Inprecor 1974–2004

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AFRIQUE DU SUD

Veillée d'armes électorale pour les blancs

· Inprecor n° 241, 28 avril 1987 · p. 3-6 · 4 686 mots

Afrique australe

Le président sud-africain, P.W. Botha a décidé d'organiser des élections générales anticipées de deux ans pour le Parlement blanc.

Ces élections qui vont se tenir en mai 1987 ne s'adresseront évidemment qu'à l'électorat blanc. Tel est la règle de l'apartheid qui interdit à la majorité de la population le droit de vote. Les "Métis" et les Indiens ont maintenant leurs propres chambres, alors que les

Africains n'ont toujours aucun droit à une représentation "nationale".

Les représentants métis et indiens siègent, mais de manière séparée, dans des bâtiments du Parlement blanc au Cap'. Un Conseil présidentiel composé de membres des trois

Peter BLUMER

Il serait pourtant erroné de croire que ces élections de mai 1987 sont sans importance. Elles auront un certain degré de signification pour mesurer la crise et les doutes qui traversent actuellement la communauté blanche, le parti au pouvoir et les institutions. Botha a décidé ces élections anticipées malgré cette crise. Il veut faire un état des lieux des rapports de force au sein de la communauté blanche. Il veut aussi gagner du temps pour préparer certaines mesures constitutionnelles.

UNE CRISE SERIEUSE DANS LE PARTI

Le gouvenement sud-africain a montré depuis trois ans qu'il était incapable de définir sa politique sur le moyen terme. A force de tergiverser il a fini par fatiguer une partie de son électorat. Le Parti national (NP) au pouvoir depuis 1948 est entré maintenant dans une période de sérieuses difficultés. Il serait erroné de penser qu'il s'agit d'une crise passagère due à quelques fautes politiques commises par Botha et son équipe. Il s'agit, bien au d'une crise de grande qui reflète les ruptures en cours au sein de la société sud-africaine.

Botha ne cherche pas seulement à du temps dans le conflit qui oppose la société raciste et le mouvement populaire noir. Il doit également trouver une issue à la crise qui sévit au sein même de la communauté blanche entre libéraux nationalistes, entre réformateurs et maintenant gouvernemental lui-même et le Parti modeste, dont les protagonistes sont sur - nommés les nouveaux nationalistes ("New

Il s'agit sans aucun doute de la crise la plus grave qu'ait traversée ce parti. Après avoir connu voilà quelques années une pour les blancs chambres constitue rupture de ses éléments les plus droitiers qui n'admettaient pas les projets de "ré -formes" de Botha c'est maintenant l'aile la plus réformatrice qui se fait entendre. Il faut toutefois souligner que beaucoup de ces gens sont des réformistes convertis récemment. Ils sont encore loin d'être assimilables au libéralisme bourgeois du Parti fédéral progressiste (PFP). Mais quelle que soit leur position politique de fond il s'agit d'un élément supplémentaire dans la crise de direction bourgeoise que connaît le pays.

Pour le moment, personne ne s'attend à un bouleversement électoral. sondages donnent entre 49% et 58% au Parti national2. Mais il demeure pas mal d'inconnues sur les votes urbains.

Enfin, cette crise du parti au pouvoir aura des conséquences sur la crédibilité des projets institutionnels que Botha propose depuis plusieurs années à son électorat travailliste (métis) connaît actuellement une grave crise dans la mesure où certains de ses membres commencent à douter de l'avenir de leur honteuse collaboration

Depuis quelques mois on a donc évènements spectaculaires dans les rangs du NP. Le plus connu est celui de la démission de l'ambassadeur en Grande-Bretagne, Worall, reprochant au gouvernement d'être incapable de donner au pays une nouvelle vision historique de son avenir. Il a annoncé son intention de se présenter comme candidat indépendant avec soutien financier d'hommes d'affaires? Bien que formellement favorable à la démocratisation du pays, il estime cependant "qu'il y a beaucoup de raisons pour considérer avec un scepticisme extrême les perspectives pour une démocratie communautés d'Afrique du Sud".

Worall fut en effet Président du Comité constitutionnel du Président et à ce titre, d'autre part une institution consultative auprès du président Botha.

