Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Stratégie de la guerre populaire

· Inprecor n° 241, 28 avril 1987 · p. 7-14 · 9 143 mots

El Salvador

Le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) vient une nouvelle fois de prouver sa capacité à mener des attaques d'envergure contre l'armée Salvadorienne.

Le 31 mars dernier, une colonne d'environ 200 guérilleros attaquaient la caserne d'El Paraiso, dans le département de

Chalatenango, infligeant plusieurs dizaines de morts aux forces armées, dont un conseiller américain, et faisant 200 prisonniers.

Cette nouvelle offensive militaire, dont El Paraiso n'est que le prélude selon le FMLN, vient relancer la crise politique qui secoue le gouvernement salvadorien depuis octobre dernier (Cf. Inprecor numéro 240 du 13 avril 1987).

Le chef des forces armées, le général Blandon, qui a joué un rôle clé ces derniers mois en soutenant le Président Napoléon Duarte, vient de lui lancer un avertissement sans fard. Il l'a invité à former un gouvernement de coalition, disant : "Si j'étais à la place du Président, je demanderais à des personnes compétentes de m'aider à gouverner".

Mais qui peuvent être ces personnes compétentes dont parle

Blandon aujourd'hui ? L'extrême-droite ou la vieille oligarchie regroupée dans le Parti de conciliation nationale ? Bien sûr, ces derniers, comme l'armée sont d'accord pour refuser tout dialogue que propose le FMLN et auquel aspire la majorité de la population. Mais la question du financement de la guerre, question vitale pour l'armée, a rencontré l'opposition farouche des organisations qui veulent bien

DOCUMENT

Si l'on essaie de faire une synthèse historique de ces cinq années de guerre, nous pouvons, en analysant son dévelop - pement, définir le cours qu'a suivi cette

Dans une première étape, les années

1979, 1980 et 1981, le développement militaire du mouvement révolutionnaire était étroit. Différents facteurs chaient la maturation des conditions historiques permettant la progression vers la prise du pouvoir.

"Le génocide est l'axe central du plan

Ces facteurs sont les suivants :

1) Le manque d'unification de la ligne stratégique à l'intérieur du mouvement ré - volutionnaire ne permettait pas de profiter au maximum du potentiel militaire et po - litique accumulé. Le rôle du facteur mili - taire était relatif dans une telle conjonc - ture, vu la montée extraordinaire du mou - vement de masse.

2) Le degré d'intervention du gouver - nement américain constitue extérieur qui commence à changer les rap - ports intérieurs et, en conséquence, guerre va changer de caractère. C'est là le

Partant de cette situation, un premier plan contre-insurrectionnel, ou une pre - gagner la guerre mais sans la payer. progression des révolutionnaires. d'autres. mière phase du plan contre-insurrectionnel mis au point par les Américains, pour objectif, non de défaire militairement le FMLN, mais bien d'essayer de détruire la base sociale de la révolution, d'anéantir et désorganiser ses alliés potentiels, FMLN n'étant pas perçu comme un danger militaire. Ce que nous pourrions dénom -mer "le génocide nécessaire" central du plan nord-américain à cette

La décision politique de consommer ce génocide et de porter la répression à un degré si brutal et si élevé, part de l'analyse selon laquelle le FMLN n'avait pas la force suffisante pour transformer cette répression en détonateur au moment opportun. Au contraire, la boucherie pouvait laisser le poisson sans eau. hypothèse comme nous le verrons plus tard, il y a une grave sous-estimation des capacités du FMLN à poursuivre le processus d'accumulation des forces engagé.

Quand les Américains définirent leur plan contre-insurrectionnel pour le Salvador, ils prirent en compte leurs expériences antérieures et surtout, le Vietnam et le Nicaragua. Le schéma classique de dictatures ouvertes n'était plus applicable, nombreuses crise en Amérique Latine, les

Le triomphe de la révolution nicaraguayenne est associé pour les Américains, à l'erreur d'avoir soutenu trop longtemps

Enfin, cette ouverture à l'extrême-droite, outre qu'elle ne contribuerait pas à réhausser l'image de marque extérieure du

Salvador, cadre mal avec la suite des déclarations de Blandon qui souligne combien "la polarisation politique croissante (...) affecte les efforts déployés par les forces armées pour parvenir à la paix.

Par contre, il est pertinent de se demander si l'armée ne pense pas à elle-même pour reprendre les affaires du pays en main, trouvant qu'en fin de compte, le gouvernement civil a apporté plus d'inconvénients que d'avantages face au problème numéro un : la

Mais quelle que soit la solution adoptée, - Duarte plus extrême- droite, Duarte plus militaires, militaires tous seuls - ces remous illustrent bien les dilemmes et l'impasse dans lesquels se trouvent les classes possédantes salvadorienne, face à la montée du mouvement de masse simultanément à la progression politique et militaire du FMLN.

Le document dont nous publions ci-dessous de larges extraits, a été élaboré par l'un des principaux dirigeants du FMLN, le commandant Joaquin Villalobos, retrace la stratégie du Front pendant les cinq années qui viennent de s'écouler. La perspective d'une victoire des révolutionnaires pourrait ne plus être une hypothèse parmi une dictature qui, finalement, a accéléré le processus d'accumulation des forces des révolutionnaires. Cela explique que l'admi - nistration Reagan, qui souscrivait la politique du groupe de Santa Fé (1) dut faire changer considérablement sa posi - tion et dut tolérer ou favoriser des chan - gements sur le continent afin d'éviter que les mouvements révolutionnaires accumu - lent des forces parallèlement à l'usure des

Cette politique de l'administration

Reagan n'est dictée en rien par un désir de changement, mais essentiellement par des visées contre-insurrectionnelles, réaction - naires et anti-communistes qui devaient battre en retraite, mais en essayant de compliquer ou de retarder les révolutions vont se produire de façon inévitable sur ce continent.

Le triomphe de la révolution populaire sandiniste, provoque un tournant très important dans la politique contre-insur - rectionnelle américaine. Il se traduit par la recherche de solution de rechange à Pino -

1) Le document intitulé "Une nouvelle politique inter-américaine pour les quatre-vingt" dit Document de Santa fé, fut élaboré en mai 1980 pour le compte du Parti républicain. Il traçait les axes de la doctrine

Reagan en matière de politique extérieure vis-àvis de l'Amérique Latine; (voir Inprecor numéro

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chet au Chili, la chute de Duvalier en Haïti, les pressions pour le remplacement de Marcos aux Philippines et on peut le supposer une conduite identique en ce qui concerne le Paraguay. Bien sûr, le facteur déterminant pour le moment où les Amériprendront ces décisions, sera le degré d'accumulation des forces des mouvements révolutionnaires et la pression

Nous devons analyser la soi-disant dé -mocratisation du Salvador et les rôles respectifs de Duarte et de la Démocratie-chrétienne dans le contexte de

En premier lieu, il doit être clair aux yeux de tous que le génocide fut une déci -sion froidement décidée, structurellement nécessaire pour les Américains, lequel il était impossible de "pacifier" ou de démocratiser. Le problème était com -ment exécuter ce génocide sans courir le risque d'accroître la base sociale de la ré -volution, l'isolement international et les problèmes intérieurs aux Etats-unis.

