a deux ans, les socialistes révolutionnaires ont battu la campagne pour s'adresser aux masses face aux différentes variantes de type front populaire et aux deux partis bourgeois. Cette campagne s'est développée dans une situation très particulière, en pleine remontée du mouvement ouvrier qui, en moins de quatre années de grèves continues et malgré sa division, a été le protagoniste de la grève civique nationale du 14 septembre der-

5) Les résultats qui ont été rendus pub!

ral a recueilli 2 000 000 de votes pour

(UNO, FUP et UNIOS) ont recueilli 17 électeurs étaient conviés à voter pour d déroulaient en fait simultanément : 16l paux. Ces élections ont également pris

6) cf. «Inprecor» numéro 17 : «Après et le PST».

7) C'est le cas notamment de l'entrepri législation du travail en Colombie inter deux et trois mois, ou même quatre mo nier et a transformé ainsi qualitativement comme quantitativement le dant ne pay, 1 et un l'ensemble des secteurs populaires

(6). Aujourd'hui, comme disent les slogans, «l'heure du mouvement ouvrier a sonné».

Il est aujourd'hui le moteur des luttes de classes dans un pays ou, depuis plus de trente ans, la force de sa protestation a été ignorée.

Cela se répercute au sein de la bourphénomène tendanciel devient une réalité quotidienne. Nombre de politiciens bourgeois discutent de la nécessité de revigorer le parti libéral en l'engageant dans une voie social-démocrate.

La main-mise de l'oligarchie libérale-conservatrice sur le pouvoir politique connait ses premières fissures.

Deux candidats du parti libéral s'affrontent à ces élections : Lleras

Restrepo représente les intérêts de la vieille bourgeoisie libérale, et

Turbay Ayala ceux d'une nouvelle bourgeoisie naissante qui se nourrit des contrats de l'Etat, de la contrebande, de la spéculation financière et commerciale, etc. Il reçoit aussi l'appui d'une multitude de secteurs intermédiaires de la bureaucratie politique dont les privilèges sociaux et économiques entrent en conflit avec le cercle fermé de la bourgeoisie traditionnelle et de la nouvelle technocratie. On assiste en outre à un essor du secteur agricole d'exportation et à une crise des secteurs de l'industrie traditionnelle travaillant pour le marché intérieur. De toutes façons, le problème des candidats qui se réclament du bipartisme, consiste à présenter une solution d'ensemble qui ménage les intérêts des anciens comme des nouveaux riches, des caciques politiques comme des technocrates.

ics sont les suivants : sur 12 500 000 inserits, i ies trois candidats contre 1 500 000 au parti co

5 000 voix, soit environ 5% seulement des suffrages exprimés. Lors de ces élections les es listes bloquées présentées par les différents partis ou coalitions. Quatre élections se ection du Sénat, du Parlement, des conseils départementaux et des conseils municile sens de «primaires» au sein du parti libéral.

a grève générale, une nouvelle période s'ouvre : base d'accord politique entre la LCR se Carton de Colombie, un trust nord-américain qui emploie 3000 ouvriers. Quoique la lise la grève au-delà de 40 jours, ces dernières années certaines grèves ont duré jusqu'a is comme la fameuse grève de Rio Paila l'année dernière.

Si la grève civique nationale du 14 septembre sanctionne le renouveau des luttes ouvrières et populaires, la mobilisation du 18 novembre a ouvert une nouvelle phase de ce processus. Elle s'est faite sous la direction unifiée des centrales syndiles, l'acquis le plus important de la greve civique nationale: les deux bureaucraties patronales à la tête de la CTC et de l'UTC, sous la pression de leur base, ont passé un accord avec le syndicat communiste et le syndicat démocrate-chrétien, pour appeler à une grève qui a revêtu certains caractères d'une grève générale. Les grèves se succèdent; certaines durent depuis plus d'un mois (7). La coordination des quatre centrales syndicales présente un cahier de revendications commun qui inclut notamment une augmentation de salaire de 60%. Si le patronat et le gouvernement ne leur donnent pas satisfaction, les travailleurs descendront dans la rue.

L'inflation poursuit sa courbe ascendante : elle a atteint 30% l'année dernière, selon les statistiques L y a eu 3 700 000 votants; le parti libéinservateur : les trois listes de gauche

