Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JEUNES

Une nouvelle génération

· Inprecor n° 241, 28 avril 1987 · p. 18-23 · 6 479 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

France Italie État espagnol Syndicalisme

Les directions des organisations de jeunesses européennes en solidarité politique avec la IVe Internationale se sont réunies, comme elles le font tous les ans, au mois de mars dernier.

Bien entendu, cette réunion fut marquée par la discussion sur le bilan des grands mouvements de la jeunesse scolarisée que viennent de connaître plusieurs pays d'Europe. La préparation du camp de jeunes Claude GABRIEL

Plusieurs mobilisations de la jeunesse, de très grande ampleur, se sont déroulées en Europe occidentale dans la dernière période. D'abord en France où la lutte étudiante et lycéenne a atteint un niveau inégalé depuis mai 1968, puis en Espagne, où la jeunesse porte un sérieux coup à la crédibilité du gouvernement social-démocrate. Il faudrait encore citer la Grèce ou la Belgique. Cette "agitation" de la jeunesse scolarisée en Europe avait été précédée en 1985 par un puissant mouvement revendicatif des lycéens italiens contre l'austérité.

Hors d'Europe, au Québec le mouvement étudiant réagissait en octobre aux projets libéraux du gouvernement et leur faisait obstacle.

Enfin, sans l'aborder dans cet article, il faut mentionner que pratiquement les mêmes politiques d'austérité sont dévelop pées dans les pays dominés, entraînant le même type de mobilisation étudiante, le meilleur exemple étant le mouvement étudiant mexicain (Cf. Inprécor numéro 239 du 30 mars 1987). Mais on pourrait y ajouter bien d'autres mobilisations depuis un an contre les plans d'austérité universitaire inspirés par le Fond monétaire international (FMI) : au Sénégal, à Madagascar,

UNE POLITIQUE D'AUSTERITE SYSTEMATIQUE

Tout cela n'est pas fortuit, mais relève d'une attaque systématique des gouvernements contre un certain nombre d'acquis du système scolaire afin de réduire les dépenses de l'Etat et d'appliquer une politique d'austérité à l'ensemble du système éducatif. Comme toujours en pareil cas l'objectif très prosaïque de réduire les dépenses sociales est dissimulé par un discours hypocrite sur l'amélioration de l'enseignement, son adaptation au derne" et sur la nécessaire sélection des

Dans certains pays, les jeunes, lycéens

Une nouvelle génération

lieu lors de cette réunion. du secondaire et étudiants, ont réagi mas- que vivent en commun ces jeunes. sivement à ces attaques souvent similaires. Pourtant les circonstances politiques étaient loin d'être identiques partout. Le mouvement italien de 1985 venait après plusieurs défaites graves de la classe ouvrière notamment avec l'échec du mouvement des conseils en 1984 ; la mobilisation en France a constitué un changement notable dans la situation sociale et n'a pas été sans effet sur la grève des cheminots qui l'a suivie ; le mouvement espagnol a lui aussi démarré dans un contexte difficile pour les luttes ouvrières. Ces mouvements de la jeunesse se développent donc dans des contextes nationaux tous très différents et leur rapport aux luttes de la classe ouvrière en est d'autant plus contradictoire. Si en Belgique la vague de grèves ouvrières de ces dernières années a pu jouer un rôle d'entraînement des mobilisations jeunes, il n'y a pas eu un tel automatisme ailleurs. Par contre, en France et en Espagne, au moins, le mouvement jeune a pris les devants et favorisé une reprise des luttes ouvrières.

Malgré cette diversité, toutes ces mobilisations furent massives et furent l'occasion de débats ou de pratiques remarquables sur l'organisation unitaire et démocratique de la lutte.

L'idée suivant laquelle la jeunesse en général répondait "partout" aux attaques dont elle était l'objet commençait à se développer parmi les jeunes, faisant apparaître certaines préoccupations internationalistes de solidarité ou même d'identification, notamment envers le mouvement français de décembre 1986.

Mais ces luttes ne se contentent pas de répondre aux attaques gouvernementales. Elles expriment aussi une radicalisation en cours depuis plusieurs années dans la jeunesse. Le terme d'une "nouvelle génération" a fait son apparition. Il faut l'utiliser avec circonspection afin d'éviter des interprétations abusives. Mais il exprime cependant un certain nombre de traits spécifiques de l'expérience sociale et politique qui se tiendra cette année en Italie au mois de juillet, sera un moment important pour que des centaines de jeunes, notamment ceux qui ont rejoint ces organisations lors des dernières mobilisations, fassent le point des luttes et tracent les perspectives des mois à venir.

L'article ci-dessous est une synthèse des discussions qui ont eu

Alors que l'austérité commençait à s'appliquer dans la plupart des pays européens au milieu des années soixante-dix, à l'exception de l'Italie, il n'y eut pas de grand mouvement de la jeunesse. La première vague d'attaques de la bourgeoisie n'atteignait que très marginalement le système scolaire, le chômage des jeunes commençait à peine, mis à part une fois encore le cas italien. Enfin, les premiers secteurs ouvriers frappés par la crise capisubissaient d'importantes défaites, créant chez l'ensemble des salariés et des jeunes un fort attentisme par rapport aux

La "génération" de la fin des années soixante-dix constituait à sa manière un reflet des doutes et des confusions d'une grande partie du monde du travail durant cette période.