Si les Américains avaient opté pour une dictature de type militaire pour mener à bien ce génocide, ils auraient dû faire terme. Dans ce sens, il est faut d'affirmer que Duarte et la démocratie-chrétienne furent un moindre mal. Les faits démon -trent l'inverse. (...)

On peut faire l'hypothèse suivante: que ce serait-il passé si au lieu de cette alliance DC-Armée, nous avions eu à faire à un gouvernement dirigé par d'Aubuis -son? En toute sécurité, on peut faire la réponse suivante : le gouvernement d'Au -buisson ou tout autre gouvernement de la droite traditionnelle aurait été défait à sa tentative de consommer la tue -rie. L'isolement intérieur et international ne lui aurait permis ni de mener à bien le génocide ni de se maintenir gouver -nement. L'appui donné à l'armée par les Américains aurait rencontré de grandes dif -

Tous ces facteurs auraient créé les conditions pour que le mouvement révolutionnaire renverse en sa faveur la situation. En dernière analyse, d'Aubuis -son aurait tué moins de Salvadoriens que Duarte ne l'a fait et continue de le faire. Le rôle de la démocratie-chrétienne a été de servir de façade et de créer les condi -tions favorables à une politique contrerévolutionnaire, anti-communiste, réac -tionnaire, bradant les intérêts de la na -tion. Voilà pourquoi, quand on examine le contexte historique du Salvador, il est faux de prétendre faire de Duarte un "démocratiseur". (...) "Duarte n'est pas un nouvel Alfonsin ou un nouveau Sanguinetti"

Il est important d'expliquer pourquoi, à la différence des ouvertures démocratiques qui se sont produites dans le Cône sud. dans le cadre de la crise économique et politique des dictatures traditionnelles, Duarte n'a pas pu faire d'amnistie, juger les crimes politiques, permettre le retour des exilés, enquêter sur la situation des disparus etc. Duarte ne pouvait toucher à ces points parce que le génocide et la répression constituent l'axe même de la politique que lui a assignée Reagan. C'est son gouvernement. Duarte n'est pas un nouvel Alfonsin ou un nouveau Sanguinetti (2). Duarte est une nouvelle variante de Pinochet, de Videla ou de Massera, qui prend sa place dans le cadre de la doctrine de sécurité nationale tracée par les Etats-Unis. Voilà pourquoi Duarte a une marge de manoeuvre si étroi -te, dans tout ce qui touche au dialogue et à une solution politique à la guerre. Les intérêts qui l'ont porté au pouvoir, dictent une solution militaire et un anéantis -sement de la base sociale de la révolution, Duarte connaît parfaitement ce rôle qui est le sien. Le drapeau du dialogue est un simple jeu politicien limité aux nécessités conjoncturelles de couverture de son pro -jet de fond. Duarte et la DC ne constituent pas un pouvoir en eux-mêmes. Leur rôle se réduit à celui de simples instruments de la politique de l'administration amé -ricaine.

Si nous reprenons le développement de la guerre, nous avons déjà dit combien avaient été sous-estimées les capacités du mouvement révolutionnaire à maintenir le processus d'accumulation des forces, malgré ce génocide. Joaquin Villalobos (DR)

La première étape du plan contre-insurrectionnel consistait en un effort militaire pour contenir un processus d'in -surrection générale dans les villes et les campagnes, en procédant à l'anéantisse -ment et à la désorganisation de la base sociale du mouvement révolutionnaire. Les pires tueries se produisent en 1980-

Si l'on analyse les résultats de ce plan, nous pouvons en conclure qu'il réussit à contenir les insurrections urbai -nes, mais le FMLN fut quant à lui, capable développer une insurrection des paysans et des ouvriers agricoles dans de vastes zones du pays et de transformer ensuite ce processus d'insurrection popu -laire en une armée révolutionnaire à même de conquérir des territoires, de maintenir la situation révolutionnaire, enfin, de mettre en échec le plan contre- insurrectionnel au niveau politique, économique, social et militaire.

Le 10 janvier 1981 constitue en soi une grande insurrection populaire qui eut son expression la plus forte dans les campagnes, avec la participation massive des paysans pauvres et des ouvriers agricoles, et qui intégra beaucoup d'ou -vriers, d'étudiants, d'enseignants, prove -nant des secteurs urbains, et s'incorporant à la lutte armée. Militairement, ce fut un évènement d'une importance stratégique pour la formation de l'armée populaire. Analysée du point de vue des objectifs que se fixait le FMLN, l'offensive semble avoir été une défaite, mais du point de vue du rapport des forces sur le plan militaire, elle a indubitablement constitué un saut qualitatif dans le développement de la guerre populaire. C'est l'offensive du 10 janvier et le développement de la guerre les mois suivants, qui ont défini le futur du processus. Au sens figuré nous pouvons dire que l'armée, en ne réus -sissant pas paysanne des mois de janvier, mars et avril 1981, a perdu la guerre pour toujours, la consolidation d'une populaire rendant plus complexe cette guerre et donnant la possibilité mouvement révolutionnaire l'escalade interventionniste et de profiter des nouvelles conjonctures de la lutte qui, sans aucun doute, se présenteraient puisque non seulement la crise économique persistait mais s'appro -

"A partir du 10 janvier 1981, le FMLN prend l'offensive" A partir du 10 janvier, le FMLN parvient à développer une pratique mili -taire révolutionnaire qui lui permet d'être continuellement à l'offensive, mettant en échec chaque nouveau plan stratégique que les Américains mettent en chantier.

Si l'on se place du point de vue de l'ennemi, le schéma militaire des trois premières années de guerre, bien qu'il fut remis en question ensuite par les mêmes assesseurs qui le conçurent au point de provoquer la chute du Général Garcia, était un schéma logique et adapté aux nécessités de la guerre. Les grandes opérations d'encerclement avec ma -noeuvres conventionnelles et maintien de multiples positions fixes sur le terrain, avaient pour but d'essayer d'empêcher l'expansion du FMLN et d'éviter de perdre du terrain, sinon, la guerre entrerait alors dans une phase encore plus complexe et impossible à arrêter. L'abandon de centaines de positions à la suite des pressions militaires du FMLN et le

2) Raul Alfonsin a été élu président de la République d'Argentine le 30 octobre 1983 après la chute de la dictature qui a suivie le désastre des Malouines.

Julio Sanguinetti, élu à la présidence de la République d'Urugay le 24 novembre 1984. Ces deux hommes politiques représentent avec le Brésilien Tancredo Neves, la "transition démo cratique" qui a suivie la chute des dictatures du Cône sud.

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passage à une stratégie de troupes mobiles, signifiait l'entrée de l'armée dans une situation stratégique de défense. Ce ne sont pas les erreurs ou un mauvais choix stratégique de l'ennemi qui ont conduit à sa déroute, mais l'efficacité du plan militaire stratégique du FMLN qui a permis de lui infliger cet échec. L'offensive militaire du FMLN dans les années 19811982-1983 et une partie de 1984, se traduit par des centaines de positions enlevées et des pertes très lourdes infli -gées à l'ennemi. Sans l'aide américaine, l'armée aurait été écrasée et le FMLN aurait pris le pouvoir.