Il s'agit donc d'un parlementarisme en trompe-l'œil : alors que les inégalités de classe font en général de la démocratie représentative bourgeoise une démocratie formelle, ici en Afrique du Sud, le cloisonnement racial et l'omnipotence de l'appareil policier en fait une farce. Jamais le mouvement populaire noir ne pourra changer cette société par le truchement de ses institutions. La politique de pression intérieure a toujours été vouée à l'échec et c'est ce qui a régulièrement radicalisé tous les mouvements noirs au cours des années 1940 et il défendit en 1982 le principe d'exclusion des Africains de la réforme électorale. On

"radicalisation" ! Il devait d'ailleurs déclarer à propos du mouvement populaire :

"J'accepte que la participation de l'ANC - ainsi que d'autres groupes - est essen tielle pour résoudre nos problèmes : mais cela ne peut se produire que quand il existe un processus auquel ils peuvent s'intégrer."

Il y a d'autres dissidents de poids :

Wynand Malan, député, a démissionné pour protester contre la défense par Botha du Group Area Actt. Il a pris également position en faveur de discussions avec l'ANC. Un autre, Albert Nothnagel, a expliqué que c'était un mythe que de croire que l'on pourrait résoudre la lANC et sans la libération de Nelson

Dans la région du Cap, la crise du

Parti est assez forte, notamment autour de la personne d'Esther Lategan, ex-uniaujourd'hui patronne d'une chaîne de magasins. Il y a eut également à l'université de Stellenbosch à côté du Cap, un certain nombre de professeurs connus pour leur soutien au NP qui ont fait grand

1 Tout n'avait pas été prévu, notamment qu'ils auraient le droit de déjeuner dans la même cantine que leurs homologues blancs : protestations diverses et imbroglio s'en suivirent.

2 Dans le même temps l'extrême-droite n'arrive pas à faire un front commun. Les négo ciations entre Parti conservateur (Conservative

Party) et le Herstige Nasionale Party (HNP) ont échoué malgré l'entremise du groupe néo-nazi,

"Afrikaner Weerstandsbeweging", de Eugène

Terre-Banche.

3 Il est question d'un important groupe de l'industrie sucrière du Natal, investi par ailleurs dans l'opération

"Indaba" (voir plus loin).

4 Il s'agit de la loi sur la ségrégation raciale de l'habitat que Botha considère toujours (avec la loi sur la ségrégation de l'enseignement) comme ne pouvant pas être abandonnée. Il existe cependant de très nombreux projets de réformes de ce système mais le gouvernement a jusqu'ici repoussé les échéances.

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bruit de leur rupture avec celui-ci.

Denis Warall, Wynand Malan et Esther Lategan ont publié un manifeste dans lequel ils expliquent que "Il faut libérer la vie politique noire pour que celle-ci puisse s'organiser correctement (...) Les actions contre des hommes et des organisations politiques doivent cesser ".Mais l'ensemble reste parfaitement vague, malgré le projet vaniteux de donner un "nouvel esprit à notre pays."

Tout aussi significatif de la globale des valeurs "Afrikaner" est le fait que le Broederbond maintenant traversé par le dilemme des réformes. Ce mouvement, souvent apparenté à une sorte de loge maçonnique afrikaner, a été fondé en 1918 et fut tout au long de son histoire le symbole des valeurs "chrétiennes et blanches". Très influent dans les domaines sociaux, économiques et idéologiques, l'Afrikaner Broederbond a fourni très grand nombre de responsables politiques. Der -rière tous les gouvernements du Parti national s'est profilée l'ombre de ce mouvement. "Depuis que le Broederbond afrikaner s'est consolidé, il a déterminé les gouvernements du pays. Tous les premiers ministres nationalistes du pays depuis 1948 lui ont appartenu. Il a donné naissance à la République, même si c'était indirectement. Il nous a fourni deux présidents de l'Etat. Que serait devenu le peuple afrikaner si le Broederbond avait cessé d'exister ? Notre nation dépend du Broederbond."' Ainsi s'exprimait en 1968 un des dirigeant à l'occasion du 50ème anniversaire du mouvement.