UNE NOUVELLE RADICALISATION

Si la jeunesse actuelle, nouvelle génération sociale, semble par contre adopter une toute autre attitude, cela ne provient pas d'une mutation subite des comportements. D'une part les gouvernements ont décidé maintenant de s'attaquer plus sérieusement à toute l'institution scolaire, d'autre part beaucoup de ces jeunes ne voient que la crise pour seul avenir.

Jusqu'à présent les jeunes n'avaient pas conscience qu'il était possible de lutter collectivement et de s'affronter avec succès à l'Etat. Mais depuis trois ou quatre ans on pouvait observer certains signes d'une radicalisation de la nouvelle génération.

Significative à cet égard était la présence massive des jeunes au sein des mouvements anti-guerre, écologistes et anti-racistes ; en Espagne, le mouvement contre l'OTAN avait permis l'éclosion de structures de mobilisations des jeunes ; en

France, les marches contre le racisme mobilisaient essentiellement des jeunes venus des lycées et des cités ouvrières ; au Pays-

Bas le 1er novembre 1985 eut lieu une

Page 19

grève de 150 000 lycéens contre les mis-

Mais avec le mouvement lycéen italien de 1985 puis les deux grands mouvements français et espagnol de 1986 et 1987 apparaît quelque chose de neuf. La jeunesse descend dans la rue de manière totalement indépendante, sans lien avec la moindre initiative, comité ou appel initié par des adultes. Elle se mobilise sur des revendications immédiates même si très vite apparaissent des discussions sur un nouveau type d'école donc sur une nouvelle société. Les luttes sur l'écologie, la paix et contre le racisme ont en apparence une portée sociale plus large mais elles ne sont pas pour autant plus radicales. Les mobilisations revendicatives sur le système scolaire se nourrissent des valeurs démocratiques et égalitaires apparues dans ces mouvements. Mais elles peuvent aussi favoriser une prise de conscience politique plus claire lorsqu'elles entraînent des formes d'organisations nouvelles, plus unitaires, plus massives et plus démocratiques et lorsqu'elles débouchent sur un affrontement immédiat avec le gouvernement.

Ces luttes récentes ont été très peu préparées par le travail préalable d'organisations révolutionnaires de jeunes. Tous les courants d'extrême-gauche intervenant dans ces milieux y avaient des forces extrêment réduites et une influence négligeable. Une très grande spontanéité, notamment en Espagne, a marqué ces mobilisa-

Il était communément admis que la jeunesse actuelle rejetait la politique "officielle" et "l'establishment" , dont le rejet des partis voire des syndicats en était une des premières conséquences. Dès lors que que "l'establishment" ser brutalement à cette jeunesse ses idées, ses projets et son arrogance, le rejet plus ou moins confus pouvait se transformer en conscience de lutte. Et l'école en devenait le champ de bataille. Le système éducatif constitue en effet pour la bourgeoisie un enjeu complexe à la fois économique, social et idéologique. Et pour la jeunesse, il constitue l'un des principaux terrains d'expérience sociale, si ce n'est le princi-

LA NOUVELLE GENERATION

C'est à partir de ces données empiriques qu'a été soulignée l'existence d'une "nouvelle génération" portant ses propres références culturelles, ses modèles, ses sensibilités et ses nouvelles formes de pratiques politiques. Au-delà du décryptage des "mentalités" l'explication matérialiste de ce phénomène repose sur les évolutions de nos sociétés : élargissement du prolétariat, élargissement et crise de l'institution scolaire, retombée de la crise capitaliste etc. En d'autres termes, une part très importante de la jeunesse partage une situation commune et fonde peu à peu sa solidarité sur cette constatation.

Mais on doit se garder de toute utilisation abusive du terme. Celui-ci a une valeur descriptive ; mais il ne peut faire office de doctrine pour aborder tous les problèmes de la jeunesse actuelle.

Les comportements politiques et sociaux des jeunes ne sont pas indépendants des modifications en cours au sein du mouvement ouvrier. A la recomposition lente et complexe de celui-ci correspond également une jeunesse de la "transition" qui exprime déjà la rupture avec le passé mais pas encore les formes à venir. La jeunesse de ces années quatre-vingt reflète les modifications sociologiques survenues depuis dix ou quinze ans au sein de nos sociétés, dans le monde du travail, dans la famille, dans le mode d'habitat etc.

S'il est important de souligner les traits spécifiques de la jeunesse, il est tout aussi important de comprendre que ces phénomènes ne sortent pas du néant. C'est pourtant ce qu'ont tenté de faire politiciens et sociologues bourgeois durant ces dernières années : les jeunes étaient présentés comme favorables au libéralisme et à l'aventure individuelle du capitalisme. "Mai 68 connais pas " était devenu le slogan de ceux qui avaient pour tâche de façonner un profil-type de la nouvelle génération. Beaucoup, dont les motivations étaient bien différentes, ce sont partiellement laissés prendre à cette analyse et finissaient par désespérer de la jeunesse comme s'il y avait eu rupture totale avec les "générations combatives" précédentes. tentation était grande de n'être que spectateur vis-à-vis de cette nouvelle génération.