Avec l'important renforcement mili -taire du FMLN, le plan contre-insurrec -tionnel se restructure ou, plutôt, passe à une autre étape.

Les Américains pensaient qu'ils avaient anéanti la base sociale du FMLN et donc, à travers Duarte, il pensaient avoir une certaine marge pour manoeuvrer et capter cette base sociale. D'un autre analysant de façon totalement erronée que la guerre au Salvador ne tenait que par l'appui matériel reçu de l'extérieur, les Américains considéraient avoir un tel contrôle du territoire centro-américain, qu'ils pourraient empêcher le ravitaillement logistique et résoudre ainsi, selon eux, leur problème militaire avec le

Partant de cette situation, essayèrent de résoudre la crise du plan stratégique de l'armée en changeant de tactique et en accroissant le nombre d'uni -tés aériennes et d'infanterie, jusqu'à créer un appareil militaire d'une dimension telle selon leur vision, le FMLN ne pouvait le mettre en échec.

Ce renforcement l'armée a achevé de mettre la guerre au centre la société salvadorienne. Il a obligé l'appareil d'Etat a financer massivement la guerre ; a élevé le niveau d'intervention étrangère et approfondi la crise économique. Ces facteurs, avec d'autres, seront dans le futur les causes probables d'un échec, peut-être définitif, de l'armée de Duarte et du plan contre-insurrectionnel américain.

"Dans une guerre populaire, le facteur militaire n'est pas absolu"

Dans une guerre populaire, le rôle du facteur militaire n'est pas absolu. Ce qui est décisif pour un mouvement révolu -tionnaire c'est de savoir s'il est parvenu à l'accumulation militaire nécessaire qui, conjuguée aux facteurs politiques, permet -tra de changer les rapports de forces. En 1983, bien que les coups militaires portés par le FMLN aient mis l'armée au bord de la déroute, l'absence d'une montée de la lutte populaire empêchait que les victoires militaires se transforment en changements plus significatifs des rapports de forces. Le propre gouvernement et l'armée, au milieu de cette crise militaire, ne se sentaient pas si faibles et arguaient de l'isolement politique du FMLN et de l'absence de lutte des secteurs populaires. Avec un certain cynisme, les démocrates-chrétiens disaient que le FMLN avait perdu sa large base sociale de 1980.

Caractéristiques de cette étape de la guerre sont le calme et la stabilité qui règnent dans la capitale, alors que l'armée perd stratégiquement du terrain dans les campagnes et que des unités entières sont écrasées par le FMLN

San Salvador, constituait la vitrine d'une stabilité apparente. Mais la guerre, en s'élargissant et en s'étendant, mettait en crise le projet politique, économique et social du gouvernement, commençait à nouvel espace pour la lutte populaire et à élargir les forces sociales en faveur de la paix, d'une solution politique à la guerre, pour l'indépendance et la démocratie.

Dans un pays aussi petit qe le Salvador, avec la densité de population qui est la sienne, chaque kilomètre carré où les forces armées ne peuvent plus maintenir de façon stable leur pouvoir militaire, où ne peut se maintenir l'autorité juridico-politique du gouver -nement et où, de façon embryonnaire et partielle, commence à se développer un autre pouvoir, finit par se convertir en une évidente dualité de pouvoirs politico-militaires entre le FMLN et l'armée, qui mine le projet contre-insurrectionnel

A partir de 1983, l'armée abandonne toute conception de défense permanente du terrain. Rappelons nous que les généraux disaient auparavant "nous sommes par -tout " et passèrent ensuite au "nous allons où nous le voulons ". Dans les premières années de la guerre, leurs troupes résis -taient à toute tentative de prise de village. Aujourd'hui, s'ils sont attaqués et s'ils situation de faiblesse, ils se replient immédiatement. (...)

Les seuls terrains que l'armée défend en permanence sont les infrastructures économiques stratégiques et ses propres casernes. Très souvent même, elle ne risque pas ses forces pour des infrastructures économiques de second plan ou dans les périphéries des villes, où l'on peut ainsi faire aisément des incursions. A la base de toute cette tactique, se trouve l'idée d'éviter les chocs militaires d'enver -gure et de proclamer ces résultats comme

Que la guérilla se cache, frappe et se retire, qu'elle ne cherche pas à défendre le terrain, c'est chose logique. Mais que dans un pays où il n'y a pas de jungle, des bataillons entiers de l'armée doivent marcher cachés et ne défendent pas le terrain pour éviter les coups militaires c'est une peuve évidente de faiblesse et de détérioration morale.

"Le FMLN aurait commis une erreur considérable s'il s'était cantonné à ses fronts traditionnels"

Le plan stratégique avec lequel le FMLN put mettre en échec la stratégie du Général Garcia, permit de rompre avec la défense des zones vitales, de créer les conditions pour mener la guerre sur tout le territoire et lier la guérilla aux masses. Le FMLN est passé à une stratégie politique intégrale lui permettant de conjuguer la lutte politique et la lutte militaire. Il est important de comprendre que ce n'est ni la guerre aérienne ni les changements de tactique de l'armée qui ont obligé le FMLN à étendre la guerre. considérable si, tout en ayant rompu la accumulé une expérience militaire et des cadres, et dans une conjoncture favorable à la lutte populaire, le FMLN s'était contenté de livrer la guerre sur ses fronts traditionnels, loin des masses qui habitent les zones vitales, avec le danger d'épuiser ses réserves et en oubliant qu'il devait profiter au maximum des conditions créées par la progression militaire de la guérilla pour développer une stratégie d'inté -gration de tout le peuple à la guerre sur tout le territoire et sous toutes les formes possibles.

Nous trouvons trois éléments clé dans le nouveau plan contre-insurrectionnel de l'armée : 1) Réduire la guerre aux zones les plus éloignées des villes, isolant ainsi les

L'aide américaine au peuple salvadorien

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forces militaires du FMLN pour l'épuiser.

2) Séparer la lutte politique de la lutte revendicative pour éviter que cette dernière ne se lie à la guerre.

3) Réduire les sympathisants du FMLN à des petits groupes radicalisés et des bases paysannes à l'intérieur des zones de conflits. Ces dernières devaient être dispu -tées dans un premier temps, isolées dans un second et anéanties si elles persis -taient dans leur appui au FMLN dans un troisième temps.

Comme nous pouvons le voir, l'ennemi lui-même est clairement convaincu que la guerre se définit en termes politiques : qui aura l'appui populaire. Pour cette raison, analyser la guerre dans le moment présent, seulement à partir des modalités tactiques ou de la situation des ressources militaires et des forces, serait une analyse simpliste et sans grande valeur.