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officielles, malgré les assurances successives du gouvernement qu'elle serait contrôlée. Quant au gouvernement actuel, cinq ministres se sont succédés au portefeuille des finances sans pouvoir résoudre le problème de l'inflation, d'autant plus dramatique que la Colombie connaît les plus fortes inégalités sociales de toute l'Amérique latine. La classe dominante prend ses précautions pour prévenir une explosion populaire. Le président Lopez Michelsen l'a dit et confirmé : dans dix ans, les frontières entre le parti libéral et le parti conservateur seront totalement effacées et la lutte ne les opposera plus, mais mettra aux prises un parti national et les forces de la gauche révolutionnaire. Toute une législation répressive d'urgence a vu le jour ces dernières années et s'est inscrite dans la constitution. En outre, la répression sanglante se poursuit et frappe les dirigeants révolutionnaires et populaires : une soixantaine de conseillers municipaux du PC ont ainsi été assassinés l'an dernier dans différentes régions du pays. A la lutte encore embryonnaire et dispersée des masses populaires, la bourgeoisie et son gouvernement répondent par une répression sélective systématique. A une occupation des terres, à une manifestation, à une grève, les gouvernements successifs ont répondu en accord avec la maxime biblique : oeil pour oeil, dent pour dent. Dans le cadre de cette évolution de l'Etat, le gouvernement prépare des élections pour une Assemblée constituante formée de notables des deux partis traditionnels afin de procéder à une réforme constitutionnelle touchant le système judiciaire et l'administration publique.

Il s'agit en fait d'une offensive ouverte contre les libertés démocratiques et les droits du mouvement ouvrier et de ses organisations. Cette réforme vise à doter l'Etat d'institutions mieux adaptées aux vents nouveaux de rébellion et de révolte qui soufflent sur la Colombie. Les socialistes révolutionnaires non seulement ont condamné ce projet et appelé le moutoment sis de au a engager la lutte pour une Constituante démocratique et populaire qui accomplisse vraiment une réforme en faveur des plus larges masses.

On entend souvent dire qu'en Colombie la bourgeoisie ne connaît de véritable activité politique qu'à l'occasion de chaque élection. C'est en partie vrai, plus particulièrement à l'occasion des élections actuelles où le gouvernement est frappé de discrédit croissant et où se renforce le courant abstentionniste. Depuis un an déjà les partis traditionnels ont eu recours à un énorme appareil pour mobiliser les électeurs. Dans cette situation, un secteur de la gauche a décidé de faire front sur le terrain électoral. Un autre secteur, plus tenté par la politique de l'autruche, s'enfouit la tête dans le sable pour affirmer qu'il ne se passe rien. Il fait de l'abstention un

Get rejette la participation aux élections qui renforcerait l'emprise de la classe dominante sur le prolétariat. C'est malheureusement la position défendue par un des courants socialistes révolutionnaires. Ce dernier secteur ajoute en outre que dans les conditions politiques concrètes de la Colombie d'aujourd'hui, il n'est pas opportun de participer aux élections, car il y a d'autres tâches plus importantes qui réclament Pénergie des révolutionnaires.

Comment les forces de gauche s'engagent-elles dans la bataille des élections ? Pour le comprendre, il faut revenir quelques années en arrière. LES CANDIDATURES OUVRIERES ET SOCIALISTES : LA LUTTE DES SOCIALISTES REVOLUTIONNAIRES POUR L'INDEPENDANCE POLITIQUE DU PROLETARIAT

Le 22 septembre 1972, le PC signait un accord électoral avec le Mouvement ample colombien (MAC) - une scission de l'ANAPO -, avec un groupe qui se dit démocrate-chrétien, et ultérieurement avec les maoistes du MOIR; cette alliance s'est regroupée derrière le sigle pompeux de l'Union nationale d'opposition (UNO). Elle a adopté un programme minimum de tonalité anti-impérialiste, visant à lever les «obstacles» à un plein développement du capitalisme colombien. Caricature de l'Unité populaire chilienne, cette coalition a présenté comme candidat aux présidentielles un vieux parlementaire libéral qui, écarté de ce parti, avait rejoint l'ANAPO. Quelques mois à peine apres ces élections, ce personnage, Herman Echeverria Mejia, alors sénateur, a rejoint avec cing autres parlementaires les rangs des libéraux qu'ils avaient quittés.

Deux ans plus tard, une organısation socialiste révolutionnaire encore jeune, le Bloc socialiste (aujourd'hui Parti socialiste des travailleurs de Colombie) s'est élevée contre cette vieille politique stalinienne, a appelé les travailleurs à participer aux élections en toute indépendance et a défendu la politique des candidatures ouvrières et socialistes. Elle a démontré ainsi, en s'appuyant sur l'analyse de la situation politique nationale, que les plus graves échecs subis par les travailleurs en lutte tenaient à leur absence d'indépendance politique face au parti libéral ou à tout autre secteur de la bourgeoisie; et qu'il n'était donc pas possible de parler de socialisme, et encore moins de révolution, tant que l'avant-garde ouvrière en Colombie n'aurait pas atteint sa majorité politique, c'est-à-dire ne serait pas capable, quelles

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soient ses formes de lutte, de garder son indépendance vis-à-vis du patron, aussi progressiste soit-il. Le PC se voyait pour la première fois contesté et dénoncé pour sa politique criminelle dans le cadre d'une campagne active : lors des élections de lété 76, les listes pour les conseils municipaux, constituées par des militants socialistes et des dirigeants ouvriers, paysans et étudiants reconnus pour leur rôle dans les luttes

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Manifestation s'opposèrent à celles de l'UNO, impulsées par le PC. Elles ne recueillirent que 3000 voix dans tout le pays, soit 1% à peine de celles de l'UNO. Mais il s'agissait de voix pour des dirigeants de grèves, de manifestations, d'occupations de terres et non pour ceux qui, derrière un langage gauche, soutenaient en fait ceux qui avaient combattu ces memes luttes. du PC colombien.