Des élements contradictoires nent l'expérience et la pratique de la jeunesse actuelle. D'une part, elle enregistre les modifications politiques survenues au sein du mouvement ouvrier depuis la fin des années soixante : affaiblissement du contrôle des directions réformistes, nouveaux acquis sociaux des femmes, tence prolongée d'organisations d'extrême gauche, contestation des bureaucraties syndicales... Mais d'autre part elle n'est pas directement héritière de grandes luttes précisément parce qu'au milieu des années soixante-dix, s'amorça, dans nombre de pays, une sensible dépression des luttes de

Les politiques d'austérité amorcées en 1975-1977 et les premières défaites locales qu'elles produisirent dans les rangs ouvriers ont constitué des échecs partiels pour la génération de 1968-1969. L'héritage ne pouvait plus être transmis de manière simple au travers d'une continuité de luttes et de pratiques sociales mêlant les générations. Il n'y eut pas non plus d'héritage organisationnel : les grands syndicats étudiants - ou leur équivalent selon les pays - disparaissent au début des années soixante-dix ou du moins régressent jusqu'à n'être plus représentatifs de leur milieu.

UNE PROFONDE MUTATION DU TISSU SOCIAL L'accélération de la crise des partis traditionnels à commencer par les partis communistes espagnol et français ou les "recentrages " de grands partis social-démocrates les placent en porte-à-faux vis-àvis de la jeunesse Beaucoup d'entre eux ont renoncé depuis longtemps à construire des organisations de jeunesse de masse, l'exception sans doute du PC italien ou du mouvement ouvrier chrétien en Flandres, au profit d'opérations tapageuses et démagogiques pour capter l'électorat jeune.

Tout cela n'est pas simplement le fruit d'une conjoncture. Il s'agit d'une profonde mutation du tissu social à laquelle le mouvement ouvrier traditionnel s'adapte très mal. Dans un pays comme la France par exemple, la crise du textile, de la sidérurgie, des mines et de l'automobile affaiblit durablement les implantations traditionnelles du PCF. Un certain nombre d'études commencent à être faites qui rendent compte de ces phénomènes. En France par exemple, il y a eu, avant et surtout après 1975, une "lente désagrégation du groupe dans toute une partie de la classe ouvrière :

ouverture de l'enseignement, changement de qualifica tion... Dans beaucoup de familles ouvrières l'héritage professionnel et technique du père ne se transmet plus "'(...) "Ce sont les formes de reproduction de la communauté qui sont atteintes par ces déplacements, les cadres matériels de la mémoire collective tout entière étant brisés. D'autant plus qu'à un nouveau procès de travail correspond de nouvelles formes d'urbanisation, fondées sur l'éclatement et la ségrégation de l'habitat ..."2.

Ces modifications affectent les traditions politiques et syndicales accentuant la rupture d'héritage. Plus se développent les grandes villes au détriment des villes moyennes, plus la communauté ouvrière traditionnelle constituée autour de l'unité usine-habitat tend à disparaitre. La jeunesse s'émancipe ainsi plus vite de l'expérience sociale des parents ; ce phénomène se traduisant à son tour dans la crise des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier.

Enfin, la jeunesse actuelle commence son insertion sociale et amorce sa réfle-

1 En France, le Parti socialiste tente de capitaliser à son profit les luttes de décembre 1986, se servant des petits courants venant de l'extrême-gauche qui ont décidé d'exister fondamentalement au sein du PS plutôt que comme des regroupements indépendants : "Convergence socialiste" qui provient d'une scission du Parti Communiste Internationaliste (PCI) (trotskyste "lambertiste") et "Questions socialistes" , parmi lesquels des animateurs de "SOS racisme" et qui proviennent de la Ligue communiste révolutionnaire

2 Gérard Noiriel. "Les ouvriers dans la société française". Editions du Seuil, Paris 1986.

Page 20

xion politique sans avoir connu autre chose que la crise. Elle est par excellence la génération de la crise capitaliste sans mémoire propre de ce qui était auparavant.

Ce que nous pouvons appeler une "nouvelle génération" est donc pour l'essentiel le produit des mutations sociales en cours. La jeunesse exprime de manière spécifique, avec ou sans lutte spectaculaire, les bouleversements de notre époque et les nouvelles adaptations, parfois une nette désynchronisation entre la lutte des adultes et les siennes.

LA SITUATION DE LA JEUNESSE ET LA SCOLARISATION L'environnement de la jeunesse s'est peu à peu modifié durant ces dernières années. A côté de l'institution scolaire et sans doute avant celle-ci, la constitue la première expérience sociale des jeunes. Or dans ce domaine aussi un certain nombre de choses ont évolué. La taille moyenne des ménages s'est réduite et certains rapports au sein de la famille se sont modifiés sous l'effet des changements globaux de la société3. C'est notamment le cas en ce qui concerne les jeunes filles. Non seulement elles se vivent majoritairement comme futures travailleuses, mais elles ont dorénavant leur mère comme exemple de femme travailleuse. En effet, depuis le milieu ou la fin des années soixante-dix les femmes mariées sont devenues majoritairement salariées. De la même manière, la contraception, est maintenant une expérience qui peut être transmise par les mères malgré les tabous familiaux qui demeurent sur ces questions.