Les changements opérés dans le plan du FMLN ne sont pas une simple réadé -quation tactique. Ce sont les symptômes d'une progression dans la stratégie de guerre du peuple tout entier qui cherche à poser les bases d'une contre-offensive stratégique, liée aux développements mili -taires, politiques et internationaux. A ce moment là, le problème, n'est déjà plus strictement militaire. Le développement constant des moyens et des forces de l'armée devient et deviendra insuffisant pour contenir la stratégie politique et militaire qu'impose le FMLN.

"La paix devient un thème de lutte politique pour tout le peuple"

La montée de la lutte populaire ouvre révolutionnaire. L'existence de la guerre vaincre le FMLN, font de la paix thème obligé de la lutte politique de tout secteurs de l'entreprise privée, des couches moyennes, de tous les partis et forces politiques. Voilà pourquoi avec ou sans la volonté ou le travail politique du FMLN, il devient impossible de séparer la lutte revendicative de la lutte politique puisque la guerre est au centre de la vie nationale. Duarte en personne appelle tous les secteurs de la société à l'appuyer dans cette guerre. La paix devient le drapeau politique de tout un peuple et de tous les secteurs, ôtant ainsi au gouvernement la possibilité de faire sienne cette bannière du dialogue et de la paix. La Palma et Ayaguelo en sont la preuve (3). En ce sens, pour une raison politique structurelle, il est impossible que le plan contre-insurrectionnel des Américains ait une quelconque chance de gouvernement n'ont aucune possibilité de gagner un appui parce qu'ils ne peuvent ni faire de conces -sions, ni structurer une politique qui puisse au moins leur servir à confondre le peuple. (...)

Les intérêts que défendent les deux camps sont évidents. Nul ne peut les confondre. Le FMLN-FDR représente une force nationale, qui défend les intérêts a ai cherche de en ne e populaires et qui cherche des changements profonds le gouvernement et l'armée représentent des intérêts anti-nationaux et anti-populaires qui cherchent à perpétuer leurs privilèges de minorités dominantes.

Les espoirs que mirent Reagan et la CIA sur Duarte s'évanouissent au fur et à mesure que le Pentagone s'aperçoit qu'il n'est pas possible de mettre en échec le FMLN. Les Américains commencent à interprêter les raisons de leur échec et à examiner la possibilité d'une solution de rechange. L'armée et les Américains sont de plus en plus mécontents de Duarte. La crise dans les structures mêmes du pouvoir et dans la propre démocratie-chrétienne, s'approfondit. Le problème de la succes -sion est posée. (...)

"En 1986 pour les Américains, la guerre est un problème politique et militaire tel, qu'ils n'ont plus de solutions" En 1981, les Américains pensaient que la guerre était plus un problème d'ordre

Ils essayèrent alors de la gagner par le génocide et n'y parvinrent pas. En 1983, les Américains considéraient que cette même guerre était fondamentalement un problème militaire et ils voulurent la gagner en grossissant l'armée, ils n'y parvinrent pas plus. En 1986, pour les Américains, la guerre est devenue un problème politique et militaire militaire. ce niveau de développement de la guerre, la thèse la plus fréquente, c'est celle d'un équilibre entre les belligérants. L'armée ne peut vaincre la guérilla mais la guérilla ne peut vaincre l'armée. Les officiers du haut- mande tant te munie, lambi commandement et en mai 1984, l'ambas -sadeur des Etats-Unis lui-même, mettaient l'accent, non sur la possibilité pour l'armée de vaincre la guérilla, mais procla -maient comme une victoire la stabilisa -rendait impossible la victoire du FMLN. n'est pas capable de vaincre militairement le FMLN et mettre en doute une victoire militaire du FMLN. C'est de fait reconnaî -tre le niveau de développement militaire atteint par le FMLN. Si l'on prend en compte le volume de l'aide dont bénéficie l'armée salvadorienne, la disparité des forces et des moyens, le degré d'inter -vention des Américains dans la guerre, nous pouvons en conclure que l'avantage est dans le camp du FMLN et que ce soi-disant équilibre a plus de chances de se rompre au profit du FMLN qu'à celui des forces armées.

Que cette thèse de l'équilibre militaire soit dominante dans l'opinion de la plupart des secteurs politiques, y compris parmi les propres forces armées, consti -tue un élément important. Dans la lutte politique, il contribuera dans une large mesure à mettre en échec le plan contreentraînant une défaite l'armée. Parler d'équilibre remet en question la politique de l'administration Reagan pour le Salvador, approfondit les pressions intérieures pour une solution négociée au conflit, démoralise l'armée et pousse le gouvernement dans une crise qui peut amener un vide du pouvoir par la perte de crédibilité de son plan vis-à-vis de tous les secteurs. (...)

La guerre n'est pas dans une impasse ; nous pouvons parler d'une phase d'équilibre stratégique dans la guerre populaire mais non d'une impasse. Le concept d'équilibre stratégique dans la guerre populaire a un autre sens. C'est le moment où les forces révolutionnaires sortent de la défensive stratégique et se rapprochent de la possibilité d'une contre-offensive. Dans une guerre populaire, les perspectives de victoire résident dans une conjugaison correcte et favorable des facteurs militaires, politiques, sociaux et internationaux. Nous pouvons affirmer que le FMLN a un cours d'accumulation des d'obtenir victoire même si se produisait une inter - du haut-comman -dement que l'on connaît sont extrêmement simplistes et pauvres sur le plan straté -gique. Il se contente d'affirmer qu'à l'heure actuelle l'armée a plus de bataillons, plus d'hélicoptères, plus de pièces d'artillerie, plus de fabriques d'uniformes, une usine de fabrication de nourriture, un très grand hôpital militaire et même son propre service de pompes funèbres ; qu'ils peu -vent aller où ils veulent, porter secours rapidement à des troupes en difficulté, qu'ils ont un département de guerre psychologique, une station de radio, un système de presse et un centre d'entraîne -ment pour leurs troupes. Ces idées brillent par leur pauvreté stratégique ; elles ne prennent même pas en compte les facteurs sociaux et politiques. Elles ont pour but d'essayer d'établir de manière absolue la thèse suivante : "nous avons une armée si importante et les Américains nous aident tellement que le FMLN ne peut gagner la guerre".

La croissance de l'armée n'est q'une réponse à la complexification de la guer -re, produite par la progression du FMLN ; et cette croissance même a ses propres limites : la capacité de l'Etat à assimiler cette aide.

L'histoire des guerres populaires est grosse de leçons. Rappelons-nous que Somoza commença la guerre avec sept mille gardes et la perdit avec quinze mille. Batista la commença avec trente mille et la perdit avec soixante-dix mille. Les Américains commencèrent leur interven -tion au Vietnam avec trois mille assesseurs qui appuyaient une armée forte de cent-vingt-cinq-mille hommes et perdirent la guerre avec un demi-million de soldats et le tiers de leur force aérienne appuyant une armée d'un million deux-cent-mille Sud-Vietnamiens.

Ce qui a fait basculer la guerre en faveur des révolutionnaires ce n'est jamais qu'ils avaient plus de forces et de moyens

3) La rencontre de La Palma, le 15 octobre 1984 entre Duarte et le FMLN-FDR fut suivie de celle d'Ayaguelo le 30 novembre 1984.