Or le doute s'empare maintenant de cette confrèrie. Dans un document interne apparaît dorénavant ce qui aurait été considéré, voilà quelques années, comme une hérésie impensable. "Ni un chef d'Etat noir ni un gouvenement dominé par les Noirs constituent d'eux-mêmes une menace pour la survie des Afrikaners", mais d'après ce document, "ceci n'est vrai que si le système de gouvernement large est structuré d'une manière à empêcher la domination d'un seul groupe racial Plus spectaculaire encore le fait que des gens du Broederbond ont accepté de rencontrer l'an dernier à New York des représentants de l'ANC. Et son actuel président, Pieter J. de Lange a expliqué que son mouvement pouvait servir "d'agence de contact" pour un dialogue multiracial. On doit com -prendre que malgré le peu d'effets immédiats de ces prises de position tout cela ne fait qu'aggraver le traumatisme au sein de la communauté blanche.

UN AVENIR INCERTAIN

Nous avons souvent expliqué dans ces pages les raisons de la crise actuelle en Afrique du Sud. Deux éléments essentiels se combinent : la montée du mouvement révolutionnaire des masses noires d'un côté et de l'autre la crise du mode d'accumulation capitaliste qu'est l'apar -theid. C'est pourquoi à tous les nivaux de la population blanche s'est développé un profond doute qui peut d'ailleurs prendre des formes différentes selon le milieu social (entre autre par le renforcement de l'extrême-droite).

Evidemment, la majorité de cette communauté ne comprend pas les raisons objectives de la situation actuelle. Mais confusément une partie perçoit les risques qu'il y a à maintenir le système actuel. La haine du Noir se tranforme en une peur de la révolution ou d'une guerre civile. On invoque alors le besoin d'un compromis pour éviter la grande catastrophe. Mais malheureusement - et c'est cela qui explique les tergiversations de Botha - que

You l'immobilisme il y a maintenant le même risque d'explosion sociale.

Alors que durant plusieurs décennies la morale afrikaner se confortait de voir le monde occidental et les entreprises étrangères faire cause commune avec l'Afrique du Sud contre la "menace communiste", voilà que maintenant d'hier prônent la réforme et dénoncent sa manière de concevoir le monde. Un livre récent décrit assez bien les mécanismes objectifs et subjectifs de la crise de l'apartheid. "La politique de Botha n'avait maintenant aucune cohérence véritable : à la fin de 1985 ce dernier avait failli, sous la pression des gouvernements et banquiers occidentaux, de libérer Mandela ; six mois plus tard il opéra un tournant de 180 degrés, referma la porte de la cellule de Mandela et proclama un Etat d'urgence encore plus impitoyable. Avec une politique aussi changeante personne pourrait prétendre avec certitude que les Afrikaners étaient à l'abri des pressions : le gouvernement fut visiblement confus, indécis et inconséquent, faisant des pressions internationales."7

UNE PERSPECTIVE POUR LES LIBERAUX

Le courant libéral, à commencer par le PFP, se réjouit de cette situation. Très minoritaires jusqu'à présent du fait même que leurs positions se retrouvaient tradition -nellement parmi les anglophones, les tenants de la démocratisation ont maintenant l'impression qu'ils ont une sérieuse carte à jouer. Leur espoir est d'augmenter de manière substantielle le nombre sièges qu'ils détiennent au Parlement et de pouvoir ensuite, en alliance avec les "New régime. Un pacte a été passé avec une autre formation république (NRP) qui, pourtant, en 1983 avait voté avec au cours du référendum

L'optimisme du PFP repose sur l'idée qu'une partie de l'électorat afrikaner est maintenant favorable à de vraies réformes de structure. Paul Malherbe PFP écrivait dans l'International Herald Tribune du 31 janvier dernier : "Pourtant, jamais auparavant pour un changement de gouvernement. Un sondage fait au milieu de l'année 1985 montrait que 63% des Blancs ne croient pas que l'apartheid durera encore 10 ans. Et d'après un autre sondage publié le mois dernier dans un hebdomadaire sud-africain, 42% des électeurs blancs se prononcent en faveur d'une alternative constitutionnelle non-raciale sur les lignes proposées par le PFP, alors que seulement 27% préfèrent la politique du gouvernement actuel celle du "partage du pouvoir" dans le cadre d'une constitution ethniquement fondée. Résultat de ce calcul, le PFP envisagerait dans certaines circonscriptions de ne pas présenter de candidat si un "New Nats" présente.