Mais les rapports au sein de la famille on commencé à changer aussi sous l'effet de l'évolution de la scolarité. Plus les jeunes pouvaient accéder à un enseignement long et général plus se réduisait la soumission au savoir des parents. L'évolution de l'enseignement change donc peu à peu l'atmosphère familiale pour ne pas dire les rapports de forces...

Et surtout, cette nouvelle génération enregistre à l'instar de celle de 1968, une croissance importante des effectifs scolaires et un élargissement de l'enseignement général non spécialisé. Si l'on prend la tranche d'âge des 15-24 ans en France ils étaient en 1975 plus de deux millions à être lycéens et étudiants et plus de 4,1 millions en 1982. En 7 ans, la jeunesse scolarisée a plus que doublé et 33% des jeunes de 20 ans sont toujours dans le cir-

Toujours en France, le nombre d'étudiants, était de 130 000 en 1950, de 510 000 en 1968 et près d'un million jourd'huit. En Belgique, 45,7% des moins de 25 ans sont encore des scolaires"

Cette prodigieuse croissance du monde scolaire est d'abord due à la croissance démographique. Mais elle provient aussi de l'allongement légal de la scolarité et du désir de prolonger ses études pour accéder à une meilleure qualification. Malgré la crise capitaliste qui débute en 1973, la bourgeoisie, tout en développant peu à peu la sélection à l'université, a besoin d'élever le niveau général de qualification. contradictions de la politique scolaire aboutissent aux réformes actuelles mais pendant dix ou douze ans elles ont agi dans le sens d'un élargissement de la scolarité, et ce, d'autant plus quand un mouvement comme celui de Mai 1968 en France avait été capable d'établir un certain type de rapport de force en la matières.

De cette scolarisation massive et prolongée est né un sentiment légitime : celui du droit au savoir. Or, aujourd'hui la classe dirigeante veut remettre en question cet acquis et se heurte par conséquent à une très forte résistance de la jeunesse.

Plus nombreuse, cette jeunesse scolarisée est aussi plus concentrée. Les lycées et collèges d'un millier d'élèves sont maintenant la règle. Les effectifs de deux mille et plus ne sont pas rares. Les campus universitaires concentrent des milliers voire des dizaines de milliers d'étudiants. La plupart des grandes villes sont dotées d'une université où travaillent et vivent ensemble un nombre considérable de gens, étudiants, enseignants et ouvriers?. Des milliers de jeunes dans un espace-institution bien défini ne peuvent être hors des conflits sociaux de la société de manière prolongée. S'il y a eu selon les pays des périodes de paix scolaire, notamment entre 1975 et 1985, cela ne signifiait nullement que l'école avait cessé d'être un des lieux privilégiés de la radicalisation et des luttes de la jeunesse. Et dans les conditions actuelles, l'institution scolaire ne peut que rester le terrain d'affrontements périodiques entre une partie de la jeunesse et les gou-

LA "DEMOCRATISATION" DE

S'il y a eu une croissance numérique du monde étudiant cela ne signifie pas pour autant que les fils et filles d'ouvriers y accèdent dorénavant, aisément. Magré une lente croissance des étudiants d'origine ouvrière et employée leur nombre dans les facultés françaises n'est encore que de 12,6% et de 7% en Espagne. Ce sont en fait les enfants de classes moyennes ont le plus bénéficié de l'ouverture universitaire Mais leur rapport à l'institution scolaire n'est pas pour autant le produit d'un "intérêt de classe". On sait, au moins depuis 1968, où la composition sociale de l'université était plus "petite bourgeoise", qu'interfère un certain nombre d'autres facteurs qui peuvent entraîner la majorité des étudiants dans un affrontement politique, soit avec l'institution scolaire, soit avec

Par contre, l'un des grands changements sociaux survenus depuis vingt ans concerne l'enseignement secondaire où le nombre des enfants d'ouvriers et d'employés s'est considérablement accru. Les familles ouvrières ont cherché à s'adapter aux évolutions du monde du travail, et contre tout conservatisme familial beaucoup d'entre-elles ont cherché à donner aux enfants, du moins aux garçons, une formation scolaire permettant de quitter la condition ouvrière. Mais plus généralement les gouvernements eux-mêmes ont aussi cherché à prolonger l'enseignement géné-

Cela ne change par grand chose aux chances individuelles de succès scolaire selon l'appartenance de classe. La profession ou le niveau social des parents reste un critère pertinent pour l'inégalité en la matière. De même, malgré d'importants progrès, les hommes restent nettement avantagés par rapport aux femmes. Pour la première fois en France en 1981, les étudiantes sont devenues majoritaires dans les universités, mais plus on s'élève dans le supérieur, plus leur

Les évolutions sociales les plus significatives sont donc enregistrées dans l'enseignement secondaire. Les jeunes lycéens de 16 ans à 20 ans qui descendent aujourd'hui dans la rue représentent une toute autre palette sociale que leurs aînés d'il y a vingt ans : beaucoup plus d'enfants de la classe ouvrière ; beaucoup plus de jeunes filles parmi eux. Une jeunesse d'origine populaire dont les exigences en matière de connaissance sont plus ambitieuses que par le passé - c'est ce qui explique qu'en Italie et en Espagne, mais aussi en Belgique, les lycéens aient pris une

3 En France la taille moyenne des familles est passée de 3,33 en 1962 à 3,15 en 1982. Mais surtout le nombre de familles de quatre enfants et plus a fortement diminué passant de 17,2% à 7,6%.(Bulletin INSEE novembre 1984. Paris).