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s'étend vers les masses plus politisées et L'exiguïté du territoire fut, pendant une matériels que les contre-révolutionnaires, mais qu'ils furent capables de conjuguer les moyens militaires dont ils disposaient avec l'utilisation de toutes les potentiali -tés de la lutte politique et de l'intégration de tout le peuple à la guerre. Dans cette stratégie, le rôle des moyens matériels est relatif. L'important est d'avoir une expé rience et une capacité militaire de base et les moyens politiques pour faire de l'ensemble du peuple en guerre le facteur décisif. Comme pure hypotèse, nous pouvons affirmer que moins de mille fusils aux mains des révolutionnaires salvadoriens dans les premiers mois de 1980 auraient suffi pour gagner la guerre à ce moment.

Le FMLN compte une expérience militaire et des moyens matériels suffi -sants qui, combinés à une stratégie de guerre populaire, peuvent vaincre une armée beaucoup plus importante numéri -quement que celle mise en place par les

Dans une autre partie de cette analyse, nous disions que les changements opérés dans le plan stratégique du FMLN n'obéis -sent pas à une raison défensive mais bien à une nécessité offensive de passer l'étape supérieure de la guerre populaire. Voyons maintenant de manière synthétique, certains des éléments du plan stratégique du FMLN, pour démontrer comment leur combinaison et leur développement iront créant une situation impossible pour les forces armées, jusqu'au moment où elles seront défaites.

"L'extension de la guerre permettra au FMLN de développer l'armée populaire"

Nous cherchons l'extension de la guerre à l'ensemble du teritoire. Mais il ne s'agit pas là d'une conception passive de transfert ou de simple repositionnement des forces qui doivent harceler ou disper -ser l'armée. La répartition actuelle des forces du FMLN est liée à un vaste plan d'organisation des masses, de création de contingents de miliciens et de guérilleros, de multiples sources d'attaques des zones vitales. Dans le processus de formation de cette force, un rôle clé est dévolu aux armes populaires, à l'utilisation intensive de l'explosif et à la vaste expérience militaire du FMLN pour opérer tactiquement en harmonie avec le développement des forces locales. L'extension de la guerre permettra au FMLN de développer et d'agrandir son armée populaire en la liant beaucoup plus aux masses. Le FMLN prépare une force armée plus importante, dotée de capacités supérieures à celles des colonnes qui mirent en échec toutes les positions de la zone nord. Mais ne seront plus en jeu des petits villages mais des zones vitales entières. L'enjeu, c'est conquérir la victoire définitive.

Que cette perspective puisse ou non se concrétiser est conditionnée par la possi -bilité d'intégrer les masses dans la guerre. Cette condition est aujourd'hui remplie. Si les Américains tiennent autant à éloigner le FMLN des zones vitales, c'est parce qu'ils savent parfaitement que si la guerre mieux organisées, progression FMLN deviendra irrésistible.(...)

Le FMLN, au travers de l'extension de la guerre et de l'organisation populaire compte un avantage, inégalable par l'ar -mée, quant à la reproduction et à la crois -sance de ses forces. Alors que le FMLN cherchera à accroître ses forces en tirant parti des conditions politiques, l'armée essayera de le faire au travers d'une généralisation du recrutement forcé, approfondissant par là-même le méconten -tement populaire et le rejet des forces armées.

L'appui des masses, l'expérience de clandestinité du FMLN et la récupération de moyens matériels sur l'ennemi quand il Salvador, l'expérience de clandestinité du FMLN et l'appui populaire sont indestruc -tibles comme le fut la piste Hô Chi

L'analyse numérique du nombre d'hom -mes a une valeur relative. Mais pensons même que le chiffre de six mille hommes qu'attribue l'armée au FMLN est juste et essayons de spéculer un peu. Les fusils, explosifs que possède le FMLN, ajoutés à son expérience dans tous les types de combat et lié au méconten -tement des masses dans un pays d'à peine 21.000 kms?, nous amènent à conclure que l'armée salvadorienne est en train de perdre cette guerre et que rien ne la sauvera, même l'aide américaine, aussi importante soit-elle. Les facteurs humains et politiques, dans un moment crucial de crise aiguë, ne peuvent être résulus ni par l'aide ni par l'intervention à cause de leurs limites physiques, politiques et temporelles intrinsèques. (...)

Le plan de déstabilisation dont l'objectif est de saper les bases de l'économie de guerre et en même temps, d'empêcher matériellement le projet de modernisation capitaliste avec lequel le gouvernement prétend assurer une reprise de l'économie et la survie du système, ne peut être mis en échec par l'armée.

Développer l'armée populaire en se liant aux masses (DR) période, perçue comme un désavantage, mais maintenant elle est un atout énorme

FMLN. Toutes les routes stratégiques sont à la merci de ses forces, et au fur et à mesure où se consolidera le processus d'expansion et de développe -ment de forces nouvelles, toutes les routes du pays seront couvertes ; idem pour la distribution d'énergie et les zones de d'exportations, pilier de Le FMLN peut ainsi asphyxier l'économie de guerre et rendre invivable tout projet de reprise économique. Ce problème est militairement insoluble pour l'armée, aussi importante soit-elle.

"Ce qui est important, c'est briser la possibilité économique de poursuivre la guerre" Quand nous parlons d'effondrement, nous faisons référence à l'effondrement du pouvoir politico-militaire et non à celui de l'économie qui n'a pas grande valeur en soi, puisqu'il y aura toujours un certain niveau de survie de l'économie. L'impor -tant est de briser les capacités économi -ques de la poursuite de la guerre.

Le plan de harcèlement des forces armées a pour objectif leur affaiblissement moral en leur infligeant des pertes constantes, en harcelant les forces opéra -tionnelles et les patrouilles, en multipliant les opérations de guérilla (embus -cades, coups de main) avec l'exécution systématique d'opérations stratégiques à moyenne et grande échelle. Ces dernières accélèrent la crise morale de l'armée et s'insèrent dans la montée de la lutte populaire. Elles contribuent ainsi à nourrir la confiance des masses en la victoire. Les actions de guérilla seront plus nombreuses. Les milices et les guérillas clandestines, - les masses qui s'intègrent à la guerre - y jouent un rôle fondamental.

Le volume, la complexité et la diversité des tactiques opérationnelles, le type de forces et la combinaison des armes populaires et conventionnelles cou-

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vrant le territoire en zones urbaines, périphériques et rurales et dans la capitale même, constituent une combinaison mortelle pour l'armée. Elle l'empêche de couvrir tout le territoire, de protéger l'économie et les structures de pouvoir puisqu'elle est confrontée au dilemme dispersion ou concentration, défense permanente du terrain ou défense en mouvement de ses troupes. En synthèse, elle est dépossédée de toute initiative et contrainte de réagir de façon défensive, comme le veut le plan stratégique du FMLN. Si les forces armées n'ont pas pu contenir la guerre quand celle-ci se livrait SUr neuf fronts principaux, et avec beaucoup moins de problèmes tactiques, elles pourront encore bien moins la contenir maintenant qu'elle se livre sur tout le territoire et en utilisant toutes les tactiques militaires.