Tout cela n'ira pas forcément sans problème. Le PFP lui-même est loin d'être homogène. Des débats y ont cours sur le choix constitutionnel à prôner, entre un fédéralisme donnant des droits particuliers aux "minorités" et un "non-racialisme" total (absence de toute référence à la race des individus dans les institutions, lois et règlementations). Evidemment derrière tout cela se profile la question de l'ANC et des rapports avec celui-ci. Là aussi bien des questions restent ouvertes à propos du degré de relations et de discussions à avoir avec le mouvement clandestin®. CRISE ET MUTATIONS ECONOMIQUES

Le pays connaît une légère reprise économique. Les principaux groupes miniers ont fait de très importants profits en 1986, ce qui n'est pas sans effets sur l'équilibre général. Mais tout cela doit être sérieusement nuancé par le maintien des problèmes structurels: forte inflation, absence de stabilité politique et confiance des investisseurs, dette extérieure. Il est vrai que l'année 1986 a été tellement mauvaise sur le plan économique que les moins optimistes croient à une amélioration pour l'année 1987.

Tout cela n'est pas sans rapport avec le grand débat politique que évoquions plus haut. Pour l'essentiel du grand capital sud-africain il faut non seulement trouver une issue à la montée du mouvement de masse mais il faut en même temps résoudre les problèmes capitalisme sud-africain. Paradoxalement, en Afrique du Sud la dérèglementation prônée par le patronat a un accent "libéral-démocratique" car il s'agit de liquider les lourdeurs bureaucratiques, les cloisonnements économiques et le coût financier de l'apartheid. Tony Norton,

5 Voir "The super-Afrikaners". Ivor Wilkins et Hans Strydom. Jonathan Ball Publishers. Johannesburg 1978. Selon les auteurs le Bond aurait eu en 1977 12 000 membres.

6 Voir "Weekly Mail " du 6 février 1987..

7 Anthony Sampson. "Black and Gold". Ed. Jonathan Ball, Johannesburg. 1987 (in Britan. by Hodder and Stoughton).

8 Un cadre local du PFP, Van Rensburg, a démissionné en dénonçant l'attitude équivoque ("equivocal") du parti envers l'alliance ANC/Parti communiste. Selon lui le PFP donne l'impression qu'il a décidé "que l'ANC triomphera."

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président-directeur général de la Bourse de Johannesburg, expliquait récemment : "Nous sommes très optimistes. Nous voulons ouvrir la voie du développement et de l'expansion parce que nous croyons qu'une société post apartheid va être considérablement plus riche et plus productive que la société actuelle".9

Or les évolutions politiques au sein du Parti national ne sont pas indépendantes de l'autorité grandissante du patronat dans les grandes manœuvres en cours. Y compris au plan international et au plan des relations avec l'ANC les "hommes d'affaires" disposent maintenant de moyens d'action importants. 1°

Les départs de favorisent une aggravation de la monopolisation de l'économie, renforçant un peu plus le poids institutionnel de quelques grands groupes. Aussi on s'est aperçu récemment que des sociétés comme Sanlam avaient encouragé le départ des firmes étrangères car cela permettait des opportunités d'achat à bas prix. Lorsque la banque britannique Barclays a décidé fin 1986 de quitter l'Afrique du Sud, ses parts dans la Barclays-Afrique du Sud ont été rachetées par le géant sud-africain Anglo-American. Cette dernière contrôle maintenant 60,1% de l'ensemble des actions de la Bourse de Johannesburg ! Les quatre "grandes", Anglo-American, Sanlam, dorénavant 83,1% du stock d'actions. En 1986, 70 nouvelles compagnies ont été cotées en Bourse, représentant une croissance de 21,6% de la capitalisation, mais les quatre "grandes" en contrôlent déjà 43%...

On comprend dans ces conditions que des ministres s'inquiètent de la croissance des monopoles puisqu'il s'agit aussi d'un puissant lobby politique. Il est vrai que nous avons là une curieuse situation car l'Etat lui-même dispose d'une position de monopole dans certains secteurs : il représente 24,6% des actifs globaux des 137 plus gandes entreprises du pays.!!

forte l'économie produit une pression inflationniste permanente. Celle-ci a été de 18,6% en 1986 et on s'attend à une légère baisse pour cette année. L'apartheid exclut la majorité des Noirs consommation de masse et le chômage s'étend. C'est pourquoi l'inflation ne fait que limiter encore un peu plus le marché intérieur, au grand regret des industriels et des grandes firmes étrangères. En 1986 par exemple la vente d'automobiles a été au niveau le plus bas depuis dix ans mais le prix des véhicules a augmenté de 35% au cours de l'année. Et ce qui reste de l'industrie automobile tourne à 13% de sa