4 "Problèmes politiques et sociaux " nº542. La Documentation française. Paris.

5 Source : "Werkiroeb Arbeid ". 1985. Document d'étude de l'université de Louvain. Ces jeunes se répartissent de la manière suivante : 75,3% dans l'enseignement primaire et secondaire, 14,3% dans l'enseignement supérieur non-universitaire et 10,4% dans l'enseignement universitaire

.6 La loi Edgar Faure était à ce titre l'expression des limites passagères de la bourgeoisie à normaliser la sélection à l'université.

7 Au centre de Paris, la faculté des sciences de Jussieu regroupe plus de 8500 salariés et 60 000 étudiants ! En Belgique le campus de Louvain La Neuve regroupe 17 000 étudiants et l'université de Louvain 22 000.

8 On fera ici la distinction pour le cas britannique où existe de longue date une forte division sociale entre universités et un profond élitisme de certains cursus universitaires. En 1975, en France, seulement 5% des salariés étaient passés par l'enseignement supérieur. Aux EtatsUnis par contre en 1982, 20% des salariés avaient fait au moins quatre ans d'enseignement supérieur.

9 En France si l'on additionne les statistiques de l'enseignement privé et de l'enseignement public il y avait 24,7% d'enfants d'ouvriers dans les classes de seconde (deux ans avant le baccalauréat) en 1961. Ils étaient déjà 41,9% en 1980. Selon B. Charlot et M. Figeat : "Histoire de la formation des ouvriers". Editions Minerve, Paris 1985.

Page 21

place plus importante que les étudiants dans les mobilisations scolaires.

Cette donnée ne va pas sans modifier considérablement l'impact social des mobilisations. A la différence de Mai 1968, la liaison entre jeunesse scolarisée et travailleurs passe plus aisément par le cadre familial. Voilà vingt ans il fallait aller à la porte des usines pour expliquer les luttes de la jeunesse car l'essentiel des enfants d'ouvriers étaient dans l'enseignement technique court et n'étaient guère concernés par la contestation scolaire. Aujourd'hui, la situation est toute différente, on a pu le constater en France comme en Espagne. Dans la plupart des familles ouvrières, un ou plusieurs enfants vont au lycée et la famille devient un des lieux de la solidarité ouvrière avec cette jeunesse. La liaison entre les luttes de la jeunesse et la classe ouvrière peut désormais s'effectuer plus rapidement. En France, le désir était vif de réaliser dans les entreprises une grande manifestation commune avec la jeunesse et les directions syndicales ont eu beaucoup de mal à trouver des diversions. Le gouvernement Chirac ne s'y est pas trompé en retirant le projet Devaquet à la veille d'une mobilisation unitaire.

Tous ces éléments l'importance croissante du lycée et de l'université dans le développement de mouvement jeunes indépendants. La permanence de cet enjeu pose donc la question du syndicalisme étudiant de masse ou de toute autre forme d'organisation,et celle de l'organisation des lycéens. La place d'une organisation révolutionnaire dans la jeunesse continuera à se jouer pour une bonne part au sein de l'institution scolaire, sans que pour autant celle-ci soit le lieu exclusif des mobilisations de la jeunesse. Le chômage, mais aussi les luttes contre le racisme, contre le danger nucléaire resteront des éléments importants des luttes à venir.

LE CHOMAGE DES JEUNES

Cette jeunesse est celle de la crise. Une fois sortie du système scolaire, son principal problème n'est plus de choisir un emploi mais d'en trouver un. Parmi les douze principaux pays de l'OCDE on compte maintenant dix millions de jeunes chômeurs. Une partie de la bourgeoisie développe une politique nataliste pour éviter le vieillissement à long terme de la population européenne, mais cette société ne sait pas quoi faire de ses enfants ! Le chômage touche beaucoup plus les jeunes que le reste de la population active : dans l'ensemble de l'OCDE le taux de chômage des jeunes est en moyenne trois fois plus élevé que celui des adultes10.

Ces quinze dernières années, le nombre d'actifs de moins de 25 ans a diminué. Le temps partiel, encore marginal pour la majeure partie des salariés, est pour les jeunes une formule très fréquente d'emploi. Et l'instabilité professionnelle est devenue une situation des plus répandues parmi les moins de 25 ans.

L'insertion professionnelle des jeunes est souvent intermittante et déqualifiée. Les entreprises ont maintenant coutûme d'embaucher à des postes stables des gens ayant une formation nettement supérieure à celle requise pour le poste à pourvoir. Conséquence de cette évolution, les moins qualifiés et ceux qui interrompu leurs études n'ont dorénavant plus guère d'espoir de

Run emploi. Le marché du travail est devenu chaotique et anarchique. En France parmi les ouvriers dits "non-qualifiés" un tiers ont un Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) dans une branche qui n'est pas celle de leur emploi. Toujours en France 60% des "Tucistes"11 ont un diplôme quelconque, 9% ont le baccalauréat , 37% un certificat de l'enseignement technique court.