- La déstabilisation et l'extension de la guerre fait pression sur l'ennemi pour qu'il défende les routes, les infrastructures et les zones productives. Pour se faire, ses troupes sont insuffisantes, elles doivent encore augmenter.

Le développement du Front occidental, la présence d'unités de guérilla et de commandos urbains dans la périphérie de la capitale et des autres villes, la présence de la guérilla dans les départements de La Paz et La Libertad, entraînent un déséquilibre opérationnel qui les oblige à rompre la logique de leur plan. A son tour, la conjoncture politique contraint l'armée à une action défensive de concentration de ses forces sur le front le plus proche de la capitale. Les forces armées comprennent tardivement qu'il faut empêcher la guérilla de se lier aux masses urbaines.

L'exécution d'opérations de renseignements par la guérilla constitue un important facteur de coopération politico-militaire à la progression générale du plan de ampleur avec la tactique, la force et les exécution. La menace permanente de ces opérations déstabilise le commandement ennemi puisque la guerre vient directement l'obligeant ainsi à détourner temps, des forces et des ressources à la création d'un énorme et coûteux appareil de sécurité.

- La tactique des troupes mobiles a été conçue pour éviter d'offrir des objectifs fixes au FMLN et empêcher les pertes que subissaient les forces ennemies en menant une guerre de positions. Mais ce choix impliquait d'abandonner la défense perma -nente de dizaines de municipalités, éliminant les positions petites et moyen -nes et en se limitant à une défense permanente des objectifs les plus impor -tants basée sur la présence de grandes quantités de troupes. Le choix s'opérait également en fonction des possibilités de renforts rapides. Ce plan visait à n'offrir que des objectifs importants au FMLN lui demandant de grandes concentrations de forces pour les attaquer. En même temps, on maintenait des troupes mobiles en opérations et patrouilles permanentes qui, appuyées par les forces aériennes, empêcheraient le regroupement des forces du FMLN.

Cette stratégie se fixait comme objectif de stopper l'effondrement moral qui guettait les troupes de l'ennemi. Ces dernières n'étaient plus disposées à conti -nuer une défense permanente du terrain.

"Chaque patrouille s'est transformée en un objectif militaire qu'il fallait détruire"

Mais, loin d'adopter cette tactique, le FMLN a profité de l'existence de nom -breuses positions mineures pour les détruire, les anéantir l'une après l'autre, causant des pertes considérables à l'armée. Chaque opération ou patrouille se transformait en un objectif militaire qu'il fallait détruire en infligeant le plus de pertes à l'ennemi. Cette tactique nous a permis d'être efficaces avec une grande économie de moyens et de forces.

L'ennemi pensait que patrouilles et opérations multiples déstabiliseraient le plan du FMLN et voilà que ce dernier en faisait son objectif central. L'ennemi pensait qu'il serait très difficile au FMLN de trouver une riposte adaptée à la tactique des troupes mobiles et qu'il était difficile de tendre des embuscades ou d'attaquer des manoeuvres de forces n'offrant pas de point fixe sur le terrain ou ne bougeant pas de façon routinière. Mais le FMLN y

Men adaptant sa (combat de petites unités, champs minés francs-tireurs etc.), maintenant et augmentant les pertes qu'il infli -geait à l'ennemi dans les opérations et les patrouilles. Cette opération, censée être une nouvelle étape offensive de l'armée, est aujourd'hui la principale cause de ses destruction physique, psy -chologique et morale de ses forces.

L'hypothèse de l'ennemi s'est avérée fausse. Il n'est parvenu ni à déstabiliser le FMLN, ni à empêcher ce dernier de porter des coups d'importance sur de nouveaux terrains d'opérations, près des villes et

- La réalisation d'opérations straté -giques dans les zones vitales augmente l'impact politique de la guerre. Ces coups, indissimulables, poussent les forces les plus politisées à s'intégrer à la guerre.

Le FMLN garde l'initiative stratégique et tactique puisque c'est lui qui définit comment, quand et où il va agir. Il a étendu sa domination opérationnelle du terrain et garde la capacité de se concen -trer et de frapper sur des points straté -giques, aujourd'hui dans des zones plus importantes que dans les premières années

Dans les zones vitales, l'ennemi est déséquilibré entre sa tactique de patrouilles et le nombre d'objectifs qu'il protéger. Dans les zones où il applique la tactique de troupes en mouvement pour éviter les coups du FMLN, la situation est

GUATEMALA

SANTA ANA Santa SONSONATE DA LIBERTAD La Libertac Zacatecoluc tellement instable et défensive qu'elle détruit physiquement et psychologique -ment ses hommes, sans parvenir pour autant à freiner les destructions du FMLN.

Les modalités tactiques appliquées par l'armée la mettent face à cette contra -diction : soit elle protége ses hommes, soit elle protège sa base de soutien économique et politique. Dans toute cette situation le FMLN a un avantage de plus il est impossible à l'armée de rompre les liens existants entre la guérilla et les masses. Et, ce qui voilà dix ans paru impensable est aujourd'hui monnaie courante. Par exemple, la guérilla pénètre avec des armes lourdes dans les quartiers périphériques de la capitale ; des unités importantes du FMLN atteignent des objectifs sur le volcan de San Salvador, ou dans la périphérie de Santa-Ana, ou les guérilleros attaquent la prison de Mariona et libèrent des prisonniers sans plus de

- L'armée n'a pas progressé d'un pouce sur l'aspect politique de son plan contre-insurrectionnel. La principale raison de cet échec réside dans l'incapacité straté -gique de faire des concessions de quelque importance aux masses. Bien au contraire, elle continue de réprimer. Sa capacité de concessions ne va pas au-delà d'actions telles la répartition de vivres, rien d'autre en fait qu'une charité honteuse qui n'en -lève pas la faim et ne fait pas oublier la répression de cinquante ans. Ces actions ne font que confirmer le profond mépris qu'ils ont pour un peuple qu'ils croient incapable de penser et de lutter, mais qui est profondément conscient de ses inté -rêts et dont les principes et les valeurs infiniment supérieurs ceux du système dans lequel nous vivons. Voilà qui explique dans une large mesure, l'échec de la formation d'une civile" mais aussi pourquoi la mise en place des groupes d'opérations spéciales recommandés par la CIA, résultats négligeables du point de vue de la stratégie militaire. Ces unités n'ont ni la possibilité ni la capacité de réaliser un quelconque travail politique significatif parmi la population.

- La guerre aérienne est de plus en plus souvent utilisée à des fins psychologi -ques, sans objectifs précis. Les bombar -dements massifs auxquels s'ajoutent les

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HONDURAS AN VICENTE déplacements de population mettent à nu l'impuissance d'un plan militaire qui n'a d'autre alternative que d'aller à l'encontre de la logique politique.