Ces élections se sont poursuivies avec la consultation du 26 février et se termineront avec les élections présidentielles de juin. Certain que les staliniens et leur variante maoiste du MOIR confirmeraient à cette occasion leur politique de front populaire, en présentant un autre Echeverry Mejia d'occasion, compte-tenu que le PC est le parti ouvrier majoritaire dans le pays, le Parti socialiste des travailleurs (organisation sympathisante de la Quainternationale) a proposé l'unité de toutes les forces politiques qui se réclament de la classe ouvrière derrière la candidature de Pastor Perez, président de la CSTC et militant du PC. Le PC a préfére reconduire une coalition de front à ses risques et périls en créant le Front d'unité populaire (FUP). Chacune de ces coalitions a rejeté la candidature de Pastor Perez, et a présenté la candidature de figures éteintes de TANAPO, Julio Cesar Pernia pour l'UNO et Jaime Piedrahita Cardona (membre par alliance de la haute oligarchie colombienne) pour le FUP, en rejetant ainsi la candidature de Pastor Perez.

De son côté le PST a alors appelé la Ligue communiste révolutionnaire (autre organisation sympathisante de la Quatrième internationale en Colombie) et deux autres organisations centristes, l'Union révolutionnaire socialiste (URS) et l'Organisation communiste rupture (OCR) à s'unir derrière la candidature de la camarade Socorro Ramirez, secrétaire générale de la Fédération des enseignants colombiens (FECODE) et militante socialiste et internationaliste. Cet accord a donné naissance à l'Union ouvrière et socialiste (UNIOS).

Ces candidatures ont soulevé lenthousiasme dans tout le pays. Plus de mille pré-candidats ouvriers ont fait connaitre leur candidature et les comités de soutien à la candidature de Socorro Ramirez se sont multipliés dans tout le pays. Dans ses meetings, plus de 60 000 personnes en tout sont venues écouter ses interventions. Le succès remporté par cette campagne s'explique par plusieurs raisons. D'abord, Socorro Ramirez est une dirigeante de masse reconnue dans

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le milieu enseignant, un des secteurs les plus combatifs parmi les travailleurs colombiens. Ensuite, les deux organisations sympathisantes de la Quatrième internationale, relativement jeunes il est vrai, ont pris l'initiative de démontrer ouvriers et à tous les exploités que la politique n'est pas réservée à l'usage exclusif des «docteurs», mais peut être exercée par eux directement car eux seuls ont entre leurs mains la solution de leurs problèmes. De plus, la confiance que ces candidatures ont redonnée aux travailleurs a fait naître des énergies qui dormaient depuis fort longtemps. Enfin, il s'agit d'une proposition honnête dans ces élections, qui ne promet pas l'impossible mais offre aux travailleurs une perspective de lutte : le programme du socialisme révolutionnaire. Les comités de soutien qui sont apparus pendant la campagne ont d'abord été centralisés dans des conventions régionales, puis dans la grande convention nationale qui s'est tenue en décembre dernier. Ils illustrent la possibilité d'impulser des formes de démocratie directe dans des situations très variées.

La camarade Socorro Ramirez s'est exprimée très clairement à ce sujet lors d'une récente intervention : «Il s'agit, par cette campagne, de s'adresser a tous les travailleurs déçus afin que leur refus se transforme en une solution de rechange pour leur propre classe. Il s'agit de faire de notre vote un instrument de protestation, en sachant bien que les municipalités ne seront pas capables de résoudre les problèmes des travailleurs. C'est un appel à ne compter que sur la force des exploités pour créer un grand courant socialiste et révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. Pour s'assurer que seront choisis les véritables dirigeants ouvriers, les dirigeants des grèves, des travailleurs et des militants socialistes, il faut poursuivre dans la voie que nous avons choisie. Nous n'avons que faire des accords au sommet sur le dos des travailleurs, et des tractations diplomatiques secrètes. Voilà pourquoi, dès le début, notre parti s'est efforcé d'impulser des assemblées soient démocratiquement désignés comme candidats les dirigeants reconnus par les travailleurs, ce qui s'est effectivement produit.»

En conclusion, pour les socialistes révolutionnaires, la campagne électorale n'a pas mis au second plan la mobilisation directe des masses. La tribune électorale a servi à dénoncer la situation et les problèmes concrets des travailleurs, et à soutenir les grèves et les conflits en cours. De la General Electric à Bogota aux Cartons de Colombie à Cali, Socorro Ramirez a fait infatigablement le tour des travailleurs en lutte aux quatre coins du pays.

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