La totalité des gouvernements européens ont mis en place des plans de "lutte contre le chômage des jeunes ". Cette préoccupation, quelque peu démagogique, vise tout de même à canaliser le mécontentement des jeunes pour éviter leur révolte.Dans bien des cas cependant, ces plans tiennent plus du gadget que d'un remède véritable et sont par ailleurs souvent une occasion supplémentaire pour abaisser les charges sociales des entreprises et leur fournir une main-d'oeuvre à bas prix utilisable pour quelques semaines ou quelques mois. En Grande Bretagne il y a le "Youth Training Scheme "

; en Italie le gouvernement a décidé la création de 40 000 contrats-formation, ainsi que l'aide aux coopératives, prétendûment créatrices d'emplois pour les jeunes. Le gouvernement italien a aussi décidé d'employer 10 000 jeunes chômeurs pour la "valorisation des biens culturels" ! En France on ne compte pas moins de sept formules de stages de formation et d'emploi-formation.

Enfin quelle que soit la formule d'emploi ou de formation des jeunes chômeurs, beaucoup d'entre eux retrouvent le chômage après cet intermède.

Toutes ces mesures ne changent rien à la structure du marché de l'emploi qui répond à bien d'autres besoins et subit bien d'autres contingences que ces misérables mesures gouvernementales.

Le vent de privatisation qui souffle sur la Communauté économique européenne (CEE), engageant des financements considérables dans des opérations boursières ne correspond pas, par nature, à des investissements productifs. Le caractère hautement spéculatif du marché financier indique bien que la classe dirigeante n'a aucun projet à court terme de développement de l'emploi. Le chômage des jeunes en est la première conséquence.

Dans tous les pays, le patronat prétend que le chômage des jeunes est dû à l'inadaptation de leur formation. En réalité, pour des millions de demandeurs d'emplois, les entreprises n'offrent qu'un piètre nombre d'emplois. Le type de formation professionnelle n'est qu'un effet secondaire de la crise actuelle du marché de l'emploi, la cause principale de ce chaos tenant à la chute des investissements productifs.

Les effectifs des moins de 25 ans ont diminué en France de 19% et de 35% dans la seule industrie. La plupart des secteurs industriels sont fermés à l'emploi des jeunes. Celui-ci se concentre de plus en plus dans le bâtiment, les services et le commerce où se multiplient les emplois précaires et les contrats à durée déterminée. Dans l'essentiel des branches, les entreprises ont resserré leurs effectifs autour des tranches d'âge 30-40 ans.

C'est pourquoi se développe lentement une prise de conscience liant le droit aux études au droit au travail. Et sur ces deux exigences les jeunes expriment d'abord leur refus des discriminations et des exclu-

DISPARITES ET INEGALITES Au sein même du chômage des jeunes, se retrouvent les discriminations traditionnelles envers les femmes, les étrangers, les jeunes des régions les plus défavorisées etc. En Italie, où le chômage des jeunes est parmi les plus élevés l'OCDE, 12 la situation est notoirement différente entre le nord et le sud. Le taux de chômage d'un homme de plus de 29 ans dans le nord est de 1,7% ; Le taux de chômage d'une femme de moins de 29 ans dans le sud est de 50% ! Et dans l'Italie du Sud la jeunesse au chômage est une masse de recrutement facile pour la Camora ou la Mafia.

En Espagne, des différenciations du même type divisent la jeunesse des différentes régions et nationalités.

L'économie parallèle qui constitue un secteur substantiel d'activité économique, prend l'allure d'un véritable racket sur la main d'oeuvre jeune disponible. L'immigration intérieure entre régions défavorisées et régions industrielles touche bien évidemment cette jeunesse doublement défavorisée.

10 Perspectives de l'emploi. OCDE septembre 1985 et septembre 1986.

11 TUC : Travaux d'utilité collective. Voir "TUC : utiles pour qui ?". Altemative économique, Octobre 1985. Paris. Et "Jeunes sans travail dans la tourmente de la crise". Michel Rafoul. Le Monde diplomatique mars 1987.

12 En Italie 60% des chômeurs sont des jeunes, soit 1,5 millions de personnes. 35% des jeunes de 14 à 25 ans sont au chômage. A la différence d'autres pays les diplômés sont également touchés par le chômage. Il était en 1985 de 6,3% pour la population ne disposant pas de diplôme ou possédant une éducation primaire, de 13,2% pour celle disposant d'un diplôme du secondaire et de 6,3% pour les diplômés de l'Université. Sources : "Etudes économiques" (OCDE), Juillet 1986.

Page 22

Autre problème : en France alors que 57% des postulants dans les organismes de stages et contrats d'adaptation sont des jeunes femmes, elles ne sont que 34% a obtenir un tel contrat et 27% à accéder à un apprentissage professionnel.