"La guerre aérienne a provoqué beaucoup plus de pertes dans la population civile qu'au FMLN"

L'utilisation des armes aériennes et de l'artillerie, dans un pays qui compte 244 habitants par Km? consitue en soi une action de génocide et une démonstration d'impuissance. La densité de la population est une négation de toute tentative de justifier l'utilisation de ces armes. La pseudo-précision chirurgicale avec laquelle les assesseurs prétendent la justifier est absurde. La guerre aérienne et l'artillerie ont provoqué beaucoup plus de pertes humaines et de destructions à la popula -

On dit que la guerre aérienne a obligé le FMLN a se disperser. C'est un point de départ erroné pour analyser la stratégie du FMLN. Militairement et politiquement, le FMLN aurait commis une grave erreur en continuant à ne mener la guerre que sur

La guerre aérienne est venue trop tard, nous avions déjà rompu les lignes de défense des zones vitales. Les territoires sous contrôle de la guérilla ou disputés aux forces armées étaient déjà trop impor -tants. La guerre aérienne ne pouvait être utilisée dans la périphérie des villes et des zones vitales sans que cela n'implique un prix politique élevé qui accélèrerait la participation des masses à la affaiblissant d'autant l'armée. L'intensification de la guerre aérienne ne fait que prouver qu'ils sont en train de perdre la

Dans un sens plus strictement tactique, le FMLN est parvenu à maintenir ses actions, sans que la guerre aérienne puisse Ten empêcher, car il avait développé sa capacité de concentration et de dispersion des unités les plus importantes dans des mettre en échec la guerre aérienne ne signifie pas la destruction ou l'anéan -tissement total des moyens aériens de l'ennemi, mais bien qu'ils deviennent impuissants à contenir la progression ses forces du FMLN sur le terrain.

La situation de l'armée est tellement critique que les plus optimistes dans l'état-major fondent la perspective de se maintenir à flots sur l'aide incondition -nelle des Américains, donnant à cette aide un rôle qu'elle ne peut avoir. Cette surestimation du rôle de l'aide va s'accélérer dans la mesure où la crise s'appro -fondit, liée à la corruption et au poids de cette aide dans l'enrichissement de secteurs sociaux liés au gouvernement, à l'entreprise privée et à l'armée. sert plus à gagner la guerre est toujours bonne pour s'enrichir. importe peu aux secteurs du financier qu'il y ait ou pas reprise écono -mique, que la guerre soit perdue ou gagnée. L'important pour eux c'est qu'ils reçoivent des possibilité qu'ils n'avaient jamais eue auparavant. La situation est identique à l'intérieur de l'armée et de l'appareil gou -

Les Américains le savent parfaitement qui considèrent froidement que la corrup -tion est une des données du plan contre-insurrectionnel.

La corruption a pour but d'assurer la fidélité des structures de pouvoir dans le gouvernement, l'armée et des secteurs de l'entreprise privée. Elle joue également un rôle important pour soutenir le moral de l'armée, car elle est le principal stimulant pour que les structures de commandement acceptent de continuer la guerre.

La corruption est alimentée par les Américains à travers un nombre sans fin de projets et de plans qui mis en pratique, créent des bureaucraties énormes, infrastructures et des ouvrages qui n'ont aucun sens sinon celui de laisser un pourcentage élevé des fonds aux adminis -trateurs de ces projets. Tout un secteur social vit en parasite de cette aide. La hiérarchie de la Démocratie-chrétienne est devenue pratiquement un nouveau groupe économique de pouvoir avec des intérêts importants dans le secteur financier et

Voilà pourquoi, malgré la guerre et la crise économique, existe une floraison artificielle de commerces de luxe, de centres de distraction (Zone rose), de tourisme et autres activités du genre qui contrastent avec la crise et la paupéri -sation du peuple.

Le projet de réforme urbaine est un exemple typique de la corruption struc -turelle qui se concrétise par l'exécution de projets inutiles pour obtenir des prêts. Il existe des dizaines de projets similaires, liés aux différents ministères qui ne sont rien d'autre que des mécanismes de répar -tition de la corruption issue de l'aide.

Au Vietnam, Saïgon connut également ce phénomène. On démolissait des rues faire des rues identiques construisait des murs pour ensuite les démolir et en bâtir d'autres, semblables.

Mais indépendamment de ces ments, il est pertinent d'analyser si l'on peut objectivement dire que l'aide et les capables d'empêcher l'effondrement de l'armée et la chute du gouvernement.

Si nous analysons soigneusement les hypotèses politiques et militaires que nous avons faites tout au long de ce docu -ment, nous voyons comment les Américains se sont enfermés dans un cercle vicieux et une série de dilemmes insolubles.

"L'aide américaine ne peut financer la totalité de la guerre pour des raisons structurelles"

Le rôle de l'aide ne peut être absolu. Pour qu'elle soit efficace dans un plan de guerre, elle doit garder une correspondance directe avec les dimensions de l'Etat salvadorien. Malgré toute l'aide des Américains, il y a toujours un pourcentage financier qui doit sortir de l'Etat et la capacité d'endettement a des limites. Nous ne devons pas oublier que cette aide se place dans le cadre de relations entre Etats capitalistes ce qui implique des compromis qui ont des limites pour des parties en dévaluation du colòn qui déjà un résultat qui va en sens inverse du rôle supposé de

Il est structurellement impossible, pour une série de complications politiques et économiques, que l'aide économique et des Etats-Unis puisse assurer le financement total et de la guerre et de l'Etat salvadorien. Et là nous

En augmentant la guerre, on augmente le besoin d'aide, mais cela signifie aussi une augmentation des besoins financiers de l'Etat, problème qui est d'ores et déjà posé et qui nous amène à une réflexion sous forme de question : combien peut consacrer l'Etat salvadorien

Devoir consacrer tant d'argent à la guerre les oblige à prendre des mesures qui financier. Cette hypothèse, dramatique, n'est pas une invention de

Duarte et d'autres fonction -naires démocrates-chrétiens le reconnu -rent explicitement quand ils expliquèrent les raisons du "paquet économique".(4).

Etre obligés de consacrer tant d'argent guerre les oblige à prendre des mesures qui accroissent le méconten - nourrissant ainsi leur propre échec. Ici s'ouvre un petit cercle vicieux : la guerre exige plus de fonds et ces fonds impliquent des mesures antimécontentement créé par les mesure aggrave la crise et approfondit la guerre et, si la guerre s'approfondit, on aura besoin de pus de fonds et de plus d'aide et, et, en conséquence, le mécontentement ira augmentant.

Mais ce cercle vicieux n'est pas unique. Par exemple, la reprise écono -mique est essentielle pour parvenir à gagner cetaines couches à leur plan. C'est à dire, la reprise économique est essen -

4) Nom du train de mesures d'austérité prises par Duarte en janvier 1986 pour trouver un financement à la guerre. Ces mesures qui touchaient essentiellement les couches laires provoquèrent de nombreuses mobilisations syndicales à San Salvador notamment.

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tielle pour gagner la guerre. Mais, obtenir cette reprise de l'économie, faudrait d'abord qu'ils gagnent la guerre. Voilà un autre problème que ne peut résoudre l'aide, car aussi volumineuse soit-elle, elle ne peut se substituer à la struc -ture économique salvadorienne.