C'est dans ce contexte que le "monde des affaires" s'engage toujours plus dans l'activité politique. On le trouve derrière des "New Nats". On le trouve derrière l'opération "multiraciale" du Natal ("Indaba") qui consiste économiquement le bantoustan de Kwazulu et sa classe d'affairistes, indienne, l'industrie et le commerce

Botha cherche à gagner du temps (DR) blancs. Pour ce faire il est prévu par les protagonistes mise place d'institutions régionales nouvelles regroupant les représentants des divers communautés du Natal. La personnalité de Buthelezi, chef du Kwazulu, n'est pas sans importance dans cette affaire : il reste une des cartes que l'impérialisme et une partie des libéraux sud-africains espèrent jouer un jour dans une solution négociée. Le gouvernement de Prétoria a refusé ce projet mais le patronat local s'est déclaré prêt à financer un référendum local pour démontrer la crédibilité du projet.

Dans bien des interviews les patrons maintenant de sauver le capitalisme l'entreprise privée, un discours qui n'est pas sans rappeler les préocupations de la A LA RECHERCHE D'UNE "TROISIEME

Toute cette crise du Parti national n'est pas sans rapport avec la pratique de divers gouvernements impérialistes, commencer par celui des Etats-Unis. Le grand projet occidental est en effet d'aboutir à une solution négociée qui mettrait un coup d'arrêt définitif à la radicalisation du mouvement populaire et qui briserait l'élan unitaire actuel. Pour cela il faudrait combiner deux choses :

9 "Weekly Mail " 30 janvier 1987.

10 Un compte rendu détaillé de la réunion de septembre 1985 entre la direction de l'ANC et des représentants importance est venu, juste à propos, confirmer 1987 Anthony Sampson explique par le menu l'ambiance décontractée de la comment Gavin Relly, dirigeant de l'Anglo-American, déclara que "c'était une des journées les plus agréables que j'ai jamais passée." La presse est aussi devenu un secteur de propagande pour le courant du patronat libéral.

"Nationalisation, pouvoir établir un consensus entre libéaux et une partie du NP d'une part, et d'autre part, trouver des interlocuteurs modérés pouvant parler au nom des Noirs.

Ce projet est pourtant très compliqué dans les conditions de l'Afrique du Sud. Il y a d'abord le fait qu'une partie des libéraux ne semble guère consciente des dangers d'explosion en cas de libéralisation rapide : dans les circonstances présentes les revendications ouvrières dans les entreprises seraient telles qu'elles compromettraient tout le projet. Il y a ensuite le fait que les "New Nats" sont pour le moment trop minoritaires : il faudrait qu'une partie substantielle du parti bascule.

Puis vient le problème du mouvement noir : jusqu'à présent les cartes dont dispose la diplomatie occidentale se résument en la personne de Buthelezi et éventuellement dans celle de Desmond Tutu12. Pour avancer vers une solution négociée il faudrait qu'il y ait des reclassements au sein de l'ANC. Or au sein du mouvement syndical, et au sein de certaines parties de l'UDF on a plutôt assisté l'an dernier à une radicalisation du courant "chartiste"13. Bien qu'il soit très difficile de savoir ce qui se discute actuellement au sein de la direction en exil de l'ANC, tout laisse penser que le projet impérialiste de "rupture au sein de l'ANC" demeure très hypothétique dans la période présente.

Aux Etats-Unis le Comité consultatif sur l'Afrique du Sud a remis le 10 février à George Shultz un rapport qui propose des négociations entre le gouvernement Botha et les dirigeants représentatifs de la majorité noire, en vue de l'établissement d'un régime démocratique non-racial. Le cependant dans son scepticisme, croyant pas pour le moment à un tournant de l'ANC. Mais selon le Weekly Mail du 20 mars un document pourraient se manifester au sein de l'ANC" si l'on sait améliorer les relations entre lANC et les puissances occidentales14. On en reste donc aux spéculations et aux

Les hésitations et les doutes gouvernement américain ne sont pas indépendants des réactions diverses des multinationales vis-à-vis de l'Afrique du Sud. Certaines ont annoncé qu'elles entendaient bien rester et que ce faisant socialisation and the freedom charter". South African Labour Bulletin. Janvier 1987.

