Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

Le mouvement anti-guerre, un an après le référendum

· Inprecor n° 240, 13 avril 1987 · p. 11-12, 12-13 · 2 372 mots

État espagnol Paix et armements Syndicalisme

Le mouvement anti-guerre, un an après le référendum pas de zéro. Il faut savoir faire fructifier favorable pour développer la lutte et la

ETAT ESPAGNOL

Voilà un an, an mars pacifiste dans l'Etat espagnol subissait une défaite avec les résultats du référendum, puisqu'une majorité de votants se prononçait pour le maintien au sein de l'Alliance du traité de l'Atlantique nord

(OTAN). Maintenant, la seule possibilité qui existait pour sortir de l'OTAN a disparu.

Enric PRAT

Beaucoup de gens vont se demander s'il est possible d'obtenir des victoires après l'échec du référendum qui semblait à tous le procédé le plus sûr.

Reconnaître la défaite, comprendre que nous n'avons pas de possibilité de modifier rapidement la situation ouverte par le référendum, ne signifie pas se résigner politiquement aux résultats, pas plus que cela ne signifie réduire les objectif politiques du mouvement.

Nous continuerons à défendre une politique de neutralité active, comme nous l'avons toujours fait jusqu'à présent. Nous continuons à nous battre pour que l'Espagne quitte l'OTAN - premier pas dans la dissolution des blocs mili - taires - le démantèlement des bases et des installations militaires américaines, la dénucléarisation totale du territoire, l'arrêt de la fabrication et de l'utilisation d'armes de destruction massive, l'affectation des sommes destinées aux dépenses militaires aux budgets sociaux et une politique de solidarité avec toutes les manifestations de lutte contre l'exploitation et l'oppression dans le monde entier. Ces objectifs, qui étaient au centre de notre programme, ne sont pas de simples mots-d'ordre mais une définition stratégique. Le mouvement que nous voulons construire ne doit pas s'installer dans la situation actuelle - l'appartenance à l'OTAN - mais il doit à nouveau la remettre en question, après une accumulation des forces dans les prochaines pourquoi nos objectifs demeurent identiques, même s'il est vrai que nous sommes dans des conditions plus difficiles, dans un contexte différent, avec des problèmes nouveaux et une redéfinition des tâches. Pour surmonter les difficultés, nous devons être conscients du fait que nous ne partons

1986, le mouvement concrète mouvement. le capital politique et organisationnel que nous avons accumulé toutes ces années. Il ne faut pas oublier que dans le référendum, nous avons eu un large appui social et que sur la base de la campagne anti-OTAN, nous sommes parvenus à organiser un puissant mouvement pacifiste qui a accumulé beaucoup d'expériences y compris dans cette campagne pour le référendum.

COMMENT PROGRESSER ?

Depuis le référendum, le mouvement pacifiste a organisé des mobilisations et des activités diverses qui ont été utiles pour reprendre le travail des collectifs et des coordinations existants, et pour affirmer la poursuite de la lutte contre l'OTAN. Les actions contre les bases américaines, la réponse à l'agression im -périaliste en Libye, les activités antimilitaristes, l'envoi de brigades au Nicaragua, ont été autant de stimulants inégalables pour le mouvement. Maintenant, il est certain que ces petits succès ne doivent pas occulter nos problèmes.

Nous traversons une période de difficultés. Il en coûte beaucoup pour toucher les couches qui s'étaient mobilisées lors de la campagne précédant le référendum ; la cohésion interne du mouvement s'est affaiblie ; l'activité militante ne rencontre pas les mêmes résultats pratiques. Nous devons être patients pour pouvoir modi -fier cette situation et, en même temps, définir quelles doivent être nos lignes

A notre avis, les axes les plus importants sont les suivants :

- Nous devons conserver l'initiative politique que nous avons eue pendant la campagne référendum, en devançant l'évènement et en faisant face aux chausse-trappes que ne manquera pas de nous dresser le gouvemement.

- La mobilisation demeure le terrain

Même si, bien entendu, demeure la perspective de la lutte à moyen et long termes, l'absence d'un mécanisme pour quitter l'OTAN à court terme, a des implications négatives sur l'ampleur de la lutte et crée de forts risques d'épuisement du conscience pacifiste. Mais pour cela, il nous faut mener des campagnes en profondeur. C'est un travail indispensable si l'on veut faire reprendre lentement la mobilisation.

- La lutte pacifiste se fixe comme objectif la mobilisation de secteurs de

- Il faut impulser une politique d'alliance large avec des partis, des personnalités des syndicats, des associations, des syndicats etc.

- A cette étape de la lutte, nous pouvons développer des thèmes qui avaient été occultés lors du référendum.

En premier lieu, la campagne qui nous offre le plus de possibilités à l'heure ac - tuelle, c'est la mobilisation contre les bases américaines et la dénonciation de l'accord bilatéral Etats-Unis/Espagne.

