Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Dans la prison de Mariona ; Interview de Mercedes Sanz, miliante du PSO

· Inprecor n° 240, 13 avril 1987 · p. 20-21 · 1 327 mots

El Salvador

Les prisonniers politiques salvadoriens sont répartis dans deux établissements pénitenciaires, Mariona pour les hommes, Ilopango

Dans la nrisc pour les femmes. Mercedes Sanz, Mercedes Sanz, du Parti socialiste la IVe Internationale, a pu visiter

LA PRISON DE MARIONA -SAN SALVADOR

- Inprécor : Tu as pu entrer dans la prison de Mariona. Peux-tu en donner •les caractéristiques principales ?

- Mercedes Sand : Mariona comporte plusieurs secteurs :

- le secteur C - psychiatrie. S'y trou -vent les prisonniers considérés comme "malades mentaux". Ils sont une cinquantaine ne se déplacent pas librement ;

secteur 2 qui comprend les prisonniers politiques, de 800 à 1 000 ;

- le secteur des prisonniers de droit commun qui sont environ 2 000 et parmi in de Mariona ouvrier (PSO), la section suisse de la prison de Mariona.

lesquels on rencontre des membres des escadrons de la mort ;

- le secteur de la "préventive" dans lequel on trouve les militaires poursuivis par la justice militaire.

Cette prison est située approximativement à 4 kms du centre de la ville de San

Salvador, en bordure de la route qui mène à Quetzaltepeque. Une grande porte de fer barre l'accès au chemin qui mène à l'édifice pénitentiaire. A l'entrée de celuici, les gardiens demandent aux visiteurs de laisser leur passeport ou leur carte d'identité et enregistrent le nom prisonnier que vous voulez rencontrer.

Ensuite, on fouille les colis de nourriture destinés au prisonnier. Enfin, hommes et femmes sont séparés et fouillés méticu -leusement.

Page 21

partie administrative terminée, on accède à l'intérieur de la prison en aboutissant dans la cour des prisonniers de droit commun.

Les jours de visite, des attroupements se forment autour de certains de ces prisonniers qui font des harangues. On m'explique qu'ils parlent de leur cas personnel - c'était le cas d'une femme qui criait - ou qu'ils font du prosélytisme pour l'une ou l'autre secte religieuse.

De là, nous entrons dans l'aile des prisonniers politiques. Il n'y a pas de de séparation entre les droits communs et les politiques. Celle-ci comme celles des cellules - a été enlevée après le tremblement de terre d'octobre 1986 et ce, en prévision d'un autre séisme toujours possible. Néanmoins, il n'y a pas beaucoup d'échanges entre les prisonniers des deux secteurs : les politiques se méfient des mouchards qui sont infiltrés parmi les communs. Ces mouchards proviennent essentiellement du préventif où l'on trouve les militaires sanctionnés. - Les prisonniers politiques sont-ils organisés

- Depuis le 15 septembre 1980, les "politiques" se sont dotés d'un comité des prisonniers politiques à l'intérieur de la prison. Sa tâche : obtenir l'amélioration de conditions de détention et défendre les générale et coordonne l'action des commissions suivantes :

- La commission de culture, de propagande et de scolarisation. Elle organise des cours d'alphabétisation, de littérature, de philosophie et de politique (quand il y a des "professeurs" disponibles). Ce sont les prisonniers eux-mêmes qui

La commission des sports. Par exemple, ils ont constitué une équipe de football appelée...Farabundo Marti. Les participer a des tournois a le prier et peuvent se déplacer avec jusqu'à 200 prisonniers comme supporters.

- La commission d'assistance sociale qui se charge de la clinique, de l'hygiène (électricité, eau,...).

- La commission de discipline qui règle les problèmes qui peuvent surgir

Il existe aussi un office d'assistance juridique, toujours entièrement organisé par les politiques : on y reçoit des conseils juridiques,... Enfin, un bureau interne tient à jour la liste des prisonniers avec une série de renseignements généraux

Les prisonniers ont organisé série d'actions dont des grèves de la faim. La plus longue dura 57 jours en 1985. - Peux-tu donner un exemple d'ac - dire ce qu'elle a apporté ?

- Ils ont obtenu de pouvoir recevoir non devant un juge.

FMLN

FDR EL SALVADOR UBRE une visite intime de leur compagne pour durée de 12 heures, une fois par semaine.