Tout cela renforce indubitablement le rôle de la famille comme lieu d'autosubsistance des jeunes. Ces derniers, à commencer par les jeunes filles, ont tendance à demeurer plus longtemps chez leurs parents. Refuge au départ, la famille redevient très vite un étouffoir. Les jeunes qui doivent ainsi repousser à plus tard leur indépendance économique se retrouvent enfermés dans l'institution familiale, qui sert une fois encore de béquille à une société incapable de répondre à l'ensemble des besoins de la population laborieuse.

En France, 40% des familles étrangères sont touchées par le chômage jeune contre 12% pour l'ensemble de la population. Pour ces jeunes, la situation est d'autant plus difficile que la famille constitue assez souvent un obstacle supplémentaire à leur insertion sociale au sens large. Soumis au racisme ambiant à l'extérieur, il subissent parfois au sein de la famille les effets les plus opprimant du patriarcat. La violence des pères et des frères sur les filles, les interdits et les tabous, les préjugés religieux etc., constituent le prix à payer par ceux qui ne peuvent s'émanciper économique-

La jeunesse est donc particulièrement touchée par les inégalités nationales et raciales. La vague d'immigration étrangère des années soixante et soixante-dix produit aujourd'hui ce qu'on nomme dans certains pays une "seconde génération" qu'il est faux de désigner comme "immigrés". Ils sont et se sentent une communauté stable : "l'immigré d'avant, "métro, boulot, dodo" était invisible dans l'espace public. Il n'était qu'une force de travail à l'état brut. Mais les enfants ont été scolarisés, ils ont cotoyés les autres enfants, puis tout naturellement, ils ont investi l'espace public français" 13.

De nombreux pays européens sont maintenant confrontés au problème de l'arrivée sur le marché du travail de centaines de milliers de jeunes nés de parents immigrés. Pour ceux-là, la situation est d'autant plus précaire qu'ils subissent également les effets du racisme et les difficultés ou la marginalité sociales des parents. L'instabilité et le doute s'expriment dans le dilemme "droit à la différence "droit à l'égalité " car cette société est incapable de combiner ces deux exigences.

Au sein même de cette "deuxième génération", toutes les situations ne sont pas identiques. Cette disparité reflète l'inégalité des rapports de domination impérialiste vis-à-vis des pays d'origine. La situation et les droits sont différents pour un jeune Antillais de nationalité française et un jeune Arabe considéré comme étranger.

De même, beaucoup de jeunes Noirs en Grande Bretagne sont de nationalité britannique mais se voient refuser toute possibilité d'intégration. L'ampleur du phé nomène "seconde génération" est liée aux politiques dites de regroupement familial, adoptées dans le passé par les différents gouvernements, toujours très restrictives en Suisse, très libérales en Suède et plus ou moins faciles en France selon les périodes. Ces politiques ont eu des conséquences particulières sur le développement d'une seconde génération et elles ont déterminé en partie les problèmes sociaux nouveaux qui surgissent maintenant.

En Grande Bretagne, le tournant de 1973 comme limite pour l'acquisition de la nationalité britannique pour un grand nombre d'Antillais et d'immigrants du sous-continent indien a modelé un certain type de "seconde génération" pour les années quatre-vingt. En Allemagne, dès 1975 les enfants représentaient 60% des entrées de Tures (contre 5% en 1965). 60% de ces enfants immigrés étaient des garçons, ce qui laisse à penser qu'ils s'agissait d'une préémigration ouvrière voulue par les familles d'origine. Aujourd'hui, la proportion de jeunes parmi les populations immigrés en RFA est considérable : 33,8% de moins de 15 ans chez les Turcs ; 21,8% chez les Yougoslaves, alors que la moyenne est de 16% pour l'ensemble de la population . Chaque année dans ce pays 60 000 jeunes immigrés arrivent à l'âge de la formation professionnelle sans aucune garantie d'avenir professionnel,14

En ce domaine aussi le capitalisme a produit d'importantes divisions, parfois même si elles sont différentes ou atté-

Et tous ces problèmes ne sont pas sans conséquence pour qui veut unifier le mouvement politique de la jeunesse. En France on a pu noter au cours des mobilisations anti-racistes que la question de l'unité n'était pas toujours aisée. Pour les jeunes "Beurs", cette lutte les concernaient immédiatement et très matériellement alors que pour les jeunes Français, il s'agissait d'une exigence morale et d'une motivation démocratique. Lorsque ces mobilisations reposaient essentiellement sur l'engagement des jeunes "Beurs", le mouvement rencontrait quelques difficultés à s'organiser et à se structurer dans la mesure où il fallait aussi faire le pont avec tout le reste de la jeunesse et parce que ce milieu avait fort peu d'expérience de luttes collectives. Avec l'apparition de SOS racisme et la constitution du mouvement anti-raciste dans les lycées, les questions de l'unité et de l'organisation des mobilisations ont été un peu plus aisées. Le lycée - lieu de concentration et de mélange par excellence -favorisait cette progression. La composition des cortèges lycéens au cours des luttes de décembre 1986 reflétait d'ailleurs une profonde unité et un profond brassage des jeunes Français, des "Beurs" et des jeunes immigrés de toutes origines.