12 D. Tutu est assimilable au mouvement de l'opposition démocratique. Il est membre

Mais il a pris un certain d'initiatives et a fait certaines déclarations qui l'ont momentanément discrédité notamment parmi la jeunesse. Il reste incontestablement un homme de compromis avec les Etats-Unis.

13 Référence à tous ceux qui se réclament de la Charte de la liberté, programme de l'ANC.

14 Article de Pipa Green en reportage aux

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elles pourraient mieux jouer un rôle de pression sur le gouvernement!. Mais d'autres ont préféré partir en vendant leurs avoirs ou en négociant une sous-traitance. L'investissement américain est passé de 2,8 milliards de dollars en 1983 à 1,3 américaines ont quitté le pays en 1985 et 48 en 198616.

pousse évidemment les lobbys divers à accélérer la recherche d'une solution. Or la reconnaissance, quasi générale maintenant, dans les chancelleries du rôle central de l'ANC a pour ces gens une signification bien précise : "la solution recherchée passera par un virage à droite de l'ANC." Fini le temps donc, où on invoquait l'ANC comme un simple petit courant terroriste. George Shultz a reçu Oliver Tambo à Washington quelques mois après que le gouvernement britannique a lui aussi rencontré pour la première fois officiellement des représentants de l'ANC. Mais quelle chance peut avoir la occidentale dans cette tentative ?

LA POSITION DE L'ANC ET LA DECLARATION DE L'UDF

L'ANC a conquis une assise sociale considérable durant ces dernières années. Celle-ci touche maintenant tous les milieux sociaux, des plus déshérités juqu'au petit patronat noir et aux milieux démocrates blancs. L'impérialisme sait que cette force peut être un moyen pour lui de peser sur le cours politique de l'ANC en l'obligeant à concilier les revendications contradictoires de ces divers milieux. Il veut l'obliger à choisir la voie de la modération ou à s'enfermer dans une stratégie radicale à long terme d'autant plus difficile que personne ne voit d'issue militaire possible dans le contexte sud-africain.

Tout le discours sur l'espoir d'une rupture entre le courant nationaliste l'ANC et celui du Parti communiste repose sur cette hypothèse. Mais entre l'espoir et concrétisation a une marge importante : de très nombreux facteurs agissent aujourd'hui dans le sens inverse de ce qu'espère l'impérialisme. Mais ce qui semble par contre se dessiner c'est le désir de lANC d'utiliser pleinement les possibilités d'isolement du régime Botha et de crise du Parti national. Le voyage de Oliver Tambo aux Etats-Unis avait principalement cette fonction et visait explicitement les milieux d'affaires.

Le Front Uni démocratique (UDF) qui reflète assez largement aujourd'hui les choix tactiques de l'ANC a pris position sur les élections à venir. Il a clairement fait le choix d'un camp contre l'autre au sein de lélectorat blanc. Dans son appel il s'adresse spécifiquement aux supporters du gouvenement, aux "New Nats", aux libéraux du PFP et au patronat.

Au nom de l'UDF, son secrétaire Murphy Morobe appelle les électeurs blancs à "contribuer à mettre fin au racisme et à la domination d'une minorité". Quant aux Noirs, qui évidemment ne participeront pas à ce vote, il leur demande de préparer une campagne de dénonciation de ces élections : "A bas les élections de l'apartheid". A propos de l'avenir et des regroupements démocratiques qui pourraient voir le jour il dit "tous ceux qui s'opposent véritablement à l'apartheid, les Noirs et les Blancs, seront accueillis dans ces organisations en tant que Sud-Africains dévoués à la libération de notre peuple."

Aux partisans de Botha il demande de "se rendre compte que s'impose une rupture avec les appartenances politiques dépassées (...) La majorité des Sud-Africains vous dit: faites pression sur le Parti national et ses députés pour qu'ils s'attèlent aux vrais problèmes de ce pays ; exigez du gouvernement qu'il abandonne on cours actuel , exigez qu'il regarde e ce les réalités politiques et qu'il prenn en compte les revendications légitimes de

Au patronat il demande de "faire plus que de la publicité pour des programmes plus que parler vaguement d'initiatives de réforme. (...) Il ne suffit pas de discuter avec l'ANC et puis de rester silencieux un mois plus tard au moment de la proclamation de l'état d'urgence". Enfin Morobe questionne les leur projet constitutionnel : gouvernement par la majorité ou non ?