Initialement, les autorités de la prison exigeaient un paiement en contrepartie. Les prisonniers rejetèrent ce système, firent la grève de la faim et refusèrent de réintégrer leur cellule à l'heure réglementaire, 6 heure du soir. De cette manière, les gardiens étaient incapables de procéder à l'appel. Leur action fut payante.

Par ailleurs, l'action du 9 octobre 1986 - à la veille du tremblement de terre -me semble particulièrement importante.

Ce jour-là, les prisonniers politiques décidèrent d'interdire aux gardiens armés l'accès du secteur de la prison qui est réservé aux politiques. Ils se sont barricadés dans leur secteur. La commis -sion de discipline s'est chargée de faire l'appel des détenus et a remis le rapport aux gardiens.

Suite à cette action, ils ont obtenu que les gardes entrent non armés et soient accompagnés d'un membre de la commission de discipline qui fait l'appel des

Maintenant, les détenus réintègrent à soir leurs cellules dont les portes et les barreaux ont été enlevés. Le dans leur secteur. - Les prisonniers politiques ont

"double pouvoir" l'intérieur de la prison. Peux-tu passe avant l'emprisonnement ?

- 75% des prisonniers politiques sont d'extraction paysanne. Beaucoup n'ont pas participé aux activités du FMLN mais ils sont considérés comme sa base sociale et sont dès lors accusés de collaboration ou d'appartenance au FMLN.

Conformément au décret 50 en vigueur en vertu de l'état de siège, l'armée ou la police peut détenir pendant 15 jours un citoyen qu'elle soupçonne d'appartenir au

Pendant cette période, le capturé n'a aucun droit de défense. Cette période est mise à profit par les corps de sécurité, pour appliquer la torture afin d'obtenir une confession. Cette confession est extra judiciaire dans la mesure où le capturé est amené à faire une déposition devant eux et

Si, à force de torture, ils arrivent à une confession, considérée comme un élément suffisant pour justifier une détention préventive qui peut aller jusquà 121 jours. Cette période de détention préventive s'effectue dans la prison de Mariona. Dans les 60 jours, le prisonnier doit être entendu par un juge d'instruction militaire. A ce moment-là, le déclaration qu'il a faite devant les corps de répression : il peut déclarer qu'elle a été obtenue sous la torture.

En août 1986, avec la création par les prisonniers les autorités militaires changé de tactique. Après 15 garde à vue, le capturé est immédiatement entendu par le juge d'instruction militaire sans passer par Mariona. La pression sur lui est dès lors plus forte dans la mesure où il risque d'être torturé ou de disparaître s'il refuse de confirmer sa confession.

Il faut ajouter que la défense difficile dans la mesure où ceux-ci sont menacés de mort par les groupes paramilitaires ou sont accusés du même type de délit que celui qui est reproché à leur "client". Certains avocats qui défendent efficacement leurs clients grâce à des liens avec les juges militaires, se font payer un prix élevé. Un membre de la commission des droits humains a été mis en liberté le ler octobre après que sa famille ait versé colons (IUS$ = 5 colons). Signalons que le salaire mensuel d'un ouvrier de la capitale s'élève colons, celui d'un ouvrier agricole à 240

- Le 13 janvier 1987, l'opposition parlementaire de refusé de voter la prorogation de l'état d'urgence en vigueur depuis 7 ans. Duarte n'a pas su réunir nécessaires. L'état d'urgence a donc été levé.

provisoirement. Quelle politiques en ce moment ?

- Tout individu capturé et accusé de délit politique peut être détenu 72 heures dernièrement, ce délai n'a pas été respecté, il a été dépassé.

La situation est complexe car à peu près tous les prisonniers politiques qu'ils soient à Mariona ou à Ilopango, sont incarcérés en vertu du décret 50 de l'état d'urgence. Dernièrement un homme de annoncé qu'un projet de loi va être soumis à l'assemblée législative en vue de rem -placer le décret 50. Mais on n'en connaît pas le contenu.

Personnellement, je pense qu'ils vont introduire des réformes qui compte des pressions internationales qui s'expriment aux Nations-Unies. Ils vont la façade sans modifier le Propos recueillis par Arnold Berthu ; 20 mars 1987.

Une erreur sur cette page ?