JEUNESSE OUVRIERE ET JEUNES CHOMEURS La crise a favorisé un net vieillissement des effectifs ouvriers dans de nombreuses branches industrielles. Un changement notable de cette évolution supposerait l'introduction massive des nouvelles technologies par le patronat, c'est-à-dire des investissements, afin de créer non seulement de nouveaux emplois mais aussi de faire appel à une main-d'oeuvre jeune capable de se rôder facilement à la nouvelle organisation du travail. Nous en sommes loin. La classe ouvrière ne dispose donc pas aujourd'hui d'un fort contingent de jeunes travailleurs de moins de 25 ans, prêts à beaucoup de batailles, comme ce fut le cas durant toute une période. Il y a évidemment encore des jeunes ouvriers dans les entreprises mais l'existence d'une jeunesse ouvrière en tant que "nouvelle génération prolétarienne" est une chose beaucoup plus problématique dans de nombreuses branches industrielles.

Reste la question de la jeunesse dite pré-ouvrière, celle qui est en formation et dont il est difficile de généraliser sa situation en Europe. En effet sa place dans l'institution scolaire, sa place au sein mê me de la classe ouvrière et par conséquent, sa conscience, dépendent de la situation spécifique de l'enseignement technique et professionnel. En Allemagne fédérale par exemple, existe une longue tradition d'enseignement "dual", le patronat jouant un rôle important dans la formation propre des jeunes travailleurs. En France par contre, cette tâche a été de longue date essentiellement prise en charge par l'Etat, ceci impliquant l'insertion de la formation technique dans le système général de l'éducation publique. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'en France il existe dorénavant un cursus scolaire commun de tous les jeunes jusqu'en classe de Sème, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de 12 ans/14 ans.

Selon les pays, cette jeunese pré-ouvrière s'engagera de manière différente dans des luttes la concernant exclusivement. Et pour les mêmes raisons, elle s'intégrera plus ou moins directement dans les luttes du reste de la jeunesse scolarisée.

Enfin, une partie non négligeable de la

13 Abdelkader Djeghloul, sociologue algérien. "Revue M" Février 1987. Paris.

14 Karen Schober, * La minorité qui grandit. Problèmes de formation et d'emploi de la seconde génération". Gewerk-schaftliche Monatshefte. Cologne, Juillet 1982. Les jeunes étrangers de moins de 25 ans représentent environ 42% de la population étrangère dans un ensemble de neuf pays européens ( France, RFA, Suisse, Suède, Danemark, Norvège, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), soit 4,7 millions sur 11,2 millions : cela dans un contexte général de déclin du taux de natalité et de veillissement des populations nationales, où la part des moins de 25 ans ne se monte qu'à 35% environ. ("Problèmes économiques et sociaux. La Documentation Française. Numéro 530, 1986).

Page 23

jeunesse n'est ni dans les lycées ni dans l'enseignement professionnel, mais chômage. La plupart des études montrent les risques de marginalité sociale pour une partie des jeunes sans emploi dans la mesure où n'existe aucune perspective d'insertion sociale et où ils n'ont, pour la plupart, aucun lien avec le mouvement ouvrier traditionnel. Un mouvement des jeunes chômeurs est-il possible dans ces conditions ? Pour l'instant, l'expérience a montré que cela était très difficile. En Europe, en général, les chômeurs sont peu ou pas organisés et participent peu aux mouvements collectifs. Pour les jeunes, nous l'avons dit, la famille reste souvent une sécurité et dilue partiellement l'esprit de révolte. Il est probable par contre qu'apparaîtront sous diverses formes des regroupements de jeunes chômeurs. Mais en dehors d'une prise en charge réelle par le mouvement syndical de cette question, il sera toujours difficile de généraliser et de stabiliser ces expériences locales.

UN ELEMENT DECISIF POUR l'AVENIR DU MOUVEMENT OUVRIER

Cette nouvelle radicalisation politique de la jeunesse peut être une chance pour l'avenir du mouvement ouvrier. Nous avons souligné ici qu'un des traits de l'expérience nouvelle de cette génération, correspond précisément aux grandes mutations en cours dans le mouvement ouvrier.

Deux problèmes vont se poser. Le premier renvoie aux conditions dans lesquelles les luttes de jeunes et celles des travailleurs adultes pourraient se féconder mutuellement. Le second concerne la rencontre entre la nouvelle couche militante née de ces récentes mobilisations et les organisations d'extrême-gauche construites essentiellement à partir de la génération de

La recomposition du mouvement ouvrier dépendra largement de la capacité des organisations révolutionnaires à capter cette nouvelle couche militante. Depuis de nombreuses années, et dans nombre de pays, l'âge moyen dans ces organisations s'élève. Tout pas en avant qualitatif dans la construction du mouvement révolutionnaire en Europe passera bien évidemment par l'entrée dans ses rangs de centaines, voire de milliers, de jeunes qui n'auront pas connu les défaites ou les confusions du passé et d'autant plus disponibles à la lutte politique, qu'ils estimeront apporter quelque chose de nouveau aux expériences des générations précédentes.

Il faut bien sûr observer les luttes récentes avec une grande prudence. Elles n'ont pas constitué pour le moment quelque chose d'équivalent à la grande vague de 1968-1969. Mais il ne s'agit pas non plus d'un orage passagé.

Claude Gabriel, 4 avril 1987.

Une erreur sur cette page ?