Tout cela va évidemment relancer le débat sur l'orientation de l'UDF, et par voie de conséquence de l'ANC. Ne va-t-on pas vers un front, de fait, avec une partie des libéraux , du patronat et T'UDF ? Ne va-t-on pas vers des négociations ? Tels sont les problèmes qui ne manqueront pas de poser les courants les plus critiques envers l'ANC.

Best toutefois plus compliquée qu'il n'y paraît. La position de I'UDF, dans ses grandes lignes, n'est pas erronée en soi. Jouer sur la crise du parti au pouvoir depuis 1948 et aggraver les dirigeante peut constituer un objectif tout à fait nécessaire pour quiconque pose le problème du pouvoir. Il reste cependant autres problèmes tout

Le premier est de savoir où maintenant la vraie ligne stratégique du mouvement. Est-ce la perspective d'une crise gouvernementale à moyen terme permettant un bouleversement du régime puis éventuellement une légalisation de l'ANC ou toute autre chose du même type ? Ou bien est-ce la ligne qui prévaut dans le journal de l'ANC, Sechaba, qui reste attachée à l'idée d'une situation insur -rectionnelle soulèvement révolutionnaire ? Il est évidemment préférable d'avoir deux fers au feu. Mais les pronostics de ce qui peut se passer dans les deux ou trois ans à venir sont pas sans conséquence sur la manière dont sera mobilisé et organisé le problème est celui des rapports au patronat car le mouvement syndical, pour sa part, ne semble pas vouloir faire la moindre concession envers lui. Là il n'est guère question d'avoir un language pédagogique envers les hommes d'affaires. La grève récente des magasins OK Bazaars a bien montré l'impossibilité de concilier revendications ouvrières et les intérêts du grand patronat libéral!?

Les syndicalistes n'ont pas les mêmes préoccupations que Morobe quand celui-ci

Noirs à "faire face à vos employeurs, à vos collègues de travail et à vos amis blancs sur les véritables enjeux des élections. Dites-leur votre soutien pour un avenir non-racial et démocratique. Parlez-leur de la répression menée par l'apartheid et du règne de la dans les townships et les

Il ne s'agit plus ici d'une adresse directe aux patrons libéraux mais d'une tâche proposée aux travailleurs noirs. Or moment les syndicats COSATU réaffirment de plus en plus leur choix pour le socialisme et la rupture avec le capitalisme. On comprend donc que nombre de libéraux posent maintenant la question de savoir quelle est la ligne qui prévaudra dans le mouvement populaire d'ici quelques mois18

La nécessité tactique d'aggraver la crise du régime l'emportera-t-elle à terme sur des objectifs plus radicaux ? Personne ne peut vraiment répondre aujourd'hui à cette question car beaucoup trop de facteurs entrent en ligne de compte. Le COSATU s'est affirmé comme une force incontournable et ses prises de positions tirent l'ensemble du mouvement populaire vers la gauche. Son congrès prévu en juillet 1987 montrera sans doute l'état de l'unité des divers direction19. Rien n'indique donc qu'on soit à la veille d'un "grand tournant" troisième voie possible.

Peter BLUMER, 10 avril, 1987.

15 C'est le de Shell qui régulièrement des encarts dans la presse disant : "Shell soutient la presse libre.".

16 Investor Responsability Research Centre (Washington). Cité dans le Cap-Times

17 Dans un article

"Work in Progress patrons anti-apartheid ne sont pas nos amis ". Le congrès récent du syndicat des mines (NUM) était placé sous le mot d'ordre de "Socialisme veut dire liberté ". Le préambule des résolutions déclare que "apartheid et capitalisme sont deux démons inséparables qui doivent être abattus."

18 Le "Weekly Mail" du 20 février 1987 écrit : "alors que la position traditionnelle de l'UDF est qu'il doit y avoir boycott total des "institutions de l'apartheid" - comme cela fut le cas lors de son opposition aux élections des trois chambres (en 1984 -ndr), il a eu récemment une position moins tranchée sur les élections de la gay he sanale dadi corans et dat courants chartistes.

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