D'autres préoccupations se doivent d'être présentes : l'anti-militarisme, l'objection de conscience, le refus de l'armée pour les femmes, les dépenses militaires, la solidarité avec le Nicaragua etc.

LA CAMPAGNE CONTRE LES BASES

AMERICAINES

Cette campagne se situe dans le contexte d'un cours de plus en plus

"atlantiste" de la politique de défense du gouvernement de l'Etat espagnol et d'agressivité de l'impérialisme américain sur le plan international.

Cette campagne est liée aussi à la présence de la Vle flotte dans les ports de l'Etat espagnol, la présence militaire américaine et celle, possible, d'armes nucléaires dans ces bases ou en transit sur le territoire espagnol. C'est dire que cette campagne contre les bases américai - nes implique à la fois la lutte contre les armes nucléaires, contre le militarisme américain et pour une Méditerranée dénucléarisée.

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région doit concrétiser en fonction de sa situation spécifique.

- Approfondir la collaboration entre le mouvement pacifiste et les syndicats sur des thèmes comme la reconversion industrielle.

LE MOUVEMENT DOIT-IL FAIRE UN

TRAVAIL DANS LES INSTITUTIONS ?

Ce travail dans les institutions est un des débats actuels du mouvement. Le mouvement pour la paix en Europe a eu à faire aux tentatives de certains secteurs de le transformer en un mouvement de pression destiné quasi exclusivement à influencer les décisions gouverne -mentales ou les partis représentés au parlement. Jusqu'à présent, aucun secteur du mouvement dans l'Etat espagnol n'a posé ce type de problème. Mais bien évidemment, certains ont in térêt à dévier l'activité du mouvement de la mo -bilisation, la protestation populaire, au profit de pétitions adressées aux institutions. Nous sommes tous d'accord pour dire que nous n'atteindrons pas nos objectifs par des inititiatives en direction du parlement, puisqu'il existe la même majorité de députés favorable à L'OTAN et au militarisme.

Mais le problème n'est pas là. Le mouvement doit-il utiliser le parlement pour populariser ses positions ? Ne devrions-nous pas plutôt avoir une position de principe opposée à ce type de politique, puisqu'à l'heure actuelle, cette démarche implique beaucoup plus de risques que d'avantages. Si nous faisons passer nos propositions par le biais de certains groupes parlementaires ou de certains députés, individuellement, comment pourrons-nous contrôler que les objectifs du mouvement ont bien été respectés dans ce dédale des procédures parlementaires?

Comment pourrons-nous éviter que l'on nous identifie comme social" de tel ou tel parti ? Comment défendrons-nous l'indispensable indépendance du mouvement, condition de son unité et de sa force sociale ?

Si nous faisons parvenir nos propositions directement au bureau du parlement, nous pouvons d'ores et déjà compter sur le risque de déformation de nos positions voire de boycott, de la part des médias.

Voilà pourquoi ce travail doit être extrêmement secondaire pour le mouvement pacifiste, en pesant à chaque cas concret les avantages et les désavantages.

D'autre part, nous devons prendre en compte que dans d'autres institutions

1) Sur le mouvement anti-guerre de Greeham Common en Grande-Bretagne, voir Inprecor numéro 164 du 9 janvier 1984.

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Nous ne voulons pas d'une réduction des troupes américaines mais bel et bien le démantèlement total des bases et des installations américaines sur notre territoire, comme la dénonciation et le non renouvellement de l'accord bilatéral. Notre refus des bases s'inscrit dans le cadre de notre programme contre les dépenses militaires, comme dans l'affirmation d'une politique de neutralité active. Les conversations sur la présence l'intégration l'OTAN et l'accord intimement liées.

Parallèlement à cette question centrale de la présence des bases américaines, nous ne devons pas négliger les autres axes de campagnes :

- Le refus de l'intégration des femmes Greenham Common!.

- La solidarité avec les peuples agressés par l'impérialisme, notamment en Amérique centrale

- En liaison avec notre objectif d'une Méditerranée dénucléarisée et démilitarisée, nous devons chercher à impulser un mouvement pacifiste dans l'ensemble de la région qui se fixe pour objectifs le démantèlement des bases et des installations militaires des deux grandes puissances militaires, la lutte contre l'agression impérialiste des peu -ples méditerranéens comme ce fut le cas pour la Libye en avril 1986, et la dénonciation de la présence de la Vle flotte américaine.

- L'explosion de la fusée Challenger en février 1986, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les avaries de la centrale nucléaire d'Asco en Catalogne, ont remis à l'ordre de façon beaucoup plus impérative la lutte contre l'énergie nucléaire, civile ou militaire.

- La campagne contre le service militaire , pour le droit à l'objection de conscience et contre la répression des objecteurs et des soldats dans les casernes, a été très importante ces dernières

- La dénonciation des budgets militaires par le biais de campagnes impulsant le refus du budget général de l'Etat et "l'obiection fiscale"

- La lutte contre la militarisation du territoire que chaque nationalité et chaque

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comme les municipa... travail peut être beaucoup plus productif et moins risqué.