L'extension de la guerre à tout le territoire et l'approfondissement de la déstabilisation, vont exiger du régime, toujours plus de troupes et donc, pour les entretenir. convient de se demander si cette crois -sance de l'armée peut être illimitée ou si, à l'inverse, cette croissance est limitée par les capacités propres de l'Etat salva -dorien, par l'économie nationale et par les conditions politiques.

Plus de troupes veut dire, plus de casernes, de combustible, de meilleures structures de sécurité etc., c'est à dire plus de fonds qui ne peuvent venir tous de l'extérieur. A l'heure actuelle, le budget de la défense représente 40% du budget total, de ces 40%, 80% partent vers les salaires des officiers et des troupes. L'aide militaire américaine couvre les armes, les munitions, certaines nourritures, mais les salaires eux, doivent salvadorien. Les installations qu'occupent les nouveaux bataillons, étaient aupara -vant des coopératives, des cinémas, zones industrielles, des écoles etc. Le développement même de la guerre leur création d'un ensemble structures liées à l'appareil d'Etat (pompes funèbres, assurances, centres de cation, complexes hospitaliers, ateliers de maintenance toute cette infrastructure a déjà créé des complications contraints de sacrifier des services sociaux de la population, pour -tant loin d'être suffisants. Par exemple, alors que l'Hôpital militaire se modernise, qu'il est parfaitement approvisionné, les hôpitaux publics n'ont pas de médica -critique. D'une part, les problèmes de santé du peuple s'aggravent, d'autre part, le mécontentement ne fait que croître. Se développe un processus d'étranglement des physiques de croissance de T'armée qui ne peut être résolu, sauf si les Américains décident de passer à l'étape supérieure en établissant leur propres bases militaires et centres d'entraînement sur le territoire et se décident à utiliser leur force aérienne et des troupes de combat, c'est à dire, optent pour l'inter -vention directe. Mais ils devraient le faire en analysant méticuleusement la situation internationale, la situation intérieure des Etats-Unis et, dans une certaine mesure, ils devraient prendre en compte, l'avantage que représente pour le FLMN d'obliger Reagan à user sa dernière cartouche.

La guerre aérienne est également source de bien des difficultés physiques et financières. Cette tactique de guerre utili -sée de façon massive, n'est pas faite pour des Etats ou des pays pauvres comme le nôtre. A l'heure actuelle, l'armée compte 70 unités qui requièrent une structure de maintenance complexe et coûteuse. Il convient alors de se demander : combien d'hélicoptères peut-elle avoir en plus ? Combien de bataillons aéroportés peut-elle encore former ? Combien de pilotes ? Combien de bases aériennes ? "L'extension de la guerre exigera plus direct des Américains sur tous les

Le cours de la guerre dicte une utilisa -tion plus intensive des forces aériennes, même si nous avons expliqué pourquoi sur les nouveaux terrains de la guerre, ces armes sont encore moins efficaces et ne populaire. La capacité d'assimilation des ressources aériennes a des limites phy -siques. Même si les Américains veulent augmenter cette utilisation, ils se heurte -ront à des problèmes physiques et techni -ques qu'ils devront assumer directement s'ils veulent les résoudre. Et là nous retombons sur les implications politiques que nous avons signalées plus haut. En règle générale, on assiste à une extension de la guerre qui exige des Américains un rôle plus direct sur tous les terrains.

Quel est le pronostic ? Une crise plus forte chez l'ennemi, une recrudescence des coups portés par le FMLN, l'augmentation des sabotages, l'extension géographique combats, le renforcement de mobilisation et de l'organisation popu -laires. Les Américains devront s'engager davantage

L'ennemi devra faire face à cette situation avec un Etat noyé dans une crise économique qui ne lui permet pas d'aug -menter les forces et au milieu d'une crise politique qui frôle le vide du pouvoir. Et tout cela, l'aide ne peut le résoudre.

Jusqu'à présent, nous avons analysé pourquoi cette aide n'est pas toute puis -sante sur le terrain matériel. Mais il y a beaucoup plus sérieux : l'aide et l'inter -vention américaines sont non seulement incapables de résoudre les problèmes hu -mains, moraux et politiques, mais bien au contraire contribuent à les compliquer.

la mesure où le plan contre-insurrectionnel est inefficace ; dans la mesure où l'armée doit supporter des mil -liers de morts et de blessés dans une guerre où ses forces apparaissent impuis -santes et inutiles, se généralise un senti -ment qui, à un certain point, se convertira en crise : "Il n'est pas possible de livrer une guerre sous la direction des Américains, pour les intérêts des Américains, avec les armes et les munitions des Américains, mais où se sont les Salvadoriens qui fournissent les morts ".

Il n'y pas encore d'intervention directe des troupes américaines au Salvador, mais les deux milliards de dollars d'aide et la perte de notre indépendance, produit de la soumission totale du gouvernement Duarte aux décisions de l'Administration Reagan, créent un sentiment national pour la sauvegarde de notre souveraineté. sentiment est partagé par des partis politiques, des secteurs de l'entreprise privée et dans un délai qui ne devrait pas être très long, il sera également présent dans les forces armées.(...)

Face aux masses populaires, la situation pour le projet américain encore plus difficile. Avec la progression de la guerre, la crise s'approfondit et les masses perçoivent la faiblesse de l'ennemi et la force du FMLN. Elles seront encore plus motivées pour s'organiser, exiger du pouvoir et le défier. C'est en ce sens qu'il faut analyser l'erreur d'appréciation commise par Duarte en convoquant la réunion de La Palma. Pour le peuple, acte constitue une preuve de la force du FMLN et de l'impuissance de l'armée, exactement l'inverse de ce qu'espérait Duarte. Pour essayer de contenir cette situation, ils se heurteront au dilemme de la répression, car s'ils répriment, accélèrent et approfondissent la lutte populaire.

En synthèse, chaque jour qui passe sans que l'armée puisse vaincre le FMLN, est un jour de moins sur le chemin des révolutionnaire vers la victoire.

le général Westmoreland, chef des forces américaines durant la guerre du Vietnam, avait pour habitude d'évaluer la prétendue progression de la guerre en additionnant les hommes et les moyens matériels de ses troupes et de l'armée sud-vietnamienne. Ce même général, à la fin de la guerre, après la défaite, affirmait que jamais ses troupes n'avaient perdu militairement une bataille, mais il devait reconnaître que les Vietnamiens gagnèrent la guerre.

Les officiers de la garde somoziste faisaient une affirmation similaire, disant que leurs forces d'élite demeurèrent intactes et qu'elles ne furent jamais défaites militairement, mais de la même façon, ils durent accepter que le Front sandiniste avait gagné la guerre. La guerre populaire comme stratégie des révolution -naires est bien au delà des possibilités de compréhension des forces ennemies, parce qu'elle se base sur l'appui du peuple et sur la capacité des révolutionnaires de combi -ner toutes les formes de luttes.

Joaquin Villalobos, Morazan, février 1986.

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