Par ailleurs, certains secteurs du mouvement pensent que celui-ci devrait se définir comme non-violent. Au-delà des désaccords avec ce courant, il est bon de définir d'abord l'accord général qui unit ceux qui pensent que la non-violence est un principe général pour un changement global de société, et les autres.

VIOLENCE ET NON-VIOLENCE

Tous, nous sommes d'accord pour dénoncer les formes de violence existant dans les sociétés actuelles : l'exploitation, l'oppression nationale, le sexisme, le racisme etc. qui sont à la base du système et nécessaires à sa reproduction. C'est la violence institusommes également tous d'accord pour nous battre contre toute forme de violence institutionnelle qui a pour but de s'opposer à ceux qui ne veulent pas de la reproduction de ce sys -tème. De même, nous condamnons tous n'importe quelle forme de violence entre les Etats ou contre un peuple, pour défendre des privilèges. Pour nous tous, la défense de la paix ne se réduit pas à l'absence d'état de guerre mais implique l'élimination de l'exploitation et de l'oppression. Nous reconnaissons tous la légitimité du recours à la violence dans les situations de dictature comme celles que nous trouvons dans le Tiers monde, et la nécessaire solidarité morale et politique avec ses objectifs de libération, contre toute intervention étrangère, comme nous reconnaissons que les formes de violence adoptées par beaucoup de mouvements révolutionnaires naissent de l'impossibilité l'exploitation par d'autres voies, l'op -pression et la violence institutionnelle. Voilà pourquoi on ne peut identifier la violence des oppresseurs et la violence des opprimés.

D'un autre côté, nous sommes tous d'accord pour affirmer que les méthodes d'action non-violentes, comme les manifestations, la grève, les blocages, la désobéisance civile etc., sont justes et utiles, indépendamment du succès ou pas qu'elles obtiennent.

Enfin, nous sommes tous d'accord aussi pour dire que la violence n'est pas une valeur positive en soi, mais un mal, quelque chose que nous voulons extirper de la société que nous voulons construire.

Le débat n'est donc pas là. Il consiste à savoir si oui ou non la violence est un mal nécessaire dans des phases déterminées du processus conduisant à un changement social qui en finisse avec l'exploitation et l'opression, qui signifie une paix totale, qui soit capable d'en finir définitivement avec la violence. C'est à dire, si ce que l'on accepte pour certains pays de l'hémisphère sud est aussi valable pour nous. Quant à nous, nous disons oui quand les non-violents répondent par la négative.

Ce débat n'a rien de philosophique. Il a des implications pratiques. La première réflexion qui vient à l'esprit est la suivante : peut-on être un pacifiste conséquent quand on condamne de la même manière la violence de l'Etat et celle des groupes nationalistes révolutionnaires ? Les déclarations de la presse en faveur des extraditions des militants basques ne sont-elles pas plus violentes que les affrontements avec la police dans les manifestations en faveur des réfugiés basques ? Dans cet engagement avec la lutte des opprimés, on ne peut juger de la validité de telle ou telle méthode de lutte avec le seul critère de la non violence, sans prendre en compte un ensemble de circonstances concrètes, voir si elle facilitent la progression de la conscience, l'organisation et les buts des opprimés.

Va-t-on critiquer les piquets qui se forment dans une grève générale ou les ouvriers qui occupent une usine, parce qu'ils utilisent des formes "violentes" sans voir le rôle qu'ont joué ces formes d'action dans la progression de ces luttes et de la conscience ? Dans la situation politique actuelle, l'im -mense majorité des actions du mouveELIPY THE TRICKY"EL TRAMPOSD" "ELIPE. DE ENTRADA TRAMPOSO

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ment pacifiste doivent prendre, comme par le passé, une forme non-violente. Il nous reste beaucoup de travail à faire pour inventer d'autres méthodes d'action, les expérimenter, les populariser à l'échelle de masse. il est vrai qu'il existe un chemin connu : manifestations, chaînes humaines, extinction des lumières, sit-in etc. Et beaucoup de ces formes de luttes ont aussi servi à renover de façon non négligeable les méthodes d'action d'autres mouvements sociaux. Une forme de lutte comme l'objection au service militaire a acquis une dimension réelle.

D'autres, comme l'objection fiscale font leurs premiers pas. Mais en général, il reste beaucoup à faire sur le terrain de la désobéissance civile. Nous avons devant nous un champ de travail immense qui ne doit pas être entravé par la nécessité de poursuivre le débat sur la violence et la non-violence.

C'est pour cela, qu'en fonction du travail qui s'ouvre à nous dans la période immédiatement à venir, il ne nous semble pas opérant d'essayer de définir notre mouvement dans l'un ou l'autre sens. Cela ne pourrait que créer des germes de divisions inadaptées à la réalité de la situation actuelle et aux tâches qui nous attendent.

Enric PRAT, Décembre 1986 Manifestation anti-OTAN (DR)

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